‹ Études sur Ferdinand LassalleChapitre 4 sur 24 · XII INTRODUCTION BIBLIOGRAPHIQUE · texte numérisé non relu

XII INTRODUCTION BIBLIOGRAPHIQUE

h dans Lassalle, nous restions les uns sceptiques, les a autres ennemis déclarés en présence de ses plans « sociaux, mais nous nous servions souvent de ses mots

a d'ordre. »

Aujourd'hui encore, ceux que rebute la dialectique obscure de Marx recourent à Lassalle, qui a toute la clarté des classiques. Burdeau, l'ancien président de la Chambre des députés, dans les notes un peu naïves sur le collectivisme qu'il jetait sur le papier quelques mois avant sa mort, ne cite que Lassalle et Sclraeffle comme théoriciens socialistes.

M. Bourdeau, l'écrivain aussi fin qu'érudit, qui suit avec tant de clairvoyance le mouvement socialiste contemporain, traçait récemment le portrait d'un ouvrier allemaniste qu'il avait interrogé. Il s'exprimait ainsi : « Il « n'est pas très ferré sur la théorie. Sa femme et lui ont « vainement tenté de mordre conjointement à Karl Marx. » A de tels adeptes on recommande encore, en Allemagne, le Programme ouvrier ou le Livre de lecture des ouvriers de Lassalle. Son œuvre n'a donc pas perdu toute action sur les esprits.

Quant à son influence pratique sur le mouvement ouvrier, elle fut considérable. Le parti tout entier le reconnaît pour son créateur. Le jour où l'Allemagne célébra le vingt-cinquième anniversaire de Sedan, les socialistes de Berlin fêtèrent, par manière de protestation, la mémoire de Ferdinand Lassalle. Enfin, il occupe une place d'honneur dans ce curieux arbre généalogique du socialisme que viennent de publier les historiens officiels du collectivisme en Allemagne.

Si sa mort laissa très faible encore ce parti qu'il avait appelé à la vie, il est bien, néanmoins, le véritable père d'un enfant qui s'est singulièrement fortifié depuisiors.

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Cette introduction a principalement pour but de consacrer quelques mots à chacun des ouvrages que nous avons employés le plus fréquemment pour écrire ces études. La bibliographie publiée en tête de ce volume mentionne, en outre, ceux qui nous ont fourni des matériaux moins précieux.

Passons d'abord en revue les quelques pages dans lesquelles le lecteur français peut chercher jusqu'ici des renseignements sur Lassalle. Lavcleye, fort au courant de la littérature économique de l'Allemagne, lui a consacré, dans son Socialisme contemporain, un chapitre précis, exact et impartial.

Ainsi a fait M. Bourdeau, dans son Socialisme en Allcmagne. II donne en quelques pages un excellent résumé de la vie de Lassalle, insistant toutefois plutôt sur le caractère de l'homme que sur l'œuvre de l'écrivain. Mais ce sont là de très brèves mentions.

M. Paul Lcroy-Beaulieu l'a combattu avec Marx, dans son Collectivisme , mais n'a donné de lui que quelques citations.

Benoit Malon, clans son Histoire du socialisme et dans un article de la Revue socialiste, a fait preuve, dans son jugement sur Lassalle, de sa bonne volonté ordinaire. L'enthousiasme et la foi sont ses qualités maîtresses.

Enfin, Mme Arvèdc Barinc a écrit, dans la Revue bleue, un article excellent sur le Journal de Lassalle. Cet esprit ferme et pénétrant découvre, au premier coup d'oeil, les traits frappants et originaux dans les caractères dont il aborde l'étude, et, aux portraits qu'il trace, il communique toujours le don inestimable de la vie.

Sans nous arrêter davantage aux écrivains français qui ont mentionné Lassalle, passons aux sources allemandes que nous avons utilisées surtout pour notre travail.

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La principale c'est, naturellement, l'œuvre de Ferdinand Lassalle qui s'offre, depuis trois ans, sous une forme facilement abordable aux lecteurs. En effet, M. Bernstein, qui est un des principaux théoriciens de l'école marxiste, a publié en 1892, pour les ouvriers allemands, une édition excellente des ouvrages politiques de Lassalle. L'introduction est une étude magistrale qui supplée, jusqu'à un certain point, à l'absence de toute biographie détaillée de notre auteur. L'éditeur ne cache ni ses opinions, ni ses préférences, mais il est impartial en somme, et inspire bientôt la confiance. « Le parti socialiste ne connaît pas de saints » , dit-il. Lassalle est, en effet, jugé par lui avec une grande liberté d'esprit, et condamné lorsqu'il le mérite. Il n'y a que quelques nuances à ajouter au portrait qu'il a tracé pour s'approcher autant qu'il est possible, à notre avis, d'une impression vraie. M. Bernstein est un esprit très large et très ouvert, et il ne s'effraye pas d'être accusé de modérantisme, de « fabianisme » , par quelques socialistes que l'étude de l'histoire et de la politique contemporaine ont moins éclairés. Ce n'est pas un sectaire ou un démagogue qui aurait écrit la phrase suivante, comme conclusion d'un récent article sur un économiste anglais : « Il faut » nous soustraire pour longtemps à cette conception que « nous marchons vers un état social entièrement collec- « tiviste. Il faut nous accoutumer à la pensée d'un com- « munisme partiel. »

Les écrits intéressants de Lassalle qui n'ont pas trouvé place dans cette édition de ses ouvres, n'ont pas été négligés par nous. Nous aurons l'occasion d'en parler dans le cours de ce volume.

Parmi les sources, indispensables à l'étude de sa vie, qui ne sortent pas de sa plume, il faut citer au premier

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rang l'histoire de son agitation politique, écrite par son successeur à la présidence de l'Association générale des ouvriers allemands, Bernard Becker. Composé avec l'aide des archives de l'Association et dans un esprit suffisamment impartial , ce livre donne un compte rendu exact des résultats obtenus par les efforts de Lassalle, durant la dernière année de sa vie. Malgré les liens d'amitié qui les unissaient, l'auteur est peu favorable à son prédécesseur, mais il ne va pas jusqu'à la mauvaise foi, dans cette œuvre tout au moins, car nous parlerons, à propos de la mort de Lassalle, d'une autre publication de Becker, au sujet de laquelle quelques réserves sont à faire.

Il n'existe pas encore, nous l'avons dit, de biographie étendue de Lassalle, mais quelques brochures intéressantes ont été consacrées à sa personne et à ses œuvres.

La plus connue est l'étude de M. Georges Brandcs, le célèbre critique danois. Publiée peu d'années après la mort de Lassalle, à une époque où d était difficile même de réunir la collection complète de ses amvres , cette brillante dissertation date un peu déjà. M. Brandes prétend faire connaître l'écrivain, bien plus que le politique, dans Lassalle, pour lequel son admiration est peut-être un peu excessive. C'est, cependant, une lecture séduisante que celle de cet opuscule , le seul d'après lequel les Français familiers avec la langue allemande ont jusqu'ici connu Lassalle.

Alfred de Wurzbach, dans ses Contemporains, a consacré une courte mais substantielle biographie à Lassalle, dont la sœur, Mme de Friedland , lui a confié quelques souvenirs.

M. Max Kegel a résumé la vie de Lassalle pour le parti socialiste allemand et fournit quelques détails nouveaux.

Enfin M. de Flener a donné à la Biographie allemande

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universelle un bon article sur Lassalle, qui a été publié séparément.

Les écrits innombrables qui se rapportent à l'œuvre économique et politique de Lassalle présentaient moins d'intérêt pour nous, puisque c'est un portrait moral que nous désirons tracer avant tout. On verra que nous leur empruntons pourtant parfois quelques traits (1).

Dans la mise en œuvre de ces matériaux de provenances diverses, nous nous sommes efforcé de conserver toujours l'impartialité, qui est le premier devoir de l'historien. «Je ne suppose rien, je ne propose rien, j'expose » , écrivait récemment un professeur à l'Université de Breslau, en tète dune série de conférences sur le socialisme. C'est dans le même esprit que nous avons abordé notre tâche. Nous en connaissions les difficultés, et nous ne nous flattons pas de les avoir surmontées. Mais nul, à notre époque, ne saurait rester indifférent aux problèmes sociaux, et nous avons pensé qu'il n'était pas sans intérêt de faire connaitre de notre mieux un homme qui les a posés fort clairement et présentés d'une manière singulièrement frappante.

(1) Véritable héros de roman, Lassalle a inspiré entre autres un romancier connu, Spiclhagcn, qui l'a peint sous les traits de Léo, dans In Reih iinil Glieil.

LA JEUNESSE DE LASSALLE

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