‹ Études sumériennesChapitre 9 sur 17 · Sumérien. An. Nin-kasi tahbabi zae men · texte numérisé non relu

Sumérien. An. Nin-kasi tahbabi zae men

Deum Ninkasi tradens(ô) qui tu.

Assyrien. Sa an 11 dahhasa atta.

Qui Deuni eumdem tradens eum lu.

g. Sumérien. Vk hulit namcjap giggibi zae men.

Hominis - hostis - splendorem-obscurans(o) qui tu.

Assyrien. Sa limni ina masi matir irtisu atta.

Qui hostem in noctem mutans iucem ejustu.

1 o. Sumérien. Uk urulu tarana sa ak ak danigan en-parparga.

Hominem mortalem , filium dei sui justitiam suam resplendere facias.

Assyrien. Sa avili hahal tlisu mesritisu Utabbiba.

Qui Loniini, filio dei sui, jus suum consecres.

1 1. Sumérien. Angim ganen kûga.

Goeli instar altus sit.

Assyrien. Kima samé lilil.

Sicut coeium altus sit.

la. Sumérien. Kigim ganen ella.

Terrae instar sacer sit.

Assvrien. Kima irsitiv libbib,

Sicut terra fecundus sit.

1 3 . Sumérien . Sa an gim ganen parparga.

Centri-coeii instar splendeat.

Assyrien. Kima kirib samé limir.

Sicut centrum coelorum luceat.

natif défini , et non pas le suflixe de la troisième personne qui , d*ailleurs , est ni.

^ Ici ii y a évidemment une paraphrase; le texte original n'a pas paru assez clair au traducteur, et l'on a d'autres exemples du môme fait. Ainsi, plus bas, le mot libbib, a)|>pliqué à la terre, a le sens de fécondité, que forigioal ne donne pas.

■ ••i»*( 71 )•«-*- — Voici la traduction de cet hymne :

Feu éternel , purificateur, qui planes au-dessus du pays , Héros, fils des ondes, qui planes au-dessus du pays. Feu éternel , par tes flammes sacrées , Tu portes la lumière dans le lieu des ténèbres. Et lu fixes son sort à quiconque dont le nom est prononcé

[(en naissant).

Le cuivre et le plomb, tu les mêles ensemble, A la fusion de for, tu donbes la forme propice. C'est toi qui livres le dieu Ninkasi.

A l'homme ennemi , tu changes en nuit (tu aveugles) sa vue. Puisses-tu consacrer son droit au mortel qui est fils de son

[Dieu :

Qu'il soit élevé , comme le ciel , Qu'il soit saint (fécond), comme la terre, Qu'il resplendisse , conlme le centre des cieux !

Voici un autre hymne à Mérodach.

Sumérien aba rar

. . . quis. . . .

Assyrien. Ina pîgitridika mannu ipparassid. Coram fortitudiDe tua quis effugiet?

Sumérirn. Ene ramzu sapar mah ankila sa-mun-lal.

Voluntas tua mysterium supremum , in coelo et terra (id) explicas.

Assyrien. Amatka éuparra siru sa ana samë au irsitiv tarsat Voluntas tua mysterium supremum quod coelo terrae explicas.

Sumérien. Aahba ummilal absi huluhhu.

Mari impera , mare obediet.

Assyrien. Ana tamti usar va tamtav sî galtat.

Mari impera, et mare illud (illa) obtemperabit.

Sumérien. Sugga ummilal sugga sea andu.

Procellae impera, procelia silebit.

Assyrien. Ana susé usarva suzû idammum. Procellae impera, et procella silebit.

Sumérien. Amia a-Utkipnankita ummilal.

Cursui torto Eiiphratis impera.

Assyrien. Ana âge Purtitii usar va

Cursui torto Euphratis impera et

Sumérien. Eneram asur ahhulhul.

Voluntas Merodachi inundationem pacabit.

Assyrien. A mat Mardak asurrakku ' idallah.

Voluntas Merodachi inundationem pacabit.

Sumérien. U zae malj. men aha déa dadi.

Domine, qui sanctus tu, quis aequus?

Assyrien. Beluv atta sirat mannu isannanka.

Domine tu sanctus es ; quis aequat te ?

Sumérien an mu sâata zae si indinji.

Merodache, inter deum. nomen nuncupantem> tu honoraris.

Assyrien. Mardak ina ili maia sum nahû [atta adi\ rat.

Merodacbe, in diis qui nomen babent, tu honoratus es.

Voici la traduction française :

Qui peut s'échapper devant ton attaque ? Ta volonté est le saint mystère que lu révèles au ciel et à

[la terre,

' Ce mot est très-concluant. Le terme sumérien se compose de a • eau », et sar « étendre », ridu « couvrir », sttk[kuku] (comp. B. M. III , 70, 160). Le mot sumérien a été transporté en assyrien, où rinondation se dit alors cLSurrakhu. Il y a donc ici une preuve jralpahle de l'acceptation parles Sémites d'un son sumérien, signifiant dans cette langue • débordement de Teau ». L'idéographisme n'existe plus, il devient un mot prononcé, non parles termes assyriens, me riduti, mais avec les sons phonétiques des idéogrammes. Il existe bien d'autres exemples analogues ; ainsi sapar (1. 1 ).

— ►fr«*( 73 )«€ r- '

Commande à la mer, et la mer, elle obéira , Commande à Touragan , et Touragan se taira. Commande au cours tortueux de l'Euphrate, et La volonté de Mérodach arrêtera llnondation. Seigneur, tu es saint, qui peut t'égaler ? Mérodach, tu es honoré parmi les dieux qui portent un

[nom*.

Il serait oiseux d'insister sur des particularités qui démontrent que le sumérien écrit d'abord est l'original , et que iassyrien occupant la seconde place audessous en est la traduction. Cela est prouvé parles substitutions des synonymes, et les paraphrases qu'il est impossible de n'y pas reconnaître.

La langue des inventeurs de l'écriture cunéiforme est un idiome diflicile, offrant des caractères spéciaux, même tout à fait nouveaux; mais elle montre tous les criteria d'un langage indépendant. Quelle est d'ailleurs la langue qui n'ait pas des particularités? Ne peut-on pas montrer, en appliquant la théorie de notre contradicteur, que toute autre langue offre exactement les mêmes indices de sa non-existence à des esprits prévenus? N'a-t-on pas prouvé que le zend n'a jamais été un idiome? Que sont donc devenues

^ Ceci est la traduction de M. Oppert II existe une autre traduction de M. Lenormant :

Devant ta gréle qui se soustrait ?

Ta volonté est on décret suprême que tu établis dans le ciel et sur la terre.

Vers la mer, je me suis tourné, et la mer s'est aplanie,

Vers la fleur je me suis tourné, et la fleur s'est flétrie.

Vers la ceinture de TEuphrate je me suis tourné , et

La volonté de Mérodach a bouleversé son lit.

Seigneur, tu es sublime, qui peut te changer?

Mardouk , parmi les dieux , prophète de toute gloire.

aujourd'hui les contestations des Richardson et d'Erskine, réfutées par Rask?

Il est, au surplus, inexact que cette langue sumérienne n*ait pas laissé de traces. Jusqu en hébreu on trouve des mots appartenant à cet idiome. Par exemple, le mot «palais» est écrit en cunéiforme par deux signes t:]]]] ^f— , maison grande. Selon M. Halévy, cela se prononçait fciY ra6. Cette opinion est erronée. La maison se disait he en sumérien, et kal signifiait grand.

Si le sumérien navait pas été une langue, le «palais» ne se dirait pas hékal en assyrien, en hébreu et en araméen, d'où l'arabe même Ta emprunté; les Sémites ont puisé ce mot dans la langue touranienne.

La seconde dignité de l'empire assyrien s'écrit par deux signes TUR homme (fils), TAN puissant; cela aurait donc dû se prononcer mara idla. Malheureusement le prophète Isaïe (xx, i) est là, et donne à ce grand personnage le nom de Tartan, qui, en effet, rend littéralement cette idée en sumérien. Un autre titre est celui de l'interprète, le fils de Guman, Prononcez h l'assyrienne habal Guman, et cela ne dit rien, tandis que le mot sumérien iarguman a donné naissance aux verbes sémitiques onn, «traduire», au targum hébreu, au drogman et au truchement français.

Le chef se dit « homme grand », targal, en sumérien, maru rahû, en assyrien. La Bible fournit ce mot comme nom du roi des peuples [Gen. xiv, i).

Le même verset contient un nom royal îu Arioch , ■jrix, qui, ce que M. Lenormant prouve, est le personnage dont le nom est lu à tort sémitiquement Zikar-Sin «servus Luni)>; en prononçant en sumérien, on a Eriv-Aka. M. Oppert prétend que le roi Amrapliel, ''7D")DN, s'écrit avec les deux caractères SUR-PiL asplendor ignîs»; il se prononcerait en assyrien par-isat,en sumérien Amar-pii Et à l'époque d'Abraham, les Sémites étaient déjà établis en Mésopotamie depuis longtemps.

Les mots sumériens introduits en assyrien et se répandant de là dans les autres langues sont en grand nombre. Nous citons le mot sumérien labar u éternité, durée», qui a formé un verbe sémitique naV, d'où est venu le labaram^ de Constantin.

Ainsi les noms des mois juifs et chrétiens sont d'origine sumérienne. Cette civilisation antique a laissé des vestiges dans le dictionnaire sémitique, précisément comme des mots grecs se sont introduits dans le lexique de la langue hébraïque moderne, en formant même des racines d'une physionomie toute sémitique.

Mais nous combattons en faveur d'une thèse que M. Halévy admet. Après avoir présenté au lecteur des étymologies que lui- même aurait caractérisées de mauvais calembourgs, si un autre que lui les avait commises (voir p. 52 2 à 529), après avoir dit que la répétition quadruple de ka ka ka ka était uniquement «faite pour frapper la vue» (p. 52 i), notre ingénieux

* Oppert, Etudes assyriennes j 1857, p. i65.

contradicteur s'oublie évidemment. Selon lui, le sumérien n*est pas une langue. Mais on lui signale de nombreux changements euphoniques dans ce qu'il voudrait faire passer pour un système oculaire. M. Halévy, qui a réponse à tout, réplique à cette objection :

(iLe sacerdoce babylonien a dû considérer les articulations du système figuratif comme la langue des dieux et des esprits(!). C'est de cette façon que s'explique sans efforts (?) la loi d'euphonie observée dans le groupement des signes pour les pronoms et certaines prépositions, loi qui a égard au mot précédent. Le radical même ne se prête à aucune modification, car la forme da-dua pour da-dua qu'on rencontre dans un document est trop isolée (?) pour qu'on puisse en tirer la moindre conséquence ^. »

Les assyriologues n'ont pas d'accointances assez divines pour pouvoir vérifier si « le sacerdoce babylonien » se trompait ou non. Ce manque d'entregent céleste leur rend plus difficile encore l'intelligence de ce que pourrait être « l'articulation » d'un système figuratif. Mais ce qu'ils ne sauraient jamais comprendre, quelque convivœ d^oram qu'ils fussent, c'est qu'il puisse exister des lois d'euphonie pour le groupement de signes qui ne se prononcent pas et qui s'écrivent uniquement « pour la vue. » L'œil , on ne le niera pas, est d'une surdité complète, et pour juger d'un son, il faut entendre.

* Cest une très-grave erreur. M. Halévy pourrait trouver des faits pareils à chaque page, s'il était spécialiste.

Page 1