‹ Études sur Ferdinand LassalleChapitre 24 sur 24 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Faut-il juger Lassalle sur ce récit du dernier mois de sa vie? Non, sans doute. Il n'était plus dans son état normal. Sa santé ébranlée, sa vaste intelligence surmenée par plusieurs années de travail exagéré, l'ont trahi dans un moment de crise violente. Dans un pareil état de surexcitation, ce sont les traits saillants d'un caractère qui ressortent plus encore qu'à l'ordinaire, et, à ce titre, ces sortes d'accès de faiblesse mentale sont précieux à obser- • ver chez un homme supérieur. Mais pour porter un jugement équitable, il faut se souvenir que le malade ne possède plus, en de pareils moments, qu'une responsabilité atténuée. La réaction normale du bon sens, de la raison et de la conscience contre les impulsions de la passion ne peut plus se produire avec une égale efficacité. — Un spirituel critique (1) a soutenu un jour que nous étions responsables des actions mauvaises que nous pouvons commettre en rêve. Car l'idée de ces fautes a dû passer dans notre esprit à l'état de veille, pour reparaître ainsi pendant le sommeil. — Mais ce qui fait précisément la grandeur morale de l'homme, c'est qu'il est capable de résister à une suggestion de ses sens et de ses passions. Par le sommeil, ou par l'effet de l'affaiblissement cérébral, il est

(1) M. Jules Leinaître.

livré, sans défense, sans l'appui qu'apportent les conseils de la raison et de la conscience, à des inspirations mauvaises qu'il repousserait sans effort, si on le plaçait dans des conditions morales plus favorables.

Ace sentiment de justice, qui s'impose envers Lassalle affaibli par la souffrance physique et morale, nous ne pouvons nous empêcher d'unir quelque pitié pour les tortures qu'il endura dans son amour et dans son orgueil, et quelque sympathie pour sa grande sincérité dans le bien comme dans le mal. Aussi, même après avoir fait toucher du doigt ses faiblesses, serions-nous tenté de conclure, avec l'auteur d'un roman célèbre (l)(car il nous sera permis de comparer Lassalle à un héros de roman, après avoir raconté sa fin tragique) : « Ainsi mourut cet homme, qui « fut parfois coupable, mais qui, cependant, fut un

homme.

(1) M. de Camors.

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