Le triayaîl imposé au paysau au-delà de celui
qu'il e9t i«im lég^QBient de faire , dent lui être payé^
^"^ Ils TesleM Hre. punis d'i^rès ee qui est écrit»
d'après ks ordonnances et les couttunes, non plos
d'après, le £Sire arbkre.
lo*^ Qu'on ne. leur . enlève plus. lesi choses qu'ils om euz-inèmes loyalement achetées.
II.'' L'abolitioii complèle de la. nrnm-morU. Far le \x^ article, ik s'enygtatt à retrandberde ee pacte tes choses qa-on kac reprësenteraîc conûiie contrat aux lois de Dieu et de la charité, et a ee coafonner toujours aux ense^nemens du chri»« tisBisnie. .
Gçcte troupe de paysans ,' qui s'était réunie avec
tant dè.résolution pour défendre ses droits, comprit
hiea .qu'il Ini nrimqiiflrt un chef halutoé au métier
de la guerre et capable de la diriger; et la propo-
Miùïïky '^liurpsir.fiBppel^ de ohoiw poèr chef Gdeiz
de fierlâeinàgen, fiÀ accûeilKe à l'uiianîmité. Aucui»
bomnae ae.pouevaîl en effiit iéspîrer plus de sym^
paihie et <n même tempe plus de respect à cette
multitude^ Geeiz amit aans cesse suivi une ligne de
coi^itc. toute dîff&rentè- de celle des aintres nokl^^
On ne l'avait jan^ds vu maltràît^ le paysan » exercer dans ses. terres d'injustes exactions. On ne l'avait pas vu se ranger du côté des. seigneurs pour opprimer plus Êidlement le pauvre peuple. Loin de là, ses querelles particulières,^ se& courses aventureuses présentaient toujours quelque chose d'anùaristocratique. U s'attaquait aux évéques, pour àéfendre un humble écuyer; il se tournait du coté du faible,, et lui prêtait Fappui de son bras cooire les riches bourgeois ou les grands seigneurs. Sa loyauté le faisait estimer, son caractère de justice et de commisération pour latcksse pAùvre le fiasait chérir de tous ceux qui étinent pauvres et opprimés^ et sa bravoure célèbre Icâ attirait l'admiraticm tmiversdle. Au seizième siède , Gobez ^ éuài un héros populaire, dont l'on se plaisait à s'entretenir sous le dbaiune du serf. Les «nfàbs appvena&ent de bonne heure à vénérer son n<Hn, et les fùsêars de contes étaient les bien-venus toutes^^les fois qu'ils en venaient à rapporter une . nouvelle aventure , vraie ou Êiussè, de Gœtzde Berlichmgeii à bi mab de kr*
Le loyal chevalier apprit avec douleur cependant ce que les paysans attendaient de lui. Si leur cause lui semblait juste, les excès affreux auxqaek ils s'étaient déjà portés ne pouvaient que lui inspirer une profonde aversion contre une telle guerre. U rejeta avec fierté les. premières propositione qu'on
lui fit Mais les kisurgés étaieni résolus de lavoir pour che^ et quancLils Tirent leurs offres inutiles, ils employèseat les menaces. Gœtz céda à la crainte de vbir sa. donepre livrée aux flammes, sa femme et Ms éo&DS massacrés sous ses yeux 3 et il conservait aussi resj)oir de réprimer par sa présence la foreur de cette troupe indisciplinée, de mettre fin plus promptemem aux ravages qu'elle côminetlait.
Il s'engigea donc à prendra le commandement de œs nouveaux soldats pendant un mois. Mais il avait trop présumé de son pouvoir sur des esprits que l'effervescence du moïkient rendait inaccesaibles au langage de la raison. Ni ses conseils, ni ses reproches, ni ses menaces, ne purent mettre un frein à leurs brutales passions. 11. eut la douleur de voir flamboyer devant lui des villages et des châteaux qu'il eât voulu sauver. U entendit raconter tous les actes d'emportemens barbares auxquels s'abandon* nisûent ses s<ddau ; et . quand il voulut interposer son autorité de général dans ces excès qu'il abhorrait, on lui fit entendre que, s'il continuait ainsi , sa vie même n'était pas en sûreté ; qu'on l'avait pris pour guider les cohortes de paysans sur le champ de bataille, non point pour les prêcher.
AloiB il résolut de rompre à tout jamais avec elles; mais saî fidélité à garder sessermens, le retint pendant le mois entier qu'il avait promis de passer avec elfes. Au bout de ce temps il écrivis à Truch-
se8S» le général de FalBtDce souste, pour lui explU quer ^ condmie et préparer sa retraite On ne kn répondit paai U partit en fisgitif, se rendit à Stuugardt, et parla lui^mâme à Traduess. Les niotifs ({ui l'avaient £it agir étaient aases {JansSiles, la marche constante qu'iliaraît suvrieitaitasseaf tanche pour le justifier des reproches que les nobles hii adressaient. Mais ses ennemis Touhient le trouver coupablSf et, en dénaturant ses intenrionsy en exagérant les Êdts, ils parvinrent à le représenitrâ l'empereur tout autrement qu'il ne le. méritldt II fut enfermé deux ans à Augsbourg, et ne sortit de sa prisoik qu^ la condition de retourner dans son diiteau» d^ reaier tranquille jusqu'à la fin de ta vie, de ne plus entreprendre aucune expédition, de ne pas franchir les limites de ses terres, soits peine de payer, pour chaque infraction à ses promesses, une aomnie.de aB<!K>o florins.
Pendant ce temps la guerre des paysans, quia?ait mis toute FAllemagne en rumeur, était étouffée. Ge fut une glande faute de la part de Hippd et de Metir ler, qui conduisaient le principal corps d'armée, de s'obstiner au sié^ de la dtadellede Wurzbourg, qui, bien pourvue de munitions, et défendue par des groupes fermes et aguerries, leur opposa une résistance constante Tandis qu'ils s'affaiblissaient ainsi chaque jour dans une lutte inutile, le duc de Lor* raine écrasait la révolte en Alsace. Truchsess s'avan-»
çaît à irayers le carnage et rincendie, et anéantis^ sait sur sa route tous les petits partis quî teniaif ût de lui réâster., La bataille de Boblingen, dam laquelle plus de 8000 paysans périrent, porta un coup mortel à la rébellion; celle d'ingolstadt acheva de h décourager;, les troupes se débandèrent; les re^^ prëMÔUes sanglantes, auxquelles Trucfasess se livra ^ répandirent la consternation dansr le cœur de tous ceux qui ttvaôent d'abord encouragé et soutenu Tinsurreotion; et quand il se présenta aux portes de Wurzbourg, les habitans coururent eux-mêmes au^ devant de lui, et se soumirent à toutes les conditions qu'il lui plut de leur imposer. Soixante citoyens \ appartenant presque tous aux prèmièrea familles de la viUe, payèrent de leur tète le secours qu'ils avaient donné aux rebelles. L'évèque rentra en triomphe dansaesÉtats, amenantavec lui , pour maintenir l'ordre, une troupe de soldats étrangers ^ dont les habi^^^ tans durent payer la solde et l'entretien; et, poui* compenser tout ce que la guerre avait enlevé au palus ^pîacopal, lessujets de l'évèché furent encore dans leur misère chargés d'une nouvelle contribution. Le protestantisme, qui avait commencé à s'introduire dans cette principauté , eut à subir toutes tes pemcutions des prêtres catholiques. Les églises consacrées à la nouvelle foi, furent renversées; les ministres jetés dans les prisons ou chassés, et lé catholicbme se rânsialh pompetisemetyt dans son
vieux dôme de Bamlierg et dms les terreau qui en dépendaient
. Après cette expédition glorieuse, les troupes de l'alliance souabe traversèrent le Palatiiiac, l'évéché de Salzbourgy les propriétés de l'archiduc Ferdinand, le Tyrol, où de nouveaux troubles avaient éclaté, et après mainte lutte opiniâtre, maint combat acharné de part et d'autre, on put reconnaître aux maisons des coupables tombant en cendres, aux écha&uds dressés sur les places sangjbntes, que la révolte touchait à sa fin, et que le bon droit et la clémence des seigneurs remportaient sur leurs agresseurs.
Restait encore Mûntzer , qui avait dorme à ses soldats ce qu'aucun autre chef de paysans n'avait pu donner aux siens, le fanatisme religieux; Mûntzer, l'ancien élève de Luther, que Luther réprouvait, mais qui se disait envoyé de Dieu, priait, jeûnait, promettait des miracles, et suppléait à son défaut de courage et d'expérience militaire, par des sermons enthousiastes et des paroles mystiques, qui fascinaient une foule ignorance.
La révolte de Mûntzér éclata dans la Thunnge, et se répandit dans les principautés environnantes. Ses troupes, qui s'élevaient à plus de 6000 hommes, s'étaient déjà emparées de Hersfeld , de la petUe ville de Vach, de l'abbaye de Fulda. Le landgrave de Hesse leur livra bauiUe près de Frankenhausen, non toute-
(273) fois sans les avoir invitées d'avance a mettre bas les armes, en leur promettant une amnistie complète. Mais les soldats de Muntzer, enhardi& par les prédications et les promesses merveilleuses de leur chef, marchèrent au-devant de l'ennemi, en entonnant un cantique. Ils furent mis en déroute au premier choc ; près de 5ooo d entre euT périrent dans ce combat^ les autres prirent la fuite du côté de Frankenhausen , et le long de la vallée. Mûntzer s'était réfugié dans
une maison de Frankenhausen; il fut arrêté, et ex^ pîa dans les tortures sa croyance à une piission céleste, f
Le reste des petites révoltes, qui éclatèrent encore en Saxe et dans quelques autres parties de l'Allemagne, s'éteignit successivement sous les efforts des princes, conjurés tous ensemble pour anéantir cette attrânte à leur ancienne et absolue domination^ Quant à Gœu dé Berlichîngen, sa carrière chevaleresque s'était terminée à ces rudes conditions qu'on kd avait imposées à Âugsbourg, et sa grande lojauté de caractère ne lui permettait pas de songer à pouvoir jamais la recommencer. H vieillissait, U traînait avec peine le poids des jours oisifs, l'en^nm de sa solitude. Pour un homme tel que lui, habitaé à errer par monts et par vaux, à courir toutes les chanees d'un combat singulier ou d'une bataille rangée, il ne pouvait pas y avoir de plus grande puniti<m que celle de se trouver confiné dans son
(^74) châleau, n'osant plus se servir de ses armes, n'osant plus franchir d'un seul pas l'étroite limUe de ses domaines. Et il fallait que cette vie inactive, silcDcieuse, toute dénuée de ce qui la charmait tant autrefois, lui fût bien pesante, pour qull se résoJût, lui, homme de guerre; lui, Gœtz de Betlidungen, à prendre une plume, et à écrire l'histoire de son existence passée.
Au bout de seize longues années, Charles-Quint se souvint de lui , et rompit le ban qui le retenait captif. Oh! ce fut une grande joie pour le vieux chevalier, de prendre encore son armure, de remettre son gantelet de fer, de pouToir galoper tout à son aise sur son bon cheval, et de s'eo aller ainsi à la suite de son empereur en Al/emagne et en France. Car , qui pourrait dire combien il avait souffert , combien son excessif point d'honneur chevaleresque avait encore rétréci les bornes de sa pn* son ! « Une fcns, dit-^il, je traversai les champ qui m'environnaient; j'arrivai sans y songer dans une pedte plaine, et quand je fus là, l'effroi me saisie tout à coup, je regardai autour de moi, je crus avoir fianchi mes limites;, mais j'appris de oses pae rens que cette petite plaine était aussi comprise dans les terres qui me payaient le cens; et j'ëproavai une grande consolation de n'avoir pas manqué, même involontairement, à mes engagemens.*
Après sa campagne en France, Gcetz de Berlicfain-
gen remit dans Mn château , mais cette fois pour n'en plut sortir qu'aVec son cercueU. Il mourut le a5 Juillet i562i, à l'ige de quatre-vingt et quelques années, et Ait porté a Schoendial, dan^la sépoknre de ses anoètres. Au-dessous du monument qui lui fat élevé, on trouve cette inscription :
Hac generomu Eques Gottfridus chnuUtur Uma Bifiichius toto natus in orbe senex.
Plurùna magnammus qui viçtns prœlia gessit Ai mate perpétua pacis amator erii.
TutMu ab ïïmuùu mtili metuemhu et ipse Miemis fruitur sed sine fne Bonis.
Ainsi vécut le brave et honn^ Gœtz de Berlichingen, la dernière apparition en Allemagne d'une ^oque qui s'en allait finissant dans toute l'Europe; l'homme auquel il n'a manqué qu'un plus grand théâtre et d'autres circonstances, pour en faire un Bayard. Sa chronique si modeste ne nous a pas dit tout ce qu'il y avait de grand et de généreux dans son ame; on y voit seulement par les laits, plutôt que par ses observations, sa fidélité inébranlable envers ceux qu'il regardait comme ses seigneurs légitimes , son dévouement à soutenir l'opprimé, son respect pour tout ce qu'il avait promis d'observer, et son amour sans bornes pour le métier des armes. Les témoignages des contemporains
nous disent seuls quelle était sa bravoure, et de quelle haute . estime ; il était environné ; et Gœtbe devait venir pour nous montrer dans toute sa simplicité de mœurs, sa. brusque frainchise et sonnoUe caractère 9 cette vie du dernier chevalier aUemaod.
GCKTZ DE BERLICHINGBN. —
EGMONT
ffij komt die A ha : de aarde irilde; De moord vlami uit tijit èlick in V wUde, En V èioed spat op ziji^ ired omhoog*
ToLLBNS , De dood tan Egawni en Hoorne,
' Gceiz fut l'un des premjprs ouvrages de Gœthe« Il le conçut en même temps que Faust et Werther» il récrivit à Francfort, après son retour de Strasbourg; on peut y reconnaître facilement l'ardeur avec laquelle il s'était jeté dans l'investigation du seizième siècle, et le fruit de ses études sur le théâtre. Cinq ou six années plus tôt, lorsqu'il était eqcore à Leipzig, enchaîné à nos classique», attaché à leurs fades imitateurs , il n'eût sans doute pas disposé son drame sur un tel plan. Mais depuis, il avait lu et relu Shakespeare , ce maître de tous les maîtres, et il. en avait compris la vérité et la. profondeur. Gœtz fiit donc comme son coup d'essai , coaime son g^telet jeté pour le combat. Cétait de sa part ncm-seulement une belle œuvre poétique ; niais une œuvre hardie et décisive. A Fépçque où il le fit paraître, l'Allemagne n'offrait encore que les premières lueurs d'une littérature vraiment nationale. Klopstock et Lessing avaient, il est vrai, rallié à eux un grand nombre d'hommes éclairés; mais la masse de la nation et la plupart des écrivains prenaient
pour mod^e^ des livres que nous ne lisons guère» aujourdilui que par curiosité. Le travail (f imitation, mis k la place June libre et franche ihspiration; la nature ri^etée derrière un amas de règles prétendues de bon goût, à travers lesquelles il ne lui était plus possible de se Ëiire jour; le canevas raîde et guindé d'une main craintive, qui tremble en le dessinant ; Feifort sans grâ% de l'élève qui co(»e servilement son nudire, voilà ce que Ton peut retrouver dans les auteurs allemands jusqu'au milieu du dixhuitième siècle. Chaque genre de littérauire porte ton j ours avec lui quelque chose d'exoûque. Rarement le poète puise ses sujets dans l'histoire de sa nation et sa poésie dans son cœur; on a recours à la Gréoe^ à Rome^ à la France, à tout, eioepté aux mœurs et aux idées vraiment allemandes. La littérature n'est pas prise pour ce qu'elle peut être par cUe-mème; mais pour les noms classiques qu'elle rappcUe. On veut avoir des satires dans le goût de Boileau, des odes ronflantes et des allégories mytholo^ques, comme J. B. Rousseau, des comédies comme GoU doni. Quant au drame, il était dans une situatioD encore plus désespérée, car tous les efforts des critiques s'étaient réunis pour entourer d'une triple muraille aristotélique le héros des alexandrins, et s'il se hasardait à faire quelquefois une sortie hors de ses retranchemens et de ses circonvallations svmétriques, c'était toujours avec une démarche grave
(^79) et posée, avec le glaÎTe d'Bippolyte au côté, ei la grande perruque de Gottsched sur la tète. La moindre de ses paroles était prononcée d'un ton de foix mâle et solennel; et pas un de ses gestes, pas un de ses mouvemens ne pouvait être abandonné au hasard II y avait des rè^es pour les gestes de la colère, pour les transports de Taoïour, pour les surprises, les reconnaissances, ainsi que des règles pour tonber avec grâce et mourir en fiiisant la statue.
La dramaturgie hambourgeoise , les pièces de théâtre de Lessing avaient, il est vrai, porté un coup mortel à ce genre de drame faux et abâtardi ; mais Lessing était trop homme de génie pour pouvoir eonvaincre si tôt les petits hommes de talent. On jouait sa Minna de Bamhelm , on jouait Emilia Galotti ; mais on continuait à jouer aussi toutes les £ides et niaises imitations que le dix-huitième siècle avait jetées sur le théâtre allemand.
Gœthe avec son premier drame trancha la ques- ' tion. Il se mit en tête de la jeunesse allemande de son époque, et lui dit : regardez ce que Lessing a tenté, voila le chemin. Il pouvait dire aussi : regardez ce que j'ai £iit, et suivez -moi; car Berlichingen était enfin une œuvre de théâtre dont l'Allemagne avait le droit d'être fière, une deuvre prise dans les archives nationales, construite sur un plan large, forte, variée, naturellement sentie, historiquement traitée, et surtout vraie.
Elle décida la nouvelle ère liuéraire indiquée par Lessing. Elle entrakia à sa suite tout un piti d*hommes de cœur, d'hommes dévoués sincèremoit au travail de régénération poétique qui devait se Êdre en Allemagne. Ni les éloges enthousiastes, ni les critiques amères ne lui manquèrent £Ue eut un grand succès, et si l'on peut trouver dans ce succès un mauvais coté , c'est sans doute en énumérant cette quantité d'imitations mal -adroites auxquelles elle donna lieu. On avait pris autrefois , l'un après l'autre, tous les héros de la Grèce, on voulut prendre maintenant ceux du seizième siècle , et parce que Gœthe avait fait une si belle récolte dans le mojen âge , les poètes , affamés d'un grain de blé ou de sénevé, se jetèrent sur le même terrain pour j faire la même récolte. Mais le maître avait pris les meilleures gerbes, et les autres ne firent que glaner*, le maître s'était frayé à lui-même sa route, et les autres s'en vinrent en courbant le dos, se traîner après luL C'est le privilège de l'homme de génie de franchir d'un seul bond les obstacles que d'autres tournent péniblement, et de recueillir une mine d'or là oà d'autres ne ramassent que des grains de sable.(>9)
Quoi qu'il en soit de ces imitations , Gcrtz de Berlichingen acheva de mettre à nu le dé&ut de construction et le replâtrage de l'ancien drame. Il apparut comme un fruit mûri sous le soleil natal, et tout le monde s'étonna de le trouver si beau. L'en-
ireprîse n bien commencée par Lessîng^ était con* tinuéa La dramaturgie avait reçu une admirable justification, et Minna de Bambekn devait tendre arec joie et humilité la main au nouveau venu. De cette admiration que Berlichingen inspirait, naissait la conséquence toute naturelle que rAllemagoe pouvait aussi avoir ses poètes à elle; ses héros, ses chroniques, ses peintures à elle; qu'elle pouvait revenir sur elle-même, se réfléchir et s'étudier, Prendre la poésie dans son caractère et ses sensations, le drame dans son histoire et son individualité. Ainsi tombaient les préventions routinières; ainsi le lourd rideau classique se levait pour laisser voir enfin la nature dans toute sa beauté et sa fraîcheur ; ainsi venait degrés par degrés le nouveau jour de la littérature allemande.
' Qœthe a fait deux épreuves différentes de Berlichingen : la première est la chronique prise dans ce qu'elle a de plus saillant, conçue dans son ensemble harmonieux , dialoguée et dramatisée : c'est une délicieuse étude du moyen âge, une œuvré cha^ mante à la lecture; la seconde, destinée au théâtre, a été mise dans des bornes plus étroites, eUe est devenue plus ferme et plus compacte. Quelques jolies scènes que Ton regrette beaucoup à la lecture, ont été supprimées; quelques développemcns de caractères restreints ; mais le fond est resté le mèiHe. ' Une des choses que j'admire le plus dans cet ou-
vrage de Gœthe, c'est l'art avec lequel îl â su nous Êdre undrame aussi intéressant , tout en se tenant scrupuleusement attache à ce que l'histoire nous raconte de Berlichûigea , et à ce que le vieux chevalier raconte lui-même. Ce sont les mêmes personnages, les mêmes caractères, les mêmes circonstances, parfois encore les mêmes paroles que Berlichingen a prononcées. Il a ennobli son modèle , mais ne l'a pas dénaturé; il a représenté Gcetz et ceux qui rentourent, avec une main plus ferme , un burin plus adroit; maôs au fond il les a peints fidèlement. Enfin, je ne puis mieux comparer la chronique de Berlichingoi qu'à l'arbre jeté en pleine terre, et portant de lui*aième ses fruits, tds que le sol où il s'élève peut les produire : et l'œuvre de Gœthe est ce même arbre transplanté sur un terrain de choix , exposé au soleil» cultivé avec soin, et dont les fruits devienneni pW savoureux et plus beaux.
Nous ouvrons le drame, et voici que l'espni guerrier de l'époque s'imprime, en quelques tnùu sens ilbs yeux, et que la figure chevaleresque de Berlichingen nous apparaît avec le prestige qui l'eDvironne. Des paysans sont réunis dans une aubei^e, causant des disputes de leurs sâgneurs , prononçant avec respect le nom de Gottfried (GœtK),avec mépris celui de l'évèque de Bamberg, et laissant deviner dâks leurs- entretiens l'ardeur belliqueuse qui le» tourmente, le désir qu'ils auraient de la satisfaire.
Un jeune homme vient auprès de Goltfiriedy et lui demande, comme une insigne Êiveur, la permission de prendre les armes et de marcher à ses côtés. Un religieux s'approche aussi du chevalier, qu'il ne connaît pas , e^alors s'établit entre eux cette conversation, où^Pdévoile la souffrance secrète de tant de milliers d'hommes renfermés alors dans les cloîtres.
GOTTFRIED
Vous êtes fatigué y frère Martin, et sans donte altéré. George, dn vin!
MARTIN
Pour moi, on verre d*eau seulement. Je n*ose pas boire de vin.
GOTTFniED.
Est-ce dans votre vœu?
luaTiii,
Mon, mon digne seigneur, y nest pas contre mon vœu de boire du vin; mais parce que le vin esL contre mon vœu, je n'en bois pas.
GOTTFRIEI).
Comment entendez* vous cela?
MARTIN
Cest bien pour vous que vous ne me compreniez pas. Boire et manger, voilà ce qui soutient, n'est-ce pas, la vie de rhomme?
GOrrFRlED.
Ont.
(284) MARTIN
Quand vous ayez bu et mangé, vous vous sentez comme rajeuni Vous avez plus de force, d'adresse, de résolntion. Le vin réjouit le cœur .de Thomme , et la /oie est la mère de toutes les vertus. Après avoi|^ du vin, voos vous sentez un double pouvoir. Vos peRes se snccedent plus vite, vous êtes plus actif» plus entreprenant
GOTTFaiED.
C'est vrai.
MARTIN
Mais nous, quand nous avons bu et mangé, nous somma tout autres que nous devrions être. Notre digestion difficile met la tète au niveau de l'estomac, et dans la mollesse de notre repos il nous vient des désirs qui vont trop loin.
GOTTFRIED
Mais un verre, frère Martin, ne vous troublera pas dans votre sommeil. Voij^ avez beaucoup marcbé auîourd'hui.
MARTIN
Âu nom de Dieu {faisant sonner son verre contre celui de Gottfried) ! Je pe puis souffirir les gens paresseux, et cependant je n'oserais pas dire que tous les moines soient paresseux ; ils font ce qu'ils peuvent. Je viens de Saint-Vit, où j'ai passé la nuit dernière. Le prieur m^ conduit dans le jardin ; c'est une véritable nicbe d'abeiUeSw Très -belle salade! Des choux tant qu'on en veut! surtout des choux- fleurs et des artichauts comme il n'y en a pas en Europe.
GonraiED.
Amsi ce n'est pas là votre affaire.
MARTIN
Je Tovdxais qne le Cid m'eût iait jardinier on laboureur, je pourrais être heureux. Mon couvent est à Erfort enThnringe. Mon abbé m*ainie, il sait que je ne peux pas rester en repos» et il m*euvoie p^out où H y a quelque chose i faire. Je vais maintenant auprès de Tévêque de Comtance.
GOXmiED.
Encore un ! Bon succès !
lUaTIN.
Je TOUS en souhaite autant.
ggAfried.
Pourquoi me regardez-vous donc ainsi , frère ?
* MARTIN
Je suis amoureux de votre armure. '
GOTTFRIBD.
Vous plairait-il d'en avoir une P (^la est lourd et dificite à porter.
MARTIN
Qu'y a-t-il donc dans ce monde qui ne soit pas lourd ? Et pour moi rien ne l'est plus que de ne pas oser être homme. Pauvreté, chasteté, obéissance. Ce sont là des voenx dontchaciMiy pris en particuHer, semble être le |4iis insupportable» tant ils sont insupportables tous les
trois. Et traîner toute s* vSe som ce fardeau, ou ramper sous le poids plus pénible encore dç la consdoice ! 0 que sont donc les fatigues de votre vie contre les misères d*un état qui condamne par le désir mal entendu de nous rapprocber de Dieu, les pensées arec lesqodiès nous de- Trions grandir et*npus élever!
GOTTFRIEB.
Si votre vœu n*élait pas aussi sacré, je vo«$ engigenns à prendre une armure, je vous donnerais un cheial et nous voyagerions ensemble.
MAATIN.
Si Dieu voulait seulement que mes épaules eussent la force de porter la cuirasse, et mon bras oelle de désarçonner l'ennemi. Mais ma p^vre faible main, toi gui es habituée depuis si long- temps à porter la croix ou i balancer Fencensoir, comment pourrais- ta marner la lance et l'épée ? Ma voix , faite pour entonntr Vave et XhaUefuia, annoncerait ma faiblesse à Fennemi, tandis que la vdtre peut le faire trembler. *S*il en était autrement, aucun vœu ne pourrait m'empècher d'entrer dans Tordre que mon créateur a lui-même établi.
GOTTFRiCD (/ui versont à boire).
 fotre heureux retour !
BUATIH.
Je bois ce verre pour vous. Le retour dans ma cage est une malheureuse chose. Si vous revenea dans votre donjon avec le sentiment de yotre valeur et de votre
force; si vous pouvez., après un long espace de temps, être i l'abri d'une attaque ennemie, vous coucher désarmé sur votre lit et jouir d'un sommeil plus doux que la boisson rafraîchissante après une longue soif, alors vous avez le droit de parler de bonheur.
oorrFEiED.
Mais cda arrive rarement. .
MARTIN {apec/eu)*
Et quand cela arrive c'est un avant-goût du ciel. Vous revenez avec le butin enlevé à vos ennemis, et vous vous dites : cdui-Ii, je l'ai frappé i mort; celui-ci, je l'ai fait rouler sous son cheval , et vous raitrez dans votre château, et
GOTTFRIED
Pourquoi vous arrêter?
MARTIN
Et votre femme! (i7 boit) Â la santé de votre femme ! Je pense que vous en avez une P
GOTTFRIED
Une noble, excellente.
MARTIN
Heureux celui qui a une femme vertueuse! II jouit par là d'une double vie. Pour moi je n'en connais aucune, et cependant la femme (ut la couronne de la création.
ooTtraiED {à part).
Il me fait de la peine. Le sentiment de sa situation hi rvnge le-cœur.
UN DOMESTIQUE {accourafa).
Maître, f entends des chevaux au galop. Deux! Ce sont eux sans doute.
GOTTFRIED
Il faut que je monte à cbeval. Que ton père et Jean se tiennent prêts ! Ce peuvent être des ennemis ausà bien que des amis! Cours au-devant d'eux, si ce sont des ennemis, siffle et cjche-toi dans le bosquet. Adieu, cber frère, que Dieu Ibus conduise! Soyez courageux et patient, Dieu vous donnera une place dans le ciel.
MARTIN
Je vous prie de me dire votre nom.
GOTTFRIED
Excusez-moi Adieu. (Il lui présente la main gaueie.)
MARTIN
Pourquoi me présentez -vous votre maingaucbe? Ite suis- je donc pas digne de recevoir la droite ?
GOTTFRIED
Et quand vous seriez l'empereur lui-même vousdevrio pourtant avoir celle-ci ! Ma main droite, quoiqu'elle me serve encore à la guerre, n'est plus sensible à ancone douce pression i elle ne fait qu'un avec ce gant, et vous voyez qu'il est de fer.
MARTIN
Ainsi vous êtes Gottfried de Berlicbingen. Je te remercie, mon Dieu, de ce que tu m'as laissé voir cet homme que les princes haïssent, et vers lequel les opprimés se
tovcMiit. {Lui fremuA la main droiie.) Laii8««ki ttoi»
laisso-la noi baiser.
csonreiED.
Mon, TOUS ne le deyei pas.
KAaxnr.
Laissen-moi. O main plus prëdeiise i garder qne ceDe qvi répandit le sang divin. Instrament mort, animé par la confiance d*an noble esprit en Dien. ÇGot^iedpose son casque sur sa tàe et prend sa lance.y
aiA&TIlV.
Il j avait, voilà quelques années, un moine parmi nons qui vous vit lorsque vous eûtes ^ette ïnain coupée devant Nuremberg. Et il nous a si bien raconté ce que vous aven souffert; quelle douleur c'était pour vous d*ètre estropié, et comment il vous souvint d'avoir entendu dire quVm chevalier n'avait en aussi qu'une main, et avait cependant servi encore long- temps. Mon, jamais je ne l'oublieraL (fiot^ied cause à l'écart at^ec ses Atgrers,)
MAETiii {seul).
Jamab je ne l'oublierai. Avec quelle simplicité, quelle noble confiance il disait à Dieu : et quand bien même faorais donxe mains, si tn me refusais ton secours, à quoi me serviraient-elles? Je puis donc avec une seule
eormiED.
Ainsi dans la forêt de Wardorf ? Adieu, révérend frère.
BURTIH.
Me m*onUies pas. Je ne veux pas vous oublier. (Go<(-
frièd 9'éhigim.) dN^en fai «té éom en le iroyviL U ne disait rien , et cependant mon esprit pounit derina le sien. Cest une yolupté de voir nn grand homme.
De cette scène vraiment caractéristiqae , nous passons au château de Goeio. 8a femme est là; bonne fintome, bien alleiMiide, ooc^pée de$ scias de son mépage, iàiûlant la enisine, .fière de son maii; puis sa sœur y autre n«iance de femme , non moins iméiiessante) douce, tendre, timide, pleine d'amour ponr son frère , mais ne pouvant pas se pladre à le Toir saxis cesse en campagne» à l'entendre toujours parler de nouvelles batailles. Puis vient encore son fils Charles, un bon et naïf petit en&nt, auquel sa mère CdiConte leç proue^se^ de Gcetz, tandis que sa tante lui donna des leçons de religion et de morale.
Alors arrive Goets qui^ en quittant le (irère Martin , s'en est allé , d'après le rapport de ses gens, attendre Weislingen, un de ses ennemis, A le ramène prisonnier. Cest une scène bien belle par sa simplicité et par l'idée qu'elle donne des mœurs de cette époque.
GOTTFRiED (posont sGft cosifué et son épée sur Im uUéy.
[ji ses écuyers,^ Débouclez-moi mon armure, et donnez-moi oa antre vêtement Le repos me semble, très-bon à prendre. Ah ,
frère Martin, tu aurais bien couru. Trois nuits saas sommeil! Vous nous avez t^nus en haleine, Weisiingca. {^ddàlbeH va de long ^n^large et ne répond rien.^ Ne
Toidei-Taiis pas tous désarmer? Si vous nV» point de yAtemeit arec tous, je Teox voiu en domier un de^ nitni Oà eil ma femme?
tHcxnnssL A la cuisine.
Je yeoz tous prêter nn de mes Iiabits, fen ai encore on joli, de toile seulement , il n*est pas p^fcienzy mais très-gentil. Je le portais an mariage de mon digne sei-» gnenr le margrave ^ dans le temps même où fêtais en gnerre arec yotie amî réréqne. €e petit homme ^ti^ si manvms ! Fran^ de SieUngen ' et moi nous étions logés é Tanberge dn Cerf â Heflbrona FVançôis monte les es« caliers le premier, et rencontre sur le palier révêqne» qui Ini donne la main, et me la donne ensuite â moi ansst AlcTs \t ris an dedans de moi-mâme, ^ je dts an landgraye de Hanau, qni ayait pour moi une grande bonté \ réyêqne m*a donné la main, je parie qn*il ne m*a pas reconnu» L'éyèqne m'entendit, car je parlais à haute yoix; il yint i nous, et dit, c*est bien parce que je ne yous cou* naissais pas que je yous ai donné la main. Et maintenant, lui dis- je, puisque yous me connaissez, je yous. la rends. n devint rouge de colère comme une écrevisse, courut dans la chambre du Palatin Louis et du prince de Nassau, et se plaignit de mol Allons, Weisli^gen, quittez cette annnre de fer, elle doit peser sur vos épaules.
t Ce tiàl est ernpronlé presque littéralement a lliifiCoîre «ciile per^CBlz.
(aga)
ABALEERT.
Je ne la sens pa^.
' GOTTVaiED.
Oui , if est bon , je crois que votre cœur ne doit pas se trouver à l'aise ; mais vous n'en seres pas plus mal serW pour cela. Aves-vous des habits P
ADAIUKT.
Mes écnyers les ont.
GOTTFRiED {à son écuyer).
Allez le^ cberçher. (^ fFeisUngen,) Ayei donc boi courage. J*ai ét^ deux ans prisonnier i Heîlbromi et tréimallraité. Vous êtes en mon pouvoir,- je ne vous naîtraiferai pas.
ABALBEET.
Je le savais avant que vous me le dissio. Von atcs toujours été aussi noble que brave.
GOtmiED.
O » si vous aviez toujours été aussi fidèle que sage, nooi pourrions maintenant prescrire des lois â ceux.... Poor- (^;ioi dois-je m'arrêter ?. . . â ceux que vous serves, etafcc lesquels je serai en guerre tout le temps de ma vie.
ADAIiBEâT.
Point de reproche, Berlidiingen. Je suis d^i tombé assez bas.
GOTTVaiED.
Eh bien! parlons du temps, on de la cherté qui bit dépérir le pauvre paysan â la source du superflu. Et je
(^95) r atteste an nom de Dien^ je ne disais pas ceb pour vous affliger, mais seuLement ponr vous faire souvenir de ce que nous étions. Par malkenr, le souvenir de nos anciennes relations est un reproche secret pour vous. {Les valets entrent Adalberi change d^ habits,)
CIAELES.
Bonjour, papa.
GOTTRiED {V embrossoÊd).
Bonjour y petit, comment as-tu passé ton temps?
CHAULES.
Très-bien Ma tante dit que je suis bien instruit .
GOTTFUIED.
Tant pis.
cnuiLEs. .
J'ai apym beataconp.
Ah!