‹ Études sur diverses questions d'horlogerieChapitre 4 sur 64 · HU REMONTOIR D'ÉGALITÉ · texte numérisé non relu

HU REMONTOIR D'ÉGALITÉ

près comme il serait par une main d’homme; ainsi, en admettant que cette fonction s’opère en une minute de temps, ce qui est déjà fort long en pareil cas, et calculant ensuite le temps pendant lequel le ressort secondaire agira sur le régulateur, la différence entre ces temps exprimera en raison inverse l’excès de force que doit avoir le moteur principal sur le moteur secondaire pour que la pièce marche.

Le temps d’action du moteur secondaire est celui pendant lequel la roue d’échappement agit sur la levée pour restituer la force motrice au régulateur, car c'est pendant ce temps seulement que le moteur secondaire se développe ; il est égal à la durée totale de l’oscillation du pendule, moins l’are supplémentaire. Faisons l’arc supplémentaire égal à l’are de levée, celui-ci sera donc exactement une moitié du temps de l’oscillation. Ainsi, le moteur secondaire emploierait à se développer sept minutes et demie pendant un quart d’heure, les autres sept minutes et demie seraient le temps des arcs de supplément. 11 résulte de cet exemple que le moteur secondaire emploierait sept minutes et demie à se développer, et le moteur principal n'ayant employé qu’une minute à être remonté, il faut pour le monter sept fois et demie la force réellement employée à l’entretien du mouvement; quelles que soient d’ailleurs les autres proportions qu’on admette, le rapport changerait selon ces proportions, mais le principe resterait le même.

Des échappements à remontoirs.

Il était trop évident que le genre de remontoir dont nous venons de parler ne pouvait corriger que les grandes inégalités du premier moteur, et que les résistances variables qu’occasionnent les fonctions du remontoir, les frottements des derniers mobiles existaient encore et pouvaient altérer la somme de force transmise au régulateur, qu’enfm, si le remontoir avait des avantages dans quelques cas, il laissait beaucoup à désirer.

I>U REMONTOIR n’ÉC.AI.lTÉ.

Breguct, dont l’imagination vive et le goût exquis, excellait, surtout à prendre une idée bonne en elle-même, à la présenter sous un jour très-favorable et à la compléter en lui ajoutant ce qui lui manquait, en faisait alors un de ces genres de perfectionnements qui lui étaient particuliers. Breguet, dis-je, voulut mettre la main au remontoir, en finir avec toutes les combinaisons de ses devanciers et faire le remontoir par excellence. Il conçut l’idée rie faire agir le rouage sur un ressort qui , abandonné ensuite à son élasticité , transmettait la force nécessaire au régulateur. C’était la solution du problème. Il construisit son échappement libre à force constante, c’est-à-dire un échappement tel, que le régulateur n’avait qu’à dégager un ressort d’impulsion , il en recevait la force nécessaire à l’entretien de son mouvement. (Voyez Histoire de la mesure du temps, de Ferdinand Berthoud, et le tome II des Brevets d’invention.) La théorie la plus exigeante, le raisonnement le plus scrupuleux furent complètement satisfaits jusqu’à ce que l'expérience eût montré et forcé de reconnaître un revers de médaille que l’habile inventeur avait été loin de soupçonner.

Breguet eut la faiblesse trop commune à tous les inventeurs : il communiqua son invention ; elle était si séduisante, que savants et artistes (sauf quelques hommes prudents qui voulaient attendre), chacun en fut émerveillé, la chose était

si belle qu’il ne pouvait même pas y avoir lieu de douter

Mais l’expérience n’avait pas encore dit son mot. Elle vint montrer trois choses désespérantes; l’auteur finit par renoncer à la magie de son échappement. l n La construction de Breguet exigeait une force motrice en dehors de toute proportion avec ce que les mécanismes d’horlogerie admettent (à une pendule on fut obligé de mettre jusqu’à quatre barillets très-forts); 2° la multiplicité des points de contact dans les organes qui avoisinent le régulateur était un vice radical, parce que les adhérences que contractent ces organes aux points de contact, sont très-variables, et que présenter au régulateur des résistances variables à surmonter, est la même chose, en définitive, que de lui donner un moteur variable

J)l) REMONTOIR d'kCALITK.

dans l’intensité de sa force; 3° enfin, on a reconnu que ce ressort d’impulsion dont on avait cru la force parfaitement uniforme, ne restituait pas une force constante au régulateur; que, par exemples remonté plus ou moins .vivement par la différence de force dans le premier moteur, il ne transmettait pas au régulateur la même somme de force. Des études pratiques sur cette invention si admirable et tant goûtée d’abord, tirent voir qu’elle ne pouvait laisser aucun espoir de succès. Breguet fut 1e, premier à mettre tout cela de côté et à n’emplover qu’un simple poids, un bon échappement de Graliam ou à cheville et dans de bonnes proportions, lorsqu’il voulut faire une pendule donnant les meilleurs résultats possibles. Dans les montres ou pièces réglées par un balancier et un spiral, un tel remontoir eût été encore plus vicieux. Depuis la mort du célèbre artiste, sa maison a très-judicieusement continué sur le même principe.

Urbain Jurgensen de Copenhague qui, dans sa jeunesse, avait été très-enthousiaste de l’échappement libre à force constante, avait trop de mérite pour ne pas le condamner bientôt, et c’est ce qu’il lit. Kessels(l), qui avait été témoin et acteur dans les études faites par Breguet sur ce chapitre, se garda bien d’employer de tels moyens. Enfin , aucun artiste, classé en première lignp, n’en a fait usage dans l’horlogerie supérieure, non point faute de les connaître, mais parce qu'ils en voyaient les inconvénients. Les jeunes gens et les artistes, encore peu expérimentés dans ces matières, en ont seuls essayé et y ont renoncé plus tard , lorsqu’ils ont été éclairés par l'observation et l’expérience.

Pour ceux qui ont étudié le caractère de Breguet dans ses œuvres et dans les traditions des horlogers qui composaient sa maison, il est on ne peut plus constant que s'il n’avait pas rencontré des obstacles insurmontables, il eût persisté. Bre-

(I) Kessels, après avoir travaillé longtemps dans la maison Ilrogunt, et dans le cabinet même de Breguet, alla se fixer à Altona où il a construit un trèsgrand nombre d’excellentes pendules A secondes pour des astronomes allemands. Il est mort en 1810, en Angleterre, du clioléra dont il avait pris le germe en passant à Paris.

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