‹ Études sur GoetheChapitre 22 sur 44 · MARI ANUS · texte numérisé non relu

MARI ANUS

(priant^ la face contre terre).

Vous tous qui avez péché par tendresse et qui.Tmu repentez, élevez les yeux vers celle qui doit vous sauref} rassemblez -vous dans votre bonheur pour la remercier. Et chaque pensée meilleure te sera encore offerte, reine, mère, vierge, déesse, oh! garde-nous ta clémence.

CHORUS MYSTICUS,

Tout ce qui est passager est un point de comparaison. toHt ce qui est insuffisant est ici achevé; tout ce qii*on ne peut décrire est ici complet, et Tétemelle douceur de la femme nous conduit en haut

Ainsi se termine cette épopée, la plus grande que jamais un poète des temps modernes ait entreprise, y compris Dante; cette épopée, qui embrasse la vie humaine sous toutes ses faces, qui développe avee tant de force les images du monde extérieur, les luttes secrètes et les passions orageuses de Taoïe.

Sous ses vastes ailes, elle réunit deux hémisphères opposés: la religion des jours anciens, la rehgion des derniers siècles. De la même main qui fait mouvoir Tépée du drame; de la même main qui scrute si minutieusement une conscience, elle répand sur son passage des guirlandes de fleurs si firaiches et si simples; elle tire de son luth mystérieux des sons si doux qui font sourire et font pleurer* Là, dans rimmense arène qu'elle s'est ouverte, art, poésie, monde ancien et monde moderne, peuple de nymphes et peuple de sylphes , philosophie matérialiste et philosophie religieuse, tout s'anime, tout se meut, tout se mêle, se croise, sans se nuire et sans se confondre. Et l'homme est là au milieif de ces merveilles; l'homme, qui est à la fois le but et le mobile, le chef de ces créations; l'homme, qui porte dans son histoire, l'histoire de l'humanité, qui s'élève avec sa noble soif de science, s'égare avec son orgueil 9 traverse mainte phase orageuse, maint écueil qui ressemble à un abîme, et remonte, comme le ileuve à sa source, et se rachète de ses fautes par la sublime rédemption de l'humilité et du. repentir.

{M6) GCËTZ DE BlBItLICHINfiBN.

(la CBRONIQUE»)

£îm Graf von fromuÊtn edUm Mui^ An Saten hùekgeeâri uni gni.

lUlbde 4e i%S.

Le désir de savoir comment Goethe s'étak attaché à suivre l'histoire dans son drame de Gœu de Berlichingen, m'a fait rechercher qui était Goetz, et quelle part il avait prise à la guerre des paysans.

Dans les années de loisir qu'il dut passer à son château, après sa captivité d'Âugsbourg, Gcecz luimême écrh sa vie ^ Cést une œuvre de grande bonne foi, et«d^une rare simplicité. L'auteur raconte naive^ ment tout ce qui lui est arrivé , aussi bien les ùlis < importans de son histoire, que les plus peûts détaSs. On voit bien que ce n'est pas un écrivain belesprit, qui veut s'acquérir une nouvelle gloire par la pidilication d'un livre; mais un brave homme de guerre qui, ne Sachant que dévenir, s'il ne monte pas à cheval, s'il ne court pas les grandes routes la lance au poing et le casque sur la tète , cède un jour

Um

1 La première édition parut à Nurembeig, la Meonde à Francfort en 1731, ayçc des notes intéressantes , mais di^ fuses; une troisième à Nurembei^ en 1775. La plus correcte et ]a meilleure est celle publiée à Breslau en 181 3, par HM. Busching et Van der Hagen , auxquels TAllemagne est rede* table.de tant de précieux travaux bibliographiques.

(a47) aux solUcilatîoDs de ses amis, et raconte, la plume a la niaîa , ce qu'il aimerait mieux raconter de vive voix au milieu de ses compagnons, près du feu d*un bivouac

Gœtz naquit à laxthausen, domaine héréditaire desespères, vers Tannée 1480-1483* On l'envoya une année a l'école, et il en eut assez. La coutume n'était pas dans ces temps4à de donner tant de science à un chevalier. Cétait beaucoup qu'il sût lire luimême un défi de guerre, et signer son nom en cas de besoin. En i495, Gœtz, qui pouvait alors avoir quinze ans, commence déjà sa vie errante. Il se r^id à la diète de Wojms, en qualité d'écuyer de son cousin Berlichingen. Bientôt il entre en, la même qualité au service du margrave. Frédéric , son seigneur suzerain ; et ne tarde pas à se distinguer par son impétueuse bravoure.

C'est du reste une chose étrange que ce métier de guerre, comme Gœtz nous le raconte. Il ne passe que peu de. temps à la cour du prince. U retourne dans son château, visite les seigneurs voisins, s'en va à lui setil, ou tout au plus avec un écuyer, entreprendre des expéditions aventureuses. Si une dtvision éclate entre quelques princes, ou «itre les nobles du pays et ks bourgeois d'une ville, comme cela arrivait souvent , il tâche toujours de se ranger du côté de son suzerain , sans oublier pourtant de défendre le bon droit Alors, il se met en route et

guerroie pour l'un ou pour l'autre, menant une ttnie vie , gagnant trèfr*peu » et souvent obligé de Ëûre des dettes pour s'acheter un nouveau cheval, ou une autre armure. Dans l'intervalle il a toujours soin de se créer quelque occupation , afin de ne pas laisser reposer trop long-temps son bras et son épée. C'est un méfait à réparer, une injustice à venger, une guerre entreprise pour son propre compte , après qu'il en a entrepris pour les autres. Il a une querelle avec l'évéquede Bamberg, et cette querelle Toecupe des années entières ; il y revient toutes les fois qa'il a un moment de loisir, il poursuit le malheareai évéque sur tout ce qui lui appartient* A peine celle-là est-elle assoupie, qu'il s'en fait une autre avêcPar^* chevéque de Majence, et c'est un champ de bataille non moins précieux à entretenir que le premie*. Pais, comme l'on connaît déjà sa bravoure, et le lele avec lequel il l'emploie à défendre des intérêts injustement lésés, on lui demande le secours de son bras, comme on pourrait demander à un écriyain de nos jours le secours de sa plume. Un tailleur n'a pu re* cevoir deux cents florins qu'on lui devait à Cologne, et Gœtz de Berltchingen s'en va arrêter sur la route les deux premiers marchands de Cologne qu'il rencontre, et les tient à la pointe de son épée, jusqu'à ce qu'ils aient payé les deux cents florins. Qudques marchands de Nuremberg ont trahi un de ses écuyerSy et lorsque ces marchands se rendent avec

(Mo)

leurs voilures de bagages à la foire de Francfort « ils trouvent Gœu de Berlichingen , qui les souffleté l'un après l'autre, et les renvoie honteusement après s'être emparé de leurs marchandises.

De telles expéditions nous semblent aujourd'hui bien singulières, et nous pourrions les qualifier d'un nom très-peu chevaleresque. Mais Gœtz Içs entreprenait avec la persuasion intime qu'il remplissait un devoir de conscience et satisfaisait aux lois de l'honneur. Le souvenir des règles de chevalerie, le souvenir même des idées religieuse^ ne le quittait jamais dans de telles occasions. « Je dois rendre , (Ht-îJ à la fin de son livre , de grandes actions de grâces à Dieu, qui m'a soutenu visiblement dans toutes mes entreprises, aventures et combats singuliers. '^

Dans quelque circonstance quon le prenne, on le. verra toujours aussi fidèle à ces principes de chevalerie, basés sur le droit de suzeraineté, et sous ce rapport-là surtout sa vie est très-curieuse à étudier. Gœtz est bien un homme de guerre hardi et entreprenant, un homme fier qui s'appuie sur son courage plus encore que sur sa noblesse, et marche librement au secours du pauvre paysan opprimé, sans redouter ni prince, ni seigneur, ni chapitre de chanoines. Que lui importent le courroux de l'évèque de Bamberg, ou les menaces de l'archevêque de Mavence ! Ce sont des nobles puissans, et lui est

no\Ae aussi, et il veut traiter avec eux d'égal à égsd^ Mais si son margrave parle , ou si le nom de Tempereur est prononcé» tout ce courage bouillant s'assouplit; car le margrave est son suzerain, el Tenir pereur est le maître, auquel en vrai chevalier il doit rendre hommage.

Celte fidélité de Gœtz était bien connue, et lorsqu'à la diète d'Augsfaourg les marchands de Nuremberg s'en vinrent porter plainte contre lui à Sfaximilieu : «Je connais très-bien Berlichingen, r^ondit l'empereur^ je l'estime pour sa loyauté et sa valeur ; et ne dirait-on pas que pour un sac de poivre qu'un marchand aura perdu , il fiiiUe mettre tout l'empire en rumeur?''

C'est dans une de ces rencontres fréquentes avec les Nurembergeois, que Gœtz eut la main coupée: (c Je sentis^ dit-il, que l'épée de mon adversaire avait pénétré sous mon gantelet , et que ma main ne tenait plus au bras que par un peu de peau. Alors, comme s'il ne m'était rien arrivé et sans laisser p»* raîire ce que je souffrais, je fis reculer doucement mon cheval, et je m'en allai rejoindre mes com* pagnons. ^

Quand Goeu voit sa main tomber devaat lui, de quoi pense- 1 -on qu'il s'afflige? Sans doute, d'être estropié pour toute sa vie? Non pas, mais de ne pouvoir plus exercer le métier de chevalerie, de nepou* voir plus combattre ses ennemis, et quand il apprend

quW peut remplacer celte main par une main de fer, il redevient tout joyeux.

Les efforts des ennemis de Berlichingen, et no-* tamment ceux de Tévéque de Bamberg, n avaient pu pairenir d'abord à attirer sur sa tète la colère de Temperear. Mais plus tard, il embrassa le parti du doc Ulrich de Wurtemberg contre l'alliance souabe; et en iSa^, après que le duc eut été chassé de ses États, Gœtz fut arrêté et conduit à Heilbronn. D'abord on lui donna, sur sa parole de chevalier, la ville pour prison; mais ce n'était pas assez pour ses ennemis de. l'avoir ainsi écarté du champ de bàtailie, et de le tenir, avec, sa promesse d'honnête homme, mieux renfermé à Heilbronn qu'on n'aurait pu le fidre avec des verroux. Un jour, un commissaire de l'alliance souabe arrive auprès de lui , et veut loi fidre signer un écrit que Gœtz regarde comme injurieux à son honneur. Comme on peut Je croire,' il reAise hautement de condescendre à un tel acte. On menace de le jeter dans la tour, il déclare qu'il a juré de rester dans la ville, et qu'il y restera. G^ndam il envoie prévenir son beau-frère Fruçois de Sickiagen, qui accourt en toute hâte avec une troi;^ d'hommes à cheval Les bourgeois de Heilbronn, et le commissaire surtout, ont peur, et ils relâchent Berlichingen, moyennant une somme de deux mille florins, que le pauvre chevalier dut emprunter de côté et d'autre à ses amid, car il ne lavait pas. ,

( aSa)

Gœib€ a fait de cette résistance de Gcstz, et de larrivée subite de Sickingen, Tune des plus belles scènes de son drame.

Gœtz retourna dans sa demeure , mais peu de temps après , un événement survint qui , en Fentrainant dans son tourbillon, devait avoir pour lui des suites longues et douloureuses; je veux parler de la guerre des paysans en 1 5a5. ^

Tpus les peuples ont eu l'un après l'autre ces révoltes de l'esclave contre le maître, de Topprôné contre l'oppresseur , dernières protestations de la passivité du faible poussée jusqu'au bout; espèces de saignées avec lesquelles le peuple se soulagent de ses plaies. La Grèce a eu ses combats d'ilotes; Rome son mont Aventin. Le moy^i âge n'emportait pas avec lui les lois barbares de l'esdavage; mais le servage sous le gantelet de fer de quelques liommes était peut-être pire. Et il y a eu rébellion de toutes paris, contre les lois ; brutales de cette époque; et rébellion surtout contre leur interprétation souvent plus brutale encore. En prenant l'histoire des siècles qui ont amené L'émancipation successive des peuples, on peut voir se dérouler une chaîne de révoltes non interrompue, qui éclatent comme autant

1 Vojez; sur cette guerre des paysans, les importantes recherches faites par M. de Raumer, dans son Histoire d'Europe^ Sartorius, Œchsle, Wachsmuth; Grusias pour le Wor* tembcrg ; Calinel pour TAlsace , etc.

de volcans y l'une à la suite de l'autre , au nord et au midi. Quand l'une est éteinte, une autre recommence. La nation de serfs qui s'est vengée, expie dans les tortures son audacieuse entreprise; mais une autre suit son exemple.

L'histoire de ces révoltes populaires diflère dans ses circonstances, le caractère général en est le même. On se soulève contre les privilèges, on se bat au nom de la liberté; mais cette liberté, en quoi consiste-t-elle dans le commencement ? «A obtenir une répartition plus égale d'impôts, à diminuer le poids êes dîmes, le nombre des corvées. Les pauvres paysans, qui crient à l'oppression, ne songent pas encore à réclamer tm droit d'élection, et à se faire une charte constitutionnelle. Ce qu'ils demandent le pliis souvent, ce dont ils se réjouissent surtout, c'est de pouvoir pécher, chasser en liberté; tant ce parcage des animaux de l'air et des champs, au profit de quelques-uns , est contre la nature ; tant ils se trouvent blessés de ne pouvoir tuer le lièvre qui vient ravager leur jardin, parce que le lièvre est réservé pour les nobles* plaisirs de leur maître.

Le mécontentement couve long-temps en silence dans tous les cœurs; on n'en aperçoit rien, on n'en pressent aucune trace. Le ciel est calme ^ les nobles se rendent joyeusement à leurs rendez-vous de fête. Les bois retentissent du son de leurs cors, les châteaux du bruit de leurs chants; et tout à coup la

moînclre circonstance fait éclater l'orage qui se pré- ' parait dans Fombre. La moindre étincelle qui tombe à temps opportun, allume l'incendie. En un instimt, la foule patiente dress'e la tête-, et se rue contre ceux dont elle a subi les longs affronts. L'esprit de soulèvement court d'une chaumière à l'autre, comme le feu sur une traînée de poudre. Une même pensée soulève en un clin d'oeil mille bras, qui tout k l'heure labouraient péniblement la tisrre ; une même soif de vengeance remplittoutes ces poitrines, sur lesqodles, hier «icore, le farouche suzerain aurait pu poser impunément le talon de sa botte. Avant que les nobles aient distingué l'étendue du danger, avant que les prélats aient eu le temps de di^comir sur Impiété des rebelles, la campagne est envahie. Jet ins<trumens pacifiques d'agriculture deviennent des îns^ trumens de guerre Cette fbb les forêts ne rden^^ tissent plus du tumulte entraînant d'une chasse joyeuse, mais des rauques acclamations d'une troupe d'hommes avides de sang, et les châteaux n'ouvrent plus leurs larges salles aux rians banquets des che-^ valiers, aux ballades du ménestrel} la main des in* cendiaires s'en approche et les fait flamboyer aux quatre coins. Incendie et pillage, meurtre et cruautés de toutes sortes ; voila ce que veut maintenant cette foule qui s'avance en désordre contre la denoeure de ses maîtres , qui se précipite comme un torrent à travers la campagne avec des cris de colère féroces ,

et des rires plus féroces encore. Il faut que l'orage déborde tout ce qu'il a amassé de grêle et d'éclairs; il faut que qudques jours acquittent les souffrances d'un siècle; que le massacre venge les humiliations; que le renversement des palais paie les souffrances de la chamnière L'homme du peuple sait bien compter; si ses maîtres lui font une injustice, il ne dît rien , mads trace une grande raie rouge dans sa mémoire ; nouvel affront , nouveau signe ; s'il meurt avant le temps, il transmet le calcul à ses fils, et quand le jour est venu, il faut que tout soit soldé. Les maîtres ne perdent rien pour avoir attendu. Le compte est écrit en caractères de sang, et les iritéréts se paient usurairement avec du sang.

Veut «on savoir qudlè &ible circonstance peut amener tme guerre, quand le peu[4e n'attend plus que l'occaÂon d'éclater?

En 1207, dans l'archevêché de Brème, le curé de Stedmg, blessé de n'avoir reçu à l'offrande qu'un gros de la main d'une femme riche, met dans la bouche de cette femme, qui s'agenouille pour communier, le gros au lieu de l'hostie. Le mari assemble ses amis, la foule accourt, la colère gronde; le prêtre est tué, le presbytère renversé : l'archevêque de Brème lance l'excommunication contre la ville; les habitant résistent, et voilà une guerre qui dure vingt ans, une guerre qui promène la désolation dans tout le paye. Il fallut, pour la terminer, traiter les Ste-

dînger comme des hérétiques; le pape prit fait et cause pour Farchevéque, lui prêta le secours de ses bulles, et une croisade en bonne forme fut dirigée contre une population peu nombreuse, qui avait soutenu une lutte si opiniâtre.

La lecture d'un bref du pape, qui accordait de grandes indulgences à ceux qui combattront les Stedinger,' augmenta beaucoup les troupes de 1 archevêque. Mais les Stedinger s'avancèrent encoreavec plus de six mille hoâames contre leurs adversaires, et ne cédài'ent qu'après avoir vendu chèrement leur dé&ite.

En i582, en Angleterre un receveur d'iifipots, qui avait déjà soulevé plus d-'une fois contre lui le mécontentement populaire ; veut prendre de force la fille d'un ouvrier, Wat-Tyler (couvreur). Wat- Tyler le tue, arbore l'étendard de la rébeUîoh;le peuple se range autour de lui. Et voilà en peu de temps, Wat-Tyler, l'ancien couvreur , maiére d'une armée de 100,000 hommes, qui, après avoir ravagé quelques provinces, s'être emparé de plusieurs villes, s'en va braver le roi Richard juisique dans la tour de Londres; et marche un jour à côté de lui, Wat- Tyler comme le roi, Richard comme le sujet

Ce qui domine ordinairement dans ces révoltes, c'est surtout la haine contre le haut clergé. Les paysans, qui s'en vont la faux et le brandon à la main exercer leurs atroces vengeances, ne se don-

neni qudiquefoî» pas le leaif» de distinguer à qui appardeot lel ou tel château; mais s'ils rencoàtrent sur leur chemin la demeure d'un riche ahbé , le palais d'un évéque, on peut être sûr qu'ils se jetteront là aTec plus d'acharnement que partout ailleurs. On conçoit, en ^et, que pour une claase dlK>mme8 auxquels les prêtres ne faisaient gràôe ni de la dîme, ni de la corvée, la vue d'un gentilhomme avare, injuste, cruel même si l'on veut, mais entouré de ce prestige que donnent la valeur et les périls d'une vie aventureuse, dut leur être moins intolérable que l'aspect d'un prélat m juste aussi, cruel aussi» et mollement endormi dans les douceurs d'une vie riante et vicieuse. Puis le gentilhomme les défendait, et le prélat devait les faire défisndre. Puis les vices du chevalier s'accordaient encoK avec son rude métier de guerre, avec sa brayonre; et les vices d'une confrérie de moines, ne pouvaient la montrer que sous im jour faux et hypocrite.

Il fiaiut remarquer aussi que, tout en se révoltant ainsi contre le haut clergé, le peuple, comme pour protester en même temps de son esprit religieux, ne manque jamais de se choisir un ptêisve qui le harangue et lui parle de Dieu, à sa manière. Souvent ce prêtre est un fanatique , et il doit être tel, pour répondre aux besoins d'une mulùlude ignorante qui prête une oreille avide à tout ce que l'on

peut lui dire de plus merveilleux , et n*a pas de pàni! à croire aux mirades, lorsqu'avec sa révolte elle semble vivre dass un miracle perpétuel. *

En Angleterre c'est John Bail, incarcéré par ïarcbevéque de Cantorbérj , délivré par te peuple , ei qui s'en va préchant ^ ce peuple ses idées dFègdiié, et résumant dans ces deux vers j devcfnus %monqueSy sa démocratie.

When Adam dehed and Eve span,

JV^ho was ihan ihe gentleman?

» • \ Quaad Adam labourait, et quand Eve filait^

Qui donc aloi*s était le gentilhomme? .

En France, c'est le mai(i*e de Hongrie giâ « dit chargé d'une mission cétesle, et gouverne avec ses mystérieuses révélations l'esprit créduk des Fastou^ reaux.

En Allemagne, c'est Mûntzerqui fanàdse avec ses rêves et ses discours bibliques l'ame de ses adeptes.

Ce que l'on retrouve encore dans ces Févohesde paysans, c'est le ihéme désordre, la même cruauté, le même aveuglement Et la seule questioBà fiâre, ce serait^ je <:rois, celle^ : lequel des deux prtis a exercé le plus de cruautés, des paysans pendant leur court triomphe, ou des nobles après leur vîctoit^? Et il me semble que, si épouvantable que soit la conduite des premiers, telle des seconds doit paraître encore plus odieuse. Les malheureux ser6 oiki

à veiiger de longues anilées ^e deuil, d'appre^Aon

et de misère; les nobles^ M peuveni s'm prendre qu'à

«o momeiat de fuireur passajgère, à me éruptièli ler^

rible, mais loag-temps coaiprimée par Tidée du de^

voir et la patience. Les paysans se jettent avec une

sorte de fèrcnnié sur leur proie, et passent comme

un fléau k travers les possessions de leurs maîtres;

les nobles combinent leur colère, calculent leur

vengeance; raflSnent leurs moyens d'atrocité. Ils ne

veident pas écraser tout d'une fois ceux qui ont osé

se révolter coBtre eux ; ils aiment à les tenir à leur

disposition , à les voir lentement soufirir, k voir leurs

membres se briser sous la torture, ou se fondre sur

le bdcher. Que l'on preime l'histoire de ces fiitales

guerres civiles, ei Fou verra si le parti aecoutumé

au pouvmr, le parti des patriciens et des rois, n'a

pas toujours été plus froidement, plus savamment

cruel que le pttrti populaire, contre lequd il dut

un instant Intter.

L'nne des plus anciennes guerres dé paysans que nous ait transmises Thistoirè du moyen âge, estcelle des Siettinga , qui éclata en Saxe sous le irègne de Louis le débonnaire. Cétait un pem noyau d^hommes qui voulait se soustraire aux nouvelles institutions fondées par Ckarlemagne et aux lois nouvellement implantées du christianisme. Ib &rent vaincus , et i4od'entreeux décapités, 40 pendus, les moins cottpaUes mutilés.

' Au ODÛème siècle, les paysaps de Normandie se réyokent contre la noblesse; et l'on peut lire, dam Robert Wace , comoiem Raoul d'Ivry , Tonde du duc régnaut, lea traita après sa victoire :

Raol fîi malt de mal talent < Nés' Tont mener à logement; Taz les fist tristes et dolenz; A plusurs iist traire les denz ^

E H al très fist espercer Traire les oils, li puings colper> A tese i fist li giiarez kuire Ne li chaut gaires ki s'en muire L'altres fist tuit vifs bruillir

£ li'altres en plumb builiir.

En i5i49 Tarmée de vagabonds, que le cardinal Bakacs en Hongrie avait. rassemblée pourfitire une croisade contre les Musulmans, tourne les armes contre son propre pays. George Dosa en est le chef. Une bataille se livra , les nobles TeiaporteBi; Dosa se jette en désespéré au milieu des rangs ennemis, sans pouvoir y trouver la mort. On s'empare de lui , on le renferme av^ 4^1^^^^^^^» attachés partie»* lièrement à son service, daps un cachot, etooles laisse là quatorze jours ^ns nourrilttre. Au bout de ce temps, on retire du cachot ceux qui n'étaient pas encore morts de faim. Il en restait 20 environ, et parmi eux George Dosa. Un trône, un scepire et une couronne en fer ont été rougis au feu. Dosa doit s'asseoir sur le trône, prendre le ^sceptre bouil-

lant dam sa main , ei recevoir la cotiroime sur la tète. Quand ses membres ont été à demi rôtis dans cet affreux supplice, on lés dépèoe et on les'&it manger à ses xompagnonsw Après oda, il ne faut plus parler des cannibales; jamais ils n^onl connu un tel raffinement d'atrocité. »

Un autre exemple, pins réoent, n'est pas moins affreux. En iS^S, les paysans de l'Alsace avaient suivi l'exemple^ de ceux de la Souabe et de la Thuringe. Le duc de Lorraine, dont ib menaçaient les États-, se mil en route pour les réprimer. Le combat s'engage dans le village deLupstein, 14000 Lorrains environ j coMre 600a insnrgés. La lutte fut vio*lente, les^paysans défendaient le terrain pied i pied, et se rétraMshaieat dans les oonrs, dans les maiscMM ; quandile duc vit qu'il ne pouvait venir à bdut d'une telle réâlance,.il cerna le villa^ avec ses troupes, et y fit mettre le feu, aux quatre coins; des 6000 payaana, ilne s'en sauva pas un seul ; tous ceux qui écbappèitnt à l'épeè périrent dans les. flammes, il est vfai qu'à la -suite de cette belle expédition , et de deux ou trois autres- à peu près semblables, le duc Antoinf revint- en. triomphe à? Nancy, et que les prêtres entonnèrent le Té Dêum en son honneur.

Enfin, un autre trait distinctîf peut servir encore à caractériser les guerres de paysans , c'est la promptitude avec laqwUe elles éclatent, et la promptitude avec laqtiéUe elles finissent. Quand la mesure du iné-

coateaieiBCiit populaire eti combliée, le pkis léger prétexte prûckkit rémpcioa; les payssoià cscailadcDt les tours qu'Us ofit long - temps regardées aveo tjsrreur; le premier momett de surprise Jes protège, leur téoiérité mèoie les seit: leur pne&iîer ohoc est effroyable. Maïs bientôt on ne tarde pas à s'apcr* eevoîr qu'ils n^ont ni les armes, ni la disôpline nécessaires. Ils ignorent l'art de la guerre» ils manquent d'un dief qui aadie diriger leur éourage et le répiimer au besoin» pour Ven servir à propos. Les BoUaa se jassurant, rassemblent leurs fibecesy arrivent en bon ordre. Si l*eférvesoenoe« des payaus dure encore, elle est trèa^dangersuse; naaîs ^ouveat, a|>rès lesprenûers exeèaawtqnels ib a'abandoQiieDt, elle a'apaiseï La colère qui leur domasit t«r de emimge, s'adoucit quand ils Pont exhalée fis sebattent eacore'à merveille en partisans; ils ne léàstent guère à une bataille rangée. L^ tamîque de l'atome ennemie ka déconcerte; la résistance feroae et calcnlée est une aaamdlle coéim laqneUe ila ne se Jmsaideat gnère à Jbrieer deiiï iois de' suite leur impéMaosUé. Us fuiei^ finite de diMpline; ils se détiandent frnte d'im chef qui sache les raDien Qaasul Mbataermena ses aoUats au combat^ il beuc promit de reoevoirlaa balles de l'emiemi diana sa soutane, et les aaliats, eonduiij^' par leur emdolîié, se jetèreàt fainaoni eaiH devant des arquebuses; mais quand ils viraat que les balles tombaient aussi amr eux, et que leour dlief

ne le» {réserraît avec ses prîèrefc m de» blessures v ni de la mort, Ua cédèaram à cette attaque eduumue de leurs àdveiteiits , ^et s'enfuireut eu désordre. . Uue foie la pvettîère bataille p^ue , uu grand changement s*opère panm eux. Leur ardeur s'éteint^ leur nésolution tomhe. Les vieux liena. se renouent , les souyenirs dé leur famille et de leur chaumière, ai du^igée de misères qu'ils soient, les dominent mcore. Ils deviennent fiiibles et incertains , de passionnéa qu'ib étaient On dinût qu'après la révolte ei le diâdmem, ils cmt peur de ee retrouver en fine de leurs maîtres. On dirait d'une mer orageuse qui se calme et rentre avec un léger murmure dans $011 lit de sable. Ou, plutôt, on <firait que la Pro^ videoce.lea fiât surçr dans son. courroux, conune pour doMier un avertissement? aux oppresseurs, et lea laisse ^isuite. retomber ^$nê ,leur repos.

1a gnenoe.dea paysans d'Allemagne, en j5a5, se trouva en rà{^rt avec la néfolmation 9 on peut croire cependant qu'elle n'en était pai la conséquence immédiate. A la fin du;quatortième et au «somment ceilient .du quinaième siècle, la. condition des payaune kWL enqpiré; les noblea, habitués à l'exercice du- pouvoir , en avttent agrandi les limites. Le pauvre setf avait à peyer non-aaulcment la dîme véritable, mais aoua ce mot de dime on compceniât encore une quantité de charges apcidenteUes qui lui raviasnioit la meilleure partie de sa récente. A jcela ve«

( 264 ) nakani oe joindre les contées habituelles, les exactions des subalternes; au premier mot du maître, îl devait quitter sa charrue, diari^ tes dem^ées m monastère, ou la provision de bois au cfaiteau. On ne le payait pas, on ne le récompensait pas-, on ne le traitait guère que comme un aninud îôldUgent né tout exprès pour obéir aux pmssans seigneurs dont il dépendait. Les orages venaient ravagsr ses champ; les guerres des petits prinoes poovaknt anéantir le fruit de ses travaux, incendier sa ckaumière, mais on ne savait ni Im tenir compte de ses efforts, ni prendre pitié de sa misère. Avant toat les convens devaient avoir leurs ceUiérs bien garms, les gentilshommes leur château muni de provisions, quel que fiât le dénuemem d'une &mille de seift.

Dans ces circonstances, la réforme s'aecom^fit; et à ce cri de liberté religieuse qui retennssaît dans toute rAUemagne, les paysans crurent pouvoir )oin* dre celui de liberté temporelle. Ils ne s'armèrent pas d'aboird pour être les apôtros du protestantisme, ils s'armèrent pour défendre leur propre cause; ei s'ils combattirent en faveur de la nouvelle foi, c^est qu'elle se rattachait étroitement à leur» espénnoes d'émancipation, c'est qu'ib avaient eu anssà beaucoup à soufirir des prêtres caAoliques, Lutlier n'avait pu voir le commencement de cette insiirreonon des paysans, sans y prendre intérêt; car cUe rcMemblait à un commentaire énergique , à une libre et

kardîeiDaaiiimaitîoa des principes qall avait répan- (huL Plus tard , il s'éloigna d'eux , et blâma sévèremem les disofdres auquek ils s'étaient livrés.

la révolte commença, à vrai dire, en i5a49 <)anff les terres du oomtede Li:^fl«n en Sonabe, qui avait eu l'art de rendre ses sujets plus malheureux encore que les antresi Cette -ci fat promptement apaisée; mais qnricpes mois.apràSy les paysans se soulevèrent en Souabe , en Franconîe y dans l'évéché de Majenoe^ dans la Bavière, et presque dans toute l'Allemagne, si Von en excepte la Saxe» Les uns s'en> allèrent par petites bandes brîUer leé châteaux de leurs maîtres, exercer leurs vengeances particulières; mais il se forma , sous les ordres de Hippel et de l'aubergiste Metaler, tin corps de troupes priixeipal qui, après avoir saccagé le diâteau du comte de Hohenlohe, mis a contribution les prêtres de Hôlbronn, incen* dié Miltenberg) tratveraa la Franconîe , fut reçu dans Wttrxbourg>aux acclamaûons de joie de tous les bourgeob de la ville, et mit le siège devant la for-

•C'était ce corps d'année qui étût à proprement perler la tèîe de l'inaarrecûon , c'était de là <pie partaient pour le reste de TAllemagne des émissaires, chaînés d'amener de ^nouveaux renforts, d'exciter de nouvelles révoltes. C'était là aussi que l'on avait rédigé le pacte d'alliance auquel les nobles devaient souscrire pour avoir la paix.

- CéBA «De cionsiitaiîoa en dduae coôdès, eBoadne Jkm de9 textes de la Bible, et (]u& p«it.nous ùire voir à quoi en étaieat réduits ce$ haiwinfti ôUigés de prendre les armes et de lever réteodard de k lion, pour soutenir des prétencîoDs aussi mo^

Parle premier arlîde, les.payflails demaadent qu'il leur sxxk permis de se choisir «ix-mèmes leur ps^ teur^ et de. le renvoyer s^îl manque à ce qu'ils ont droit d'attendre de lui.

. 2.'' Us paieront volontiers la dune, puisqa'die est dqà ordonnée dans f Ancien Testament; mais non point les autres impôts* onéi«ux, qu'on leur applique encore sous le nom de dîme. • . Sf"" Jésus -Qirist est mort poiw loua Jes liommes. Tous les honunes doivent (tre éguiz. Cep»«dant, ils reconnaissem qu'ils ont des mûlres, et ik veulent leur obéir f mais ils demandent que eeà miutres les trtitent humainement et dirédcaneoient.

4.'' Quand Dieu a créé le monde, il a nos an pmivoir de; l'homme tout ce que renferme la nature,.et ils désirait partager le droit de pAc^ et de chasse avec leurs seigneurs.

S.'' Que les bois ne se trouvent plus dans la propriété.exclusive des gentSshômmes et des monastères, et qu'il en soit réservé aussi une part pour les be* soins du pauvre.

6.*" I^ cjiargeç du payaail s'Au^vie^l^tt dejoifr eit')oHr|,on àéAre <|u'eUe8 soient allëgées.

7.*" SuUe d«. pisécédent. Que le» seigaeurs -et les pnyiaiis .eHtmt lf9 uds à l'égal des auires diois àes «rippocu [du;» ^quîiaUes.

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