DU CHAPITRE IY (2) DU LIVRE ΠΙ
dividus étaient déjà abandonnés à cette indépendance dans la vie privée qui est inséparable des 80ciétés populeuses, Aristote appliquait la législation à tous les actes de la vie; pendant qu’Alexandre préparait par ses conquêtes et par sa politique la fusion du monde Grec et du monde Oriental, son maître lui conseillait de gouverner les Grecs en confédérés et les barbares en esclaves (1). Aristote ne soupçonnait pas ‘plus que Platon que l'avenir appartenait aux grands empires, à l’indépendance morale de l’individu, à l'égalité naturelle des hommes. Si la morale de Platon et d’Aristote diffère peu de la nôtre, il y a ün abîme entre leur idéal politique et les législations modernes. C’est que les devoirs de l'individu varient peu suivant les lieux et les temps ; mais il en est tout autrement de la constitution de la famille et des rap- "ports soit des différentes classes de la société, soit des États et des races. La volonté de l'individu est souveraine dans la pratique de ses devoirs ; elle n’a qu’une faible prise sur les institutions sociales. Celui qui est responsable de ses actions est tenu de savoir ce qu’il doit faire ; mais l'individu n’est jamais obligé et est bien rarement capable de comprendre comment la société où il vit doit être constituée. Les hommes de génie eux-mêmes qui s'appliquent à ces grandes questions n’idéalisent que leur expérience;
(1) Plutarque, de Alerandri seu virtute seu fortuna ([, 6).
leurs spéculations sont l’expression philosophique des préjugés de leur temps et de leur pays. Les institutions lacédémoniennes et crétoises ont évidemment servi de base à l'idéal politique de Platon et d'Aristote; le spectacle du monde Gréco-oriental, avec ses grandes monarchies despotiques et l’abaissement des barrières qui séparaient la Grèce de l'Asie, devait conduire les Stoïciens à séparer définitivement la morale de la législation, et à professer le cosmopolitisme (1). Enfin, de nos jours, la société moderne, élevée par le christianisme, a produit les idées de 1789. ὁ
(1) Denis a très-bien développé ce point (Histoire des théories et de idées morales dans l'antiquité, I, pp. 246 et suiv.)