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Il y a chez nous aussi des livres écrits en «signes figuratifs. » Tels sont les livres d'analyse mathématique et les tables de logarithmes. A-t-on jamais pensé à être choqué par la cacophonie des scyz ou f(\ ? S*est-on jamais ému à Tidée que la septième décimale blesserait peut-être Teuphonie produite par la sixième ?
Ce lapsus démontre à M. Halévy qu il défend une thèse insoutenable.
Ou bien il y a un système figuratif, et alors il n*y a pas d*euphonie.
Ou bien il y a euphonie, et alors il existe une langue.
Comment notre contradicteur se tirera- 1 -il du dilemme qu'il s'est posé lui-même? Nous sommes heureux de pouvoir accéder à la pensée du « sacerdoce babylonien », qui voulait bien, M. Halévy nous l'assure, voir une langue, et la «langue sacrée», dans les originaux des textes bilingues.
Après tout ce qui précède, trouve-t-on une raison quelconque à faire valoir contre l'existence du sumérien comme idiome? Donne-l-on un seul argument que l'on ne puisse pas employer, a fortiori, contre n'importe quelle langue? Il faut du reste rendre cette'justice à M. Halévy, que toutes ses allégations se réduisent à une négation gratuite, à laquelle nous opposons, appuyé que nous sommes sur la réalité des faits, l'affirmation la plus péremptoirement catégorique.
L*existence de la langue sumérienne comme idiome met à néant toute la déduction de M. Halévy.
Cette langue n*est sûrement ni aryenne, ni sémitique. Qu*cst-elle donc? Elle appartient au troisième groupe qu'on appelle touranien.
Nous convenons que le terme de touranien est attaquable. Le savant éminent qui la pour ainsi dire introduit dans la science, M. Max Muller, en a . peut-être trop élargi le domaine. Mais, en tout cas, ce nom en vaut un autre, et la question est de savoir s il convient ou non à Tidiome sumérien.
Or, si un langage quelconque a le droit de se nommer touranien, c'est précisément la langue des inventeurs de l'écriture anarienne. Dans cette langue , tar veut dire <( homme , fils » ; il forme des mots composés désignant les tribus et les castes. Le mol y prenait une telle extension, que les Assyriens sémites ont dû l'interpréter, et par le terme de maru ^c^D « homme , maître » , et par celui de habla « fils ». Nous avons déjà cité des appellations comme tartan, turgaly ^urjumannu, auxquelles on pourrait enjoindre bien d'autres. C'est Sumer qui , dans le Zendavesta , est exprimé par tâirya, par le prototype de Touran , le règne d'Afrasiab. C'est lui qui, dans la trilogie des fils de Feridoun, Selm, Tour et Iredj, personnifie l'élément de la haute Asie. C'est la nationalité des Toar, des hommes qui s'opposent à Airya et
à Çairima, plus tard rapproché de Sem. Le sumérien est par excellence le langage touranien.
Une autre question est de savoir si les langues dites altaîques doivent se rattacher à Tour, si elles peuvent prétendre au nom de touranien, et si elles ont une parenté avec le sumérien. Ici, noire honorable contradicteur a évidemment un tort moins considérable en niant ce lien:, il est bien moins dangereux de s'opposer à laffinilé de deux choses qu'on connaît à peine, que de refuser l'existence à l'un des éléments litigieux. Nous lui accordons encore qu'il y ait peut-être un danger à faire de la philologie comparée sur un champ qui embrasse le quart du monde terrestre; que bien des comparaisons, établies par les « accadistes » dans ces derniers temps, auront le sort des enfants qui ont trop d'esprit. Il est périlleux, en effet, pour des érudits qui n'en ont pas fait l'occupation de leur vie, de comparer au sumérien d'il y a cinq mille ans le votyak, l'ostyak, même celui du Jenissei, le tchoude, le longouse, le permien, le tchérémisse, le morduine et le zyrànien, idiomes qui n'ont aucune histoire, et qu'on utilise pour la philologie, dans l'état dans lequel nous les voyons au xix* siècle.
Mais à vrai dire, la question n'est pas là. Il ne s'agit pas de combattre des détails qui peuvent être faux, et qui le sont certainement en grande partie. Que l'on prouve que le persan behter et l'anglais better n'ont rien à faire ensemble, que sanscrit n'est pas sanctum scriptum, il n'en est pas moins incontes-
table que te persan et Tanglais, que le sanscrit et le latin sont reliés par une parenté très-rapprochée. Quelque hasardées que soient quelques comparaisons altàîsanteSy il y en a d*autres.que i*on ne saurait détruire et qui démontrent le caractère agglutinatif ou isolant du sumérien.
En tout cas, «l'idiome sacré» est une langue touranienne;» il nest sûrement pas aryen , malgré bien des assonances avec des racines verbales indo-européennes, et encore moins sémitique. Avec une égale certitude les idéogrammes prouvent que le peuple qui s'en servit primitivement a des origines septentrionales*. Cela est surtout indiqué par les caractères simples qui rendent la flore et la faune sumériennes.
Est-on autorisé à rejeter Yaltaîsme du sumérien? M. Halévy insiste sur les dififérences : c'est son droit. Mais il se tait, en revanche, sur toutes les analogies.
Nous répétons qu'il serait encore plus périlleux de repousser Yaltaîsme que de l'admettre; nous ne voyons pas de raisons qui Técartent , mais bien des motifs qui le favorisent.
^ Ainsi le sumérien, en cela dissemblable à Tégyptien, n'a pas (l'expression simple pour le lion, ni pour le tigre, le chat, le cheval, le chameau, le mulet, Téléphant, le rhinocéros, Thippopotame, mais seulement pour le chien, le loup, le chacal. Tours, Tâne, le cerf, le bouc, Tagneau, le bœuf. Quant aux plantes, les hiéroglyphes se bornent aux expressions cf arbre , de roseau , d'arbrisseau , de feuille, de grain, d'orge; nulle trace d'une image simple ayant le sens de palmier, de froment et d'autres; mais il existe des idéogrammes composés avec les éléments existants et ayant les significations mentionnées. Cette circonstance prouve bien l'origine septentrionale du peuple sumérien.
Les assyriologues n oat jamais prétendu que cette langue sumérienne fût du hongrois , du mongol ou du finnois. Mais M. Halévy a, de son côté, échoué dans sa tentative de prouver le non-touranisme de l'idiome en question. Tout ce qu'il dit sur les particularités prétendues communes aux langues touraniennes , sur Tharmonie des voyelles ^ ne prouve pas qu il soit bien plus spécialiste dans le domaine des idiomes alta'iques que dans celui de Tépigraphie assyrienne. En acceptant pour vrais les ukases par lesquels M. Halévy se prononce, très -superficiellement du reste, sur la phonétique, les radicaux, la flexion, Tadjectif, les noms de nombre, sur toutes les parties enfin , on devra exclure des langues touraniennes le turc, le mongol, le finnois^. Les assy-
^ L'harmonie des voyelles n existe pas dans toutes les langues touraniennes; mais admettons qu elle y existe. Comment M. Halévy sait-il que le sumërien ne la respectait pas ? Comment juger des nuances de prononciation d*un idiome éteint depuis trois mille ans ? Tout cela prouve un oubli complet de la réalité. Peut-être même tles sciibes confiaient au lecteur le soin de corriger de vive voix les inexactitudes de ï écriture, » Cette phrase un peu bizarre est de M. Halévy lui-même (p. 5o5). M. Halévy oublie en outre qu en turc, par exemple, oldoum «je fus» et ealàum «je mourus» s'écrivent exactement de même. L'écriture, quelle quelle soit, ne rend pas toutes les nuances de la prononciation.
Ce phénomène est d'ailleurs un fait général et physiologique^ il se trouve dans les langues germaniques , par exemple , car la déflexion n'est qu'un fait se rattachant aux mêmes lois phonétiques.
^ Quand on est si sévère pour autrui, on ne commet pas des lapsus aussi graves que celui d'evi sultanyh; Xisafet n'est pas turc. ' En turc, la maison du sultan se dit: sultanyn evi. Pourtant, une inattention est moins blâmable que Tapparence d'une mauvaise défaite. Une telle apparence se trouve à la page '476, 1. 12 et sui- J. As. Extrait n° 2. (1875.) *6
riologucs, bien moins affirmatifs dans leurs débuts, sont aujourd'hui soutenus dans leurs opinions par tous les savants qui ont droit de les juger. Les disciples de Castrén, les Gabelentz , les Schott , les Schiefner, les Donner, lesLagus, les Koskinen, les savants bongrois, dont M. deUjfalvy, MM.Léouzon-Leduc, Lucien Adam et Sayous en France , retrouvent, nous assure-t-on , dans le sumérien une parenté avec les langues septentrionales.
Pour les assyriologues, celte question est secondaire; leur tâcbe est d*abord de fixer Tidiome grammaticalement, en laissant aux érudits spéciaux le soin d*y appliquer les principes de la pbilologie comparative. En ce qui regarde ce point, les assyriologues font renvoyer la cause et les parties devant
vantes, à la ligne où il est dit : «Ëh bien! après vingt ans de recherches assidues, les assyriologues ont signalé dans les documents d*Accad ( ! ! ) seize mots hongrois , neuf mots finnois , ostiaques, permiens, votiaques, vogouls et raordouines, six mots turcs et deux mots mongols, résultat vraiment extraordinaire pour une langue qu'on annonçait comme destinée à « devenir le sanscrit des langues touraniennes. »
Les vingt cannées de recherches» assidues sont employées par M. Oppert pour prouver le défaut d'analogie entre le verbe sumérien et celui des autres langues; les vingt mots dont parie M. Halévy sont tirés de V Expédition de Mésopotamie, publiée en i858. Nous ne voulons pas empiéter sur le livre d'un collaborateur où ces questions seront traitées.
La phrase guillemetée, concernant le sanscrit, n'a jamais pu venir à l'idée d'un sanscritiste. Si elle a été prononcée , elle n'est qu'une imitation d'une malheureuse parole de Hincks, qui nomma l'assyrien le sanscrit des idiomes sémitiques. Rien, en effet, n'est plus erroné. Mais la comparaison peut être mauvaise, et le touranisme du sumérien peut néanmoins être très-réel.
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la juridiction compétente qui a retenu laflaire. Attendons donc iarrêt des hommes dont Tautorité ne sera pas l'écusée parriotre contradicteur.
Voilà la réponse en ce qui touche le suniérien.
Mais cet idiome o est pas le seul langage touranien qui existe dans le monde. Si M. Halévy avait pu prouver qu'il n'y eût pas ou de sumérien ou que cette langue ne fût pas de la souche de Touran, sa dénégation au sujet des Touraniens de la Mésopotamie resterait toujours plus que téméraire. Car que deviendra son allégation , si Ton lui démontre par des documents que les Sumériens ne sout ^>as les seuls fils de Touran qui ont habité ce paya?
Et cette preuve est facile à administrer, indéniable, irrécusable.
Dans la contrée baignée par l'Euphrate et le Tigre» arrosée par les affluents de ce dernier et appartenant, au point de vue géographique, au bassin de ces deux grands fleuves, il se trouve un pays d'une civilisation antique et d'une puissance remontant aux premiers âges de Thistoirc. C'est la contrée où, depuis des temps immémoriaux, divers peuples de différentes races s'étaient réunis pour former un faisceau bigarré de nationalités. Les Couchites du peuple de Nemrod, les Elamites de la race de Sem, les Uxiens, Cissiens (Hussi) de la souche aryenne, habitaient la Susiane, à côté des Susiens [Susinak), des Amardes [Habardip). Les rois de Suse, qui prirent Babylone en Tan 2 2 83 avant J. C, nous ont laissé des textes que , dans ces derniers temps seu-
Jement, on a expliqués. Le langage de ces inscriptions est tellement voisin de ]a langue médiqae, que quelques érudits ont même voulu donner à tort le nom à'élamite à la seconde espèce des textes trilingues des Perses. Or, la langue, sasienne et Tidiome des Mèdes appartiennent tous les deux à un groupe linguistique aujourd'hui éteint et qui , dans toutes les parties du langage, rappelle bien plus que le sumérien même, et surtout dans le verbe, Forganisation des langues altaïques. Ce n'est pas dans le mcdiquequ on pourrait chercher un système oculaire dissimulant la langue perse des Achéménides, et le susien , qui s explique par cet idiome , est par hasard tout entier écrit en signes phonétiques.
On a donc beau nier le sumérisme ou Yaccadisme , ou le touranisme d*un idiome réputé imaginaire, plus énergique encore, avec une inexorable persistance, s'impose le touranisme des textes des Kudurnakhunté, Sutruknakhunté, Silhak, Undas-Arman, des successeurs et des devanciers des Humbanigas, Humbadaranma,Ummanaldas,TeummanetUmmanmenan. Ce sont des langues où kik veut dire « ciel />, , marun « terre » , [an)napn dieu » , [an)nan «jour » , nanlihante « soleil », è el eva « maison » , gik a maître » , zankik «le régent», khan-ik «puissant», sasinak et sasnak «noble», atta «le père», sak et sakri «fils»>; des idiomes où vara signifie «être», hutte «faire», kuti «apporter», du «être»), yiak «et», et kiis «jusqu'à ». Ce sont des idiomes où les syllabes sufBxées forment des factitifs, des désidératifs, des récîpro-
ques, où les temps se modifient par d autres syllabes
agglutinantes, où il ny a que des postpositions. En
médique et en susien , on trouve répétées toutes les
marques qui caractérisent les idiomes dits touraniens ,
et ce peuple susien a habité le bassin de TEuphrate
et du Tigre :
Jam proximus ardet Ucalegon.
Pour qui a visité le pays, il est diOiciie de dire où finit la Susiane et où commence la Chaldée. Il y a donc eu des Touraniens dans ces pays^, et c'est déjà en 2 283 avant J. G. qu'ils ont pris Babylone et qu'ils y ont inauguré un règne de 22^ ans.
Et ces mêmes monarques susiens ont écrit à Babylone en sumérien et en assyrien, car il y avait déjà des Sémites dans ces pays depuis très-longtemps.
Quel nom méritent maintenant les « observations [prétendues] critiques sur les prétendus Touraniens de la Mésopotamie?»
Il y a eu des Touraniens en Mésopotamie ; nous savons quand ils y sont venus. Était-ce pour la première fois? Nous ne devons pas l'affirmer.
Si M. Halévy avait, par impossible, réussi à prou-
^ M. Halévy, sans connaître les textes susiens , a prétendu « à la séance du 12 février 1876 de la Société asiatique, avoir trouvé 1 5o ( ! ) noms sémitiques en Susiane. Puisqu'il y a eu des Ëiamites dans ces contrées, il y a eu des Sémites, des noms sémitiques. Mais la plupart des noms résistent à cette manie pansémitisante.
ver, soit la non-existence de ia langue suttiérienne, soit le sémitisme ou Taryanisme de fidiome reconnu comme tel, ii n aurait pas eu besoin de recourir à des arguments théologiques, philosophiques, juridiques, mythologiques, historiques, préhistoriques, géographiques, ethnologiques, paléographiques, archéologiques et artistiques. Une bonne raison suffisait, comme la Fameuse excuse à Tëgard des canons qu on n avait pas. Tous ses arguments ai hominem se laissent facilement retourner contre lui; ils peuvent servir à lui prouver justement le contraire de ce qu'il avance. Les assyrioiogues ne se préoccupent donc pas de ces trop nombreuses objections, de ces demandes si telle ou telle chose est possible; ils ne font même aucune réclamation , qu ils pourraient soulever néanmoins, au sujet des Grecs, de Bellérophon et de Palamède.
■Ces objections ont la même valeur que les conclusions tirées par M. Halévy au sujet des connaissances prétendues insuffisantes des Grecs en matière de navigation, et qu'il soulève contre l'invasion des populations ioniennes en Egypte, dans sa polémique contre Emmanuel de Rouget Les noms dont il combat l'existence se trouvent dans les textes, tout comme les noms géographiques toaraniens qu'il ignore ou qu'il veut sémitiser.
M. Halévy insiste surtout sur le point suivant. H voit un argument contre nous dans le silence des auteurs anciens; mais que vaut cette objection?
* Voir Halévy, Etades berbhes. Joixmal asiat. 1874, t. IV, p, 409.
Les cinquante auteurs qui ont composé des histoires spéciales de l*Assyrie, de la Ghaldée, de la Perse, de la Médîe, des Parthes, de la Scylhie, de rinde, de l'Arabie, de la Phénicie, de la Gappadoce, de la Lydie, de la Bilhynie, de la Phrygie et de tant d'autres pays , sont tous perdus pour nous. L'historien qui s'occupe des antiquités asiatiques sait que souvent un horizon tout nouveau est ouvert par un seul mot conservé dans un palimpseste retrouvé par un hasard heureux, sur lequel on ne devait pas compter. Que saurait-on de bien des rois sans les médailles ? que sait-on du règne de Trajan ?
Le silence de la Bible ou des auteurs classiques ne prouverait donc absolument rien contre l'existence antique de Touraniens en Mésopotamie; mais même cette allégation du silence est inexacte. L'antiquité nous a laissé des notions indiscutables à ce sujet ^, malgré la situation si défavorable que la perte de tant d'ouvrages grecs, dont les noms même sont oubliés, a faite à l'historien de l'Asie antique.
Nous abordons maintenant la question de l'origine non sémitique des signes cunéiformes.
L'étude consciencieuse des signes cunéiformes a fait ressortir plusieurs points très-connus. Les signes syliabiques ont souvent plus d'une seule valeur; ils ont en même temps une ou plusieurs acceptions
* Voyez les ouvrages de nos collaborateurs sur ce sujet.
idéographiques, dont Tune dérive de Thiéroglyphe primitif qui a donné naissance au signe cunéiforme.
Mais puisque plusieurs langues , et i*on en connaît cinq jusqu'à présent, ont appliqué aux mêmes signes les mêmes valeurs phonétiques et les mêmes ac* ceptions, il est clair q^ane nation peut seule avoir inventé ce système. Chez les cinq nations, les mêmes images représentant le poisson, Toiseau, Tœil, loreille, le père, ont les valeurs phonétiques de ha, ha, si, pi, ai. Nous ne citons que ces exemples; mais nous pourrions en mentionner bien davantage. Il est évident, de même, que la coïncidence ne peut être fortuite, mais que ces sons, et non d autres, furent attachés aux images , parce que , dans la langue des inventeurs, ils représentaient les objets désignés. Ainsi, dans Tidiome primitif, ha devait signifier «poisson », ou la syllabe devait commencer le mot, Jiu « oiseau » , at « père » , si « œil » , pi « oreille ».
Ce.xamen de ces images a prouvé qu il n'existait pas un seul cas où cette coïncidence pouvait être expliquée par les langues aryennes ou sémitiques. D'autre part, un bon nombre de matériaux lexicographiques s adapte bien à des dialectes appartenant aux langues dites oucjro-Jinnoises , altaïques ou toaraniennes. Ce qui au commencement ne fut qu'une hypothèse hardie d'un assyriologue, est aujourd'hui reconnu par tous les hommes compétents. Les archéologues préhistoriques sont arrivés à des résultats analogues. Un critique éminent a dit «que Thomme, qui que
ce fût, qui avait fait cette remarque, était à coup sûr une sorte de ChampoUion ^. »
La première hypothèse fut confirmée quand on découvrit la langue qui contenait ces mots, quand on examina ses suffixes , ses postpositions , quelquesunes de ses particularités dans la conjugaison même. Plusieurs des phénomènes que les assyriologues croyaient être isolés et différents des autres idiomes touraniens, ont été rattachés à l'ensemble de la philologie touranienne naissante, et retrouvés par des savants plus spéciaux que ne le pouvaient être les assyriologues dans un domaine qui n'était pas le leur.
Cette écriture idéographique etsyllabique passa, entre autres, chez les Assyriens sémites qui acceptèrent, avec les idées de «poisson, d'oiseau, d'oeil, d'oreille et de père», également les valeurs syllabiques des ha, }ii, si, pi, at. Si les Assyriens sémites voulaient lire les signes idéographiques, ils devaient les prononcer dans leur langue. Ils ajoutaient donc quelquefois une ou plusieurs valeurs secon-
^ Gosche, Compte rendu scientifique de tannée i856. Zeitschrift der deutschen morgenlàndischen Gesellschtift, vol. XI, p. 807 .
«Un des plus grands résultats (des travaux d*uii assyriologue) est sans contredit Tintroduction (Einreihang), déjà nécessitée a priori par d'autres questions, dans Thistoire primordiale, d'un peuple antique, scythique, touranien ou finnotartare. Je veux une bonne fois accentuer fortement qu une épopée finnoise telle que le Kalevala exige la préexistence d'une pareille nation. Toute épopée mythologique, même la plus fugitive, doit avoir une telle base. Par ce fait, on ouvre une nouvelle voie à l'histoire des origines de l'Asie occidentale et de TËurope. » (Ibidem, p. Sog.)
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daires aux valeurs touraniennes; de là la polyphonie du syllabaire assyrien si attaquée d'abord , et si certaine aujourd'hui , parce qu'on en a trouvé la raison.
Mais, proportion gardée, ce nest que rarement que les Séniiles ont créé une nouvelle valeur phonétique tirée de leur propre langue. Par exemple, les cinq caractères cités nont pas la valeur syllabùfae de non n poisson » , issur « oiseau » , en « œil » , uzn « oreille » , a6 « père ».
Les assyriologues ont fait la part de ces introductions sémitiques. M. Halévy leur a emprunté ces données en voulant les tourner contre eux-mêmes. Il a tenté de dresser une liste de cent six signes qui prouveraient, selon lui, Torigine sémitique du syllabaire assyrien; en réalité, ils ne font que confirmer la thèse des savants combattue par lui.
M. Halévy a soigneusement négligé à peu près six cents signes qui détruisent sa théorie : ils ne paraissent pas à rhorizon. Quant aux cent six signes, il n y en a que quinze qui soient spécieux, sans être inattaquables ; ils prouvent la thèse des assyriologues , à savoir que les Assyriens sémites ont, pendant les quelque milliers d'années où ils se servirent de l'écriture anarienne , ajouté quelques valeurs provenant de leur propre langue. Ce sont, dans sa liste, les numéros 1 1, 22, 28, 28, 28, àiyàk, kS, ^9, 62, 69, 78, 85, gâ, 99. Quant aux 91 autres, ils reposent sur un manque absolu de préparation^ ces études et sur des allégations inexactes qui ne s'expliquent que par un étrange oubli des textes et des faits.
Le lecteur jugera; prenons-ies un à un.
1. A signifie «eau» et se prononce mû. Le mot abla, que cite M. Halévy, n*est qa*tme stgle assyrienne, que M. de Sauicy a expliquée > il y a trente ans.
2. U «maître» est bel; Yumnn «artiste» de M. Haiévy n existe pas. Le mot aman est un moi sumérien de la glose n, à'Jfbàj signifiant «sang», icnnu en assyrien.
3. BA dans auenn texte ne veut dire «faire» ; erreur de M. Haiévy. La racine signifie •« déchirer ».
4* BË ne veut pas dire «mal», mais «sang». Le hésu de M. Haiévy tcmibe donc de lai-même. Les deux signes hddda sont un mot sumérien qui veut dire « mortel » , d'où la prononciation de bai attachée à ce signe. Le mot assyrien bïju est exprimé par kil,