COMÉDIES
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Cest une chose digae de remarque, que les Allemands, si admirables dans les autres genres de Mtlérature, dans les investigations de la science, dans les larges Umiies qu'ils ont assignées au drame, dans les nombreux chefi- d'oeuvre de leur poésie lyrique, ne soient pas encore parvenus à fidre de bonnes comédies. On s'étonne de trouver chez eux des hommes éminens en tout genre, comme Fichte, Kant, Goethe, Schiller, Herder, Tieck, Uhland; des artistes comme Rauch, Schnorr, Danecker , Cornélius; des musiciens comme Mozart et Haydn. On y chercherait vainement un Molière. Cela tient sans doute à des causes trop puissantes pour que le génie même de ces grands honmies littéraires ait pu parvenir à les vaincre. Cela tient au caractère du peuple allemand, plutôt sérieux que plaisant, plutôt porté aux vagues rêveries, aux spéculations intellectuelles, qu'à l'esprit d'observation nécessaire pour produire la comédie. Cela tient au genre de vie de
leurs littérateurs, qui se passe plus au milieu des livres, qu'au milieu du monde et de la vie réelle Cela tient à la gravité de leurs moeurs, à la sainteté de leur intérieur de fioaûlle, de leur fojer domestique, qui ne permet pas au regard causûque de s'y introduire pour en saisir les ridicules , ou qiû firappe de respect ceux qui pourraient j prendre place avec l'intention de les pondre sous le point de vue comique. Cela tient aussi sans doute à cette diversité de petits pays entre lesquels l'Allemagne se trouve partagée, à cette absence d'un point central qui représente le caractère général et les moeurs de la nation. Quand Molière nous montre ses marquis ânfiirons, bien qu'il les prenne à Paris sous ses yeux, la province les accepte comme des types vrais, et s'en amuse. Mais la même chose n'existe plus dans un pays où l'esprit se transforme presque complètement du nord au midi. Ce qui serait une pântnre fidèle des moeurs à Berlin , ' ne pourrait plus être reçu au même titre à Vienne; et la comëdie de caractère, qui amuserait beaucoup les écrivains un peu sceptiques, et les femmes spurituelles et tolérantes de la Prusse et de la Saxe, pourrait bien fiire îeter les hauts cris au catholicisme de l'Autridie et de la Bavière.
De là vient que les Allemands, en voulant frire des comédies, sont toujours tombés dans l'un on l'autre des deux extrêmes, ou dans un sérieux qui
(591) rappelle la physionomie du drame, où dans une suite de plaisanteries vulgtires, de portraits chargés, qui ne peuvent nullement nous représenter la liante et véritable comédie: De là vient aussi que, pour ne pas toucher à leurs mœurs, ils ont empiété sur les mœurs étrangères; que, par la crainte ou rimpossilâlité de rire à leurs dépens, ils se sont mis à rire aux dépens des autres
L'Allemagne a emprunté des comédies à toutes les nations : aux Anglais, aux Espagnols, aux Ita* liens, et surtout aux Français^ Si jamais l'histoire de notre * comédie venait à se perdre, on pourrait la refiiire avec celle de la comédie allemande; car die en a suivi fidèlement toutes les phases et calqué toutes les formes. Cest d'abord Gottsched et sa femme, qui traduisent les bonnes comédies du temps de Louis XIV; Schlegel, qui prend dans Palissot et dans Marivaux ; Leasing, qui se passionne pour Di*derou Arrive ensuite Schrôder, de Hambourg, qui fait à cela un interpiède avec ses pièces imitées de l'anglais. Mais Jûnger parait, et envahit le thé&tre avec ses traductions, imitations et variantes des comédies fiançaises. Dans le temps même où Gœthe et Schiller dotaient l'Allemagne de tant de chefsd'œuvre, on n'avait guère d'autres comédies là jouer que celles de Kotzebue et d'Iffland. Puis sont venus Mùllner, Th. Kômer, Raupach, qui forment comme la transition entre h comédie et le vaudeville. Au-
jourd'hui le Gymnase et le théâtre des Nouveautés, ont à peu près exclusivement le privilège de fournir des pièces à toute l'Allemagne. Dans quelque ville que vous alliez, vous entendrez parler de M. ScrîBe, vous pourrez voir représenter une comédie de AL Scribe. Angely le traduit à Berlin^ le baron de Kurlânder le farde à Vienne, et Th. Hell le calque servilement à Dresde ; de sorte qu'avec un vêtement un peu plus ou un peu moins large, un air plus grave ou plus enjoué, et qudques bariolages de fantaisie, c'est toujours au fond le même Soribe, qui passe avec un égal succès du Nord au Midi, et dont les pièces montent journellement sur la scène pour la plus grande joie des marchands de Làpàg, de la garnison de Berlin, des bourgeois de Vienne, et des étudians de Munich. .
Schiller a eu le bon esprit de ne point fiôre de comédies. Goethe en a fait quelques-unes s^ûritudles et amusantes, qui méritent sans doute d'6u« lues, parfois d'être méditées, mais qui pourtant ne répondent pas aux autres œuvres de l'homme de génie
Le Grand Cophte est une pièce d'intrigue, f bis* toire en cinq actes du femeux collier^ les scènes sont conduites adroitement; les caractères tncés d'après ce que les contemporains en disent. Ga^stro est bien le fourbe habile, impudent, qiû em* ploie tous les moyens possibles pour s'attirer des adeptes, et marche sans crainte le front levé au
milieu des dupes, qu'il a faites; la marquise, une femme méchante, rusée, résolue, à qui rien ne coûte pour apaiser sa soif d'argent; sa nièce, pauvre fille abandonnée, qui n'a pas la force de résister aux coupables projets dans lesquels on l'entraîne ; et le doyen, qui tient ici la place du cardinal de Rohan, est l'homme vain, ambitieux et crédtde par excellence. La pièce se termine autrement que les mémoires du temps ne le rapportent Un homme, .qui a découvert par hasard la trame ourdie par la marquise, la dénonce; et les coupables, cernés de tous côtés dans le jardin où ils sont rassemblés, tonibent entre les mains de la justice du roi, aVmoment où le crédule doyen venait d'avoir son rendez -vous avec la princesse.
Le Triomphe de la sensibilité se rapproche peutêtre plus de ridée générale que nous avons de la comédie. Cest la satire d'un ridictde ûite avec beaucoup d'esprit Un prince est amoureux fou de la nature, des bois, des eaux, des rochers; mais comme il trouve parfois dans les objets de son admiration beaucoup de choses qui l'incommodent, il s'est dit une nature mécanique, qu'il emporte constamment avec lut Une scène surtout est très-jolie, celle où MerLulo, le confident du prince, explique le caractère de son maître :
« C'est, dit-il, le plus sensible de tous les hommes, il a un coeur ouvert à toutes les beautés de la nature,
(594) et la grandeur et le pouvoir ne sont rien pour lui, à côté du bonheur qu'il éprouve à contempler la nature.*
SOBA.
Voilà Homme qn'il nous faut Nohs aimons beanconp aussi à nous promener au dair de la bme, et rieu ne nous réjouit plus que d'eutendie dianter le rossignol.
MEHXUIO.
Tant pis pour nous, mes belles dames. Mon prince a les nerfs si tendres» si délicats, qu*il doit éviter soigneusement nnfluence de Tair et les rapides cbangemens du four. On i^|eut pas, en pleine campagne, se fiûre une température dlbme on le voudrait, et les médecins affadies à la personne de mon maître regardent cuaune me chose très-dangereuse llinmidité du matin ef du soir, b fratcbeur du gazon et celle des sources Stm dans les grands jours d*été. La vapeur des vallées peut si ladiement donner le rhume, et c*est par les nnib les plus belles, les plus riantes, que les insectes deviennent précisément le plus insupportables. Un autre inconvénient encore, c*est que si, en s*abandonnant à ses pensées, on se couche sur le gazon , on se relève ensuite avec des vêtemens pleins de fourmis ; et si , dans la plus douce des sensibilités, on pénètre sous le feuillage d*un bosqnd, on risque d*en revenir avec une toile d'araignée. Le prince a proposé, dans ses académies, un prix pour celui qni pourrait remédier â ces fâcheuses contrariété. Plusieurs mémoires ont été couronnés , mais la question n*est cependant pas encore résolue.
O s! vous trouvez un remède contre les araignées et les cousins 9 rendez- le donc public; car souvent lorsque Ton se pefd dans un enthousiasme céleste, un malheureux insecte vient avec son aiguillon nous rappeler notre mortah'té.
ISEBKULO.
En attendant» le prince, qui ne pouvait ni retarder ni interrompre ses jouissances ^ prit la résolution de se faire reproduire, par d'habiles artistes, le monde dans une chambre. Son château est arrangé de la manière la plus agréable; ses chambres ressemblent à des bosquets; ses salons à des forêts; ses cabinets à des grottes, et tout cela aussi beau , plus beau même que la nature ; et pour en user à notre commodité, on n'a besoin que de tirer un ressort d^acier.