‹ Études sur AristoteChapitre 19 sur 21 · ἃ 4. 1401 ἃ 2. An. pr., 11, 16. 65 a · texte numérisé non relu

ἃ 4. 1401 ἃ 2. An. pr., 11, 16. 65 a

La substitution de διαλεχτική à ἀναλυτική était donc tout à fait possible ; et je crois qu’elle a eu lieu dans plusieurs passages d’Aristote.

Rhét., 1, 1. 1355 ἃ 9. Ἐπεὶ δὲ φανερόν ἐστιν ὅτι ἡ μὲν ἔντεχνος μέθοδος περὶ τὰς πίστεις ἐστίν, ἡ δὲ πίστις ἀπόδειξις τις —, ἔστι δ᾽ ἀπόδειξις ῥητορικὴ ἐνθύμημα, .... τὸ δ᾽ ἐνθύμημα συλλογισμός τις, περὶ δὲ συλλογισμοῦ ὁμοίως ἅπαντος τῆς διαλεχτικῆς ἐστὶν ἰδεῖν, ἢ αὐτῆς ὅλης ἢ μέρους τινός, δῆλον ὅτι ὁ μάλιστα τοῦτο δυνάμενος θεωρεῖν, ἐκ τίνων καὶ πῶς γίνεται συλλόγισμός, οὗτος χαὶ ἐνθυμηματιχὸς ἂν εἴη μάλιστα, προσλαδὼν περὶ ποῖά τ᾽ ἐστὶ τὰ ἐνθυμήματα καὶ τίνας ἔχει διαφορὰς πρὸς τοὺς λογικοὺς συλλογισμούς " τό τε γὰρ ἀληθὲς χαὶ τὸ ὅμοιον τῷ ἀληθεῖ τῆς αὐτῆς ἐστὶ δυνάμεως ἰδεῖν. Dans ce passage, ou il faut substituer ἀναλυτιχῆς à διαλεχτικῆς, ou il faut reconnaître que, par exception, le mot διαλεχτική désigne ici, non pas la faculté de disputer sur toute question proposée avec des opinions plausibles, mais la science du raisonnement et de la démonstration ; car, quand Aristote dit qu’il appartient à toute la dialectique, ou à une partie de la dialectique, de faire la théorie de toute espèce de syllogisme, on s’explique

ce qu'il veut dire, en se rappelant que ses Analyti- | ques sont divisés en deux parties : les Premiers Analytiques, où il fait la théorie de toute espèce de raisonnements ; les Seconds Analytiques, où 1] fait la

théorie de la démonstration ou du raisonnement scientifique. D'ailleurs , quand Aristote dit que le dialecticien peut savoir avec quels éléments et comment se construit un syllogisme, on se rappelle qu'il ἃ employé précisément cette formule pour désigner le sujet de ses Premiers Analytiques (1, 4.25 b 26): Λέγομεν (λέγωμεν ?) ἤδη διὰ τίνων καὶ πότε καὶ πῶς γίνεται συλλογισμός " ὕστερον δὲ λεχτέον περὶ ἀποδείξεως. Ainsi, dans le passage qui nous occupe, le mot dialectique s’appliquerait à l’analytique, et à l’analytique exclusivement. 1] me paraît moins invraisemblable d'admettre 4υ᾽ ἀναλυτικῇς ἃ été changé par les copistes en duwλεχτικῆς (1).

Rhet. 1, 2. 1356 a 26. Aristote vient d’énumérer les trois moyens de persuasion, caractère personnel de l’orateur, passions des auditeurs, argumentation. Érei δ᾽ αἱ πίστεις διὰ τούτων εἰσί, φανερὸν ὅτι ταῦτα τὰ τρία ἐστὶ λαθεῖν τοῦ συλλογίσασθαι δυναμένου καὶ τοῦ θεω-

(1) Waïtz (Π, p. 354) pense que dans le passage de la Rhétorique λογιχὸς συλλογισμός désigne la démonstration scientifique, quoique aileurs ( An. post., 11, 8. 93 ἃ 15) la même expression soit opposée à ἀπόδειξις et désigne par conséquent un raisonnement dialectique. Je crois qu'elle désigne aussi le raisonnement dialectique dans le texte de la Rhétorique; car on lit Rhét., II, 22. 1395 Ὁ 23 : ὅτι μὲν οὖν τὸ ἐνθύμημα σύλλογισμός τις ἐστίν, εἴρηται πρότερον, καὶ πῶς συλλογισμός, καὶ τί διαφέρει τῶν διαλεχτιχῶν. Quand Aristote dit que la vérité et la vraisemblance relèvent de la même faculté, il veut dire que celui qui sait de quels éléments et comment se construit tout syllogisme, est aussi le plus capable de faire des enthymèmes, c'est-à-dire, des raisonnements composés de propositions vraisemblables.

πάθη... ὥστε συμδαίνει τὴν ῥητορικὴν οἷον παραφυές τι τῆς διαλεχτικῆς εἶναι καὶ τῆς περὶ τὰ ἤθη πραγματείας. ἣν δίκαιόν ἐστι προσαγορεύειν πολιτικήν. Quoique souvent le mot συλλογίζεσθαι signifie disputer, raisonner dialectiquement, il est évident qu'il a ici un sens plus général, et que l'expression τοῦ συλλογίσασθαι δυναμένου est synonyme de τοῦ δυναμένου θεωρεῖν ἐκ τίνων καὶ πῶς yiveται συλλογισμός, On ne peut garder de doute sur ce point, quand on voit qu'Aristote renvoie à ce texte dans les termes suivants (Rhet. I, 4. 1359 b 8): ὅπερ γὰρ καὶ πρότερον εἰρηχότες τυγχάνομεν, ἀληθές ἐστιν, ὅτι ἡ ῥητορικὴ σύγχειται μὲν ἔχ τε τῆς ἀναλυτιχκῆς ἐπιστήμης χαὶ τῆς περὶ τὰ ἤθη πολιτικῆς, ὑμοία δ᾽ ἐστὶ τὰ μὲν τῇ διαλεχτιχῇ τὰ δὲ τοῖς σοφιστιχοῖς λόγοις. La comparalson des deux passages montre avec évidence qu'il faut lire dans le premier ἀναλυτικῆς au lieu de διαλεχτικῆς (1). ᾿

An. post. 1, 11. 77 ἃ 29 (je change la ponctuation de Bekker pour indiquer plus clairement‘la construction) : Érixotvovoüor δὲ πᾶσαι αἱ ἐπιστῆμαι ἀλλύέλαις χατὰ τὰ χοινὰ (χοινὰ δὲ λέγω οἷς χρῶνται ὡς ἐκ τούτων

(1) Quintilien IT, 17, 14 : Aristoteles. de arte rhetorica tres libros scripsit, et in eorum primo uon artem solum eam fatetur sed ei particulam civilitatis sicut dialectices assignat. On ne peut rien conclure de cette citation de Quintilien, relativement à ce qu'on lisait de son temps dans Rhét., I, 2. 1356 a 26, puisqu'elle se rapporterait aussi bien à Rhét ,1, 4. 1359 ἢ 8. et qu’en tout cas Quintilien a pu substituer le mot dialectice au mot analytice, qui n'aurait pas été clair pour ses lecteurs.

σιν), καὶ ἡ διαλεχτιχὴ πάσαις, καὶ εἴ τις χαθόλου πειρῷτο δεικνύναι τὰ χοινά, οἷον ὅτι ἅπαν φάναι ἣ ἀποφάναι, ἣ ὅτι ἴσα ἀπὸ ἴσων, ἢ τῶν τοιούτων ἄττα. H δὲ διαλεχτικὴ οὐκ ἔστιν οὕτως ὡρισμένων τινῶν, οὐδὲ γένους τινὸς ἑνός. Brandis (p. 240) indique qu'il suspecte l'intégrité de χαὶ ἡ διαλεχτικὴ πάσαις, et plus haut (p. 142) il dit que, si Aristote ne fait mention dans ce passage que de la dialectique comme commune à toutes les sciences, ce qui est ajouté renferme une allusion à l’analytique dont l’objet touche à toutes les sciences. Je pense que le soupçon de Brandis est fondé, mais je ne crois pas que dans ce qu’Aristote dit de la science qui essaye de démontrer les axiomes, et qui est la philosophie première, il ÿ ait une allusion à l’analytique dont l'objet est tout différent. Remarquons que, d’après l'enchaïinement des idées, il faut sous-entendre ἐπιστήμη avec τις, et que dans les mots précédents il

faut chercher une science. Or, comme le dit immé- ἢ diatement après Aristote, la dialectique n’a pas d’objet déterminé, comme les sciences dont il vient de parler (οὔτως), et par conséquent n’est pas une science. Quelle est done la science qui a quelque chose de commun avec toutes les sciences, comme la philosophie première ? Ce ne peut être que la science du raisonnement et de la démonstration. Il faut donc

lire : καὶ ἡ ἀναλυτικὴ πάσαις.

De la Topique au temps de Cicéron.

Thionville a très-bien exposé ( Théorie des lieux communs, p. 93 et suiv.) quelles sont les différences qui séparent la théorie des lieux, telle qu’elle est exposée par Cicéron de eelle qui se trouve dans les Topiques d’Aristote. Il est peut-être un peu sévère pour Cicéron, qui vraisemblablement a suivi de près quelque philosophe grec contemporain. À qui faut-il attribuer la théorie des lieux et la cjassification des thèses qu'on trouve dans le De Oratore, les Topiques et les Partitions oralorres ἢ

Cicéron attribue exclusivement aux écoles péripatéticienne et académicienne l'exercice qui consiste à disserter dans les deux sens contraires sur une question générale ou thèse (De Orat., III, 27, 107); il n’était done pas en usage chez les stoïciens. C’est donc aux péripatéticiens et aux académiciens qu'il faut attribuer la classification des thèses; et Cicéron le dit d’ailleurs indirectement ( De Orat., IT, 28): Dicunt igitur nunc quidem illi, qui ex particula parva urbis ac loci nomen habent et Peripatetici philosophi aut Academici nominantur... omnem civilem orationem in horum alterutro genere versari, aut de finita .controversia.. aut infinite de universo ge-

ει 256 APPENDICE.

nere... atque hactenus loquuntur [illi. Quamquam rhetores] etiam hac in instituendo divisione utuntur, sed ita, non ut jure aut judicio, vi denique recuperare amissam possessionem, sed ut jure civili surculo defringendo usurpare videantur. Nam illud alterum genus quod est temporibus, locis, reis definitum, obtinent... Alterum (les thèses) vero tantummodo in prima arte tradenda nominant et oratoris esse dicunt; sed neque vim neque naturam ejus nec partes nec genera proponunt, ut præteriri omnino fuerit satius quam attemptatum deseri. Les mots placés entre crochets ont été intercalés par Hotman pour combler la lacune des manuscrits ; l’enchaïînement des idées me semble indiquer qu'il fautsuppléer autre chose, comme atque hactenus loquuntur eadem philosophi acrhetores. Nam rhetoreseliam, ete. Jusqu'ici les philosophes et les rhéteurs disent la même chose; ils s'accordent à diviser les sujets en causes et en thèses ; car les rhéteurs établissent aussi cette division, mais c’est seulement pour

faire acte de propriété; car ils se contentent de faire mention des thèses et de dire qu'elles sont du domaine de l’éloquence , sans les définir ni les distribuer en espèces et en genres. Cicéron indique clairement par à que cette classification est due aux philosophes, aux philosophes qu’il vient de nommer, les académiciens et les péripatéticiens ; il le dit même formellement un peu plus bas (c. 29, 114) : Redeunt rursus ad conjecturam eamque in quatuor partes dis-

pertiunt. Il est possible que cette classification des thèses soit d'origine péripatéticienne ; l'exemple de la division est la division péripatéticienne en biens du corps, biens de l'âme, biens intérieurs ; la description des Caractères, ce genre de composition (1) propre à l’école péripatéticienne forme l’une des subdivisions. La division en questions de'spéculation, et questions se rapportant à la conduite de la vie, se retrouve dans Aristote (Top. I, 11.104 a 1). Les subdivisions des questions spéculatives offrent des particularités remarquables : la subdivision générale est tirée de la forme logique de la proposition mise en question : an sit, quid sit, quale sit ; la subdivision de la question de qualité est tirée de la matière de la proposition : l’utile, le juste , l'honorable. Il est clair qu'ici Aristote n’a pas été suivi, et qu'on a abandonné sa division en questions d'accident, de genre, de propre, de définition. Il est impossible aujourd’hui de savoir à quelle époque ἃ été établie la classification exposée par Cicéron; ce qui est certain, c’est qu’elle repose sur les mêmes principes que la division des στάσεις établie par le rhéteur Hermagoras, dont l'autorité paraît avoir été très-grande au temps de Cicéron, et dont l'ouvrage a peut-être servi de base aux rhéto-

(1) Théophraste en avait sans doute donné le premier exemple; car la littérature philosophique et oratoire de l’école péripatéticienne semble dériver de lui. Il me parait peu prohable que les Caractères de Théophraste, déjà mentionnés par Diogène Laërce comme un ouvrage à part, soient des extraits d’un écrit de morale ou de rhétorique.

riques composées après lui. Hermagoras et les autres rhéteurs de l'antiquité après lui entendaient par στάσις (constilutio) ce que nous appelons le nœud de la question, ce à quoi se rapporte toute l’argumentation (1). Hermagoras distinguait quatre στάσεις (2): στοχασμός (en latin conjectura, an sit?}, ἰδιότης (proprietas, quid sit?), μετάληψις (translatio, quem aut quicum aut quomodo aut apud quos aut quo jure aut quo tempore agere oporteat ? Cic. De Inv., 1, 12; la question de procédure), κατὰ συμβεβηκός (plus tard ποιότῆς, qualitas , quale sit?). Il subdivisait la question d'accident ou de qualité en questions du genre délibératif, du genre démonstratif, du genre judiciaire, et questions de chose (comme : La richesse inspire-t-elle l’orgueil ?). On reconnaït dans ces divisions la classification des thèses spéculatives ; il n’y a de supprimé que la question dé procédure, et la question de chose comme espèce de la question de qualité ; il est remarquable que la subdivision des thèses relatives à la qualité en questions de l’utile, du juste, de l’honorable, réponde exactement aux genres délibératif, judiciaire et démonstratif Il est donc probable que cette classification des thèses a été empruntée aux rhéteurs (3); car, si elle avait été établie par des philosophes, en de-

(1) Quintilien, ΠῚ, 6, 21.

(2) Quintilien, 11, 6, 56-60. Cicéron, De Inv., I, 8-11.

(3) On ne sait pas au juste à quelle époque vivait Hermagoras, ni

s’il était l'auteur de la théorie des στάσεις. Quintilien le place entre Théophraste et Apollonius Molon, le maître de Cicéron (IL, 1, 16); il

hors de toute préoccupation de la rhétorique, on ne conçoit pas comment ils auraient rapporté la question de qualité uniquement à l’utile, au juste, à l‘honorable. Il est singulier que Cicéron reproche aux rhéteurs de n’avoir pas distribué les thèses en genres et en espèces; les philosophes auxquels Cicéron ἃ emprunté cette classification n’avaient certes fait aucuns frais d'invention. Cet exemple montre d’ailleurs combien, dansl’école péripatéticienne de cetteépoque, la philosophie et la rhétorique étaient confondues.

Quant à la théorie des lieux exposée par Cicéron, elle repose évidemment sur d’autres principes que celle d’Aristote. Elle n’appartenait pas aux rhéteurs, qui, du temps de Cicéron, n’en faisaient aucun usage. Telle qu’elle est exposée dans les Topica, elle contient un emprunt fait aux stoïciens , la théorie du syllogisme hypothétique (chapitres XIII et XIV). Comme les péripatéticiens d'alors étaient étrangers à la logique stoïcienne, il est possible que Cicéron doive sa théorie des lieux à ses maîtres de l’Académie, qui mêlaient le stoïcisme avec les doctrines académiques et péripatéticiennes.

dit de lui: Fecit velut propriam viam quan plurimi sunt secufi. Il aurait done inventé, sinon le mot de στάσις (voir Quintilien, ΠῚ, 6, 3), ah moins Ja théorie. Il en résulterait que la classification des thèses exposée parCicéron serait postérieure à Hermagoras, et par suite à peu près contemporaine de Cicéron.

Cicéron et la Rhetorique d’Aristote.

Il est remarquable que, dans tous les ouvrages où Cicéron annonce ou seinble annoncer qu'il suit Aristote, un examen attentif ne découvre aucun rapport direct avec les doctrines exposées dans les écrits que Cicéron cite lui-même. 11 n’a pas échappé à la critique pénétrante de Madvig (1), que le cinquième livre du De Finibus expose la morale péripatéticienne d’après l’académicien Antiochus, et que Cicéron ne s’est pas servi de la Morale à Nicomaque, qu'il considère pourtant comme l'expression fidèle des principes d’Aristote. Si Cicéron a lu les Topiques d’Aristote, il n’a pas fait le moindre usage de ses souvenirs dans l'écrit qu'il ἃ composé pour Trébatius sur ce sujet. Je me propose de montrer ici que les doctrines du De Oratore, mises par Cicéron sous le patronage d’Aristote, n’ont aucun rapport avec celles que l’on trouve dans la Rhétorique d’Aristote.

Α la passion pour l'éloquence, qui était son génie, sa gloire et sa puissance, Cicéron avait toujours associé un goût très-vif pour les études philosophiques (2). Il les avait, il est vrai, cultivées moins

(1) Voir son Commentaire, et l'Excursus VII.

(2) Brutus, 59, 306. 91, 315.

pour elles-mêmes que dans le but de donner à son

éloquence une originalité qui le distinguât entre les orateurs romains (1). C'est ce qui l’avait attaché à l’école académique : par sa méthode de disserter sur le pour et le contre , elle lui paraissait propre à développer le talent de l’argumentation oratoire; par ses doctrines, peu éloignées de l’opinion vulgaire, elle fournissait des lieux communs brillants (2). Quand les révolüutions politiques de Rome l’eurent comme exilé des affaires , et que la coalition de César, Pompée et Crassus, resserrée à l’entrevue de Lucques (56 avant J.-C.), lui eut enlevé toute possibilité de prendre la parole avec indépendance et autorité, la pensée qu'il avait eue autrefois en de semblables circonstances (3), de cultiver la philosophie, se représenta avec plus de force à son esprit: il résolut d'augmenter par ses écrits une renommée qu'il ne pouvait plus soutenir par ses discours. Les Romains n'avaient pas encore de littérature philoso-

(1) Brutus, 93, 322.

(2) Orator, 3, 12. Fateor me oratorem, si modo sim aut etiam quicumque sim, non ex rhetorum officinis, sed ex Academiæ spatiis exstitisse. Paradoxa, proæmium, 2 : Nos ea philosophia plus utimur quæ peperit dicendi copiam, et in qua dicuntur ea, quæ non multum discrepant ab opinione populari. — De Oratore, IIL, 36, 145. II, 38, 161. Orator, 3, 12. — Sur l'emploi des développements généraux dans un discours, voir De Oratore, I, 33,151. 13, 56. Brutus, 93, 322. Il se vante, dans une lettre à Caton, d’avoir introduit la philosophie au Forum (Ad Fam., XV, 4). La trace de ses études philosophiques est évidente dans les Philippiques, mais beaucoup moins reconnaissable

dans les discours antérieurs.

(3) Brut., 89, 306.

phique: Cicéron voulut avoir la gloire de Ia créer. Il forma le projet d'écrire sur la rhétorique et la philosophie ; car, à ses yeux, la philosophie et l’éloquence dans leur perfection sont inséparables. Suivant Cicéron, elles étaient unies autrefois ; la sagesse était toujours compagne de l’art de bien dire; c’est à partir de Socrate que les philosophes et Jes orateurs se sont réciproquement méprisés ; encore ÂAristote et Théophraste ont-ils ἘΠῚ à l’enseignement de k philosophie l’enseignement de la rhétorique (1). Cicéron se proposait de rétablir une allrance nécesgaire et depuis longtemps rompue (2). ἢ se considérait comme assuré de la supériorité sur les rhéteurs et les philosophes latins, qui n’avaient aucune importance ; les rhéteurs et les philosophes grecs de son temps étaient hors d'état de rivaliser avec 1] comme écrivains (3); quant au fond des ehoses, il croyait mieux connaître la rhétorique que les rhéteurs de profession , et il pensait qu’il n’était pas besoin de longues études pour s'approprier les doctrines philosophiques. La philosophie, qui se réduisait pour lui et pour ses contemporains à la morale et à la politique, n'était pas, suivant lui, une science spéciale

(1) De Or., III, 15-16. 19. 32-35.

(2) Il me parait annoncer qu'il écrira sur Ja philosophie, De Orat., IL, 24, 95, H se 16 fait prédire par Crassus et Antoine, De Or., I, 21,95. 17, 79. ΠΙ, 21, 80. Cf. Orator, 5, 17. Dans De Divinatione, IL, 1, 4, il met ses ouvrages sur la rhétorique dans la même classe que ses écrits

philosophiques.

(3) Les rhéteurs manquaient d'éloquence, De Or., I, 20, 91.

comme la géométrie; un orateur exercé pouvait l’apprendre, comme il apprend un procès, et en parler mieux que les philosophes de profession (1). . Enfin il se flattait de surpasser, et à la fin de sa vie il était convaincu d’avoir surpassé Platon, Aristote et Théophraste, Isocrate et Démosthène; car il avait réuni les deux genres d’éloquence qui étaient partagés entre ces Grecs illustres ; il avait associé l’éloquence de la philosophie avec celle des affaires (2); ses écrits offraient à l'admiration du monde grec et romain l'idéal, pour la première fois réalisé, de l'orateur (3).

Il commença en 55 l'exécution de son plan par la publication du De Oratore, sans doute parce qu’un ouvrage sur l'art oratoire, qui était si. estimé οἱ si cultivé par les Romains, devait trouver aussitôt un accueil plus favorable que des spéculations philosophiques (4). Cicéron avait d’ailleurs saisi cette occasion de préparer l'opinion publique à son entreprise, et de recommander la philosophie aux Romains en développant qu’elle est absolument indispensable à l'orateur. C'était une opinion que les rhéteurs ne professaient pas, et même qu'ils combattaient; mais

(1) De Orat., ΠΙ, 21, 79.

(2) De Officiis, I, 1, 3-4.

(3) De Orat., II, 35, 143. 21,80. ΄Ώ ®

(4) Il est à remarquer que le De Republica est le premier de ses ouvrages philosophiques. Cicéron redoutait évidemment d'écrire des ou-

vrages de pure philosophie, avant que l'opinion füt suffisamment préparée, et que le goût du public füt éveillé.

Cicéron prétendait se distinguer des rhéteurs de profession, soit par la forme, soit par les doctrines de son ouvrage. Les ouvrages des rhéteurs de ce temps paraissent avoir été des espèces de manuels écrits avec une aridité technique, des formes scolastiques (1), dans un but exclusivement pratique ; les préceptes de détail n'étaient pas ramenés à des vues générales. Cicéron donnait à son exposition la variété, l'abondance, et l'éclat du style oratoire : et il n’empruntaiït pas seulement à Aristote la forme dramatique de ses dialogues (2); il prétendait aussi suivre sa doctrine, en appliquant les méthodes de la philosophie à l’art oratoire.

Suivant Cicéron, la méthode du philosophe est la même que eelle de l’orateur ; l’orateur accompli est philosophe, car il doit pouvoir traiter de tous les sujets (3). L'art de trouver et de juger les arguments, que Cicéron appelle dialectique, ne diffère pas essentiellement de l’art de parler: le dialecticien resserre l'expression de la pensée, l’orateur la développe. Cicéron prétend retrouver (4) cette distinction dans

(4) Cicéron, De Inv., I, 6, 8. Tacite, De Causis corrupiæ eloquenliæ, 19. |

(2) Ad. Fam., I, 9, 23.

(3) De Or., I, 15, 64. 11-16. III, 21. 35, 143.

(4) @rator, 32, 114: Atque etiam ante hunc (Zénon, qui comparait la dialectique à la main fermée , l’éloquence à la main ouverte) Aristoteles principio artis rhetoricæ dicit illam artem quasi ex altera parte respondere dialecticæ , ut hoc videlicet differant inter se, quod hæc ratio dicendi latior sit, illa loquendi contractior.

la proposition qui commence la Rhétorique d’Aristote : La rhétorique fait le pendant de la dialectique. Mais son interprétation n'est pas moins, contraire au sens de cette proposition qu’à l'ensemble des idées d’Aristote. D'abord le mot dialectique n’a pas le même sens pour Aristote et pour Cicéron: il est synonyme de logique pour Cicéron; il signifie l’art de disputer pour Aristote. Ensuite, quand Aristote dit que la rhétorique fait le pendant de la dialectique, il ne veut pas dire qu'elles soient distinctes : il veut dire qu’elles sont semblables, et cette ressemblance, il la développe dans un sens absolument contraire aux idées de Cicéron. La dialectique et la rhétorique se ressemblent, en ce qu’elles ne sont pas des sciences qui aient un objet déterminé (1); les orateurs qui s'érigent en moralistes et en politiques, et qui traitent la rhétorique comme une science déterminée, la dénaturent (2). Sur ce point Aristote est en opposition directe avec Cicéron, qui considère la morale et la politique comme une province détachée de l’empire de l’éloquence (3).

Si le dialecticien et l’orateur ne diffèrent que par

(1) Aristote, Rhét., 1, 1, 1364 à 1. Cf. Appendice 10. M. Rossignol, dans un de ses savants articles sur la Rhétorique d’Aristote (Journal des savants, septembre 1842), a signalé l'erreur de Cicéron, et fait remarquer qu’Alexandre d’Aphrodisiade s’est également trompé sur le sens α᾽ ἀντίστροφος. Il l'explique paricéotpopéc τε καὶ περὶ τὰ αὐτὰ στρεφομένη, ayant le même objet, c'est-à-dire le plausible (In Top., 251 Ὁ 32-38). -

(2) Rhét., 1,2, 1356 ἃ 27.

. (3) De Orat., ΠΙ, 31, 122-123. 1, 15, 68-69.

OR ED eu tien om mm — mine a 0 nes en

la forme plus ou moins développée de l’argumentation, les méthodes de la dialectique sont applicables à la rhétorique. C'est aussi ce qu'enseigne Cicéron, en s'appuyant de l'autorité d’Aristote contre les rhéteurs de profession.

La dialectique, qui est pour Cicéron l’art de disserter, comprend l’art de trouver les arguments, ou la Topique, propre à l’école péripatéticienne, et l’art de les juger, qui était surtout cultivé par les stoïciens. Cicéron approuve que l’orateur apprenne à déméêler le vrai du faux ; mais il l’avertit de se garantir d’une précision minutieuse et aride (1). L’art de trouver les arguments est, de sa nature, antérieur à celui de les juger et plus utile (2). Cicéron applique à la rhétorique la topique et le genre d’exercices auquel elle servait ; 1l pense que disserter sur une thèse ou question générale est le meilleur exercice pour l’orateur, et que la théorie des lieux est plus élevée, plus féconde que les méthodes d'invention enseignées par les rhéteurs ; sur ces deux points il invoque l'autorité d’Aristote.

Du temps de Cicéron la thèse ne paraît pas encore avoir été du nombre des exereices préparatoires usités dans les écoles des rhéteurs ; ils faisaient plaider (1) De Orat., IE, 38, 157-159.

(2) De Orat., II, 38, 160. Quare istam artem totam dimittimus, quæ in excogitandis argumentis muta nimium est, in judicandis ni-

mium loquax. Critolaum istum (un péripatéticien ).. puto plus buic nostro studio prodesse potuisse. — Top.. 2, 6.

APPENBICE. 267

leurs élèves sur des causes fictives (1). Convaincu que la faculté de soutenir le pour et le contre avec une grande abondance d'arguments plausibles était des plus précieuses pour l’érateur (2), Cicéron pensait que la thèse était un exercice bien préférable à la déclamation (3). Il croyaitqu’Aristote préparait ses disciples à l’art de parler, en les faisant disserter oratoirement dans les deux sens contraires sur une question générale (4). Il nous est impossible de vérifier l'exactitude de cette assertion; toutefois il n’est pas improbable qu’il y a iei une confusion de la pratique suivie plus tard par les péripatéticiens avec celle d'Aristote. L'ouvrage où Aristote a réduit en théorie la dialectique ou l’art de disputer, les Topiques ne se rapportent qu'à la dispute en forme; et, en dehors de h dispute en forme, Aristote n’indique d'autre application de ses préceptes qu'aux occasions où l’on a à redresser les opinions des gens qui ne sont pas phi- Josophes, et à la recherche de la vérité en philosophie (5). H ne dit absolument rien de l’application de la dialectique à la rhétorique.

(1) Ad Quintum, ΠΙ, 3, 4 (Cicéron parle à son frère de l'enseignement donné par le rhéteur Pæonius à leurs enfants). Nostrum instituendi . genus paulo eruditius et θετιχώτερον non ignoras... ipse puer magis illo declamatorio genere duci et delectari videtur : in quo quoniam ipsi quoque fuimus, patiamur illum ire nostris itineribus; eodem enim perventurum esse confidimus. — De Orat., 1, 38, 149.

(2) De Orat., Π. 38, 161. Tusculanes, 1], 3, 9.

(3) De Orat., lil, 30, 121. Ad Quintum, III, 3, 4.

(4) Orat., 14, 46. Cf. Diogène Laërce, IV, 3. (8) Top., 1, 2. 101 a 26. VII, 1. 151 Ὁ 8. 14, 159 Ὁ 5.

Au temps de Cicéron les rhéteurg ne faisaient aucun usage de la théorie des lieux (1); la partie de la rhétorique qu'on appelle invention était renfermée dans des préceptes relatifs à chacune des parties d’un plaidoyer, et dans l’indication des arguments qui convenaient à chaque espèce de cause (2). Cicéron reconnaissait que cette méthode était bonne pour l'instruction des enfants, commode dans la pratique; mais en même temps il pensait que se borner à appliquer ces préceptes, et à faire usage des cahiers de son professeur, c'était renoncer à toute originalité (3). Les rhéteurs de profession font comme les nourrices, qui coupent la nourriture en

(1) De Orat., ΤΙ, 27, 117. NII, 19, 70. Brutus, 78, 271. Ce qu'on peut conclure de ces textes , il est facile de le vérifier dans le De Jnventione de Cicéron, et dans la Rhétorique à Hérennius, qui représentent l'enseignement des rhéteurs auxquels Cicéron fait allusion. On n’y trouve aucune mention des lieux , dans 16 sens d’Aristote et de Cicéron. L'auteur de la Rhétorique à Hérennius entend par Loci communes ce que les rhéteurs grecs appellent τόπος, ou χοινὸς. τόπος (voir les Progymnasta d'Hermogène, Théon, Aphthonius), des amplifications sur l'humanité, la cruauté, la pitié, les vicissitudes de la fortune, etc. Théon donne la définition suivante : τόπος ἐστι λόγος αὐξητικὸς ὁμολογουμένου πράγματος. On en trouve des exemples dans la Rhétorique à Hérennius II, 16, 24. 17, 26. 30, 47. Les lieux énumérés dans le De Inventione, I, 24-28 , sont propres au genre judiciaire, et ceux qui sont énumérés, ibid., I, 53-55 sont des lieux d'amplification. Aristote n’associe jamais χοινός au mot τόπος, qui pour lui désigne proprement un procédé d’argumentation commun soit aux trois classes de questions dialectiques, soit aux trois genres de discours.

(2) Voir le résumé que Cicéron fait des rhétoriques ordinaires, De Orat., IT, 19. III, 19, 70. Les traits de cette description se retrouvent dans la Rhétorique à Hérennius et le De Inventione. C'était 16 plan de la Rhétorique d'Hermagoras, comme on le voit par tout ce que Cicéron en dit, en particulier Brutus, 76, 263. 78, 271.

(3) De Fin., 1V, 4, 10. De Orat., 11, 34, 146-147. 27, 117.

petits morceaux et la donnent toute mâchée aux enfants. Si un jeune homme a déjà quelque instruction, quelque expérience , et une certaine vivacité d'esprit, il ne faut pas le conduire à quelques petits bassins isolés : il faut le mener droit à la source d’où découle toute argumentation (1); il faut lui apprendre la méthode des lieux inventée par Aristote. Les rhéteurs de profession avaient sans doute apporté dans leur enseignement plus de pratique (2), un soin plus exclusif qu'Aristote; mais ils n’avaient pas sa profondeur d'esprit. En lisant la Rhétorique d’Aristote , on reconnaissait avec admiration qu'il avait porté dans la théorie d’un art, dont il faisait d’ailleurs peu de cas, ce coup-d’æil perçant avec lequel il avait pénétré les secrets de la nature (3). Il avait en effet établi des lieux, pour faciliter l’invention des arguments, non-seulement dans la dissertation philosophique, mais encore dans la parole appliquée aux affaires (4). Cicéron ne croyait pas

(1) De Orat., II, 39, 162.

(2) On trouve un jugement analogue dans l’Orator, 3, 12: Omnis enim ubertas et quasi silva dicendi ducta abillis (les philosophes) est, nec satis tamen instructa ad forenses causas, quas, ut illi ipsi dicere solebant, agrestioribus musis reliquerunt.

(3) De Orat., II, 38, 160. L'enchainement des idées indique que cet éloge des travaux d’Aristote sur la rhétorique se rapporte principalement à la théorie des lieux.

(4) De Orat., 11, 36, 152 : Aristoteles… posuit quosdam locos , ex quibus omnis argumenti via non modo ad philosophorum disputationem, sed etiam ad hanc, qua in causisutimur, inveniretur. De Fin., V,

4, 10 : Disserendique ab iisdem (Aristote et Théophraste) non dialectice solum sed etiam oratorie præcepta sunt tradita. Il est évident

s'éloigner de ses vues (1), en énumérant comme sources de toute argumentation les lieux intrinsèques de la définition, des parties, de l’étymologie, des conjugués, du genre, de l'espèce, de la ressemblance, de la différence, des contraires, du conséquent, de la concordance, des antécédents, de la discordance, de la cause, de l'effet, de la comparaison, et les lieux extrinsèques du témoignage, de l'autorité, des pièces écrites (2). Nous avons vu précédemment que, dans Aristote, les lieux ne sont pas et ne peuvent pas être les mêmes pour la dialectique et pour la rhétorique; de plus, la Topique de Cicéron n’est pas fondée sur les mêmes principes que celle d'Aristote, soit en dialectique, soit en rhétorique; enfin Cicéron donne à l'emploi des lieux en rhétorique une importance que ne lui attribuait pas Aristote. Suivant Aristote, les propositions particulières sont plus utiles à l’orateur que les propositions générales ; les propositions spéciales servent à l’argumentation beaucoup plus que les lieux, et il a donné à l’énumération des propositions relatives à chaque genre de discours une place beaucoup plus considérable qu’à celle des lieux. Cicéron laisse de côté toute

que, dans ces deux passages, Cicéron fait allusion aux Topiques d’Aristote, comme on le voit par Topica, 1, 2.

(1) De Orat., ΤΙ, 36, 152. 38, 160. |

(2) De Orat., 11, 39-40. Top., 2-23. Dans les Partitiones oratorix, on ne trouve que les lieux propres à chaque espèce de cause, 10-14. Cicéron, ou l'auteur de ce traité, dit pourtant (20, 68) que ces lieux serviront aussi pour les thèses.

celte partie de la théorie aristotélique de l'invention | oratoire, et il fait à Aristote un mérite de ce qui n'’avait pour le philosophe qu'une valeur accessoire et subordonnée. Peut-être Cicéron ne considérait-il pas l'emploi des lieux comme aussi utile qu’il semble le dire (1). Cette théorie pourrait n'être, dans le De Oratore, qu’une sorte de parure philosophique, dont il a orné les préceptes vulgaires de la rhétorique, comme il a commencé son Orator par des considérations sur l'idéal platonicien dont il ne fait ensuite aucun usage. | Ce qui est certain, c’est que la théorie de l’invention exposée dans le De Oratore est plutôt contraire que semblable aux doctrines de la Rhétorique d’Aristote, où Cicéron dit avoir puisé. Je ne crois pas d’ailleurs. qu’il faille le rendre plus responsable de cette inexactitude que de celle avec laquelle il parle ailleurs du Dieu et de l’entéléchie d’Aristote. Il suivait sans doute de confiance, et sans remonter à la source, des philosophes grecs contemporains qui avaient étudié fort peu attentivement les doctrines du chef de l’école péripatéticienne. L'un des maîtres auxquels Cicéron s'était plus particulièrement attaché, l’académicien Philon, professait à la fois la rhé- (1) Ce qui me le ferait croire, c’est qu’il répète (voir les textes cités plus haut) que l’enseignement des rhéteurs est plus pratique que celui des philosophes. Ensuite ce qui concerne les lieux ne tient

qu'une très-petite place dans le De Oratore. Il insiste beaucoup plus sur les préceptes des rhéteurs, tout en paraissant les dédaigner.

torique et la philosophie (1), et paraît avoir été alors presque le seul philosophe qui ait uni les deux enseignements (2). Il n'est pas improbable que Cicéron ait dû aux lecons de Philon les vues qu'il expose sur l’union de la rhétorique et de la dialectique, sur l'application des méthodes philosophiques à l’éloquence, et même l’idée qu'il se fait des. doctrines d’Aristote. Il peut paraître étrange que Cicéron n'ait pas pratiqué davantage un ouvrage d’Aristote qui devait l’intéresser si vivement. Mais on rencontre ailleurs un fait du même genre, qui est peut-être encore plus étonnant. Cicéron ne paraît pas avoir connu les discours d’Antiphon, le père de l’éloquence attique, l'orateur qu'il savait admiré de Thucydide; dans le résumé qu'il fait de l’histoire de l’éloquence chez les Grecs (3), il passe son nom sous silence; ce qui est plus remarquable, il dit qu'il ne reste aucun monument de l’éloquence attique à l’époque de la guerre du Péloponnèse, et que les discours de Thucydide sont les seuls écrits qui puissent en donner une idée (4). Il est démontré aujourd’hui que les ouvra-

(1) De Orat., IN, 28, 110. Tusc., Il, 3, 9.

᾿ (2) De Orat., IL, 36, 152.

(3) De Orat., 11, 22. Brutus, 7.

(4) Brutus, 7, 29 : Huiïc ætati suppares Alcibiades, Critias, Theramenes; quibus temporibus quod dicendi genus viguerit ex Thucydidi scriptis, qui ipse tum fuit, intelligi maxime potest. Il ne parle d'Antiphon que dans Brutus, 12, 47, et encore d'après Aristote et Thucydide : Ait Aristoteles — huic (Gorgias) Antiphontem Rhamnusium similia quædam habuisse conscripta; quo neminem umquam melius ullam

APPENDICK. 218

ges philosophiques de Cicéron sont librement traduits d'extraits de philosophes grecs contemporains . Ses ouvrages sur la rhétorique sont sans doute rédigés avec plus d'indépendance ; mais la partie purement théorique n’est peut-être pas plus originale. Si, par la comparaison des doctrines, on est amené à penser que Cicéron n'avait pas une connaissance approfondie des .écrits purement scientifiques d’Aristote, ses jugements sur le style d’Aristote autorisent la même conclusion. Madvig remarque avec raison que, s’il avait beaucoup lu les ouvrages qui nous sont restés, Cicéron n’aurait pas vanté sans restriction l’abondance et 18 douceur comme les qualités caractéristiques du style d’Aristote (1). Ce qui est singulier,

oravisse capitis causam, quum se ipse defenderet, se audiente , locuples auctor est Thucydides.

(1) Le mot suavilas revient dans tous ces jugements. Il est opposé à gravitas (Brut., 9, 38). Il est défini Part. orat., 6, 21-22 : suave autem erit dicendi genus primum elegantia et jucunditate verborum sonantium et lævium ; deinde conjunctione, quæ neque asperos habeat concursus neque disjunclos atque hiantes, et sit circumscripta non longo anfractu, sed ad spiritum vocis apto, habeatque similitudinem æqualitatemque verborum; tum ex contrariis sumpta verbis, crebra crebris, paria paribus respondeant, relataque ad idem verbum et geminata ac duplicata vel etiam sæpius iterata ponantur, constructioque verborum tum conjunctionibus copuletur, tum dissolutionibus relaxetur. Fit etiam suavis oratio, quum aliquid aut invisum aut inauditum aut novun) dicas. C’est ce que Cicéron appelle ornatus verborum (Orat., 24, 80), verborum, orationis lumina (39, 134-135) et . probablement Aristotelia pigmenta ( Ad Att. 11, 2); l'emploi de ces procédés convenait dans une certaine mesure au style tempéré qui était alors celui de la dissertation philosophique : In idem genus orationis (loquor enim de illa modica et temperata) verborum cadunt lumina omnia, multa etiam sententiarum ; latæ eruditæque disputationes ab : eodem explicantur.. e philosophorum secholis tales fere evadunt

374 ÆPPENDICY.

c'est que Cicéron exprime son admiration à propos d'ouvrages qui ne se distinguent pas assurément par Pabondance et l'agrément du langage. Nous avons perdu l'ouvrage où Aristote avait résumé les préceptes des rhéteurs qui l'avaient précédé; Cicéron prétend qu'il était rédigé, non-seulement avec brièveté, ce qui est probable , mais encore avec agrément, ce qui semble plus douteux (1). Nous pouvons juger par nous-mêmes du style des Topiqus d’Aristote. À propos de cet ouvrage, Cicéron, se plaignant de 0e qu’Aristote est peu lu même des philosophes, ajoute que pourtant ils devraient être attirés non-seulement par le fond des idées, mais encore par l’abondance et la douceur merveilleuses du style (2). Enfin il oppose l'abondance et l'éclat, comme les qualités propres et habituelles de l’exposition d’Aristote, à la ma: nière sèche et hachée des stoïciens (3). Sans doute

( Orat., 27, 95). Les philosophes ne font pas autant usage de ces orpements que les sophistes (Orat., 19, 65. 27, 96); mais leur éloquence n'est pas celle qui convient aux affaires ; horum oratio neque nervas peque aculeos oratorios ac forenses habet (Oref., 19, 62). Comment concilier avez ce dernier passage et les autres jugements de Cicéron sur le style d’Aristote le texte suivant, Bruf., 31, 121 : Quis Aristotele nervosior, Theophrasto duleior? Cicéron aurait-il sacæifié à l'antrthèse ? |

(1) De Inv. II, 2, 6. suavitate et brevitate dieendi præstitit. Comment un ouvrage composé par Aristote sur un tel sujet pouvait-il offrir les ornements qui constituaient la suavisas? Est-ce une hyperbole ? est-ce l'expression d'un mériterelatif ? ou simplement une inexattitade de langage?

@) Top , 1, 3. dieendi quoque incredibili quum copia tum etiam snavitats. ΄

{3} Acad.. FH, 38,119. Quam enim tuus iste Stoicus sapiens δ. 686 -

Cicéron appliquait aux écrits séientifiques d’Aristote, qu'il n’avait que peu ou point lus, les qualités qui distinguaient les dialogues et les ouvrages populaires avec lesquels il était certainement familier.

- Il n’est pas surprenant qu'un homme absorbé comme Cicéron par les affaires publiques et par les intérêts d’une clientèle nombreuse, ait peu pratiqué des ouvrages difficiles , presque ignorés même des philosophes de profession, parvenus dans des manuserits très-fautifs. On ne saurait pourtant dissimuler qu'il ait voulu avoir l’air de les connaître. Dans le De Oratore, il dit qu’il ἃ lu la Rhétorique d’Aristote (1); il annonce, dans le De finibus, qu’il suivra de près la Morale à Nicomaque (2); en lisant les Topiques que lui envoyaït Cicéron, Trébatius devait croire qu ils reproduisaient la doctrine des Topiques d’Aristote (3). Sans doute Cicéron, qui plaide tou-

tim tibi ista dixerit, veniet flumen orationis aureum fundens Aristoteles, qui illum desipere dicat. De Orat.,I, 11, 49... Aristoteles… Theophrastus.. Carneades in rebus iis, de quibus disputaverunt, eloquentes et in dicendo suaves atque ornati fuerunt.

{4) De Orat., 11,38, 160. Cujus (Aristote) etillum legi Hibrum, in quo exposuit dicendi artes omnium superiorum, et illos in quibus ipse sua quædam de -eadem arte dixit.

(2) De fin., V, 5, 12. Teneamius Aristotelem et ejus filiam Nicomachum, cujus accurats scripti de moribus libri dicuntur illi quidem esse Aristotelis; sed non video cur non potuerit patri similis esse filius.

(3) Top., 1. La conduite de Cicéron envers Trébatius est difficile à expliquer. Trébatius rencontre dans la bibliothèque de Cicéron les Topiques d’Aristote; 16 titre pique sa euriosité; il demande quel est le sujet de l'ouvrage; Cicéron répond que c’est la méthode pour trouver des arguments. Frébatius prie Cicéron de la lui apprendre. Mais Οἱ. céron lui répond qu'il s’en instruira mieux , soit en lisant lai-méême

jours, même quand il disserte, prenait les qualités qui pouvaient lui concilier la confiance de ceux à qui il s’adressait. 1] était convenable de montrer, dans des écrits destinés aux gens cultivés, une érudition qu'il fallait dissimuler quand on parlait au peuple. Si quelque jeune homme ardent, irrespectueux, tout plein d’Aristote, avait parlé de charlatanisme , le grand orateur aurait souri, et il aurait répondu que, si d’autres pouvaient avoir pratiqué plus que lui la rhétorique d’Aristote , personne n'avait écrit plus éloquemment de l'éloquence (1).

les Topiques d’Aristote, soit en s adressant à quelque rhéteur distingué. Ce conseil a lieu de surprendre de la part de Cicéron ; d’abord il laisse croire à Trébatius que les Topiques d’Aristote sont le seul ouvrage où l'on puisse apprendre la méthode des lieux, quoiqu'il y en eùt beaucoup d'autres, et que lui-même se füt instruit ailleurs; ensuite, au lieu de l’adresser à un philosophe péripatéticien ou académicien , il l'envoie à un rbhéteur, quoique les rhéteurs (Cicéron le savait} ne fssent alors aucun usage de la méthode des lieux. Trébatius essaye de lire les Topiques d’Aristote; l’obscurité de l'ouvrage le rebnte. Il s'adresse à un rhéteur, qui lui répond qu'il ne connaît pas cet ouvrage d’Aristote. Il revient alors auprès de Cicéron et lui renouvelle ses instances ; Cicéron ne s'étonne pas qu'un rhéteur ne connaisse pas un philosophe qui est peu lu mème des philosophes; il vante à Trébatius, qui vient de faire de vains efforts pour comprendre les Topiques, }’abondance et l'agrément du style d’Aristote. Enfin, après avoir fait si longtemps attendre son ami, il lui envoie un abrégé de la méthode des lieux rédigé de mémoire, non pas, comme Trébatius dgvait le croire, d’après les Topiques d’Aristote, mais d'apres l'ouvrage de quelque philosophe grec contemporain , que Cicéron aurait pu lui indiquer immédiatement. | |

(1) ἢ est délieat de faire parler Cicéron ; aussi je n'ai fait que reproduire ce qu'il dit lui-mème à propos de ses ouvrages philosophiques, De Officiis, 1, 1,2: Philosophandi seientiam concedens multis, quod est oratoris proprium, apte, distincte, ornate dicere, quoniam in eo ætatem consumpsi, si id mihi assumo, videor id meo jure que dammodo vindicare.

Complément des observations critiques sur la Politique.

J'ai rassemblé 16], comme exemples de ce que j'avance dans la préface, un certain nombre de fautes, communes à tous les manuscrits grecs de la Politique, et corrigées par Bekker dans son édition de 1855. Je donne la lecon de la vieille traduction Jatine, d’après les deux manuscrits de la Bibliothèque impériale 7695 Α (je le désigne par [), 6307 (désigné par 1), et le manuscrit de la bibliothèque de l’Arsenal (19, sciences et arts. Je le désigne par A). Quand je n'indique pas de variante, les trois manuscrits offrent la même lecon. — Omissions. Le mot omis est entre parenthèses. Quand je ne cite pas la vieille traduction latine, l’omission est dans les trois manuscrits. 1275 b 37 (καὶ) μετοίκους — 1283 ἢ 15 δόξαιεν γὰρ (dv) — 1286 a 32 καθάπερ (γὰρ) — 1288 ἃ 36 ἄρχεσθαι (καὶ ἄρχειν) — 1294 ἃ 2 (un) πονηροχρατουμένην. Voir cependant page 65. — 1303 ἃ 24 τέλος δ᾽ (ἀπ᾽) οὐθενὸς ñexov tandem autem nullius 12 (nullus A) principabantur. L'indication de Bekker n'est donc pas conforme à da lecon des trois manuscrits. — 1312 Ὁ 15 συστάντες (κατ᾽) αὐτῶν — 1314 Ὁ 1 δαπανῶντα (εἰς) δωρεάς --- 1816 Ὁ 16 (καὶ) χκατατοχιζόμενοι --- 1317 ἃ 5 τὸ μὲν

(περὶ τὸ) βουλευόμενον — 1317 a 13 (ἐπεὶ) δεῖ — 1322 a 88 εἶεν (ἀν ) erunt utique — 1323 b 34 φοόνησις (καὶ σωφροσύνη) ---- 1323 b 36 (ἀνδρεῖος καὶ) δί-χαιος --- 1329 ἃ 5 ἕτερα (ἑτέροις) ---- 1331 ἢ 4 εἰς ἱερεῖς (καὶϊ) εἰς ἄρχοντας in sacerdotes et principes I in sacerdotes in principes τὰ — 1340 Ὁ 18 τοῖς ῥυ- Bots (πρὸς τὴν ψυχήν) — Interpolations. Quand je ne cite pas la vieille traduction latine, elles se rencontrent dans les trois manuscrits. — 1262 ἢ 33 καὶ πάλιν οἱ παρὰ τοῖς φύλαξιν [εἰς] τοὺς ἄλλους πολίτας et rursum qui apud custodes alios cives À et rursum qui apud alios cives 1 et rursum qui apud alios cives à — 1285 ἃ 9 ἔν τινι βασιλεία — 1288 a 10 πλῆθος ὃ πέφυχε φέρειν — 1288 ἃ 12 πλῆθος — [ὃ ἐγγίγνεσθαι. — 1301 ἃ 28 ἔτι δὲ ---- 24 ἑχάστη. — 1306 ἃ 86 Διαγόρας [δὲ] dyagoras dissolvit — 1808 b 11 χαὶ μοναρχίᾳ --- 1313 ἃ 18 δῆλον — 1317 ἃ 87 xaθάπερ --- 38 πρότερον -- 1319 b 4 ἃ δὲ --- 6 σχέδον — 1319 b 35 ἔργον — 182Ὁ ἃ 7 [καθ᾽] ἃς --- 1828 ἃ 82 φίλους --- 1323 ἃ 34 ὥσπερ --- 1323 D 11 εἶναι — 1325 b 82 καὶ τοῖς ἀνθρώποις --- 1325 Ὁ 84 καὶ ---- πρότερον --- 1326 b 10 μείζω — 1880 a 86 εἶναι ipsius autem ad se ipsam si ad votum oportet adipisci poteniiam IA (positionem à) — 1:31 ὃ 24 dx τίνων καὶ [ἐκ] ποίων ex quibus et qualibus — 1333 Ὁ 38 ταῦτα. Voir pourtant page 97. — 1334 Ὁ 11 χαί — 1339 a 29 διαγωγήν [τὸ] παισίν deductionem pueris — 1340 b 8 καὶ [τὰ] περὶ τοὺς ῥυθμούς et.que cirea rythmos. —

AFPENDICE. 27

Transpositions. 1287 Ὁ 18. Les mots : ὡς — xpiveur sont placés après 17 διορίζειν dans tous les maauscrits grecs ; ils sont à leur place dans les trois manuscrits de la vieille traduction latine. — Altérations. . Je mets la leçon fautive la première, et la vraie leçon la seconde. --- 1260 Ὁ 41 ἰσότης —- εἷς ὁ τῆς unus À nullus (pointé en dessous, au-dessus unus) 1 alius ὦ qui — 1263 ἢ 4 τὸν φιλοχρήματον amatorem pecuniarum — τὸ φιλοχρήματον — 1266 Ὁ 2 τὰς δή — τὰς δ᾽ ἤδη eas autem que iam — 1274 b 6 ψευδομαρτύρων falsorum testium — ψευδομαρτυριῶν — 1274 D 7 ἐπίσχεψιν consideracionem — ἐπίσχηψεν -- 1275 b 39 καὶ τοῦτο et cum hoc — xäv τοῦτο 1285 ἃ 8 αὐτοχρατόρων — αὐτοχράτωρ imperialis — 1287 ἃ 29 τοὺς νόμους leges — τὸν νοῦν μόνους — 1287 ἃ 39 πιστευθέντας ---- πεισθέντας persuasos --- 1289 b 88 πολεμίους ---- πολέμους bella — 1295 ἃ 28 ἃ que natura indigent — ἥ — 1296 b 8 ἐγγύτατα propinquissima — ἐγγυτέρω — 1298 Ὁ 16 τε αὐτό que ipsum — τὸ αὐτὸ — 1299 ἢ 28 κατ᾽ αὐτὰς τὰς διαφοράς secundum has differentias — κατ᾿ αὐτὰς διαφοραί — 1300 ἃ 2 εὐπορία τις ἦ à μισθός penuria aliqua fuerit 15 (erit A) vel merces. ---- εὐπορία τις ἦ μισθοῦ — 1300 ἃ 26 πολιτικῶν civiles — πολιτῶν voir page 1h. — 1301 ἃ 27 καὶ τό et quod — εἶναι — 1303 ἃ 24 ὡς ἔγγιον — ὡς ἐγγὺς ὄν tamquam propinquum sit — 1306 a 80 σάμον sanum Ji ganium À — Σῖμον — 1309 b 10 χατά — καὶ τὰ et

290 APPSNDICE,

ipsa. Le traducteur a lu : καὶ αὐτά. — 1309 ἢ 14 ἐνίοις — ἐνίους quosdam — 1317 ἃ 6 τὰ δὲ περὶ que autem circa --- τὸ δὲ περί — 1317 ἃ 14 ἀρίστη Optima — αἱρετή — 1318 ἃ 16 διαιρέσεων divisionum — αἱρέσεων — 1319 ἃ 37 ἐν ταῖς δημοχρατικαῖς ἐχκλησίαις in democraticis congregacionibus — ἐν ταῖς δημοκρατίαις ἐκκλησίας ---- 1828 Ὁ 32 τοῖς — πράττουσιν hiis qui-agunt — τὴν — πράττουσαν ---- 1324 Ὁ 39 δεσποτῶν despotibus — δεσποστῶν — 1327 ἃ 21 πολεμίους adversarios — πολέμους — 1327 " 5 καὶ πολιτικόν οἱ politica — καὶ πολεμικόν. Voir pourtant page 30. — 1828 b 28 ἀναγκαίων necessariorum — δικαίων — 1329 a 11 τοὺς αὐτούς eosdem — τοῖς αὐτοῖς — 1329 b 21 Σύρτιν syrtem — Σιρῖτιν — 1329 Ὁ 34 εἰρημένοις. dictis — εὑρημένοις — 1332 a 17 αἵρεσις electio — ἀναίρεσις — 1335 Ὁ 18 τὰ. γενόμενα — τὰ γεννώμενα que generantur — 1336 Ὁ 3 ἀνελευθερίας illiberalitatem — τῶν ἀνελευθέρων — 1337 ἃ 1 καλῶς bene --- καχῶς — 1339 ἃ 20 οἴνῳ Vino — ὕπνῳ — 1342 Ὁ 10 μύθους fabulas ---- Μύσους.

J'ajoute ci-après , d’après les trois manuscrits dont 7 αἱ parlé, les variantes que la vieille traduction latine donne pour certains passages qui offrent des difficultés.

1252 ἢ 28 ciuitas iam omnis

1253 Ὁ 25 impossibile est A (et est 1 est et 1) uiuere quemadmodum... καὶ εὖ ζῆν n’est pas rendu; et peut-être vaut-il mieux le supprimer.

1253 b 27 sic et yvconomico

1253 Ὁ 31 ad uitam ΑΙ ad necessaria ὁ

1254 a 16 quicumque res possessa aut seruus est

1257 b 37 eiusdem enim est usus et acquisitio A eiusdem enim est usus acquisicio ἢ; eiusdem finis (pointé en dessous ; au-dessus usus) acquisicio I. Peut-être faut-1l lére : τοῦ γὰρ αὐτοῦ ἐστὶ χρῆσις καὶ χτῆσις.

1260 ἃ ὃ quemadmodum et natura principantium et subiectorum À quemadmodum natura et subiectorum h. Je rétracte ce que j'ai dit p. 18, et je crois qu’on a raison de lire : καὶ τῶν φύσει ἀρχόντων καὶ ἀρχομένων.

1261 b 2 hoc autem imitatur. 8. in parte (une 8 ajoutée au-dessus de l’e dans ΑἹ equales cedere hoc tanquam similes sint a principio

1263 b 7 hoc itaque accidunt Ii hoc utique accidit À

1265 a 22 politicam non monoticam i (monosticam À, une 8 ajoutée au-dessus de l’o [Ὁ |

1266 a 19 ex hiis equalibus À ex hiis ex qualibus Ki

1267 a 12 indigent iniuriantur autem

1271 ἃ 40 existentibus militaribus sempiternis

1272 a 29 existit et huis

1272 b 39 neque per se esse genus nec hoc quod ΑΙ (quid +) contingens sed quod Ii (si quid A) differens

1273 a 39 quodcumque autem existimat

1273 Ὁ 15 perficitur ab eisdem

1273 ἢ 19 in ditando A indicando I (indicande 1)

1275 b 25 celeriter

1276 b 40 quoniam impossibile

1278 ἃ 32 et 1 (manque dans At) defectum habentes turbe

1280 b 9 de aliis loco differens solum ab hiis

1281 ἃ 35 ἀλλὰ μὴ νόμον φαῦλον est placé après 36 ψυχήν.

1281 ἃ 41 uidebitur utique solui et alicuius habere dubitationem forte autem utique ueritatem

1281 b 5 congregatorum

1282 Ὁ 8 sed si similiter ? sed similiter ΑἹ

1287 b 33 quod que amicos forte et similes A (similis ὦ, le dernier 1 pointé dans 1). Le traducteur a sans doute lu : ὅ τε φίλους ἴσως χαὶ ὁμοίους.

1287 b 38 est enim aliquid natura despotum A (despoticum 1+) et aliud politicum et fustum et conferens. Le traducteur n’a donc pas trouvé χαὶ ἄλλο βασιλευτόν. Il me semble qu'il faut en effet le retrancher, lire δεοσποτικόν, par analogie avec τυραννικόν. et comprendre ainsi ce passage, en sous-enlendant γένος ἀρχῆς : Ily a par nature une autorité qui commande aux êtres nés pour étre esclaves, et une autorité politique qui commande aux êtres nés pour être libres ; et ces deux autorités sont légitimes et utiles. Quant au pouvoir tyrannique, il n’est pas dans l'ordre naturel, non plus que les autres gouvernements dégénérés. Dans ce passage , Aristote oppose le pouvoir politique au pouvoir despotique, comme il le fait ailleurs ( Voir page 3 ).

La suite des idées indique qu'il est question de ceux qui commandent, et non de ceux qui obéissent ; il faudrait en tout cas βασιλικόν, et non βασιλευτόν. Mais il est inutile de mentionner ici la royauté, qui est considérée comme un pouvoir politique, quand ce terme est | opposé à pouvoir despotique.

1288 b 5 necessarie utique facturum de ipsa conucnientem speculationem

1288 b 19 est preparare et Ii (et est preparare À) hanc adhuc potentiam

1289 a 17 singulis

1290 b 29 species solorum autem horum

1291 4 19 equalibusque It (que manque dans A) indigeat coriariis et agricolis

1291 b 1 necessarium et aliquos politicorum esse principanies |i ( participantes À ) uirtute

1294 a 36 aut utraque sumendum que utrique..…. Le traducteur a lu à ; il traduit plus bas (Ὁ 2) ὧν par eorum que.

1295 ἃ 38 medietatis Α I (medietas 1) autem contingentis sortiri a singulis

1295 b 31 nec substantiam horum alter

1300 a 40 hos autem electione magis oligarchieum et quod 11 ( quidem A) ex ambobus hos quidem ex omnibus hos autem ex quibusdam politicum aristocratie aut hos quidem

1301 b 17 ut aut intendantur δι} remittantur

1301 ἢ 26 ἣν n’est pas rendu.

1302 a 2 egeni autem in multis locis

1308 ἃ 39 κατὰ τοῦτον τὸν χρόνον rendu après 40 ἐνιαυτόν.

1310 a 33 et ad quod habundat

1311 b 37 unum enim aliquid erat hoc causarum sicut et (manque dans A) monarchias

1312 b 16 dyonisium Ii (dyonisius A) autem dyon aggressus

1314 a 4 sed amant qui epieikees si non adulendur At (adulantur I)

1317 b 6 hoc esse finem

1318 Ὁ 33 τε n'est pas rendu.

1320 a 21 pretoria malorum. Peut-être faut-il lire : τὰ δικαστήρια φαῦλα, ὃ πολλὰς κ. τ. À.

1322 Ὁ 14 eforiam

1323 a o2 similiter autem et que circa prudenciam sie imprudentem et mendacem sicut quidam puerulus 564... I Le premier blanc rempli par se habent nec enim beneficant dans : ; 86 habent manque dans À; le second blanc rempli par insensatus dans ? οἱ À.

1326 a 12 sed ad potentiam

1326 a 36 sed est magnitudinis ciuitatis quedam mensura.

1328 a 13 apud quos enim deberi beneficienciam putant

1328 b 41 neque oportet agricolas esse It futuros pointé en dessous après agricolas dans À.

1329 ἃ 17 iustum esse uidetur

1329 b 13 distant autem. Ce qui confirme la conjecture très-plausible de Stahr : ἀπέχει dé.

1331 ἃ 29 ad uirtutis positionem 1 A (potentiam I)

1332 a 42 quedam autem

1332 b 30 omnes uolentes insolescere qui per regionem

1335 b 18-22 que enim generantur videntur assumencia (absumentia 1) ab ea que habet sicut nascentia a terra de reseruacione (seruatione À) autem et alimento genitorum sit lex nullum orbatum nutrire propter multitudinem autem puerorum ordo gentium prohibet nichil reseruari genitorum

1336 b 2 rationabile igitur absumere illiberalitatem ab auditis et visis et tantillos existentes. Le traducteur a lu ἀπολαύειν, et non ἀπελαύνειν.

1340 ἃ 12-14 adhuc autem imitacionem fuerunt omnes compatientes et sine rythmis et melodiis ipsis TA. Il n’y a pas de blanc dans 1.

TABLE

Pages

I. — Observations critiques sur Ja Politique. . . . . . .. Î Ἢ. — Du chapitre rv (2) du livre ΠῚ et de l'idéal politique

d’Aristote. . . . Ὁ . .. . νον . . νιν . . . . . 105

UE. — De la dialectique et de la seience.. . . . . . . . . . 118

IV. — De la dialectique et de la rhétorique... . . . . . . . . 154

V. — De la dialectique après Atistote.. . .- . . . . . . .. 182 Aprenpice 1. Aristote s'est-il désigné comme l'auteur de la

théorie du syllogisme ? . . . . . . . .. 195

— 2... se + 198

— 4. Du but et de la matière de la dialectique. . .- 201

— 5. De la valeur de l'expression οἱ ἐξωτεριχοὶ λόγοι. . 209

- 6. Aristote et la réminiscence platonicienne. . . 223

— 7. Des procédés d’argumentation et des lieux. . . 227

-- 8. Du plan suivi dans la Rhétorique d’Aristote.. . 228

— 9. Discussion de quelques textes d’Aristote. . . 736

— 10. Ἀντίστροφος. . . + + + ee + + + κς 243

— 11. ANAAÏYTTIKH. AIAAEKTIKH. . . . . . . . . 248

— 412. De la Topique au temps de Cicéron. . . . . . 255

— 13. Cicéron et la Rhétorique d’Aristote. . . . . . 260

— 14. Complément des observations critiques sur la

Politique... . . . . . ss 277

TABLE

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