NON L^ÉCRIVAIN^ MAIS L^HOHME
besoin d'être tendre pour s'en abstenir; mais plus de tendresse de cœur l'eût à coup sûr rendu plus juste. Notre justice n'est souvent pas autre chose ; et il vaut mieux , après tout , que le déficit soit comblé par la tendresse que par la crainte. Quoi qu'il en soit, les besoins de Pascal dans Tordre des attachements particuliers , ne semblent pas avoir été très vift; ses amitiés naquirent sur le terrain des plus hautes sympathies ; elles furent philosophiques ou religieuses dans leur origine comme dans leur caractère. S'il fut sociable suffisamment^ il fut surtout humain, et c'est dans cette affection générale que se déploie toute la tendresse de son cœur, tin mot jeté comme par hasard parmi ses pensées sur l'éloquence et le style, me frappe sous ce rapport : c II faut plaire « à ceux qui ont les sentiments humains et tendres. » Cherchez cette règle dans les rhétoriques et les poétiques que vous pouvez connaître ; personne ne s'en est avisé ; et plus d'une maxime enseignée par les littérateurs implique le contraire, précisément, de la règle de Pascal. Vous n'attacherez peut-être pas moins de prix, comme révélation du caractère de
Une Poical, ont donné dei détails, le n'essayerai point d'idéaliser. Pascal se montra attaché à son intérêt, peut-être seulement i son sens. II avait dans le caractère quelque chose de si impérieux et une humeur si bouillante, dit sa sœur Jacqueline, qu'il ne crut, plus tard, pouvoir s'en sauver qu'en se défaisant de sa volonté. Mais enfin, dans cette affaire même, qui nous le montre sous un jour moins favorable, il revint de son propre mouvement à la Justice et même à la générosité. C'est sa sœur qui nous l'apprend : « Il fut touché de confusion, et, « de son propre mouvement, il se résolut de mettre ordre à cette affaire, s'of- «c frant même. de prendre sur lui tous les risques et les charges du bien, et de «< faire en son nom pour la maison (le couvent) ce qu'il voyait bien qu'on ne pou- « vaii omettre avec JusUoe. » Jacqueline Pascal, page 303.
Pascal, à cette autre pensée : •( Faut-il tuer pour < empêcher qu*il n'y ait des méchants î C'est en « faire deux au lieu d'un. » Je pourrais citer encore quelques belles paroles sur la tolérance ; mais ici, ou je suis bien trompé , c'est le chrétien qui parle , et nous n'en sommes pas encore au chrétien.
Mais j'oserai le répéter : Pascal était fait pour aimer en grand, et les affections générales étaient seules capables de remplir son cœur. Peut-être sa nature profondément intellectuelle le voulait ainsi. Il y a en effet quelque chose d'intellectuel dans les affections générales, qui n'est pas dans les attachements particuliers. Nous ne craignons pas d'être accusé d'éconduire la grâce et de trop donner à la nature, si nous ajoutons que le caractère de Pascal demandait ce que sa conversion lui a donné, nous voulons dire un Dieu à aimer. Ce qu'il y avait en lui de passionné, et qui n'avait pu guère jusqu'alors s'assouvir que sur des idées, trouva en Dieu de quoi se satisfaire; car il y trouvait à la fois un Être et la Vérité. La piété de Pascal a tout le caractère d'une passion. Ce n'était pas à un seul ni même à quelques-uns de ses besoins intérieurs que répondait cette rencontre presque inopinée d'un Dieu : c'était à tous les besoins à la fois que l'homme peut avouer et dont il peut s'honorer. Besoins ou facultés, n'importe, car des facultés sont des besoins. C'est donc avec toutes ses facultés, avec toutes ses puissantes facultés, comme avec des bras immenses, que Pascal s'empare de la proie divine qui lui est livrée. Il l'embrasse par l'intelligence,
NON l'Écrivain^ mais l*homme. 333
comme par le cœur, comme par l'amour de soi, sans rien distinguer, parce que tout cela, dans la joie de la nouvelle naissance, est plus intimement uni que ne peuvent l'être la lumière et la chaleur dans un rayon de soleil. Mais c'est pourtant de toutes ces joies à la fois que se compose le ravissement sublime que Pascal fait éclater dans le fragment singulier dont on a tant parlé, dans Yamulette mystique qu'un philosophe incrédule (1) devait faire connaître au monde chrétien. « Il y a, » dit l'excellent littérateur qui vient, par une nouvelle édition des Pensées^ d'attacher inséparablement son nom à l'illustre nom de Pascal, « il y a « des heures décisives où l'homme sent éclore en lui « le germe d'une vocation nouvelle ; un monde s'ou- « vre tout à coup à son esprit, et, saisi d'une passion « impérieuse comme la voix de Dieu même, il prend € dans sa conscience l'engagement de poursuivre
< l'œuvre qui sera désormais le but de sa vie. Ainsi, « saint Augustin est séduit par la voix d'en haut, qui
< le subjugue et l'entraîne; ainsi Pascal, las des dissi- « pations du monde, se résout à les quitter, et, dans « une veille d'angoisse et d'extase, il se trouve sou- « dainement et pour toujours revenu à la religion.
€ L'apôtre de la raison, celui qui éleva le bon sens « à la hauteur d'une méthode philosophique, Des- « cartes, n'eut-il pas aussi son heure de lyrique en- « thousiasmeî »
Le ciel lui-même, nous n'en doutons pas, avait marqué dans la carrière de Pascal ce moment su-
(i) Condorcet.
33k PASCAL^
prême, et Dîeu, dans le secret, assistait à cette veille d^armes. Mais je n'ai voulu remarquer ici qu'une seule chose. L'homme, créature relative et dépendante, n'est complet que f)ar la passion ; mais chez les uns, la passion endormie s'éveille à la rencontre de son objet; chez d'autres, la passion, dès longtemps éveillée, active, inquiète, incapable de distraction, attend avec impatience et cherche avec ardeur son objet. Pascal est du nombre de ces derniers. On pourrait dire que chez lui la passion, soutenue audessus des objets vulgaires par le caractère intellectuel qui lui était propre, ne trouvait devant elle, à cette hauteur, que le vide ou le néant; elle franchit ces espaces désolés, inania régna, et s'arrêta, ou, pour mieux dire, se fixa dans la religion. La religion flit dès lors la passion de Pascal ; la religion de Pascal fut passionnée, et par là même communicative et entraînante (1). Sa logique, chose admirable, n'en devint que plus sévère et plus acérée, mais elle se trempa aussi dans la passion, et ces deux attributs, chacun poussé aussi loin qu'on peut le concevoir, composent le caractère inimitable du livre des Pensées.
(0 Ce qui se passa dans une conférence relatÎTe au formulaire montre quelle était la TÎTacité de ses impressions. Cette conférence avait lieu chez Pascal. >c La u majorité des assistants, dit M. Cousin, entratnée par l'autorité de Nicole et « d'Arnauld, se prononça pour la signature. Ce que voyant, dit le Recueil d'U' M tredit d'après Mademoiselle Périer, M. Pascal, qui aimait la vépté pwr-deaus « toutes choses, et qui, malgré sa faiblesse, avait parlé très vivement pour faire M sentir ce qu'il sentait lui-même, en fut si pénétré de douleur qu'il se trouva mal « et perdit la psirole et la connaissance. i> Jacqueline Pascal, pag^ 397. Ce personnage de Jacqueline Pascal, si semblable à celui de son illustre frère, sera mieux con u encore lorsque nous aurons (et nous l'aurons bientôt) le travail phis complet que nous a promis M. Faugëre (i).
(1) On trouvera plus loin l'appréciation que H. Yinet en a faite. {Éditeur t.]
NON L^ÉCRIVAIN^ HAIâ L^HOMME. 335
Une phrase eût pu remplacer cette longue et imparfaite analyse. Lisez, eussé-je pu vous dire, les écrits où M. Sainte-Beuve et le docteur Reuchlin ont, avec tant d'érudition, de sincérité et de finesse, interrogé les documents relatifs à notre Pascal. Que de secrets n'a pas surpris l'auteur de Port-Royal dans son commerce prolongé et familier avec une époque qui n'a rien à refuser à une curiosité si sagace ! Mais si je viens trop tard pour ce sujet, je viens trop tard pour tous, et je n'aurais donc, sur chacun, qu'à vous citer mes autorités, ou à les faire monter à ma place dans ma chaire. Je n'en ai pas le droit, et je l'aurais, que je n'en userais pas. Sans rien dire de la nécessité d'un enseignement oral, un cours rassemble ce qui est épars, un cours abrège, résume et conclut, un cours enfin est toujours assez nouveau s'il exprime des impressions vraiment personnelles ; car, dans chacune des âmes qui la reçoivent, la vérité redevient nouvelle. Où il y eut nécessité, il ne peut y avoir audace, et le rôle d'écho, même d'écho vivant et sympathique, ne peut passer pour téméraire •
L'obéissance est en blanc dans le moderne programme de la vie humaine et du progrès social, et nous ne pouvons guère nous expliquer la conservation du mot, à moins de supposer qu'il a trouvé dans le monde quelque application impropre et détournée. On ne fait pas toujours sa volonté, ni toute sa volonté ; on fait souvent la volonté d'autrui : à cet égard, rien n'est changé, et il y a donc encore de l'obéissance dans le monde, si c'est obéir que de céder ; mais où est le principe même de l'obéissance? qui est-ce qui se fait encore de l'obéissance un devoir? On dirait d'un sens que la génération présente a perdu. On l'a dit aussi : cette perte a d'autant moins profité à la liberté, que la liberté, la vraie et digne liberté, est toujours proportionnée à l'obéissance, leur principe, dans le fond de l'âme, étant un seul et même principe, et les deux courants jaillissant, pour ainsi dire, d'une seule et même source. Cette considération nous donne la mesure du déclin moral de notre époque : l'obéis-
sance se retire à grands pas, entraînant avec elle la liberté, sa sœur; elles ne sont pas encore. Dieu merci, hors de vue ; mais qui veut les atteindre doit se hâter : leurs majestueuses figures ont déjà disparu à moitié derrière la ligne de l'horizon.
Il n'y a point d'obéissance là où il n'y a point de religion; c'est une vérité d'expérience et de sens commun : la religion est une obéissance et l'unique principe de l'obéissance; et ce qui peut rester de cette dernière dans un monde ou dans un cœur d'où la religion s'est retirée, n'est que l'empreinte encore subsistante de l'ancien empire de Dieu sur la conscience, un reste, sensible encore, d'une première impulsion qui s'épuise.
Dans l'oubli trop général de cette règle et dans le déclin de cette force, on se plaît à retrouver dans le passé, on est plus heureux encore de rencontrer dans le présent, d'illustres ou d'obscurs exemples de cette vertu de l'obéissance. On aime surtout ceux de ces exemples qui la montrent à sa source, ou dans la première, la plus haute et la plus juste de ses applications. Cette satisfaction n'est que bien peu troublée par quelques aberrations plus ou moins graves, qui laissent d'ailleurs le principe intact. On se retrempe dans la vue de ces êtres qu'absorbe une seule pensée, celle de se garder à Dieu, et qui sont plus jaloux de tout ce qui iui appartient que ne l'est de son bien l'avare le plus consommé, ou de son pouvoir le despote le plus ombrageux. Cette contemplation reporte l'âme, pour un moment du moins, à toute sa hau-
â38 JACQUELINE PASCAL,
teur, et lui rend une passagère j)ëut-être; nîâis Une vive conscience de son immuable destiilation et dé son rapport le plus essentiel. Telle est ritnpfessioii que ttous recevons de tout exemplaire d'une piété sérieuse, nous voulons dire de toute piëtë pénétrée d'obéissance. Tel est; en |)artibuiieri lé girand bien qiie ildus devons à ces maîtres accomplis dé la vie spirituelle, les hommfes et les fetniîles de Port-Royal. Mais peut-être que chez nul d'entre eux ce caractère fa'est plus fortemeilt empreint que dans l'hunible religieuse doht M. Cbusifa et M. Faiigèré ont, presque en hiêtne temj)s et comme de concert, ressuscité là mémbiré (1). Chez les autres, le cdmmàiidemèht se mêlait à l'obéissance, et quoique l'exercice du commandement fût, de leUt* part, de Tobëiésarice encore, Id pure soumission frappe moins en eu* qiiictirique n'y regarde pas de bieù près; au Heu que, dans Jàbqufellrie Pascal, hianifestement tout est sôUtîiission, tout se convertit en obéissance : ses grandes fticultés, le peu de liberté qui lui reste encore, i'éner^ië enfin de sa vblotité^ tout n'étant absolument consacré qu'à vbuloir ce que Dieu a voUlu, jusque-là que c'est dans la portion d'autorité qui lui est dévolue l|ùë teb trait de son caractère et de sa Vie, l'obéissance; ressoH et domine le mieux.
Ce volume (car, à quelques différences près que nous indiquerons, c'est un même ouvragé pUblié pat
(i) Jacqueline Pascal, par V. Cousin. 1845.
Lettres, opuscules et mémoires de Madame Périer et de Jacqueline, sœurs de Pascal, et de Marguerite Périer, sa nièce; publiés sur les mémoiresloriginaux; par P. Faugère. 1845.
JACQUEUNE PASCAL.
deiii Mit'élits), bé voluthè ëkit nécessaire ^8lii* âBHë: Ver dé liBbs feilre connailire la gbàtide école chréUerinè à laquelle kpt)artenkil l'alileur des PràmûaàM, fet dont Port-Royal n'est que la plus haute exprëséÎDn fet le moment sujJtêmô. Les litres de dBctrihe qli'elle à produits et Ifes gràilds traits de son histoire né dîëèiit {laè tout; les détails, les accidents rëVèlétil mieux èricote Ik pensée intime, l'eéjlrii;, la Vie. Que cette école ée J)Bt élle-iiiême au séHeùi, nul he s'est jamais avisé d'eri douter ; ttiètis jusqu'à quel point elle se prenait ail sérifeux , jusi:Ju'â tjuëlles extrémités on était conséquent dans cette haute régiôfa du catholicisme, nbiis faé le poiivdns bieii apprendre qu'en écoutant àuk portes, e\ c'fest ce que hoiis Ifaisotis eh lisaiit, soit dans lé Vdlumè de M. Fàiigërè, soii dans celui db M. Coiisiti, là vi'e et là correspoildâiice de Jacqueline Pascal.
A vrai dire, ce n'est pas Jacqueline seulement, ce sont tous les membres de cette grande famille, qui posent tour à toiir devant nous. Peut-être y a-t-il, dans certaines ligiiées, un illustre moment, un moment unique, oii lé type de la race, lentement élaboré, atteint le degré d'énergie et de perfection auquel il était destiné, dépose siir deux ou trois inédailles sa netlè et profondé empreinte, et puis se brisé jpotir jamais. Tel iî jpariit dans Biaise et dans Jàbqueline Pascal, deux vases précieux que rompirent, S force d'y bouillonner; la vérité, lé génie et le sentiment. Leur enveloppé se trouva trop frêle, et peut-être toute autre l'eût-élle été, pour résister à l'effort intérieur.
340 JACQl'ELIIfE PASCAL.
Biaise mourut à trente-neuf ans, Jacqueline de trois ans plus jeune. Pour donner au monde de grands exemples, qui ne périront point, ce peu de temps leur a suffi.
Nous éprouvons une admiration plus entière et plus respectueuse pour elle que pour lui. Nous doutons même d'avoir rencontré nulle part un caractère d'homme, ou même de femme, plus accompli que celui de Jacqueline. S'il s'agissait ici d'une de ces âmes paisibles et naturellement soumises, pour qui la règle est un repos, nous parlerions autrement; mais, telle qu'était la sœur de Pascal, il s'agit d'un combat, d'une victoire, et de l'une des plus difficiles, comme aussi de l'une des plus complètes qui furent jamais. On se demande si, pour obéir si exactement, quand on est ainsi fait, il ne faut pas avoir détourné vers l'obéissance la passion qui se portait ailleurs ; mais toute passion est indocile ; i^ elle fait tant que d'obéir, elle obéira pour le moins à l'excès : or ce n'est point ainsi qu'obéit la sœur de Pascal; elle ne connaît pas cette manière subtile de « trouver « sa volonté, » comme dit le prophète, en désobéissant à force d'obéir : elle obéit paisiblement, saintement, exactement (fortement néanmoins), c'est-à-dire qu'elle obéit ; et nous ne saurions dire avec quelle grâce (il faut bien nous permettre ce mot) elle déploie , dans certaines occasions , une autorité de langage qui prouve sans réplique que, selon la nature, elle était née plus que personne pour le commandement, et Teût exercé avec une incomparable
vigueur, si, selon la grâce, elle n'était née pour l'obéissance.
Et c'est bien une femme ; et rien ne permet de l'oublier; et elle ne l'oublie elle-même jamais. Aucune autre de son sexe n'eut le caractère plus viril; Madame Roland ne lui eût rien appris; sa pensée n'est pas moins virile que son caractère; et néanmoins on n'est jamais tenté de dire : Elle sort de son sexe; non, elle n'en sort point; toute cette force est pénétrée d'une grâce et d'une tendresse féminines. Nous nous rappelions, en lisant sa Yie et ses Lettres, ce beau vers d'un moderne au prince des poètes : « Cependant tu fus homme, on le sent à tes pleurs! p On sent aussi, à ses pleurs peut-être, à quelque chose encore de plus touchant que les pleurs euxmêmes, que la sœur de Pascal, sa mère aussi voudrions-nous dire, fut profondément femme. Elle l'est plus qu'aucune des femmes fortes que Thistoire de l'Église ou du monde recommande à nos justes respects. Sa vie est d'une femme forte, sa mort est d'une femme. Elle meurt de douleur d'avoir, sur la foi de son frère, du grand Arnaud, de tout ce qu'il y avait d'illustres à Port-Royal, donné les mains à une transaction qu'ils jugent tous honnête, mais dans laquelle l'exquise délicatesse de son sens moral avait démêlé une légère équivoque. Quelle force et quelle faiblesse de mourir ainsi! Mais ce n'est pas la chrétienne, c'est la femme qui succombe, accablée sous le poids de son propre courage. Cette douleur, cette mort, toute cette âme si tendre et si puissante, quel sujet pour
Sjâ JACQUELINE PASCAL.
le pqëtç qui s\ki si bien, aux 1^^^^ ff« J'fl?*»?, nous obliger à mêler les nôtres, et pour qui, dès lon^j;epp§, Pprt-JlQyal et s^ vie iqtime ^'pnt pjuç de seprets !
. Pour p]e§iirpr l'étei^due p.t 1^ ya|eiir deg paprifjpes qu'avait faits Jacguçlii^e en çpnonçapj; ^^ mqi^de pt à elle-même, il faut, apr^^ le J^fj^lçm^t pour le$ eiffants (1), lif e h Içttrft ^ la fuprfi Aptgélique de Saint-Jean sur la sigpaturç du fornx|iiaire (2), ? ^o^^ den^an- € dons, avec ^. Cousin, à tqu§ ceux ç^^i aujourd'hui « conservenj; eqcpre quelqifp sentiment de l'énergie 5 du carfictère p.t de U bp.auté (Ifis cqnvictjqns c[^ € sintéres^éps, ppus leur flefl^çindons s'jls connaissei^t « beaucoup de pages plu^ grandes et pl|:js fpi;tes. | ftfais ce que nqus désifops ^*eleyer puftout, c'est çettç autorité, psons tou|i 4ire, oejte ^gfté (le japgag^ que Jacqueline, ppur pQn Qompte pei:som]el, ne g'^t^iit jamais permises, et jlqpt qn l'ept ^qujpvirs QP|:|e incapable, si les pérjls de la vérité ppi l'avaient fait spr^if de son inviolable ret^nuç. A |a fayeur de pptte puverture inqpinée, la nature s'échappe, le pafactèrç sp |:*essaisit un moment de ses drqits, et h hauteur de cœur des Pascal reparaît tout entière dçins ces mots : « Je sais bien que ce n'est pas à des filles à défendre « la vérité, quoique l'on puissp dire, par une tristp <r rencontre, que, puisque Ip^ éyêques qnt des coii- 5 rages de filles, les filles doivent ayoir des courjiges
(1) Jacqueline Pascal, par M. Cousin, page 252.— Lettres, opuscules, etc. par M. Faugère, page 228.
(2) Cousin, page 40i. — faugëre, pa^e 4o2.
JACQUBLINE PASCAL. 343
€ d'évêques. > 'î'eUe vie, longtemps ensevelie dans Tombre spus l'ipfluefice de la paresse, de la maladie ou de la piété, se réveille, comme celle du grapd Gqndé, par une bataille (le Sqnef; mais il a fallu rpccasion ; S£|.ns elle point (Jfi r^vpil, point de révélation ; et toutes les grandes âmes n'ont pas eu, à rentrée de leur carrière, un Rocfoy pour mettre à tout jîiniais leuf gr£^n(lel^r ç^ Tçibri du dopte. Qu'est-ce que Iq I^ocroy de Jacqueline Pascal? Une victoire intérieure donj; Dieu fut le spul témoin, et qui doit 1^ meilleure partie de sa grandeur à l'obscurité dont elle s'enyejoppe. S'effgjcef soi-niême, et puis effacer jusqu'^U^ moindres traces ^e cet effacement même, avait été, durant des années, la tâche de cette fiUp héroïque ; elle ayait cru devoir, en particulier, mortifier sa belle intelligence ; mais elle n'avait pu s'en séparer; et elle n'a rjen fait, ni rien écrit qui ne porte, intellectuellement, une empreinte supérieure; mais rien aussi n'esf comparable, pous ce rapport, ^ la lettre sur le formulaire. Précision, sagacité, vigueur de dialectique, éq^rgie de langage, tout ce qui &it l'éloquence est là, et ressort très vivement sur un fond a(|mira]3le d'humilité.
De cette scène agitée où elle se montre à peine et ne se montre qu'un moment, on suit volontiers la sœur de Pascal dans ]a sphère habituelle de ses pensées et de ses travaux. Ce monde est plus extraordinaire encore que celui où tout à l'heure nous l'avons admirée. Ce monfle hors du monde, ce n'est pas seulement le monastère, c'est un groupe 4'indi-
34i JACQUELINE PASCAL.
vidus et de familles, c'est une partie distincte de la société française de cette époque, c'est cette portion de l'Église catholique à laquelle, plus tard, le nom d'un homme ou d'un livre s'est imposé, mais qui ne procède certainement ni de ce livre ni de cet homme ; c'est, si Ton veut, une école spirituelle et ascétique que le catholicisme a désavouée, et qui s'est obstinée à ne pas lui rendre la pareille. La vie de Jacqueline Pascal, les mémoires de sa sœur et de sa nièce nous y ménagent une entrée, et nous y familiarisent pour le moins aussi bien que les pieux écrits des Nicole, des Saint-Cyran, des Quesnel, des Duguet. Nous apprenons, non-seulement comme on pensait, mais comme on vivait dans cette petite église, née de l'Esprit. Serait-il vrai que l'homme ne puisse se rendre compte et prendre conscience de soi-même qu'en s'exagérant, et que cette exagération soit la faiblesse des forts? Bien des faits, individuels et collectifs, semblent conjurés pour nous le faire croire. De ce nombre est l'ascétisme de l'école religieuse à laquelle ont appartenu les soeurs de Pascal et Pascal lui-même. Nulle autre n'a plus hautement professé et n'a mieux mis en pratique l'abandon volontaire et réfléchi de la créature au Créateur. Nulle autre n'a eu du péché plus de douleur ni plus d'horreur. Il semble y avoir défi, dans ces âmes fortes et pieuses, entre l'amour de Dieu et la haine de soi, et bien qu'on ne pût dire sans injustice que le second l'emporte en elles sur le premier, il est permis de croire que le second, la haine
JACQUELINE PASCAL. Zk&
de soi, est l'accent particulier de la piété des jansénistes. On dirait qu'à leur sens Dieu n'est point assez vengé ; et le chrétien, sans espoir de compléter cette vengeance (notez ce point), la continue et la poursuit. Quand la vie serait naturellement un supplice, il faudrait tout faire pour Taggraver; si elle ne l'est pas, il faut qu'elle le devienne. La maxime apostolique : t Usez du monde comme n'en usant « point, i> ne suffit pas à cette école ; elle a pris pour devise : t N'usez point. » Trop spirituelle pour ignorer qu'on se sépare vainement du monde si d'abord on ne s'est séparé de soi-même, elle n'admet point l'un sans l'autre, et la vie du fidèle devient, dans tous les sens, un long adieu à la vie. Saint Paul, en rendant au célibat chrétien de justes hommages, avait déclaré le mariage honorable entre tous : Pascal le proclame la plus périlleuse et la plus basse « des conditions du christianisme, > et, par ce seul motif, il en détourne une de ses nièces. Son beaufrère, M. Périer, porte habituellement une ceinture armée intérieurement de pointes de fer, dont, par humilité, il fait un secret, et, secrètement aussi, met une planche dans son lit, que, pour cette raison, il fait toujours lui-même. Les jouissances de l'esprit sont, aux yeux de quelques-uns de ces chrétiens, une autre espèce de sensualité ou de luxe, et ils se re- •trancheat soigneusement cette superfluité, qui ne reste permise qu'à ceux qui ne la goûtent pas. Pour dire tout en un seul mot, ils n'ont, avec ce monde et ses habitants, plus d'autre lien que celui de la
3A'& JACQUSLI?^ PASCAL.
çl^a^ité ; ce geul c^])]e les retient au riyage, tous les autres pnt été cpupés. A leurs ypuif on es^ pnpore de Cfi flîO|)4p» lorsque, stvfic une piété gubst?Lntie}|Q, l^uintle et pratique, on vit pourj^ut pncqfe (}p la via çfjUimune : y renoncer, voilà U véritaWp^ Iji seule convçfsion. IJu seul qt)jet, ^ine seulp pensée, une seule œuvre, telle es|; la pègle, tel est l'fiepiîit (Je la piété de Port-Royal. Et si youg youlpz vous procurer de cette vie u^e intuition à la fois vive et glaçante, vous u'ayez qu'à lire, d?ips Jçfiquflim Pascal, le tableau 4e ré4uca^iqu 4^^ petites filles confiées à ses poins, le fécjt d'une 4^ leurs jpurnées : vous yqus ^ep tirez sajsi ^ la fois de vénération et de frisson.
M, Cousjp a djt Ifi-dqssus des choses fort justps , dqpt nous ne voulons rien retrancher. Nous tenonp plu|ôt à ajoufqr qwp ce qi[i n'est pas parf?^it comipe piqdèlq peut ê^re a4ïuir^ble comme symbo^p. Il nous spïpble qup ûops devons nous féliciter que , avec toutes leurs Jipperfeptiqns et tous leurs excès , 4p |el5 p^pmples nqus aient été donnés. Pour nofrp part , nous sommes moins frappé , eu |out ceci , du l][ïal que du biep , du faijx que du vrai. Quoi qu'on fû pujsse dire , le bien , \e vrai l'emporte. S'il faut que l'homme se trpmpe , il vaut mieux qu'il sp trompe ainsi , et s'il y a du scandale , il est moins 4Qnné qu'il n'pst pris. Cette vie-là représepte épergiqupment, encore que la métaphore y soit trop piêlée au sens propre , Ip vrai rapport de l'hpmpie, les vrais sentimep^s qu'engendre la rcpQntanpe, la yraifi gr^P^P^ï* et la vr^ie bpauté de la vie ^utnaine.
JAGQUEL^fE PASCAL. 9V^
Je \}e parlerais point c|e la spftp, si j'apercpyais 4ang l'ascétisinp de Port-Royal 4eu^ erreurs dont l'ascétisme , je l'avoue , est toifr à tour |a ççiuse e^ l'fiffet, je yeux (^ire l'esprit n^pfcen^^jrq et la fupestei préver^tion qui place le pqppipp du péc^é dans la matiprp pu dans 1^ chair. |ljea de parejl ici ; le jansénispip est ppjit-être au bp.rd , majs uon s^ir la pe^te df! c^t a]3îme. Tqut , 4^0^ cette piété , me paraît spjfituel, sut^st^ntiel et sérieux. Lé sublime fantastique p'ept point à son ^isage ; les vertus qi^'elle pratique soitt des vertqs utiles et de bon sens ; p}le aboutit 9 dai^s les relations hu^naines , à la justice et à la c]aarité ; et ^a mprale p'est point un mpcanisipe fijaPt et ingépipl^x, piais un organisme flexible et vivant. Eu un mot, ces persopnages extraordinaires pe sont autçe chose, daijs la pratique journalière, que des ap^is dévoués de Djpu et du prochain.
Puisque j'ai parlé des pépitences dp M. Périer , je vpudrais le faire connaître par quelque autre côt^. Le \çQi\ suiya^l payera, j'y compte, pour la Qeintjire pj; pour le Ijt de bois. Jfe laisse parler sa ftlle , ]^acguprite périer :
« Deux jours avant sa mort , ]\ fit i^ne aqtiop gui « mérite d'êtrp écrite. H y avait à piermont uu tr4- , ^ sorjer dp France, dont la faipille devait considéra- « blemeut k M. Périer, qui, voyant que cette d^ttp « était sur le point de prescrire , voulait faire quel- « que procédure pour ep empêcheir la péremption. « Mon père alla voir ce trésorier pour le prier de ne « point trouver mauvais qu'il fît quplque significa-
tion. Cet homme s'emporta d'une manière indigne et fit dans le monde des plaintes aigres et très injurieuses contre lui. On le rapporta à mon père, qui dit : Il faut excuser un homme qui est mal dans ses affaires. Environ huit jours après , il vint des nouvelles de Paris qui portaient que les trésoriers seraient obligés de payer une taxe de dix mille livres, faute de quoi leurs charges seraient perdues. Mon père le dit à ma mère , et ajouta : Yoilà un homme ruiné , j'ai envie de lui offrir de l'argent. Ma mère lui dit : Faites ce que vous voudrez, mais vous voyez combien il vous est dû dans cette maison. Il ne dit plus rien; mais dès le lendemain, il fut trouver ce trésorier, et lui demanda s'il avait su cette nouvelle , et à quoi il était déterminé. Il faut bien , répondit le trésorier , que j'abandonne ma charge , car vous voyez bien que je ne trouverai pas dix mille francs. Mon père lui dit : Non , Monsieur , vous ne l'abandonnerez point ; j'ai dix mille francs, je v()us les prêterai. Cet homme fut si surpris qu'il lui dit en pleurant : Il faut. Monsieur, que vous soyez bien chrétien , car j'ai bien mal parlé de vous, et je sais que vous ne l'ignorez pas. Mon père ne nous dit rien de « tout ce qui se passa le lundi 21 février, et il mourut « subitement le mercredi matin 23 à sept heures. Le « trésorier, ayant appris sa mort, courut au logis , « criant, pleurant et disant : J'ai perdu mon père ; « et nous conta ce qui s'était passé le lundi (1). *»
(0 Faugëre, page 431.
Tout le monde sera frappé de la simplicité , en quelque sorte biblique, de cette narration. Ce que j'en veux relever , c'est la réserve et la modération extrême de l'expression . C'est le style de cette piétélà. Elle n'a d'effusion que du côté de Dieu. Sur tout autre sujet , elle se contient ; et , l'habitude étant formée , elle n'a plus même à se contenir ; la barrière n'est plus menacée par les intérêts même les plus intimes ou par les émotions les plus vives. Cette sobriété , toute pieuse et sainte , dans l'expression des sentiments naturels, n'est pas seulement une discipline respectable dans son principe ; c'est une judicieuse et salutaire épargne. Nous nous dépensons en nous exprimant. Jamais sans un « miracle € évident » et qui ne se fera pas, on ne pourra dire de l'âme ce que le poète a dit d'une coupe merveilleuse: ce Plus le vase versait , moins il s'allait vidant (B). » Tout vase se vide en s'épanchant, et jusqu'à un certain point ce qui est vrai d'un vase est vrai tiu cœur. L'âme a ses excès, qui l'affaiblissent comme d'autres excès affaiblissent le corps , et les hommes réservés, quand cette réserve n'est pas le masque de la stérilité , conservent leur âme comme les hommes tempérants conservent leur corps : cette réserve même est , à l'ordinaire , un gage et un principe de force. Ce que nous disons des individus se peut dire également des époques et des littératures : là aussi, quand la s^ve déborde , on connaît qu'elle s'affaiblit. Nous voulût-on nier tout ceci , toujours resterait-il
(1) Philimon et Baucis.
(Certain cjiiè ribil ne touche tant qu'un mot dd cdbur ' de la pari de l'homme qui en est avare par devoir. On se sent touché en mêilie temps de ce qu'il dit et de ce qu'il ne dit pas. Lorsque Marguerite Péi^ier conclut ptir bes sitnples mots ses Méhioires sur sa famille : « Voilà quelle a été la vie de toutes les per- € gotitlfes de nia famille. Je suis restée seule, ils sont « tous morls dans uil aniour inébranlable pout la « vérité...- A Dieu ne jilaise que je pense jamais à y « itlànqiiér! i ofa est reniué jusqu'au fond, et on lui éait bon gré d'avoir si piBÙ petlché Ife vase.
En rendant compte, l'année dernière, de la théologie die Pascal , la plUs humaine , à notre avis , de touteâ les théologies , nous âvoiis téclanié cotitre Yinhûmanité d'uîle partie de sa tnbl^ale, qui eët esseiitîellemeht celle de Jacqueline et de Port-Royàl. Il ^eut noUs être permis, après cela, de dire que les âftectioUs naturelles restaient bien profondes dans ces nobles cœurs que l'amour de Dieu avait exfercés â tous les amours. Eh bien , oui ! il y a quelque chose qui serre le cœur dans fcet artible de règlement bù Jacqueline interdit à de pauvres petites filles , élevées ensemble, les moindres caresses mutuelles 'et jusqu'au simple contact (1); et nous ^permettons k ceux qui avouent qu'une telle rigiieur fest sublime dans son principe , de la condamner comme excessive. Mais ce règlement liiî-même, avec quels yeux
Il ^
'avoir lu , pour ne voir pas qu'il est Jjleîh
de la plus intime tendresse et des attentions de la
(1) Cousin, page 274. — Faugère, page 349.
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plus délicate charité ? Qiii potlrrait lire , je ne dis pas saris respect , je dis sans attendrissettient , la relation de Jacqueline siir Ifes difficultés que rencontra, de la part de sa famille , et de son frère sUrtrfUt , sôii entrée en religion î La lettre sur le forihukîre ii'est pas , dans éon genre , plus admirable que celle-ci , et l'une fait valoir Tautrie. Nous tle pouvons ni ne voulons tout dire ; mais qti'on nous permette de citer un mot. Il s'agit des « raisons de chicane » que les parents de Jatquelibe opposaient au desseiii qu'elle avait d'bffrir à la communauté de Port-Royal l'indemnité de dt^oit où d'usage en retour de son entretien : i Je sais bien , dit-ellë , qu'à la rigueur ces € raisons étaient véritables ; niais hôlis n'dvioiis pas « accoutumé d'tett user ensemble (1). » Jiàmaîs là plainte tie fiit plus réservée , plus tendre , ni par là même plus douloureuse. Mais il faut lire cette longue lettre , dont les longueiiirs mêmes , commandées par de salhts respects et par la reconnaissance , achèvent de jjeiridre t^ort-lloyal , et sont d'ailleurs, en quelques endroits , pleines d'une grâce sérieuse. Le christianisme que nous étudions est là dans toute sa fleur et avec toute la douceur de ses salutres partiims.
rTous essayôiis, avec un pénible sentiment de notre insuffisance , de suppléeir ce que M. Cousin , selon nous , eût dû ajouter à des observations morales dont nous ne contestons point la justesse. Quand il cherche , pour le XIX^ siècle , une route entre « la dévo-
(1) Cousin, page 164. — Faugère, page 180.
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€ tiojfi sublime mais outrée du XVIP et la philosophie € libre mais impie du XVIII*, i il ne veut pas, peutêtre , nous retenir à égale distance des deux ; mais il en a Tair. Cette dévotion du XVII' siècle n'est pas seulement sublime , elle est vraie au fond ; et sans cela elle ne serait pas sublime. Encore que Terreur y tienne trop de place , et même sur des points que M. Cousin ne pouvait pas indiquer , le vrai , nous le répétons, remporte ici de beaucoup sur le feux. Parmi les réveils dont l'histoire du christianisme a conservé le souvenir, assurément c'est un des plus beaux. Nous avons cédé au besoin d'exprimer, comme nous la sentions , une vérité à laquelle M. Cousin n'a pas accordé l'hommage ou le secours de son admirable langage. Mais nous eussions'pu nous en dispenser; M. Faugère nous avait prévenu. Nous trouvons, à la fin de son avant-propos, ce passage, excellent de style comme de pensée :
c Ce zèle , il est vrai , ne fut pas toujours aussi éclairé qu'il était fidèle et fervent. Plus d'une fois ils exagérèrent les maximes et les pratiques de la religion au' delà des bornes raisonnables, et oublièrent que la destinée de l'homme ici-bas est d'unir la vie d'action à la vie de contemplation , que la conduite d'une âme vraiment chrétienne ne consiste pas à sacrifier l'une à l'autre, mais à les régler l'une par l'autre, et à les unir dans cette juste proportion dont la recherche est celle de la perfection même. Mais toutes les passions, celles même dont la source est la plus pure , ont leurs inévitables ex-
JACUl'ELIKE PASCAL. t\Ôl^
« ces; et il vaut mieux respecter les exagéi'ations de « la vertu que prendre le soin facile de les relever et « se donner le vain plaisir d'en triompher. D'ordi- « naire ce n'est pas du côté du ciel que les cœurs des € hommes inclinent le plus , et ce n'est point là que a la morale est le plus en péril. Et puis n'est-il pas € dans Tordre de la Providence qu'il y ait toujours c de ces âmes extraordinaires vouées au culte du € vrai, du beau, du saint, de l'idéal absolu? Oui, il € est bon qu'il en soit ainsi, afin que l'humanité € n'oublie jamais les titres de sa dignité et de sa « grandeur morale, et, suivant l'expression d'un € philosophe sceptique (Bayle), afin d'empêcher la € prescription de l'esprit du monde contre l'esprit c de l'Évangile.
Les deux ouvrages dont les titres se lisent à la tête de cet article sont fort semblables et fort différents. Ils se rapportent au même sujet et se composent, en grande partie, des mêmes matériaux. Les mémoires de Madame Périer sur sa sœur Jacqueline, les poésies de celle-ci, son règlement pour les jeunes filles élevées à Port-Royal , ses réflexions sur le mystère de la mort de Jésus-Christ , son interrogatoire , ses lettres, se trouvent textuellement et au complet dans les deux ouvrages. Voici maintenant les différences. M. Cousin n'apparaît pas comme simple éditeur. Son ouvrage, formé en très grande partie des écrits de Jacqueline Pascal, n'en est pas moins un livre sur cette femme remarquable, livre où les citations viennent comme des faits ou comme des
pièces à Tappui, encadrées dans quelqûesKtiheà des plus beïles pages, et des plus émiiés, que nous àyofniS pii devoir à la plume éloqtréfttté de M. Ooùsih. Lat publication de M. Faugèrè est, cotnrtie Pindiqué lé titre, le l'ècueil complet dé êé qti'mi écrit tftfîs Mîmes de la famille de Pascdl^ ses deux stiéuï's, Gilbéttë ef Jaeqtielîne, et sa nièce Marguerite Perler. Ce qui appartient à M. Faugère dans ce beau volume, riatttfel et indispensable complémerit de s<to éditiôri deà PensiéSy c'est un àtant-propos très digne d'être lu ^ ixit griiùd nombre d€f notes, et siïrtaUt k j^êstilMîôÈl àéS ftfités. Cette restitution, dafit l'iÈHpoMancè,- m en pôùî^i^ ju^^ ger, nW pas tmiqueidént b)bliogr^p)ii<{u€f^ n'est point le seol avantage qui dis^gue cette édition^ Elle est plus ample et plus riche que celle de M* Gcrdsirt, qui, à vrai dire, n'a voulu faire qu'un livre sur Jacqueline Pajseal, et Ta &it avec tine stipérioriié qtti â'étoniMrd personne. Le volume de M. fA^ktê con^nlf de plus qm celui do M. Cousin, plusieurs mc^oëàctt considérables, nous pourrions dire è^ ouvrage êi^ tiers, dont ]ltL Gonsin a détadhé quelques pftg^,^ fiiftis dont la reproduction intégrale n€) pouvait èffitfrè» àHÈte le pian do &m lârre. Dire que là Yie êë Pascal, par Madanïo Pépier (S3 pag^) éf les Mméifes àé Ma/tgiK^ rite Pèmr s«r' m îm&é et sur son frère tti partieri-lier (environ 80 pâiges)-, sont les priiioîpaax,- not^ les* seuls morceaux que M. Faugère a feif énff er, de pliis que ML Cousin, dans» son éâdre élargi, c'cist signaler assez l'un? des mérites distincfifs de cette publication. Il faut, pour être exact, dire que celle de Tilltislfê
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académicien renferiftê, e^clusiyemewt, quelques autres inorceai^:, dont un ou deux inédits, mais peu étendus et (d'une valeur moindre.
l4 Vie de Pma^ly par Madame Périer, a été plus d'une fois imprimée en têbç à^^ Pensée^. Cpt excellent morceau ^gt néanmoins inppnnu d'nn grand nom- Ijrs ^Qs admirateurs de Pascal, et sa réimpression, qui entrai); naturellenjent dans le plan de M. Faugèpe, est un vrai service rendu au public. Nous ne pensons pas qu'il accueille avec moins de plaisir les mémoires de Marguerite. Outre qu'elle est de la famille (et certes il y paraît), ces mémoires sont instructifs et curieux. C'est un jour de plus ouvert sur une société et sur des mœurs dont nous ne pourrions pas, à l'aide de quelques données générales, nous faire une idée suffisamment juste. Il y a partout, en mal comme en bien, des choses qui ne se présument pas. Qui s'attendrait, par exemple, à voir le pieux et savant M. Pascal, le père de Biaise, prêter l'oreille à une sorcière et suivre quelques-uns de ses conseils? C'est l'amour paternel qui l'entraîne à écouter des avis que, d'ailleurs, il n'a point cherchés. Mais le même intérêt, aussi vivement senti, n'y pousserait aujourd'hui que peu de gens, et beaucoup moins un chrétien que tout autre. C'est un détail de mœurs à recueillir en rougissant, moins pour Etienne Pascal que pour l'humanité. Nous avons aussi nos superstitions et nos manies. Nous croyons aussi à des puissances occultes. Ajouterai-je que nous ne craignons pas de devoir quelque chose au prince des ténèbres?
Les erreurs grossières se font subtiles, les préjugés cèdent la place aux systèmes, autres préjugés ; on exploite le mal sans le personnifier. Il y aurait, làdessus, bien des réflexions à faire. Nous aimons mieux ajouter que la lumière vive qui tiévora tant de ténèbres ne s'est pas éteinte, n'a point pâli, et que, de l'éternel Orient, se lève encore pour nous, à l'heure d'un nouveau matin, l'éternel soleil de l'humanité.