‹ Études sur diverses questions d'horlogerieChapitre 35 sur 64 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

L’examen attentif des faits rapportés dans ce Mémoire, montre que la destruction des parties frottantes ne résulte pas seulement de la qualité du laiton, mais d’autres circonstances qui ont été énumérées, d’où on peut conclure que :

1° Dans tous les cas de frottement du laiton et de l’acier, il n’y a pas toujours destruction. La propriété parfois destructive du laiton doit être attribuée à des oxydes ou à des corps étrangers introduits dans la fusion, ou à la présence de corps étrangers très-durs qui surviennent accidentellement. Ce qui prouve la présence des oxydes ou des corps étrangers, c’est que si on traite le laiton destructeur par les acides capables de dissoudre ces oxides et autres corps, et que l’opé-

ration soit bien faite, le laiton perd la propriété destructive. Dans quelques cas, le traitement du laiton par les acides produit exactement, et d’une manière plus puissante, les mêmes résultats que le traitement par les corps gras employés par les anciens horlogers, qui ne donnaient aucune explication du mode d’action de ce traitement.

2° Dans aucun cas de frottement la présence de l’huile ne peut être considérée comme cause de destruction ; ce préjugé n’est fondé sur rien, et les horlogers doivent l’écarter sans y prêter aucune attention.

3° La qualité de l’acier peut jouer un rôle dans la destruction des parties frottantes, et notamment par l’altération qu’il éprouve à la trempe.

4° Les conditions dans lesquelles ld frottement s’opère, le plus ou moins de chute dans l'échappement, la forme des parties frottantes, l’oxydation du laiton, les mauvaises proportions de la machine, etc., etc., sont encore des causes de destruction dont l’effet a été démontré par de nombreux exemples.

5° Le peu de soin que l’on met généralement en remontant une pièce d’horlogerie, et la poussière qui s’introduit dans l’usage et par suite du temps, sont encore des causes puissantes de destruction.

6° Les différents métaux et alliages qui ont été proposés pour remplacer le laiton ne pouvaient être un obstacle à toute destruction, puisqu’il existe beaucoup de causes indépendantes de la qualité du laiton. Celui-ci mérite la préférence à tous égards par la dureté qu’il acquiert sous le marteau, la facilité avec laquelle il se travaille, son élasticité, etc.

7° Les pierres sont la meilleure matière qu’on puisse employer pour faire les trous dans lesquels roulent les pivots des derniers mobiles des montres ; leur emploi doit être restreint à ces mobiles, qui sont animés d’une grande vitesse angulaire, et à certaines parties de l’échappement. Mais toutes les fois qu’il y a une grande pression, comme aux pivots des premiers mobiles, les pierres doivent être rejetées. Elles doi

PAR LE FROTTEMENT

vent l’être également lorsqu’il y a contact à sec avec l’acier, ou du moins on ne doit pas employer l’acier dans ce cas.

Ainsi, les causes de destruction par le frottement peuvent, dans presque tous les cas, être reconnues, expliquées d’une manière rationnelle, et corrigées par les horlogers qui, mettant de côté les préjugés et les explications erronées (1), entreront dans la voie du progrès par une étude sérieuse et approfondie de tout ce qui a trait à leur art.

Les questions que nous avons soulevées ici sont plutôt destinées à éveiller l’attention de la génération laborieuse et avide de savoir qui s’élève, qu’à lui présenter comme doctrine le résultat de notre seule étude , aucun auteur n’ayant rien écrit sur cette matière.

(1) Je vais citer, comme exemple dés erreurs qui se débitent, un raisonnement que j’ai entendu faire par deux artistes vraiment amateurs de leur art, et auxquels je me plais à reconnaître beaucoup de talent et d’esprit d’observation. J’avoue que j’éprouve un sentiment pénible en entendant de tels hommes professer de pareilles erreurs. Si j’entre ici dans des développements, c’est pour montrer qu’on ne doit admettre rien de magique et de mystérieux en pareille occurrence.

On voit quelquefois une verge ou la levée d’un échappement libre, couverte, tout autour du passage de la roue de laiton, d’une poussière jaune extrêmement fine, et dans ce cas la verge ou la pièce d’échappement n’est nullement endommagée.

Voici l’explication que donnaient ces artistes de ce fait ; nous présenterons ensuite la nôtre :

Il est certain laiton, disent-ils, dans les pores duquel se trouve une poussière jaune; cette poussière s’en détache et a la vertu d’empêcher que la verge se pique.

Quant à nous, nous dirons : Dans le frottement de la roue et de la pièce d’échappement, il peut arriver quatre cas différents : 1° les deux parties so conserver intactes; 2° la verge

s’user et la roue rester intacte; 3° la roue s’user et la verge n ôtre point endommagée; 4° les deux parties se détruire .

Si la roue s’use et que la verge ne s’use point, cette destruction donne naissance à une limaille qui doit être d’une finesse extrême, et, en raison de l’attraction qu’exercent tous les corps, cette limaille doit se fixer en grande partie sur la pièce d’échappement dans le voisinage du point où elle est produite; quoi de plus simple et de plus rationnel?

Voyons maintenant si l’explication donnée par ceux dont nous ne pouvons partager l’avis, peut supporter le plus léger examen.

Ces artistes pensent qu’il peut exister dans le laiton une poudre jaune impalpable, qui en sort, se range autour des points de frottement, et que, par sa présence, elle est un obstacle à toute destruction.

Quand on a examiné avec attention les travaux de fusion des métaux, on repousse cette explication, parce que, s’il est vrai que des corps étrangers puissent se rencontrer dans les métaux qui ont éprouvé une fusion, soit au fourneau, soit au creuset , ce sont ordinairement des corps solides, infusibles et d’un assez gros volume pour être reconnus. Ce fait est d’ailleurs extrêmement rare. A supposer que dans l’opération de la fusion, la poudre jaune dont il s’agit se formât, elle viendrait nécessairement à la surface du bain en raison de son état d’extrême division et du peu d’affinité qu’il faudrait qu’elle eût pour le métal, pour s’en détacher aussi facilement; qu’ainsi, il ne s’en trouverait pas une grande quantité accumulée en des points aussi peu étendus que le sommet des dents d’une roue.

Bien plus, cette poudre occupe un très-grand volume; les capacités dans lesquelles on suppose qu’elle était doivent être des cavités d’un volume égal et par conséquent trèsvisibles, et jamais on n’a dit en avoir vu, à moins qu’on suppose que cette poudre jouisse d’une élasticité analogue à celle du duvet, qui, comprimé dans un très-petit espace, occupe un très-grand volume quand il est libre; encore

PAR IE FROTTEMENT

faudrait-il admettre cet état de compression qui aurait lieu et cesserait on ne dit pas comment.

Enfin, à supposer qu'il se formât dans la fusion du laiton la poudre jaune dont on parle, 1° ce ne pourrait être qu’un oxyde métallique très-dur et destructeur par sa nature ; 2° à l’état pulvérulent et dans l’extrême division où on voit la poudre jaune dont il s’agit, il ne pourrait rester en suspension dans le bain, il viendrait à la surface; 3° une explication simple, naturelle, toute fondée sur ce qui se passe journellement, montre que cette poudre résulte de la destruction de la roue par le frottement; pourquoi aller chercher sa naissance dans des espaces imaginaires que la saine raison et la connaissance la plus élémentaire du travail des métaux repoussent avec force?

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