RECHERCHES SUR L’ÉCHAI'PE.MENT
qu’en adoptant 100° pour l’angle des palettes, nous aurons, en outre d’une levée d’environ 40° : 1° Une vibration totale suffisante, puisqu’elle peut aller à 180° et qu'elle s’accomplira beaucoup plus librement que tout autre plus étendue ; 2° l’arc additionnel le plus libre et le plus grand qu’on puisse avoir, relativement à celui.de levée ; 3° la pénétration aux 2/3, c’est-à-dire au bout d’un levier qui n’est pas assez long pour que la roue maîtrise le balancier, et qui n’est pas assez court pour qu’il se produise un arrêt-au-doigl, ce signe infaillible de l’impuissance de la force motrice. Tous ces faits, notoires et prouvés par la théorie et l’expérience (consulter Leroy, Sully, Berthoud, Jodin, Tavan, Perron, Duchemin, etc., etc.), suffiraient à démontrer qu’il ne faut, dans aucun cas, dépasser 100°, et si l’on considère que quelques degrés de plus ajoutés vont faire augmenter dans une progression rapide, non-seulement la pénétration, mais encore la puissance du recul, déjà si considérable et si nuisible même aux verges ouvertes à 100°, on s’étonne que la question de l’ouverture soit encore l’objet de controverses, et que l’on ait, à plusieurs reprises, proposé une levée de 50° pour produire une vibration totale de 170°, quand on sait, par l’expérience de plus d’un siècle, qu’on obtient, à volonté, avec une simple levée de 35° environ, un arc total de 170° au moins.
Passons maintenant à -une série de faits incontestables, révélés par l’expérimentation.
Quand le balancier d’une montre a co qu’on appelle un mauvais cheminement, il suffit, dans la plupart des cas, de fermer un peu la verge à la flamme de la lampe, pratique bien connue des rhabilleurs, pour obtenir une plus grande vivacité d’allure et un réglage mieux soutenu, sauf toutefois quand le balancier est trop léger.
Lorsque l’on demande à un rhabilleur capable quel est le signe caractéristique d’une trop grande ouverture, il répond sans hésiter qu’à défaut d’autre moyen de vérification, il le reconnaît à cet effet que l’échappement qui vibre hardiment tant que les huiles sont fraîches et les surfaces frottantes dans leur état primitif de parfait poli, perd de son cheminement
après quelques semaines de marche, et varie fréquemment à partir de ce moment. Or, ce qu’il entend par une verge trop ouverte est celle qui dépasse 100°, ainsi que nous avons eu nombre d’occasions de le vérifier, et ainsi que cela ressort de l’expression usitée dans la pratique : ouvrir la verge très-peu plus que l'angle droit.
Dans les fabriques, où longtemps on a tâtonné l’ouverture, sa limite extrême est fixée à 100° depuis plus de quarante ans.
On remarque que tous les artistes, anciens et modernes, ont compris le nombre 100° parmi tous ceux qu'ils proposent.
Les montres anciennes allaient trois années environ, avec un réglage soutenu. Les montres modernes, établies dans de bonnes conditions de hauteur, mais avec des verges plus ouvertes, ont bien de la peine à marcher dix-huit mois à deux ans, et au bout de ce laps de temps elles ont à peu près toutes leurs palettes profondément piquées. Ces montres vont, d’ordinaire, assez bien pendant quelques premiers mois, et fort mal pendant tous les autres.
Enfin, tous ces faits, si connus et si concluants, sont corroborés par l’expérience décisive des montres anglaises. Le système anglais diffère entièrement du nôtre; les palettes plus fermées, le balancier plus pesant, l’arc d’oscillation plus court; toutes conditions désavantageuses, selon les partisans d’une grande ouverture. Eh bien, l’échappement, ainsi traité, donne un réglage égal à celui des pièces françaises à verges ouvertes et fraîchement réparées, mais avec cette différence que les pièces françaises se dérèglent et se détruisent promptement, tandis que le réglage des pièces anglaises se soutient des années, au bout desquelles il n’y a aux parties frottantes que peu ou point de destruction.
Une preuve, et sans réplique, de la supériorité des échappements anglais, c’est qu’ils règlent bien avec des trous en pierres fines aux pivots du balancier, chose qu’on n’a pas encore pu obtenir des pièces françaises.
Les Anglais ont été judicieux; ils ont cherché et sont par-