‹ Études sur FarelChapitre 5 sur 12 · III. FAREL COMME ÉCRIVAIN · texte numérisé non relu

III. FAREL COMME ÉCRIVAIN

Les écrits de Farel sont peu nombreux et peu renommés. H a été grand prédica^ur, et n'a agi que par sa parole, mais ses ouvrages n*ont pas eu d'influence fort prononcée sur la théologie, et sont peu connus dans le monde littéraire. Cependant, si on n'en parle plus aujourd'hui. Us ont eu, à coup sûr, un grand succès dans le temps où ils ont été composés. Car ce ne sont que des traités pour l'instruction religieuse du peuple , ou pour la consolation et l'édification des Eglises persécutées, ou bien ils ont une tendance polémique ou apologétique. Quand on se représente la vie et le caractère de Farel , on concevra aisément comment il n'a pas pu être un auteur du premier ordre : sa carrière agitée ne

(^5) lui laissait pas le temps nécessaire pour élaborer des ouvrage lumineux et scientifiques; sa fougue, qui allait jusqu'à l'impatic était incompatible avec le ciJme, le repos, la tranquillité d'âme réclament des études plus réfléchies.

Ce n'est qu'avec peine , et siur les exhortations réitérées d amis, qu'U se décida à publier quelques traités; il dit sou v dans ses lettres , que rien ne lui était plus difficile que de comme un semblable travail ( i ) , et il ne mettait qu'avec répugnance son i en tête de l'un de ses ouvrages (a) . Il faisait même peu de cas d sciences qui ne profitent presque rien à l'humanité , et qui n'oni une influence inunédiate sur le peuple. C'est ce qui a été caus partie de la haine que lui portait Erasme, qui 'n'avait de génie pour ce qu'on appelle les humanités (3).

Les écrits de Farel portent le cachet de son individualité ; Qs se tinguent par une logique vive et serrée, par une chaleur toute ticulière, par une connaiissance approfondie delà Bible, et sui du Nouveau-Testament» En plusieurs endroits, cependant, ils prolixes , diffus ^ et manquent de liaison. On voit partout qu'ils été composés d'un seul jet, et qu'ib sont plutôt les fruits de 1 piration du moment, que de miéditations longues et assidues. 1

(i) Far. àCALV. i sept. i55o. 8 jan. i55i.

(a) Du vray usage de la croix, par Farel. p. 6 : «Cependant qae pers ne pense qae je fece cecy comme n*ayant antre chose à £dre , on comme i esmen par ancane légèreté , comme plusieurs qui ne se penvent contenir , par une affection trop desbordëe enragent ^escrire et mettre lear nom en a Car josqae» k- présent cela ne m-^est point advenu» Car je n*ay lîen' escrii par grande contrainte : et mesme quand j*ay escrit , je ne ^onlojFe point qae nom y fiost mis. Car je desiroye plas qae point d^aatre chose , qae ce qae \\ royefast bien considéré en soy , et qae poor mon nom il n*en fiist ne pli moins.»

(3) Erasm. SpisL % Yol. fol. Lond. 1642. t. II. p. 3127. Epfrair. i inf. iiL Nonne passim etpubUce elamabat Pharelbu omneshumanas disciplina .intenta diaboUH

rencontre de nombreux passages , qu'auîoàrdliui peut-être on rougirait d'écrire; quand il parle du Pape, de la cour de Rome, des prêtres, des sectes anabaptistes et libertines, il se sert ordinairement de termes peu décens , qui lui sont arrachés par Tindignation et par le souvenir des mauvais traitemens qu'il avait subis. Cette manière de polémiser nous cause une impression pénible; mais il paraît qu'alors ce n'était pas ainsi; car elle était commune à tous les partis, et à tous les réformateurs, notamment à Luther.

Voici la liste chronologique des écrits de Fard :

1* Themata quœdam latine et germanice proposiia Basileœ. GuiL Fa-relias christianU lectoribus. Die Martis post reminiscere (i52i4)* Les exemplaires latins de ces thèses sont extrêmement rares. (4)*

En voici un extrait :

i"" Jésus-Christ nous a donné les meilleures instructions pour régler notre vie.

2"" Il faut observer ses préceptes, dont l'un demande que ceux qui n'ont pas le don de la continence , se marient.

S"" Les omemens sacerdotaux, etc. , sont contraires à l'Evangile.

4'' Les trop longues prières sont inutiles et dangereuses.

5"^ Le seul véritable ministère des prêtres , est d'annoncer la parole de Dieu.

&" Les préceptes de Jésus-Christ ne doivent pas être convertis en simples conseils , ni réciproquement.

7*" Celui qui n'instruit pas sincèrement son frère dans l'Evangile , agit contre les volontés du Christ.

8"* Celui qui croit qu'il est justifié par ses œuvres , et non par la foi , se fait l'égal de Dieu.

g"" Il ne faut offrir à Dieu d'autres sacrifices , que ceux que dicte l'esprit.

(4) Elles se troareol dans Melchiox Adam , Fùœ theologorum. Francf. 1 706. fol. T. L P. 2. p. 57 » et en allemand dans Forssun , BeitrUge zur Rejbrmations^ Gesch* des SchweizerUmdes. Zarich 1749* ^^ ^* ^' P* ^4^ - Sq-

'4 ""•' ■ T-'-r — mff' 'i —

1 o* Quiconque-u^a pas les talens nécessisdres pour être ministre rEvangile , doit plutôt gagner sa vie par le travail de ses mains.

11* Les jeûnes, et plus encore les idoles , sont à rejeter , ainsi qi

1 â"" Toutes les cérémonies qui tiennent encore du judaïsme.

1 3"* Cherchons uniquement à être éclairés par Jésus-Christ ; Fii vers est régi par sa seule volonté, et non pas par le cours des as(

ou les forces des élémens.

On voit que le jeune réformateur s'exprime assez clairement d sur les principales doctrines contestées. La justification par la foi posée comme unique moyen de salut, et les abus roniains sont re tés sans réserve. Dans Tappel à tom les lecteurs chrétiens dont Farc fait précéder ses thèses, on peut déjà reconnaître Thomrne éner que et intrépide qui s'est manifesté dans la suite , quoiqu'il dise q^ ne veut disputer que pour sa propre instruction. Q invite tous chrétiens à prendre part à la controverse , et notamment les prêtre afin qu'ils rendent raison de leur foi devant tout le monde , en vé tables enfans de la lumière.

Si l'on rapproche de ces thèses celles que Fard composa en 1 53 pour la dispute de Lausanne ^ on vvoit qu'elles contiennent la môii doctrine; seulement elles sont plus complètes , et embrassent 1 plus grand nombre de dogmes, ^s que ceux de Jésus-Christ comij seul chef de l'Eglise , de la rémission des péchés , des sacremen etc. (5).

2^* Sommaire ;^ c'est une briève déclaration d'aulcuns lieux fort t cessaires^ à un chacun chrestien pour mettre sa confiance en Dieu et ayder son proschain.

Je ne puis parler de ce traité , qui ,. sans contredit , est le plus imp tant de tous ceux qui sont sortis de la plume de Farel , que d'après que M. Kirchhofer en dit (6) : « Ce petit écrit devait montrer

(5) Decem concliisUme^ Lausannœ provincià nova Bemensi disputandœ. I CHAT^ t. VI. p. 555.

(6) Sùid. und KriU iBSi . t.L p. 284. Ueber Forets lileransche Thatigkeit

peuple les grands abus de la papauté , et la gloire de l'Evangile ; le style en est clair, simple, conforme à rEcriture. Farel n'y entre dans aucune discussion dogmatique; les mots de Trinité, de personnes, etc. , ne s'y rencontrent nulle part; il ne parle que de la révélation de Dieu par ses œuvres et par son Fils , et d^ effets de son Esprit sur nos cœurs. » Il est incertain où et quand le Sommaire a paru d'abord ; il a été plusieurs fois réimprimé avec des augmentations , ce qui prouve le succès qu'il a eu. Aux dernières éditions (s. 1. 1 54^ ; de l'imprimerie de Jean Gérard , 1 55a. in-i6) est ajoutée < Une Epistrej en laquelle ledit auteur rend raison pourquoy cest œuvre a esté fait ^ et puis corrigé ^ reveu et augmenté. » t Le Sommaire parle en 43 chapitres de Dieu , de l'homme , de Jésus , de la loi , de l'Evangile , du péché , de la justice , de la chair et de l'esprit, de l'incrédulité, du mérite, de la grâce , des traditions^ de la Bible , de l'Eglise , du saint ministère , des attributions des pasteurs , des sacremens , des bonnes œuvres, des jeûnes, de la prière, de l'aumône, du culte , du pardon des péchés , de la satisfaction , des magistrats , du mariage, de l'instruction des enfans, de la préparation à la mort , de la résurrection et du jugement dernier. La doctrine de la prédestination , que Farel défendit dans la suite contre Bolzec , n'y est pas mentionnée. Le Sommaire devait être une sorte de dogmatique populaire (7).»

5^ M. Kirchhofer cite plusieurs petits écrits que Farel doit avoir composés , et dont il se trouve des traces dans des lettres que je n'ai pas pu consulter. C'est un traité de oratione dominica , un autre contre les moines, etc. (8) . Erasme, dans ses lettres , parle aussi d'un libellum de Parisiensibus et Pontifice^ dont il fait une amère critique (9). H se plaint de même de plusieurs pamphlets anonymes et injurieux, dirigés contre lui , et qu'il attribue à Farel (10). Mais U nous semble que

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(7) ^b. p. 286. — (8j Ib. p. a88. — (9) ËRASBI. MELANGHT.t. I. p. gS I . £p. II 5.

/i&. XIX. — (10) EKAsm, fratribus Germ. infer, ep, $9. lib. XXXI. p. aiagj idi Aift» Brugnario, ep, 40. lib. XVIII. p. 8o5l.

( ^9 ) le témoignage d'Erasme est assez suspect à cet égard ; il se peut i toute Taffaire ne soit qu'une calomnie des ennemis de Farel , p ajouter encore aux ressentimens d'Erasme.

4"" Dispute tenue à Genève l'an i534; les entrer-parleurs estant le m^ dominicain Guy Furbiti, docteur de la faculté de théologie de Paris ^ unprescheurduSaint'Evangilej théologiende Berne. Réimprimé à Gîcn en 1 644 > Ibl-8'' , àyec une traduction latine par Manget. Ce dernier' dans sa préface au lecteur : « La dispute fut imprimée Tannée mes 1 5â4 en langage vulgaire en français. Un exemplaire m'en estant ton entre mains (les autres, pour la plus-part ayans esté perdus pai suite du 'tenips) . . . etc. »

Précédé de t Lettres certaines d'aucuns grands troubles et tumw advenus à Genève^ avec la disputation faite l'an i534 par Mons. not maistre, frère Guy Furbiti, docteur de Paris, etc., à l' encontre d\ cuns qu'on appelle Prédicans, qui estoyent avec les ambassadeurs de Seigneurie de Berne. »

On croyait jusqu'à présent, et avec une certaine apparence de rais(i que ce petit livre, qui contient des choses très-curieuses sur la réf( mation de Genève , provenait d'un auteur catholique. Mais M. Kir hofer cite une lettre de Farel à Fabri , dans laquelle il avoué qu'i employé cette ruse, pour procurer à la dispute une plus grac publicité.

S"" Confession de la foy, laquelle tous bourgeois et habit ans de Gen et subjects du pays doibvent jurer de garder, et tenir.

Cette confession fut imprimée d'abord en 1 537 , in-24 , en car^ tères gothiques. Elle se trouve aussi dans Ruchatj T. Y, p. 690 suiv. Dans cet opuscule on peut le mieux étudier les opinions thi logiques de Farel. Mous aurons occasion de le citer plusieurs fois parlant de ces dernières.

*6* Epistre envoyée au duc Lorraine j par Guill. Farel, prescheur Saint'Evangile. DeGorze, ce 11 févr. \Sli^5. , Genève i543> m- 12

c Farel tâche d'y réfuter plusieurs calomnies qu'on avait dirig

contre la doctrine évangëlique e% contre lai-méme, d*avérer sa vocatkm comme apôtre , et d'éyeiller dans l'âme du duc quelque goût pour la vérité. Cette lettre prouve que Farel savait aussi bien parier aux grands qu'au peuple. Au début, il montre une certaine souplesse, mais sans porter préjudice à la vérité, et sans combattre avec moins de franchise les erreurs papales (i i)* »

7* Une épUtre de maistre Pierre Carofy, docteur de la Sarbonne de Parie ^ faicte en forme de défiance s et envoyée à maietre Guill. Farel ^ serviteur de Jésuê^hriit et de son Eglise , avec la response. A Genève par Jehan Girard. 1 543. S"". — La seconde Epistre envoyée au docteur Pierre Caroly par Guitl. Farel, prescheur de l'évangile, A Genève par Jehan Girard. i543. en- 12. De Strasbourg ce 2b de Juing iS^'i. (la).

8"^ Il est encore question, dan^ les biographies, de plusieurs autres épitres de Farel ; la f^ie manuscrite ( 1 3) et Ancilkm, p. 97 , citent une épistre adressée à tous ses frères et fidèles, par forme d'Apologie, des^ tinée à réfuter les calomnies de Caroly. Sennebier (i4)> parle d'une Epistre exhortatoïre à tous ceux qui ont cognoissance de l' Evangile, les admonestant de cheminer purement et vivre selon icetuy, gUhri fiant Dieu et édifiant le prochain par parolles ; m-i a. 1 544* — ^ ^^^^ d*una troisième épttre est rapporté par Rottermund (ib), Epistre envoyée aux reliques de la dissipation horrible de l'Antéchrist > s. 1. 1 544in- 1 â , et celui d'une quatrième , avec un extrait , par Kirchhofer, T. I. p. i5o- rSâ : A mes très-chers frères en nostre Seigneur, tous les amateurs de la saincte parole. Morat. 26juill. i533. — Une cinquième épitre, enfin, se trouve dans l'Histoire dee Martyrs. Comme cette der-

(il) Stttd. undKrit. p. t^gS. — Kjrghh. , Lebm Forets. Zurich i853. t. II. p. 55 - 61. — (la) KiacHH. , t. II. p. 63 , 68.

(i5) La we de Jeu heureuse mémoire Mwis. G. Farel, mamiserît conservé k

la biblioth. de GeoèTC.

(i4) Hist, Huerai re de Genh^e. 1786. 8. t. I. p. 149.

(i5) Emeuertes Andenken der Manner die fikr und gegen die Reform. huâhien gearbeiiH haben. Breo^^n 18 k8. t. I. p, 536.

( 51 ) nière est aditessée aux réformés de Metz , et que Fabri écrit à Farel 3o)any. etdu24févr. i5455qu'ilaTait vu sousla presse sonEpistrere^ dant VEglise deMetZ ff^t^man.j^ il estfbrtprobable que c'est làlaml que celle que Jean Grespin nous a conservée. Elle a pour titre : A i cœurs affamée du désir de la prédication du Saint-Evangile et du ti usage des sacremens , et est datée de Neuchâtel du 1 1 janv. 1 51 £lle renferme des détails précieux sur le séjour de Farel à Metz^ sur les persécutions que les réformés de cette ville eurent à souffi Farel n'étant plus auprès d'eux , leur écrit cette épitre pour les c< soler et les relever; il y j<Hnt des ^^rtère^ qu'il a faites pour eux : Oraii des fidèles au milieu des afflictions et des horreurs de la mort très-cruel car , dit-U , ce n'est que pai^ la prière qu'ils pourront s'assurer de grâce et de la protection de Dieu , et se soutenir dans les dangers c les entourent. Cette épître est un des plus beaux documens de temps ; elle rappelle involontairement les épitres des Apôtres , U elle est simple, fervente, évangélique, remplie de consolations, d'< hortations et de remontrances. Avant toutes choses , il faut prier , non pas seulement pour soinméme et pour ses amis , mais plus eiicc pour ses «memis ; et quand Dieu vous a délivrés des périls qui vo menaçaient, « ne demanderez-^ous point une délivrance plus ^ c celknte et un plus grand bien que celuy qui vous a esté donni « Regardez au nom de nostre Seigneur Jésus de corriger vostre v^ « et ayez tout péché en hwreur et détestation. Fuyez avarice , toij c tromperie et déception, et au lieu de prendra et d'attirer àvo{ « mjustement le bien d'autruy , aydez de votre ])ropre bien et secom « en bonne foy et charité à vostre proschain. N'ayez vostre cœi « ne vos thrésors en la terre , mais au cfel. Et vous arrestez aux héi « tages qui sont au ciel, et non point aux choses de la terre, qui so t tant vaines et tant incertaines* Fuyez toute paillardise , ayez v c consciences nettes et pures, voi^ pensées soyent sainctes, et loin < c toute vilenie et somllure , comoie il appartient à ceux qtli ont Di( « en leurs cœurs, qui voit les pensées : et ne peut porter auBcune c

« dure ne puantise de péché : mais il se retire de ceux qui demeurent

< en leur fanjge, et qui sont contaminez de cœur et de pensée. Vos pa- « rôles aùssy soyent honnestes et pleines d'édification : rien ne sorte de « vostre bouche , qui ne soit en Fhonneur de Dieu , et édification de V tous ceux iqui vous oyent parler. Entendez que vos bouches ne sont « point à vous , mais à celuy qui nous a rachetez par son précieux « sang. Parquoy nous luy devons tout, et sommes tenus de faire servir c à luy, âme, corps, pensées, paroles, faits et dits. ... *

Ajoutons encore les lignes suivantes : •

t Or donc , gardez-vous bien que chose qui soit en vous ne serve à « autre qu*à Jésus seul ; ne soyez sujects à gourmandise, ny à yvron- « gnerie , ny à paillardise : mais en toute sobriété , attrempance et « chasteté , servez à Dieu. Et non-seulement sachez de vivre pure- « ment , mais aussi travaillez au nom de nostre Seigneur , de retirer « lea autres de tout mal, et par exemple et par sainctes admonitions. « Que vostre vie parle et enseigne comment.il faut vivre. Vostre cha^ « rite soit ardente envers tous : ne portez haine à autre chose qu'à « péché , et à Tautheur du péché , qui est Satan , Tennemy de tout « bien; et faites différence entre la bonne créature de Dieu; quiaesté « créée à bien, et pour servir en bien; et entre le péché et le vice qui a «f corrompu et corrompt la créature de Dieu. Et ayans vraye charité « à la créature de Dieu, priez Dieu pour icdie, qu'elle soit délivrée c de péché, et en toutes manières selon Dieu, travaillez à la gagner « à nostre Seigneur , et à la retirer de péché. R^ardez à Dieu qu'il

< destruise péché et l'autheur d'icelui.* Gardez-vous de prendre vos « esbats en médisant des povres pécheurs, en vous moquant d'eux, 9 et ne récitez point leurs péchés par moquerie , ne par haine , ne par t aucune mauvaise affection que vous ayez contre les personnes qui « pèchent, mais s'il vous advient d'en parler, faites que ce soit avec t une- grande compassicm du msl des pécheurs , en détestàtion de « péché et avec un grand désir que tous soient retirez. Car, mes frè- « res , qui sommes^Eious ? Dont son^nes^ous ? Qu'av<ms nous de

« nous-m^m^ 9 que tout ne soit pareil en nous et es autres ? H « a que la seule grâce et miséricorde de Dieu envers nous : lequc t lieu de nous laisser en la mort éternelle , et de nous laisser pou « en nos péchez , comme nous Favons mérité , il nous a retirez {] « avoir la vie éternelle , et pour sortir de nos péchez, etchem < de bien en mieux , et le tout il a fait de sa seule grâce. • • etc. >

A cette épltre sont jointes deux autres :

1* Une aoa; Eglises de nostre Seigneur et à tous Chrestiens , pour a ayde et confort en ta nécessité et famine de la parole de Dieu. Far exhorte les lecteurs à prier pour lui et poiur son troupeau ; elle resp comme toutes les a^tre8 , une ardente piété, une humilité profon une foi vive et courageuse. C'est peut-être la même que celle d parle AnciUon^'p. 237 , et qull dit avoir été écrite à Gorze , le 28 oembre 1 544 • * ^ tous ceux qui aiment et désirent ouir la Ste. Paroi « Dieu. »

2"" Une Supplication aux Princes et Seigneurs ^ où dans des ter

fort. énergiques, et quelquefois peu mesurés,, fl les engage à se se

rer de « la vilaine putain de Rome ,.> Dieu étant le seul vrai son

rain. Il met sous les yeux des princes toutes les usurpations doc

oour de Rome s'était rendue coupable ; il dépeint le joug qu'elle

peser sur les peuples:, et termine en remerciant les princes et les vi

qui avaient intercédé auprès des magistrats de Metz , en faveur

réformés de cette ville*. •- Et afin qu'ils ne redoutent troubles e

« motions, ne qu'onse veuille cslever aucunement contre euxne coi

c autres (comme les. ennemis de venté tousjours calomnient, en 1:

« m^nt à tort l'Evangile, comme induisant à rébellion), qu'il ^

f plaise les assurer de nostre part, que rien de ce n'adviendra. . .

3* Enfin une longue prière ^ devant ranimer le courage des ré mes Imprimés, et les engager à. se vouer tout entiers à Dieu. Il i lire cette admirable prière pour se faire une idée de l'émotion qu a dû produire en ceux pour qpx elle était destinée.

g. Dans de temps , Parel écrivit encore plusieurs traités dont nous ne pouvons donner que les titres :

Traité du purgatoire ^ i543. în-12.

La très saincte oraison que nostre Seigneur J. C. a baillé à ses Apostrès, les enseignant comme ils et tous trais Chrestiens doivent estre, avec uH recueil d'aucuns passages de la Ste. Escrittxre, fait en manière de prière, in-iâ. Genève, i543 (i6),

M. Kirchhofer ( 1 7) parlé aussi d*un Uber Precationtan , qui est peut-être le même que celui qui vient d'être cité; ou bien ce dernier n'est qu'une traduction du traité de oratione dominica.

10* Le Glaive de la parolle véritable j tiré contre le bouclier de défense duquel un Cordelier Libertin s'est voulu servir pour approuver ses fausses et damnables opinions, par M. G. FareL in- la. A Genève, par Jean Girard. 1 55o. Avec cette épigraphe : Héb. 4- ^ parolle de Dieu est vive et d'efficace.

€*est Touvrage le phis considérable de FareL II est dimgé contre les Libertins , et en particulier contre un Gordeliar qui , dans un écrit intitulé : le Bouclier de défense, avait combattu Calvin , et représenté la prédestination comme pouvant servir de base à un système apologétique de tout ce qui est mal/ t Lliomme ne hiî rien, avait cfit le « Cordelier, et ne peut rien faire, seulement il cuyde et présume v pouvoir fan^ (p. 1 8) ; » U voulait donc t oster la discrétion du biai « et du mal» (p. 5); car I^eu fait tout en l'homme, tetflnousadmmé « ceste nature vitieuse pour apparoistre seul bon ; un seul est excepté, « c'est Jésus-Christ qui pour vray seul a esté conceu et nay sans péché » (p. 58). t Le péché qif on appelle vulgairement originel , n'est donc « pomt prins de nostre premier père Adam , mais est en nous mesmes '« par le seul Dieu créateur de l'esprit; et qui nous a donné une na* K turelle inclination à tùsA » (p 1 1 7) ; et « comme est créé à limage

(16) Sennebiee, 1. 1. p. i4g. — (17] Stud. etc. 9 p. 296.

« de la Trinité, Iliomme est mesme.ci^é avec t^ (P*^^

La secte des Libertins, diaprés ce système, se disait alors seule é seule capable de faire le bien ; -en mortifiant la chak* , en se perc en Dieu, ils prétendaient ne faire « que tout bien quoy qu'ils faa car « ils ne font rien , et Dieu opère tout en eux » (p. 4)*

Ce sont ces doctrines, qui pouvaient paraître séduisantes a plusiel que Fard s'effiorce de combattre par tous ses moyens. Il £sdt l'apol de son ami Calvin et de ses dogmes , et fl attaque avec ime vigu extraordinaire les doctrines du moine Libertin. Son livre est par coi quent important, parce qu'il nous donne une idée assez précise cette secte, et qu'il nous montre la manière dont Farel se servait glaive de la parole pour pol^miser. Toutefois on ne peut pas s'y entièrement ; ce n'est pas un otivrage par lequel on puisse se fori une opinion tout-à-£ait exacte des Libertins; car le ton âpre et viok les récriminations souvent injurieuses, l'ironfe acerbe et mordan les t^mes i^^aobles dont Fard se s^i; pour désigner ses adverl res (pauvres misérables, paiUards, puante secte- des maudits lil tins , arrogantes bétes , etc. ) ^ prouvent qu'il y a de l'exagérul des. deux cotés. Le livre est écrit sans un plan r^ulier; l'auteur laisse aller à toutes ses idées, à toute son indignation; il y a des pério qui sont excessivement longues , à cause de l'abondance des matiè qu'il ne s'était pasdonné J^ temps de mettre en ordre; le style n'est pur, en plusieurs endroits ilest prolixe, incohérent ,diffas; Fardrevi fréquemmentsurfes mêmes choses, et s'arrête quelquefois à un si tout spécial pendant des vingtaines de pages ; telle est la subtile et ini minable comparaison entre Adam et Jésus (p. 3;26 et suiv. ) ^ Gepend il se trouve dans ce livre la même logique , la même chaleur ^ la m^ vie que dsois tout ce que Farel a écrit. Ses argumaissontvrais et ft pans ; parfois il est spirituel et caustique ; les beaux mouvemenâ , pages doquentes abondent, et on voit sans peine que le tout est l'œi d'une généreuse inspiration. C'est ainsi que quand il parle de la | sion de Jésus-Christ, de sa patience et de sa charité, il s'élève à

▼éritable et sublime hauteur. Le livre est parsemé d'idées neuves et lumineuses , d'exhortationis entraînantes , de préceptes applicables à tous les temps, et en particulier au nôtre; par exemple, quand il fait la critique des tendances mystiques et panthéistiqiies de la secte (18), ou quand il réfute sa manière d'interpréter la Bible allégoriquement, et de distinguer dans chaque passage deux sens diflPérens , l'un littéral , etl'autre spirituel (19). Umontretoutel'absurditédepareillesdoctrines, et indique comme seul moyen de s'en défendre, une foi vive ea Dieu , en Jésus , et en son Evangile. « Il faut que l'Escriture soit diligeme ment examinée en crainte de Dieu, et avec saincte oraison » (p. 3a). Elle est toujours claire et intelligible, et « c'est une chose qui est à fuyr « comme très exécrable , de dire qu'une mesme paroUe soit mensonge « et vérité, et ce selon les personnages à qui on parle. Car la vérité de « ce qui est dit , ne gist point en ceux qui l'oyent , ny en leur intelli- « gence, mais en^e qui est dit » (p. 73). Et puis pour comprendre les chpses de Dieu, Û faut avoir « une pureté qui surmonte ciel et terre » Cp. 221}. Beaucoup de ces choses sont même absolument incompréhensibles , comme, par exemple , la doctrine de la prédestinatirniv qui quoique obscure , est seule consolante (p. 192). Si on vit d'après la loi dîe l'Evangile, on ne se persuadera pas que pour se sanctifier , il faut mépriser et mortifier le corps ; car le corps est « un temple de t Dieu , l'habitation du Saint-Esprit et un membre du corps de Jésus • (p. 228).

( 18) P. 4^0. hII ne regarde la Loy de Dieu , ne œ qu'il coBunanda , maïs seolemeni qae Thomme laisse fiiire à Tesprit oniTersel ^ qui gonyeme ei eottdait loat| et qai ne peat mal ùàre. » P. 4^7 . • .«et font nn esprit nnirersel qoifiit et besogne en tons non-seolement le bieni mais aussi le péché et iniquité : et qae toot Tient de cet esprit. »

(19) P. 39. uLe Libertin disant qa*en tonte écriture il ^ a double sens , on littéral et Fantre spiritael : il condamne le litéral , et ne reçoit qne eelny qa*il appelle spiritael , leqael Diea sait comment U le met en avant ,^ tellement que par teebjilfidl de TEscritare comme d*an nés dedre.»

- Tout ce que Dieu a créé est bon; rhomme n'est corrompu q par suHe dû péché ti*Adam (p. i56 et suiv.); la foi seule le justU et le rapproche de Dieu. Le devoir des hommes est donc de s'éci rer , de s'édifia: mutudlement, « de s'employer d'un grand coeur « salut de tous , comme Dieu nous commande (p. 288) , » avec K entière ccmfiance dans la Providence, «sans nous fourrer au con^ de Dieu incompréhensible (ib. ) . »

Après avoir renversé tous les argumens du Cordelier , il combat au ceux qui prétendent que l'homme est créé parfait et qu'il ne pe faillir du tout, et qu'il appelle faux philosophes (p. 4^5) ; il fait vc la sottise des astrologues et de ceux qui' leur ajoutent foi (p. 4^7 finalement il flétrit, en passaBt,'les Epicuriens et les Athéistes (p. 46£ et tous ceux qui par leurs manœuvres séduisent le peuple; « cont « qui , dit-Il , a jamais parlé si amèrement ce tant doux Sauveu: « que contre ceux qui séduisoyent le peuple? et de qui a-41 eu ph c ne tant de compassion , que du pûvre peuple qui estoit comn « brebis errantes sans pasteur (p. 4^^) ^ "

Il termine par des exhortations vives et pressantes : « Si Papiste « se dressent, si Turcz prospèrent, si Juife demeurent en obstin^ « tion , si hérétiques se lèvent , et qu'ils soyent comme mousches é « tant de sectes qu'on ne sache le nombre : Jésus , qui pour noi « tant s'est humilié , tant a eu d'adversitez , tant a esté prompt à obe c au Père, et qui n'a proposé que la pure doctrine de vie et de sd « lut , ne choisissant et ne tenant rien , que ce que le Père avait oi « donné et commandé, et ne induisant personne à autrement fair t ne tenir , si non ce que ce Père a ordonné , voire comme con « tiennent les Saintes-Escritures, monstrant comme il estait ainsi es c crit , et qu'il fallait que les Escritures fussent accomplies : ce bb c Sauveur nous soit toiit, en luy seul arrestons nous, aymons et en « suivons son humilité et povreté , trop plus que la hautesse et ri 4 chesse Papale. » (p. 4? ^ • ) ^^ * ^^ Parolle de Dieu demourei

éternellement, l'Evangile aura lieu, et qui y croira aura la vie étei

« aeUe. » (p. 47^* ) Pax* conséquent suivez cet ETangUe 9 attuchezvoiu à lui, vivez selon ses commandemens (p. ^S3 et suiv). « Jésus « par son «ainct Esprit besogne pleinement au cœur de .tous, pour « recevoir, tenir, et garder ceste pure doctrine de la foy besognante « par charité : et deschasse toute séduction et p^verse doctrine , telle- « ment que luy seul règne en tout et par tout , et que tous ses ennea miz soyent subjects à luy, et mis souz ses pieds. Ainsi soit-il. »

1 1 . Epitre jà tous Seigneurs et peuples et pasteurs auxquels le Seigneur m'a donné accez, qui m'ont aydé et assisté en l'œuvre de nostre Seigneur Jésus j et envers lesquels Dieu s'est servy de moy, en la prédi-cation de son sainct Evangile {20).

Cette épitre n'a pas été imprimée ; elle n'existe qu'eu manuscrit* Fard , pour eigager ses lecteurs à renoncer au papisme , leur dépeint en style véhément l'état déplorable du monde avant la réformation. Il raconte comment lui-même a été zélé partisan de Rome, avant d'avoir eu connaissance de l'Evangile ; il retrace ses angoisses , ses doutes, ses luttes intérieures, lorsqu'un jour il trouva une Bible) il se repent sincèrement d'avoir été si l<»ig-temps dans les ténèbres de l'erreur , et remercie Dieu d'avoir fait luire à ses yeux sa lumière, et d'avoir p^nab que l'Evapgile fût de nouveau {urèché dans le imonde. Afin que cet heureux état soit conservé , il donne à tous , et surtout aur pasteurs , des OHiseils et des avertissemens. Le peuple doit Caire son devoir , suivre avec attention les prédications , et ne pas « demander «des flatteurs qui fassent tout ccMnme l'on demande , mais qu'il soit « aise d'avoir g^is qulne regardent que Dieu , et qui taachent de faire « tout selon sa parole^ » t Veillons , dit-il en terminant , à cecy , et t soyons sobres , et nous donnons bien garde que ne tombions de la c foy et pleine asseurance de Jésus , et qu'il n'advienne que Satan « chassé avec sa papauté , se parfourrant par un autre ou ce mesme

(ao) Akcoxon, p. 237.

(59) « moyen, ne sème derechef son Tenin entre nous, mais qu'es « fermes en Jésus , continuans en sa saincte doctrine , croissions « jour en jour en toute béiiécËction , produtsans lès vrays fruicts è c enfans de Dieu, taschans à rhéritage céléstiel, qui est sans fin, ; « nous gardons bien de mettre nostre cœur en la terre , aux cho^ « de ce monde qui passe et vient en ruyne avec tout ce qui s'arre^ « à luy , et sdnsy de tout fondez et arrestez en la parole de Dieu , p| « vraye et vive foy besognante par charité , ne doutons point qii c< tout ainsy que la parole de Dieu demoure éternellement , que noi « en icelle demourerons et vivrons éternellement. »

i2' Traité de la Cène. Genève i553. Ancillon, p. 78, 166, 217 t Viret escrivait à Farel (mars 1 55 1 ) qu'il avait lu son Traité de 11 Cène , qu'il le trouvait bien escrit , et qu'on tirerait de grande fruité Jean Crespin , qui l'imprima à Genève deux ans après , mit en la pr^ mière feuiHe que ce traité de Farel estait très-utile à tous chrétiensl pour connaître la vraye Institution et Administration dé la Sainte Cène, selon la vraye doctrine de TEvangile. »

Il est vraisemblable que Farel a aussi écrit contre la messe. Yôy. KirchhofeTj \. c. , p. 298.

1 3* Du vray mage de ta croix de Jésus^Christ j et de è'àbm et de ridolâtrie commise autour d' icelle : et de l'authoritéde laparàk de Diexi^ et des traditions humaines» — Avec un advertissement de Pierre Kiret j touchant t idolâtrie et les empeschemehs qu'elle baille au salut des hommes.

— Avec cette épigraphe : La coignée estja mise à la racine des arbres: parquoy, tout arbre qui ne fait pas bon fruictj sera couppé. Màtth. fil.

— Par Jean Rîvery , i56o ; in-16 ; avec privilège.

Yiret, dans son Advertissement aux lecteurs fidèles^ dit : « Entre l'es « autres ausquels les fidèles doyvenf beaucoup , et principalement « ceux de notre langue , Dieu a suscité M. Guillaume Fàrel , duquel c tantost dès le commencement que FEvangile a commencé (Festre « remis en lumière, Dieu s'est grandement servy, et par ptédScatioii « et par escrits, pour combattre l'Antéchrist et pour abolir ndolàtrît

« qui a esté dressée en la chrestienté par le moyen d'iceluy , et pour < osterlesempeschemens lesquels ce maudit Antéchrist a mis au salut « des hommes par Tidolàtrie , et par ses- inventions et traditions diat boliques. Entre les «irtres esmts par lesquels ce bon serviteur de « Dieu a combattu contre ce monstre , il a depuis naguères escrit ce « Traité de la croix , qui est maintenant mis en lumière, auquel il « déduit les, matières lesquelles il promet au titre d'iceluy» La mar c tière qu'il traite est bien digne d'estre cognue et bien déclarée. ... « Dans ce petit volume, dédié au comte de Nassau-Saarbrûck, et divisé en 67 chapitres, Farel combat de nouveau les abus romains et exhorte ses lecteurs à suivre son propre exemple et à renoncer à tourtes ces superstitions. Il y a plus d'ordre dans ce traité que dans le Glaive; le style en est, en général, plus simple et moins chargé de figu* res , d'apostrophes , d'interrogations. Pour mettre à nu Terreur qu'on commet en vénérant la croix , il commence par raconter la légende de la prétendue invention de la croix par l'impératrice Hélène* Puis il cite les nombreux passages des Pères, qui ont attribué à cette croix des forces merveilleuses, et qui l'ont adorée démesurément. Il réfute tout ce qu'on pourrait alléguer en faveur de cette adoration ; la croix , sans Jésus , n'a aucun mérite; les Pères n'ont en cela aucune autorité, car l'Ecriture ne recommande nulle part la vénération de la croix elle-même, et ne parle pas de l'efficacité du signe de la croix (ch. XI et XII). De là il prend occasion de prouver que toute autorité apparu tient à la seule Ecriture , interprétée dans son véritable sens , et il nomme ceux des Pères qui eux-mêmes ont reconnu ce principe (ch. XIII — XYII). Cette autorité de la Bible est au-dessus de tout ce que les hommes peuvent établir; elle est éteriielle. « Les grandes t vertus qui ont esté es Apôtres, et les miracles cessent ; il faut donc « que pour cecy l'authorité deTEscriture soit amenée et qu'elle sup* « plée et serve au lieu des miracles. Car aussi elle est trop plus cer^ c taîne que tous signes, et miracles (p. 84 , ch. XXII). c Pourquoi aussi aurions^nous besoin d'autres moyens de salut ? L'Ecriture con-

tient tout ce qu'il nous faut pour nous sauver ; elle est simple et claire et des honunes téméraires et présomptueux ont seuk pu vouloir 1^ compléter (chap. XXIV — ^XXVI). Si donc TEcriture se tait sur l croix , q'est une superstition que de vouloir l'adorer. « Lequel est 1 ^ plus digne d'être honoré par adoration , ou un excellent ange , ou Il un tronc de bois mort et sec , c'est-à-dire , celuy qui est esprit , et qu « par nature et par création est le plus semblable à Dieu, ou ce qui «r en est le plus loin ? Qui peut estre plus loin de Dieu qu'une chosel n sans vife et sans mouvement ne sentiment, conune là parole de Dieu| « lereproche aux idolâtres? "* (p. i33, chap. XXXIY). Laseuiécon-| dition de notre salut, c'est la mort de Jésus ; le pardon de Dieu n^ nous est acquis que par lui , et non pas par un morceau de bois mort (chap. XXXYIII). Mais, pour excuser l'adoration de la croix, on pourrait dire qu'elle sert „ de livre aux pauvres gens ** (p. âoo , chap. LYI) (â 1 ) , ou qu'elle n'est qu'un symbole de la mwt de Jésus (chap. XXXIX) , et que . comme signe , elle doit avoir l'htxinéur de la chose « laquelle elle signifie. ** (p. 157, chap. XLI). Hais l'Evangile est à la portée de toutes les intelligences ; U peut être compris par qui que ce soit , et « c'est trop blasphémer Dieu , et trop contrevenir à sa „ souveraine majesté, de bailler des titres tant excellens à une chose «, morte, sans avoir ouverte parole de Dieu * (t^.). Une faut donc ajouter foi qu'à l'Evangile, car « ainsi faisant, Dieu sera vrayment « servy comme il le commande. Il sera prisé et honoré quand ce qu'il « a dit sera seulement tenu, et que chacun sera ainsi comme il doit » estre. Celuy qui parle parlera bien, ne sortant point hors de l'Escri- « turesaincte. Celuy quioit,orracequ'ildoitteniretcroirc. * (p. 186, chap. L). Les princes chrétiens doivent travailler à l'abolition de l'idolâtrie, et ne point faire parade d'une fausse tolérance (ch. LIV),

(!2i) Comp. aussi Farel à Calv. i4 févr. iS5i: nQuid alienius a Christi pietate , quani quod improbe cu/n Gregario éUcit (Erasmus) imagines esselaico-

rum libros ? Alius non est Deus , aUud non Evangelium , iUiud non baptisma; scriplurà et Ubri sancti siml rusiicorum quam apostolonun, quam maximorum* »

sans toutefois se laisser entraîner à des excès fanestes (db. LVII). De cettefnamàre la terre ssradélifréede «oe ikok et cntdi tyran sfirkuel. Il qui, BOUS le nom et fe tiftre de Jésus , prend et usurpe tout en la «I chreatienté, gastant etTuinanttDUt * (p. i45, di. LXV),etils'éta* blira une Eglise nouvelle , plus pure et phis conforme à r£yasngile« Dans cette Eglhe, „ il ne faut rien de quoy on ne puisse rendre rai- (( son que le Seigneur Ta ordonné. Et pourtant chassons toutes charir menés et enchanCeries d'eaus, d'huiles, 4rimages, d'habits et de « tout ce qui li'est point ordanné de Dieu. Que la pure parole de « Di^t et ses saincts sacoeotiens soyent traitez et administrez en toute « pureté et en toute siraij^fcité, comme il appartient. •• Prions ce « bon Seigneur Jésus , qu'il faœ de tous une Eglise pure , saincte et « purgée de toute vilenie papale et de tcmtce qu'il n'a pas (Mrdoimé : « tellement. qu'on n'y voye rien autre que Jésus, et cda seuiemeiit « qu'il a ondonné, et qu'on le tc^ simplement et puemeot comme « il a ordonné, lelienwat qu^estant tous pui«nent en luy, et hiy en K nous, pur la vraye foy, nous servions et honorions tous œ bon Il Dieu et Père , qm -vît et ràgne ^éternellement acvec son Fils et 1 « Saiac^sprit. Amen. * (p. 2499 aSa, ch. LXYII.)

W ja. OPINIONS DE FAREL.

D'après ce ipi'on a tu «dans le chapitre précédent, la doctrine de FaKl est œUe de tous Jes iiéfiirmateursfraaçais. Elle est sinipie et claire ^ ne dcftt avoir d'autre source que l'Ecriture. Le prédicateur populaire jépugoait aua fiomudes ambiguës^ auK expicationt plus obscures <^e la chose qu'on veut expliquer <, am disfeindions subtiles, aux termes dont le peuple ne pouvait laisnr le sens , bien qu'ib fiisaeat consacrés par l'Eglise. C'est pourquoi l'on ne trouve que très-rarement dans ses écrits les mots de Trinité, de Personnes, de Présence, etc. Il ne donnait à ses lecteurs^ comme à ses auditeurs^ que ce qu'ils pouvaient conqprwdre , et *o^ qu'il croyait être -seul nécessaire au sa^

lut. La partiô tfaéari^pie, h âyAèmey il ter laissait à Gdfvîa» dont U ; n'aidait m la iraste éru^tîoa, ni k pénétrante sogadté. Il ^ autant toutpratique^ JbomiDe d'actiim et de parole, et ne se diMMie d'autre tîtxe que cdui de prêcheur de l' Evangile, Le pvinclpe fandameàCal, qui résinne toutes, se» opinien» théolc^iqnea, est eelrn^ : <m a est justifié que par une foi benagnant par c/umté. Ce principe fiovme la base de tout œ qu'il a éeiitet prêché, et il Va soutenaaTer. une incroyable ardeur, pendant tewtesaTie,contre]aspàrtiiian0d«sbmiies erawes et dea pratiques^ de l'Eglise romaine.

La séné de ses ai^g;usKi», tette- que noua l'avons pu .déduire de ses écrits , est à-peii^fès la suirante ;

L'homme a été créé bon,, parfait, à l'image deiDieu (i). Parladéaobéissanee d'Adam la nature hnaïauie s'est corrompue,, et le pédfté est entré dans le monde;. Satan n'estpas le premîor aujteinr de cette conruptioo, car si l'homme n'eût consenti à se latsaer séduire, il né se serait jamais pervwti (il). A came de ht faute d!Adam, toute^ as: posSérité a perdu sa pureté^ s'est attiré la colère de Dieu , et mérileila condam-, nation (5). Cependanlv Dieu pritinlié dérhmnanîté, et résohit de la sairrer, et de l'affranchir de la domination de Satan (4 j- C'est pour cela qu'il a en? oyé son Fils éternel^ qmpar' sa mort expiatctre^araohd^érles hommes, et fesa ramenés vers Dieu (&). CSette mort de Jésus témoigne de Pmfinie bonté de Dieu , et contient pour ncH» db goandes leçons de diarité (6). Jésu$ ,^ Trar hommes et w*ai<Dieu(7), rmoUidre que le Père , mniis paa selmi la dii^mité ^ mais selon. L'humanité , qifK^iqueen cetSe hnnaanilé il n'y ait eu aucua Tiee (8) ,.» esii le seul médiaAMr entre Dieit et les hommoi « paac autre ne poncroBS oatre

(i). le Glaiife, p. ia3. p* lagetsuiy. — Qa) /*. p. 5a4. — 5)/5. p. i5ff. p. i6o etaolv. (cLes^n&as d'Adam sont, non point créez eh'péché et jinîqnîte , mais y sont conoeas et.naiz.» Conftss. de Gen. art. IV. V,. — (^4) Glaipe, p. 3a4. — C5) JKr. p. 3q9 çl soiv. — Ç6) Du^vray usage, chap. IIL — (j) jà tous ewurs affamés f etc. — (SX Le Glawe , p. 5^^

mstruicts à salut » (9) . Pour parvenir à ce salut, il faut croire en lui; il faut avoir la foi, c'est-â-dire, une confiance certaine en « Jésus , « par laquelle nous recevons son esprit', et sommes faits enfans. de « Dieu '* (10). Cette foi seule peut nous justifier devant rEtemel'. Tous les saints personnages de TAncien- Testament l'ont eue, et ont fait par elle ce que Dieu leur avait commandé (1 1 j. Mais cette foi ne s'acquiert pas facilement; pour l'obtenir, il faut jHrier avec ardeur {12), €i lutter avec persévérance contre les passions de la chair ( 1 3U car, « cecy n'est apprins en délaissant de travailler, et en jasant auprès «, d'un feu , se moquant et gaudissant, en sautant du coq à l'asne : a mais en crainte et révérance, de celuy qui parle es Sainctes-Escri- « tures , en demandant son ayde et lumière , r^ardant soigneuse- « ment la Saincte-Escriture, et regardant le but d'icelle : c'est Jésus- « Christ, qui y est testifié, et de qui l'Escriture rend témoignage. Si e orgueil et présomption en toutes choses sont à vitupérar , et si on n les doit chasser et . r^eter |>ar tout : singulièrement .es choses de « Dieu et où gist nostre salut, tout orgueil doit estre détesté, rejeté « et chassé. Car icy il est plus que damnable , et ne le saurait-on « assez détester (i4)* * Quelque parfait que l'on soit, quelque grande que soit la science qu'on possède, si l'on n'a pas la foi, on ne peut s'assurer de la grâce divine; « ne faut que l'honmie se K fie es dons qu'il a : car, s'il n'a la f<^, qui par charité besogne « selon les dons qu'on a receu , telz dons ne serviront que de con- Q dmnnation, et pour estre plus coupable devant Dieu * (i5). « Il Il ne suffit point d'estre mortifié et d'avoir despouiUé le vidl homme, « de renoncer à«soy-*me8me, let de se avoyr en hayne, cognoistre « son rien. ... la foy est requise, par et de laquelle le juste vit,

(9) Disp. de Gen, p. 54- — Conf. VI. VH. — (10) Disp. deLaus. Rughat, VI. p. 12- 18. — (11) Gkùuej p. lo. — (12) Conf, XIII. Il ajoute comme modèle de prière Toraison de>aotre Seigneur, terminant par ces mots : «Et dëlivre-notts du maling. Âmen.» — (i5) Glaive^ p. a 16 et sniv. — - (i4) Ib. p. aao. -^ (i5) Ib. p. a4o.

ft et le pécheur est justifié "* ( 16). Toutefius, il ne faut pas croire que la foi seule suffise pour nous rendre agréables à Dieu; il faut vivre selon les commandemens divins , « toute œuvre et perfection u de vie gist en l'observation de ces commandemens " (17) ; il faut remplir tous les devoirs que la religion nous impose ; il faut que la foi se manifeste par de bonnes œuvres , en un mot, il faut qu'elle soit et besognmite par charité; ** sans cela elle est vaine et inutile (18). Quand on a une pareille foi, on reçoit de Jésus son Saint-Esprit, qui nous vivifie et nous console (19). Tout ce qui nous est nécessaire pour le salut, nous le trouvons dans la Bible, qui est la seule véritable source de la connabsance de Dieu (âo). « A elle seule appartient ft toute authorité; son authorité et sa fermeté nous doit estre telle, que « nous l'estimions plus que le ciel et la terre , asseurez que plustost Cl le ciel et la terre passeront , et viendront à rien , qu'un seul iota « et le moindre poinct de l'Escriture passe " (21).

Comme , selon Farel , la foi en Jésus est la condition indispensable pour être sauvé, il aurait dû développer sesidéc^sur la prédestination. Mais ce dogme n'est traité nulle part dans ses écrits; dans le Sommaire il est passé sous silence {22) , et dans le Glaive de la Parole j^ terme même ne se rencontre qu'une seule fois, et encore Farel y passe-t-il rapidement; il dit amplement que la prédestination, quoique incompréhensible , est seule une doctrine consolante (23). La Confession de i537 n'en dit pas un mot, et dans aucune des disputes auxquelles Farel a assisté , il n'a pris la parole pour la défendre. Cependant, il n'est pas douteux qu'il n'ait admis ce dogme ; la publication même du Glaive de la Parole l'atteste , et , ce qui plus est , nous avons vu, qu'en 1 55 1 , il a défendu son ami Calvin contre Bolzec qui l'attaquait sur la prédestination. Néanmoins, il dit dans sou Epitre

(i6)(?faû^ep. 10. — (^i^y A tous cœurs affamez, — (i8)Glaife, p. 480, etc. — (19) Jb. p. 49* — C^o) Ib. p. 479» — (21) Ib. p. 58. Du vray usage , passim. — (22) Kirchh. , Sîud, undKrit. — (23) Le Glaive ^ p. 192.

am TéfainÊDtès â& Metz : c II n'y a autre chose deslruile de la Loy (en- <r tant que touche Faiûour de Dieu et du prochain) que la malédict tien et condamnation qui est sur ceux qui ne FaccompUssent par-* t fait^oiênt. • Il a parlé si peu de ce dogme, parce qu'il connaissait fort bien tous les mal«-entendus, toutes les contradictions auxquelles il donne lieu dans l'esprit du peuple ; et ce n'est que pour le peuple qu'il a voulu travailler. C'est ainsi que dans son bon sens H ne s'est pas Aon phis fatigué â subtiliser sur la Trinité et sur les Sacremens. Quant à la Trinité , il s'est toujours donné beaucoup de peine à se montrer àrthodoiè. Cependant , le docteur Cardi a constamment attaqué ses opinions sur ce dogme, et l'accusa même un jour d'Arianisme; mais il se justifia de ce reproche aux synodes de Lausanne et de Berne. La même accusation fut encore reproduite plusieurs fois ; des auteurs catholiques, en inventant une prétendue secte de FalreUhte$ > ont dit que Farel avait renouvelé les hérésies de Paul de Samosale, en endiguant gue le Saint-Esprit n'était autre chose que le mouvement de Dieu imprimé aux créatures (24)* H n'y arien de vrai dans tout cela : ces fausses accusations proviennent tontes des calomnies de Caroli, et dMn passage du Sommaire^ qu'on avait mal interprété , et où Farel dit : < l'Esprit est le mouvement et affection que Dieu baille à I^omme, t le rehouvdlant, luy donnant sa grâce, et le justifiant par Jésus » (â5) . Une autre hérésie qu'on lui a reprochée, est celle d'avoir nié là résurrection de la chair (26). Mais aussi sous ce rapport son orthodoxie est facile à constater ; nous n'avons qu'à citer ses propres paroles : tt Comme Jésus Christ en ressuscitant a eu le mesme corps* qu'il a pris ç au ventre de la viei^e , nous réprendrons aussi le mesme corps. . .

(34) Pkateolus , Elencfms de vitîs , sectis et dogmatibus omnium hœreiico" mm* Colon. iSôg. fol. p. 177 et 297. — Gaultier, Table chronographique de V estât du christianisme, \jjon i6ai. fol. p. 791. — (!i5) KirgHh. , 1. c.

(a6) Florem. RiEH. , p. !i74 : cc//ic ille est quipùstea de Camis resmrrectione dubitare ccepit.»

( 47 ) i( Ce corps qui a mangé et beu le pain et le im de la Saincte Gène fc ressuscitera et aura la vie étem^le {27).

Il nous reste encore é parler des opinions de Fard rdativement au^i Sacremens; elles sont aussi amples «t aussi peu subtiles que toutes le^ autres. On na qu*à consulter à cet eflRgt sa Confession de 1637 , ot| il dit , que les Sacremens sont des 'exercices de foi , destinés à la fbfi tifier , et à la témcHgner devant les hommes ^28). Le baptême « es^ « ung signe extérieur, par lequel Nostre Seigneur testifie qu'il nou^ a veult reœpvoir pour ses enfans, comme membres de son fils Jésus.! tt Et pourtmit en iceluy nous est représentée la purgation de nos pé- « chez, que nous avons au sang de Jésus- Christ, la mortification et de nostre chair, que nous avons par sa mort , pour vivre en lui par « son esprit» {sQ\ Ailleurs il dit que .. levray Baptesme ne gist point Il en Teau et paroles .... mais en la foy que Dieu donne , en TEsprit a de Jésus qui est donné de Dieu. Et tel Baptesme n'est donné qu'aux « esleus et vrays enfans de Dieu , «duquel Jésus baptise , et non a rhomme, oommeSainct Jehan Baptiste monstre, Matth.lV.(5o). *

La Cène est pardllement « ung signe par lequel soubs le pain et le « vin , il nous représente la vraye communion spirituelle que nous « avons en son corps et sang. Et recognoissons que selon son ordon-^ Q nance ^He doibt estre distribuée en la compaignie des Fidèles : afin a que tous ceulx qui veulent avoir Jésus pour leur vie, en «oyent n participai» (3 1 ) . * Ceux qui agissent centre les coounandemens de Dieu et domient du scandale, ne doivent pas être admis â la table du Seigneur ;rexcommumcalion est A une chose sûnteetsalvtaire(32). ^

Quant aux questions relatives â la présence de Jésus^-Chrlst en la Cène , Farel ne les détermine nulle part d'une manière bien précise ; il en fsaie quelquefois dans ses lettres, mais il ne croyait pas que cette matière fût assez grave pour Intimer les divisions entre les réf(Hrma-

(27) Glawe, p. aaS. — (a8) Conf. XIV, (ag) iô. XV. - (5o) Disp. de Gen. p. i38, - (3i) Conf. XVL — (Sa) Ib. XIX.

teurs suisses et aUemands. Ces tristes débats furent l'objet de ses plaintes perpétuelles ; il n'épargna rien pour calmer les esprits irrités, et pour les ramener à une réconciliation ; il exhortait sans cesse Calvin et les Zurichois à céder sur quelques points, et à s'unir avec les théo^ ' logiens de Wittenberg. L'obstination et la véhémence de Luther laffligeaient beaucoup. En i545, il écrit à Calvin , qu'il désirerait que toutes les Eglises s'unissent pour faire cesser les disputes (33) ; et lors du renouvellement de la querelle par Westphal, il exhorte , il est vrai, son ami à le réfuter, mais il ajoute : « Si me audis , nihit nM « quod ad remfacUEucharistiœ, tanges^personam sines intactam * (34) • La querelle étant devenue plus opiniâtre et plus haineuse , il pressa Calvin d'y renoncer , « vetlem ut haminem prarsu» non €Utingere$, nom « te indignum est cum tam insano coniendere * (35). La confession d' Augsbourg lui paraissait, en général, admissible, et il désirait vivement qu'on s'y réunit; seulement il voulait qu'elle s'expliquât sur la Cène en termes moins obscurs, et plus conformes à l'idée de Jésus. « Augmtanam Confe^sianem toUrabilem exUtimo, nec tam abhorrendum « reputo ab ea * ^ écrit-il à Calvin (36) , et quelques semaines plus tard : « qtdd volumm pro Augustanà canfessione navam suscitare ira-tt gœdiam ?... Una est controversia de Cœnà; si Augustanà confessio « de Cœnà contineat quod sanà expositione admiiti possit^ e{ secundum n mentem autoris, qbid prohibet quin id admittamus, et sancte convenia^ « mus ? Illi a nobis aliud non.petunt, nec atiàratione de nobis querun-a tur " (37). Lorsqu'on i537 on se plaignit à Barne de ce que Farel Vit Calvin , ainsi que les Strasbourgeois n'employassent pas , en parlant de la Trinité et de rEucharistie , les termes consacrés par l'usage , on fit d'abord une. Formula concardiœ de S. Trinitate et Ccenà dominicà (38) , et ensuite Farel , Calvin et Yiret présentèrent une Confessio

(33) 4 avr. 45- ^«c mon. — (54) 17 od. 55. — (35) i5 jun. 57. — (36) 5 févr. 58. -7- (37) i4 avr. 58. -— (38) Acia Bemm cum Bncno , GAPiTOifE tflMTGONio. aa sept. i537. — Kirghh. I, aSi.

(49) fidei de Euchàristia (Sg) , qui fut signée par Bucer etCapiton, et reçue par les Bernois. Dans cette confession nous pouvons voir à-peu*-près quelles ont été les opinions de Farel sur cette matière. Les auteurs y déclarent , que dans la Sainte-^Cène on né reçoit pas seulement le sang et le corps de Jésus -Christ, mais encore son esprit, de sorte qu'on le reçoit tout entier. Le mystère de notre communion avec son corps, ne peut pas être expliqué par des paroles; car ilne s'agit pas d'une présence locale du Seigneur. L'Esprit est le lien de notre participation avec lui, de telle sorte, que par la véritable substance de la chair et du sang du Christ, nous acquérons le salut étemel. Cette communion est représentée sous les symboles du pain et du vin dans la Sainte-Cène.

Dans cet acte on s'est efforcé , autant que possible , d'éviter tous les termes qui auraient pu donner lieu à des équivoques , et de faire un pas vers une union générale , en présentant la communion comme toute spirituelle.

La confession , qu'en 1 557 Farel et Bèze soumirent à l'approbation des théologiens rassemblés à Worms, est rédigée en termes beaucoup moins clairs (4o) ; ils y disent que dans la Cène la substance même de Jésus-Christ, c'est-à-dire sa véritable chair et son véritable sang , ne sont pas seulement signifiés ou. rappelés à l'esprit du communiant d'une manière symbolique ou typique,, mais qu'ils y sont bien réellement représentés. La manière dont la chair et le sang sont réunis avQC les symboles, est dite être- sacramentalU. Si donc on veut disputer , ce ne peut être que sur la manière de la^ présence de Jésus- Christ dans la Cène, manière qui,, au fond, n'est connue que de Dieu seul. Le mode dont nous recevons les symboles , est physique ; quant au mode dont nous recevons: la substance elle-même de Jésus-Christ, ce n'est ni une union physique ou locale,. ni une diffusion de la na-

(5g)In.Epist. Calif, Gcnev. 1617. fol. p. 3g6.

(4o)£lIe setroave dans Meigh. Goldast, PoUtica imperiaUa. Francf 1614. fol. p. i3o6)et dans HosPiNiANi Historia sacramentaria. Tig. i6oa.fi>i. t.H. p. aSsi a.

tare liiimaki^ de JésiisrCbrist en nous» ni un rnéboge toitt-èrfait

gro$sier de la substance du Seigneur avec celle du pain , ni enfin la

transsubstantiation^ mais c'est un mode spirituel, incompréhensible.

Dans la oonfesftÛM qu^ Fard et ses: oMniMignons . (Bèœ, Sodé et

Carmel) rédigèrent après, celle-ci, au noaades réformés (^primés de

la France, et sur la dwiande des tliéolog^ena de Worms, ilsassurent

qu'ils adhèrent complètement à la confession d'Âugsbourg, excepté

dans le dogme de la Cène. Ils disent, en peu de lignes, leur opinion sur

ce dogme; mais les expressions dont ils se senrent sont encore bien

phts> obscures que ceUes qui viennent d'être citées. Ik disent d'abord

qu'ils repoussent tous ceux qui prétendent que la Gène n'est qu'un

signe extérieur ou un symbole du Christ absent ; mais que pour eux,

ils affirment que dans ce sacrement Jésus^Christ atteste qull veut

nous regarder comme ses membres ; ils a)ou|tent : « Verba PauU $0^

« quimur^ qui ait ^ partis est xm^ù» corporis, id est, eU itta re$, quam

c quum sumimus, Filim Dei vere adest , ei facU nos per fidem- sibi

c membra : ei testificatvàr se nobis dare et applicare remi$$ionem pecca^

€ torrnn, spiritum sandum et viiam cetemam (4 1^) • »

On voit donc ique , pour se conformer à l'esprit de son époque , Farel a aussi été forcé de temps à autre de faire des subtilités scoLastiques, pour lesquelles toutefois il avait si peu dégoût, qu'il ne s'en occupait que dans le puissant intérêt de la paix et de l'union. Autrement il n'y ajamais songé, et, comme il a déjà été dit » tout son sy»* tème théologique tend à la pratique ; il u'a d'autre f<mdement que l'Evangile clairement expliqué , et se réduit à ce principe si simple , si fécond et si chrétien : l'homme n'est justifié que par la foi aMiée à la charité. Sa conviction sur ce point était si ferme , qu'A s'opposait àiergiquement à quiconque professait un autre christianisme. Dans la profonde vénération qu'il a pour le saint ministère , il poursuit saua cesse les faux prédicateurs, qui cherchent plutôt leur propre

I » Wff'lf'^^^^^^ $ ' > W ' I '» I ■ ■■ ■ I I » I > «■<«»— ^M»<i^i<iW»

(40 BosnMUN. p. a5a , b.

profit que la gloire du Christ. Il exhorte les fidèles à s'éloigner de parefls docteurs, quelque attrait que puisse avoir leur enseignement. « Fuyez tous hérétique et semeurs de perverse dc^tritie , et consi* t dérez lAeXkà quelle fin tirent tant d'abuseurS, desquels par le juste « jugement de Dieu , aujourdliuy la terre est toute pleine: lesquels « fettent leurlFenin en grosse finesse et cautelle. Demeurez feirmes en « la foy de nostre Seigneur Jésus. . . Gardez-yoUs de tous resveurs « pleins de babil et de paroles enveloppées et obscures, lesquels « flemMeat parler hautement et fort spirituellement, pour mener (ce « semble mx simples gens) à une grande perfection , et à un estât « des Anges et plus que des Anges ... les plus adotmee aux choses de « Dieu en sont déceus , en ce qu^ils pensent ouir grans mystères, pour c usure et faire plus excellemment que la saincte loy de Dieu né « porte (4â). • Eu plusieurs endroits de ses écrits on trouve des con^ seils pour les pasteurs , qui doivent mener une vie irréprochable et sainte,^ et suivre en toute pureté Jésus et sa doctrine (43). Voici la distinction qu'il fait entre les faux et les vrais ministres de TE vahgile : « Gduy presdbe la létre , et est ministre de la letre^^ et se tient à la « letre, qui presche les CËUvres dé la Loy , et quelque chose qui sôit, « ne preschant point Jésus-Christ, la foy en iceluy , et le sâlut qui est * par la mwt et passion de Jésus , et qui met le salut en autre qu'en « luy seul : qui ense^e autre rémission ^ lavdiâent et purgatoire dé « péchez , qu'au seul sang de Jésus, aut^ sagesse, justice, sanctifia « caftion et rançon, que Jésus. Mais cduy qui puremeût presche la i vie et salut , la paix et réconciliation par la tuort de Jésus , comme f conlientleSainct-'Evangile: icduy alenoyau, etenpreschantcomme « il se faut employer aux botineS autres, qui sont commandées en é la Loy , il n'est prescheur de la letre, tnais de l'Esf^t : il nfest ml- « nistre de mort, mais de vie : et ne presche la condamnation à ceux « quicroyent et tâchent d'obéir, mabgrandsalaireetrétribution (44)* *

(i%) ji touBCCÊurs affimm* «^ (43}^ioi»

*s. ^ (44) Le GlaitHè , p. 48.

( 5a ) Y. CARACTÈRE DE FAREL.

A vrai dire^ nous n'aurions pas besoin aà)outer encore quelque chose pour« caractériser FareL Son caractère ressort suffisamment de rhistoire de ses travaux. Cependant, nous tâcherons dé résumer en peu de mots les traits les plus saillans , pour mettre sous les yeux du lecteur la figure de Farel, aussi fidèlement qu'il nous sera possible. Cette vie si agitée , cette carrière si pénible est bien digne d'exciter notre étonnement et notre admiration , et les défauts qu'a eus cet homme , défauts que l'esprit de parti a tant de fois exagérés , ne sont que ceux qui accompagnent d'ordinaire les éclatantes vertus.

Une grande ardeur , un zèle sans bornes , une invincible fermeté , un courage qu'exaltaient les mauvais traitemens , une persévérance à l'épreuve de tous les dangers ^ voilà ce qu'on remarque d'abcMtl dans Guillaume Fard. La gloire du Christ lui passait avant tout ; pour l'avancement du règn^ de Dieu , il endurait sans murmure tout ce que les fanatiques partisans de la résistance lui faisaient souffirir. A Christ était vouée sa vie^ et sa prodigieuse activité n'avait d'autre but que de répandre son Evangile. Sa modestie et son désintéressement égalaient sa piété ; il ne connaissait pas l'ambition^ et n'était pas jaloux d'une vaine gloire; on a vu combien il lui répugnait d'iqouter son nom aux modestes traités qu'il, publiait. Les choses de la terre^ n'avaient aucun attrait pour lui. « Il avait renoncé â toute prétention mondaine, et réputait à richesse d'être pauvre en J. C. (i)^» «Ce ne sont pas les biens, les honneurs, les plaisirs de ce monde que nous çerchons, écrit-ilà Calvin, c'est uniquement de servir le Seigneur (a) > « Car ce Seigneur prépare à ceux qui lui sont fidèles et qui souffrent pbur lui, une vie et une paix éternelles (3). » Pour l'Evsoigile il est

^■— "^i"' " ' ' ' ■ ■ ' ■■■■■■■Il »^^i^i I ■ Mg , I ■■ Il , ■

(i) Fie mon. — (2} 3o 8ept.>^53. -^ 7 nov. 5a. fuMammon a Christoat-

(3) 7 noT. 5a.* — Le Glaiue ^ p. 474* «Neoerchons richesses» gloire» plaisaifoe, ne chose qui toit de ce monde / el ne fiûsonsjerrir TETangtle à stttre

toujours prêt à donner sa vie, et en mainte occasion, il déclare qu'avec )oie il répandrait son sang, pour prouver la vérité de sa prédication. Lorsque Guy Furbiti lui dit qu'à Paris peut-être il n'oserait pas parler avec tant de hanUesse, il lui répond : ,. Celuy qui m'a conduict 'jusce quesicy, quand sera son bon plaisir, il me conduira jusques à Paris « et autres lieux de France, ainsi qu'il est tout puissant. . .* Et pleust « à ce bon Dieu qu'on me voulust faire comme à vous, me permettant fl. respondre et rendre raison de ma ft>y ! Je ne demanderois pas estre Il remis à mon juge, mais serôis trop content maintenir ce que je dis , n et si je ne le pouvais monstrer, estre mis à mort * (4)-

A ces qualités venaient s'ajouter une grande simplicité i une loyauté peu commune, une énergique franchise. Ses mœurs étaient graves et austères , et il ne faisait aucun cas des commodités ordinaires de la vie. Il était pour lui-même le juge le plus sévère de ses proprés actions , et déclarait qu'il serait le premier à se condamner, dès qu'on le convaincrait d'une erreur (5). Envers les autres il n'était pas moins rigide; il n'épargnait pas ses meilleurs amis, quand ils lui paraissaient dévier de la plus stricte moralité ; il blâme Yiret d'avoir consenti à ce que des écoKers jouassent une comédie (6) ; il écrit à des pasteurs de Lausanne , qui l'avaient consulté sur quelques points relatifs à l'excommunication : « V ester si vos Christi estis ** (7).

Mais c'est surtout contre les adversaires de la réformation,. qu'il

fors qu*à posséder Jésns-Christ crucifia ,■ en attendant la gloire an dernier jonr , et' non icj. »

(4) Disp.^de Gen. p. ia4*

(5) F. à C. 8 sept. 53/ in Calv, Epist. p. i56. a Ego cum legerem Paulurn (Act. a5 9 11) éUxisse se non refugere moriem si qmd commeruiéset , plane me obtuli sœpius paratum ferre mortis fudicium , si quidi/tuim contra pieUHis doctri"' nom docuissem. Et addidi me çuam dignissùnum esse ijuùvis suppUcio , si-ajide etdocirinà Christi quemquam iWOcarem/Sane nonpossum de aliis aliud semire, quam quod de me statuo. n

(6) YiR. à F. a5 noT. i548. YmST excuse la pièce par le sujet , la forme et, le bm. Vie mon, — (7) i oci. Sq. Fie mon.

lutte avec toute j'éMi^ dont il est capable. Le Pape et ees prêtres, les sectes qui divisaient TSgMse et lai suscitaimt des ennemis, -les Li^ bertins , les Anabaptistes (8) , sont les objets de ta constante indigo»^ tba. Avec un égal seèle il censure les mauraii pasteurs qui négligent lenrs devoirs , les théologîms opiniâtres et haineux , les- hommes sans principes, comme Erasme, les grands qui oppriment le peuple; c'est pom* le peuple qu'il travaillait, c'est lui dcmt il était FinCsit^iable apôtre. Il sympathisait à ses m^ux , et le consolait en lui offrant les promesses de l'Evangile. U aimait surtout sa patrie ; il saisissait toute occasion pour y prêcher la réfonvie; il déplorait le sort des malheo^ reux Huguenots , et faisait des vceux pour leur délivrance.

C'est dans de pareilles occasions , quand il combattait les andeM abus , et e^ihortait le peuple à y renoncer, que se manifestaient ses défauts. , ou les excès de son zèle. Son ardeur se changeait en im^ pétuosîté, il s'aband<Mmait à toutes ses impressions de cdère , il s'enflammait à la vue des dangers qui le menaçaient; dans son empwte^ ment il demandait des mesures extrêmes, et il n'hésita pas à déclarer Servet digne de mort. Cependant, il savait lui^^néme comUen ses vio- Iwces pouvaient être nuisibles au succès desacause; ilsereprochait sou*« vent son caractère impatient, et faisait tous ses efforts pour le dompter, n recevait avec reconnaissance les conseils et les nmontrances de ses amis plus calmes et plus modérés (9) ; il leur promettait de suivre leurs sages avis ; mais malheureusement son feu se rallumait à chaque non* velle attaque de la part de ses adversaires. Dans les momens de calme ,. quand il ne prêchait ou ne discutait pas , toute sa modération lui revenait. Alors il étmt plein de douceur et de tolérance, et employait son ardeur â recommander la paix et la concorde. Il voulait qu'on aimât jusqu'^ ses ennemis, et que, suivant l'exemple du Seigneur, on embrassât même dans sa charité les pécheurs endurcis (10); ainsi que

— MM^^I»— 1— ^— P— i—i— ■ I ■ I -» I I II I ■! Il 'Il ^ «■ I I »1— ^W»— ^1— ■ Il IJMI I .»»^— ^«^1— »»^. ■ !■■■■ ■

(8) Le Glawe. p. a6. — à Calv. 16 ao&l 36.

(g) OfiGOLAMP.â</FAR. 3. Aag. ii%^.mEpi$t. OEgol. et Zvn»9h. Bas* iS36. fol. p. 198.^— (10) A tous cœun affamez^

Jean 9 ïeBôanerg0t^^ qui voulait un fùur â^pekr h feu dtf ciel sui^ Ufi village Bainaritain , et qui pourtant était le doux àp6tte de Fàmour, le disciple que Jésu» atûndtc

C'est facSeâ concevoir; son esprit impressionnaMe se laissait aller à tout ce qui le firappail; dans sa vive imagination il voyait tout, pour ainsi dire, sous de»'forihes exagérées; mais une fois le calttie revenu dans son âme , il n*y avait plus en elle efne des senthmens chrétiens 9 même pour ceux qui le maudissaient ( 1 1 ). Le caractère de Calvin était biendtfférent; il avait plus de sang^iroid, ses colères étaient plus réfléchies, plus àd^a, elles duraient plus long^lemps; de sorte' qu'il ne faut pas s'étonner, de ce qu'à côté des lettres qoe Pàrel lui adressait 9 pour le fortifier contre ses ennemis , il lui en écrivait tant d'autres, destinées a l'exhorber à la clémence, à lui donner les pl^s pressans consdls. de modération, et à lui rappeler les exemples de Jésus et de ses Apôtres (lâ). Il voulait qu'on ramenât les égarés^ par la persuasion, et non p^ qu on les condamnât par un jugement prédpké (i3J« Un ardent désir de voir les discordes terminées , ranimait sans cesse; il priait pour ceux qui troublaient l'union (14)9 ^^ il se montrait prêt à tout faire pour la conserver. C'est lui , qui de tous les réformateurs suisses , a presque fait le phis de démarches' pour amener im accommodement avec les Luthériens ; le Consensus

(11) Farel à ViRET , 7 sept. 55. iiDiris ai execrationibus det^t^emur pasfim, cutn ita suas partes agat Satanas et sui exécra ti onmes , supfrest ut nos totos committenies patri cœlesti , gratiasque agentes gaudio peïfud , non inodor fetammstqtio animo y v<erum etiam exuttemus , et docti a sen^atore , cwn verho, tiM ex&ttplo f mtSôros qui tam misère insamunt Deo commendemus Jltigitàntes' ut propitius eoe inêueatur , oculçs aperiat ita miiete exeeratis , ut \vMeaht au convertantur* w , n ' . ; * . •

(la) 5. JqI. 57. ^iAt Christus scribas et pkariseqs diàrius*)tra€^at:/^: ntc parcunt Apostoli improbis ?»

(i3) Le Glaive y p. 5. u J« dësire le salut des personnes et la ruyne de ceste tant exécrable o/dim'on ,» etc. ,

(i4) ACalvin, a5 i»oT. 49- v. . -

de Zurich est principalement le finit cle.ses travaux. En le signant/ il 8*écria: « Vtinarn nemo minus refugeret etiam sanguines si apus esset, « consignare amnia 1 ** ( 1 5) . Il blâme ceux qui, dans leur haine contre les Papes, veulent rejeter tout ce qui a pu avoir leur sanction : „ Il « ne faut que pour la haine du Pape ne des siens , on veuille dire « tout le contraire de ce qu'ils ont dit et confessé. Car, il ne faut « considérer en eux s'ils disent ou s'ils nient, pour nous y arrester ; « mais simplement si Dieu l'a dit, si c'est la vérité ou non. Je sçay « combien de fois aucuns ont erré, ne regardans autre si non, le « Pape et les docteurs Papistes le tiennent ainsi : il est donc faux. « Car quelque détestables qu'Us soyent, si, disentnls des choses « bonnes, pour çoulorer leur meschanceté " ( 1 6) . Ce n'est donc pas par une aveugle partialité qu'il combattait le catholicisme , mais bien par un zèle extraordinaire pour la religion de l'Evangile. Sa confiance dans le triomphe de sa cause était inébranlable, et c'est l'énergique conviction qu'il travaillait pour la vérité , qui lui donnait tant de forces dans ses pénibles fonctions. Quand un moment le courage semblait vouloir l'abandonner, il se mettait à prier, et l'on connaît la ferveur et l'efficacité de ses prières. Ses amis aussi ne manquaient pas alors de le ranimer et de le consoler; rien de plus touchant, de plus instructif, que la correspondance de ces hommes, qui, en butte à toutes sortes- d'attaques , de calomnies , de persécutions , s encourageaient réciproquement, se donnaient des conseils, des avis fraternels , et se communiquaient leurs craintes et leurs espérances. Calvin, Yiret, Fabri, BuUinger , OEcolampade, Bucer, Haller, Blaarer de Bienne , correspondaient avec Farel, et entretenaient avec lui le commerce le plu9 intime. Sa sollicitude pour eux était grande ; il vénérait entre tous OEcolampade , qui avait tant contribué à la direction de son esprit, et dont il admirait la piété et la sagesse (17). Mais c'est surtout à Calvin qu'il était attaché par les liens d'une amitié fondée

(i5)ACALViN,a5aov.49. — (i6)Zc(?toVc,p. ia4. — (i7)r.âC. i4féTr.5i.

sur la conformité de leurs sentimens et sur la convictum que chacu^ d'eux était le complément de l'autre. Il avait une profonde estimi pour lui ; il le comparait à Moïse (18), çt quoiqu'il fait de beau^ coup son aîné , il n'entreprenait aucune chose , il ne publiait pas d^ livre , sans l'avoir consulté d'abord. £t si une fois il lui arrivait de lui donner des encouragemens et des conseils plus pressans qu'à l'ordi^ naire , il se hâtait d'y ajouter : « Sed quis est gui me non rideat hœc M te scribentenij si intellexerit ? Annon merito, sus Minervam dicar ? sed nostro hœc condona amori ( iq). » Yiret était le troisième dans leur amitié plus intime , et Taccord de ces trois hommes était si remarquable ^ que Bèze dit quelque part : c Certes c'était un beau spectacle , que de voir ces trois hommes si éminens dans l'Eglise^accorder si bien dans leur oeuvre , et pourtant doués de facultés si diverses ! Farel se distinguait par une grandeur d'âme peu commune; on ne pouvait entendre sans trembler le tonnerre de sa prédication , et ses ardentes prières vous transportaient jusqu'au Ciel. F'iret avait tant de douceur dans son éloquence , que ses auditeurs s'attachaient pour ainsi dire à sa bouche. Quant à Calvin^ chacune de ses paroles était une sentence pleine de gravité, qui pénétrait dans le cœur de ceux qui l'écoutaient; de sorte que souvent il m'est arrivé de penser, qu'un pasteur possédant les qualités de ces trois hommes, devrait certainement être un pasteur accompli » (20}.

(18) F. à C. 7 sept. 5o. — (19) 7 sept. 55. Calv. Ep. p. a34. (ao) Beza , Fità Cah. p. 370, — W. Icônes.

Gallica nUrata est Calvinum Ecelesia nvper,

Quo nemo docuit dociius.

Esf^çuoçue te nupernûratai FarellCf tonantem;

Quo nemo tonuitfortuis.

Et miratur adhucjundeniem meUa Firetum,

Quo nemofcUur dulcius.

Sçlicet oui tribus his seivabere testibus oUm^ AuJt interibis j GaUia!

La renommée d'un homme pareil dut bien vite se répandre, et procurer à Farel , tant des amis et des admirateurs , que des ennemis et des détracteurs. La considération dont U jouissait, était trèsgrande , les Eglises qu'il avait fondées l'aimaient et le révéraient ; de tous côtés des étrangers arrivaient pour le voir et pour l'entendre , et les communes les plus éloignées s'adressaient à liii , pour lui demander des conseils et des instructions. Il nous semble que cette considération était bien méritée , et qu'elle doit faire tomber les accusations et les calomnies, qui ont été accumulées sur Farel, plus que sur tout autre. Que dire par conséquent d'assertions comme celles-ci : « Farel était un homme de peu d'érudition , grand déclamateur , dont le principal talent était de traduire en bouffonneries les choses et les cérémonies les plus sérieuses de la religion » (2 1 ) — ou : c erat^ ut omnes dicuntj qui kominem prope norunt nullim fere doctrinœ et eruditionis, et supra modum turbulentusj super bus, audax » (22) — ou : «c'était un homme d'un savoir médiocrejet d'un fanatisme outré > (23) — ou, enfin, que dire des expressions haineuses dont se sert Erasme , quand il parle de lui (24)?....

Plût à Dieu qu'il reparût encore un de ces hommes de courage , capables d'un saint enthousiasme. Il rallumerait dans les cœurs la foi, que le vent glacé du matérialisme et de l'égoisme y a presque éteint^

(21) Calmet, Hist. ecclés, et cwile de Lorraine. Nancy 1728. fol. t. II. p. 1242. — (22) Laingeus, De vita et moribus Bezœ. Paris i588. 8. p. 47» — (23) Biographie unit^erselle, t. XIV. Paris i8iS« p* 162.

(^4) ËRASM. ad Melanchth. £p. 11 5. lib. XIX. p- gSi. vNihil vidi vanius, rdhil virulentius . . . quantum illic infîcetiarwn % quantum ineptce vindentia , quam mulli noniinatim traducti, etc.! m (Il parle d^uii libelle qn^il aUribae à Farel). — Id> Fratrib, German. irifer. p. 2128.» ... Superest^Pharelius , bone Christe , quam pius , quam innocens vir! . • Si nunc est cofwersus ad meUorem Jrugem j gratulor homini. Qualis erat oUm, mihi vaide dispUcuit ^ seditiosus, acidœ linguœ et vanissimus, » — Id. Ant* Bb-UGNARIO , £p. 4o. lib. XYIII. p. 8o5. »... Ego nunquam vidi hominem confidentius arrogantem , aut rabiosius maledicuni , aut impudentius mendacem ...» etc.

il dirigerait vers un but précis, ces âmes inquiètes , tourmentées par un profond besoin d'amour et de croyance ; nos jours ressemblent à ceux des Apôtres ; le vieil édifice s'en va croulant de toutes parts ; un nouveau monument surgira des ruines ; quel sera-t-il? nous l'ignorons; mais il sera beau , sublime ! Nous avons la ferme conviction que la base en sera l'Evangile du Christ , dans sa pureté et sa simplicité primitives, et que nous travaillons aujourd'hui à l'établissement de ce règne de Dieu , où il n'y aura plus qu'un seul troupeau et qu'un seul pasteur ; le Fils de l'homme sera le bon pasteur, et les hommes , se reconnaissant tous pour frères , n'auront plus qu'une même foi , qu'un même amour , qu'une même espérance !

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