‹ Études sur FarelChapitre 2 sur 12 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Avec tes grandes circonstances naissent les grands caractère époque décisive trouve des hommes qui la comprennent , < sissent le sens , et qui en deviennent les acteurs, les héros, fois les martyrs. Chaque fois que les temps sont accompl vidence éveille des apôtres auxquels elle confie la mission < à leurs contemporains la doctrine qui est le produit du siècles , la forme renouvelée de la vérité étemelle.

Après l'époque de l'apparitiiHi du christianisme dans I nulle autre peut-être n'a été plus féconde en résultats que christianisme a été prêché une seconde fois dans sa pureté

Il avait presque disparu y grâce au despotisme de Ilom< scandaleuse du clergé , aux subtilités des scolastiques.

Pendant tout le cours du moyen-4gé, des voix isolées s' entendre pour réclamer que la religion fût ramenée à première , à TEvangile ; des cris collectifs s'étaient élevés pc ter avec énergie ccmtré ce déplorable état de choses. Mais h des bûchers firent taire les Pierre de Brueis , les Hus&, les Si les guerres d'extermination étoufièrent les Albigeois et le

Cependant, la vérité est immortelle ; elle continuait de prêcher, au nom de la foi, du haut des échafauds, dû fond des cachots de l'inquisition, sur les ruines des villes saccagées. Dieu veillait sur son œuvre. Au milieu de tous ces obstacles qui semblaient s'opposer irrésistiblement à la marche des idées, le travail des siècles s'accomplissait; le moyenâge poursuivait sa tâche. Cette grande période que, par ignorance, on représente si souvent comme un temps de barbarie et de ténèbres , a été bien plus riche en travaux qu'on né le pense ; un grand mouvement intellectuel la caractérise. Les esprits , qui d'abord s'étaient reposés dans une foi presque aveugle, sont tourmentés par un immense besoin de renouvellement ; parfois le vague sentiment de ce besoin , qui n'a pas toujours pour objet des chimères, devient pénible aux penseurs, pousse les uns à l'insurrection, et porte les autres à se retirer dans les monastères pour y vivre d'étude et d'espérance; ils croyaient que les hommes n'étaient pas encore capables de 8upp<Mrter la grandeur des idées qu'ils pressentaient.

Les'scolastiques, ces lutteurs infatigables pour une cause qui ne mé*' ritait pas leurs efforts extraordinaires , trouvent des adversaires dans les mystiques, dâms les prédicateurs populaires. Pierre d'AiUy, Gerson, Tauler, Geiler, tâchent de réveiller la foi religieuse et un culte plus pur et plus profimd.

Le goût pour les lettres anciennes r^iait dans l'Occident, et porte les savans à étudier les grands modèles de l'antiquité. Cependant , il ne faut pas exagérer les bienfisits de cette renaissance , à laquelle on attribue souvent une influence beaucoup trop exclusive.

Les résultats de cette étude des langues anciennes sont appliqués à la théologie ; les études sacrées reprennent leur essor ; <m fait des éditions critiques des saints Uvres , et on essaie de les traduire.

Dans les universités, surtout dans celle de Paris, se manifeste un esprit d'indépendance et d'opposition, qui inquiète le saint «-père. D'AiUy , Gerson , Clamenges , enseignent â Paris.

Les rois eux - mêmes ccanmencent a résister À l'autorité papale ;

(5) Charles YII , Louis XII. Les parlemens s'opposent aux em arlûtraires de Rome; eu i438 on fait la pragmatique sanetioi le parlement de Paris proteste contre le traité de France Léon X.

La nation allanande publie, à plusieurs reprises, ses ; griefs; l'empereur Maximilien veut songer sérieusement à un<

Les conciles, aifin s'assemblent chaque fois ayec le proje ganiser l'EgKse , et d*ea bmmir les abus. Leurs vœux sont s ne s'occupent tantôt qu'à condamner Huss , tantôt qu'à fa faire des papes.

Mais c'est dans le peuple surtout qu'on reconnaît les g événemens qui vont éclore. Ses poètes lui inspirent de l'eut pour ce qui est grand et beau , et entretiennent en lui l'ho a pour les vices et les crimes des papes. Tous les sentknens et de moralité se réfugient dans son sein*

Tous ces mouvemens cependant n'étaient que partiels c nés. Le temps prescrit par la Providaioe n'était pas arri^ réservé au seirième siècle d'être le résumé de tous les trav àeûBj et de coimnenoer une nouvelle ère dans l'histoire humain.

De toutes parts on s'élance vers un avenir mdlleur; d'hommes seulement en ont une conscience daire et positi' eux qui guideront les autres.

Le besoin d'amélioratiiMi ^ si universdiement senti en Sur nonce par tant de voix , éclata enfin , et trouva partout le t paré. Guttenberg avait inventé l'instrummit qui servit à < sol , et qû deviendra le plus puissant moyen pour propage nouvelles.

La Bé formation n'est donc pas un événement fortuit, sa «ms préparation. Elle est le résultat de beaucoup de tre peines , le produit de ce grand moyen-âge , de ce temps l'histoire , et si peu connu encore.. Tous les pays de l'Eui

cièreDtàce mouvement, et, en plusieurs endroits, les prédicateurs de TEvangile se levèrent presque simultanément, indépendans les uns des autres.

L'Allemagne donna l'éveil ; le scandale de la vente des indulgences fut le brandon qui alluma le vaste incendie. Luther affiche ses thèses. La Suisse allemande se lève en même temps , à la voix de Zwingli , de Haller, d'Œcolampade.

Les écrits de Luther se propagent avec une rapidité que nous avons de la peine à comprendre aujourd'hui. Partout son appel trouve des échos, surtout en France. La Sorbonne le condamne; mais la semence était jetée ; elle tomba dans des cœurs qui la gardèrent soigneu-. sèment, et' où elle ne tarda pas à fructifier.

En France , la royauté se joint aux théologiens pour réprimer les tentatives de quelques hommes courageux. Elle use de ses moyens ordinaires pour imposer silence aux novateurs, des proscriptions et des supplices. Bien que plus tard une politique indigne pbrtât les rois de France à se déclarer les alliés et les protecteurs des protestans d'Allemagne, ils allumaient, de leur propres mains, les bûchers dans les rues de Paris , ou tiraient des coups de fusil des fenêtres du Louvre sur des fuyards désarmés.

Les réformés français sont obligés de châx^her un refuge hors de leur patrie; les uns vont à la cour de la reine de Navarre; d'autres, se rendent dans la Suisse française, qui leur est redevable de sa réformation. Il est donc nécessaire de rattacher l'histoire des Farel, des Calvin, à l'histoire des premiers malheureux essais de réformer la France.

La réformation de la Suisse présente un caractère tout particulier. La forme démocratique des gouvememens de ce pays, depuis longtemps indépendant du pape, facilitait beaucoup l'établissement des nouvelles idées , et des institutions qui en découlaient. Les réformateurs suisses n'eurent pas à lutter contre un pouvoir royal fanatique; ils n'eurent à ménager s^ucun mtérét teoiporel , à respecter les caprices

. (5) d'aucun prince timide ou ambitieux. Tout se fait par le pe théologiens disputent devant les magistrats, et puis ceux-ci as leurs citoyens, et soumettent à leur suffrage la questioi changer de religion ou non. La réformation est introduite ralité des Toix. Nous trouvons peut-être ce mode d'agir ci nos idées , mais il y a quelque chose de grave et de solenne magistrats impartiaux remettant tout à la décision du peu ces citoyens se déclarant publiquement pour ou contre un religieuse, dans ce respect pour la liberté de chacun, qui ; soumettre qu'à la volonté du plus grand nombre. Et d'aillé dans l'esprit du temps et du pays ; et la Suisse a été ainsi de ces soulèvemens, de ces excès qui ont eu lieu partout ai est vrai qu'aussi dans ces contrées l'introduction de la réfo accompagnée de quelques violences ; plusieurs fois des aut( renversés, des images brisées; mais où trouver dans l'ii grand mouvement social, destiné à changer complètement ] choses, qui se soit fait dans le calme et sans secousses?

Les réformateurs suisses parlent haut et marchent dr but; ils sont tous des hommes d'action et animés d'un sain Dés conjonctures pareilles demandent des caractères héro temporiseurs qui , comme Erasme , cachent leur manque sous une prétendue modération , font plus de tort que d sont mal vus de tous les pailtis.

Par la même raison , les réformateurs suisses se mêlent c de l'état. Le patriote Zwingli exhorte les Helvétiens à ne ] à l'étranger, et tombe glorieusement à Gappel. Farel et Cal^ réformer aussi les mœurs ; ils ont une grande autorité sur trats , et soumettent les citoyens à une espèce de théocral disciplines ecclésiastiques et les censures publiques qu'ils i On peut dire que par-là le libre mouvement de la pensé travé, mais pour qn moment seulement, car la pensée h se laisse arrêter par rien; elle est toujours en progrès, ^ fasse.

■ f "^ ■ MPtfk>4

liCB réformateurs de la Sàisse française n'en sont donc pas moins fllustres ; la postérité mlmirera toujours Farel , Calvin , Yiret , et une foule d'autres plus obscurs et méritant cependant d'être mieux connus, comme Froment, Courant, Saunier , Fabri. Il est vrai que le reflet sanglant d'un bûcher ternit la mémoire de Calvin ; mais le bien qu'il a fait en est-il moins grand? Yiret est pur de tout reproche. Farel , le premier des réformateurs français (car Calvin n'a fait que bâtir sur les fondemens jetés par lui), a été souvent attaqué, on lui a fait de graves reproches , on l'a traité de turbulent , d'iconoclaste , d'homme ignorant et séditieux. Nous tâcherons de iaire tomber plusieurs de ces injustes préventions , mais sans nous ériger en apologiste des défauts qu'il a eus, et des actes imprudens qu'il a pu commettre dans l'entraînement de son zèle.

Nous avons étudié, avec un intérêt toujours croissant, la vie de cet homme extraordinaire , et nous avons consciencieusement recherdié tout ce qui pouvait contribuer à nous le faire connaître. Nous regrettons que l'espace ne nous permette pas de donner à la biographie de Fardi toute l'étendue que nous avions désiré lui donner. Nous nous bornerons à indiquer, en peu de pages, les époques les plus décisives de sa vie; ensuite nous le montrerons tel qu'il nous apparaît comme pré(Ucateur et comme écrivain; nous dirons quelques mots de ses opinions théologiques, et nous terminerons en essayant de donner le portrait de son caractère^ aussi fidèleogent qu'il nous sera possible. Nous nous réservons d'ailleurs de traiter un jour la vie de Farel, d'une manière plus complète et plus détaillée.

GUILLAUME iTAREL.

mJP'uit enim in hoc homine prctter pUtatem, c uvitœ innocentiam , eximiamque modestiam , „ tfuœdam animi prœsentia, ingenium acre , si t,mentiœ ptenus.* Bksa,

Page 1