‹ Études sur GoetheChapitre 35 sur 44 · STELLA · texte numérisé non relu

STELLA

God help thee Raik ! -~ Sacà puias ske kâd^ Tkai sàe im half a year wms mmi Ami im a prison housté.

Goethe a puisé Tidée de la Fille naturelle dans des mémoires^ publiés en France, et qui, aux détails vrais, aux faits authentiques, joignent les traies de singularité du roman et le caractère d'uoe œuvre apocryphe. L'histoire de notre révolution est alUée d'une manière étroite à l'histoire de la jeune femme, et l'on dirait d'une autre contemporaine, qui passe à travers les orages de 1 789 , les massacres de 1 793 , non point pour se couronner de la gloire de nos généraux , mais pour être un exemj^e de fidélité envers ses rois, et de dévouement envers ceux qui Font persécutée. Il y a un grand intérêt dans ces mémoires, beaucoup de situations dramatiques, de variétés de portraits , et le récit porte le cachet

1 Mémoires historiques de Stéphanie-Louise de Bouihoo- Couti, écrits par elle-même. A Paris, chez Fauteur, nieCasscUc, u.* 914 ; Floréal an VI (1797); a vol. in-8.*

înlmilable d'un esprit et d'un cœur de femme. Mais en ikisant l'analyse de cet ouvrage, je ne me charge ni d'en discerner le vrai et le êiuz, ni d'en démontrer les invraisemblances, j'abandonne ce' soin à la sagacité du lecteur.

Louis-François , prince de Bovirbon-Conti , veuf de la plus jeune fille du régent, dont il n'eut qu'un fils, le comte de la Marche , avait formé une liaison avec .l'une des plus belles femmes de la cour de France-, la duchesse de Mazarin, qu'on appelait toujours la belle duchesse ^ De cette liaison naquit, au mois de Décembre 1762, l'héroïne de ces mémoires, qui fut baptisée sous le nom d'Amélie- Gabrielle-Stéphanie, et à laquelle le prince donna le titre de comtesse de Mont-Cair-Zain, qui formait l'anagramme de son nom et de celui de la duchesse. Celle-ci, tout en s'abandonnant à sa passion pour le prince, gardait encore au fond du cœur le sentiment d'une sévère moralité, et redoutait par dessus tout de voir sa honte rendue publique; mais le prince ne tint aucun compte de ses firayeurs, et obtint de Louis XV la promesse de légitimer sa fille, et de lui accorder le rang de princesse du sang. Par

1 Dans un exemplaire de ces mémoires, qui se trouye à la bibliothèque de Gœtlingue, quelqu'un a écrit que la duehemc était fille du prince de Beaureau. (Weber, Goure d*esdiétiq«e , pag. 91.)

là il excita la colère de la duchesse et celle du cornu de la Marche, à qui un tel acte de lé^umité enlevait une bonne partie de ses droits, et tous deux se liguèrent pour perdre l'enÊinL

Stéphanie avait été d'abord placée -me des Fossés- Montmartre, dans la demeure d'un n<Hnmé laoquec, oflScier de la maison royale, et elle avait pour dame d'honneur et gouvernante une jeune veuve zfipAie M.^^ Delorme, que Jacquet voulait épouser. Ces deux personnes, ainsi liées, entrèrent jdus frôlement dans le plan de conjuration formé contre la jeune fiUe. Stéphanie devait avoir une éducation répondant à sa haute naissance : elle eut pour nnitre J. J. Rousseau. Elle apprit le grec et le ladn, et duc en même temps se livrer aux exercices capables de développer ses forces physiques; ainâ die montait à cheval, faisait de longues courses en voiture, et joignait à cela l'exercice des armes. Elle avùt pour la servir et pour prendre part à ses jeux, un enbnt habillé en hussard, et avec lequel elle cherdiait à rivaliser d'adresse et d'agilité.

Plus elle grandissait, plus le prince sentait redoubler son affection pour elle; souvent il amenait aa« près d'elle le duc d'Orléans et son fils, le doc de Chartres, plus tard connu sous 4e nom d'Égalité, le prince de Soubise, le comte d'Entraigues^ qui tous admiraient la grâce de son visage, la gaieté de son caractère. Elle avait à peine sept ans, que sqb père

lui annonça qu'à l'occasion des fiançailles du Dau* phin, elle sendt reconnue comme princesse du sang; et le lO Mai 1770 elle partit pour Versailles, recevant d'avance les honneurs dus à son rang et le titre d'Altesse. Le roi lui donna le cordon bleu , la princesse Elisabeth l'accueîUit dans son intimité, l'acte de reconnaissance était déjà signé , et tout semblait devoir bientôt répondre complètement aux souhaits du prince.

Pendant ce temps on observa que la duchesse avait de fréquentes entrevues avec M.*"' Delorme ; un . peu après ^ cell^-ci entreprit à l'insu du prince un voyage à Lons-le-Saulnier.

Le jour était venu, où Stéphanie devait enfin s'appeler la princesse de Conti. Les diamans et les riches habits de cour brillaient déjà à ses yeux , le maître des cérémonies lui avait donné les dernières instruc- . tions; elle était prête à partir, lorsqu'elle reçut un billet de la duchesse, qui la mandait en toute hâte à sa maison de campagne, à quelques lieues de Paris. La jeune fille ne peut résister à cette prière , une voiture l'attend , elle y monte avec sa gouvernante , et les chevaux partent au galop. Après la première station elle devient inquiète , pleure , demande où Ton veut la conduire ; pour toute réponse on la force de monter dans une nouvelle voiture , et des chevaux frais l'entraînent rapidement; alors les cris, les larmes , les sanglots! la nuit vient, qui ajoute à ses ter*

reurs, et elle implore la pitié de sa gouvernante; qui ne lui répond que par ces seuls mots : j'ai des ordres pour agir ainsi Elle appelle à son secours son père, ses amis, se tord les bras de d&espoîr, et tombe épuisée par la douleur et à moitié évanouie. Quand elle se f éveilla, elle était couchée sur un mauvais lit dans une auberge, et sa gouvernanie s'efforçait de lui enlever le cordon du Saint-Esprit; alors ses plaintes', ses supplications recommencent, M."* Delorme cherche à la gagner par ses caresses et ses flatleries, et, sous prétexte de la recondmre k Paris, parvient à la faire encore monter dans une Toiture. A chaque station on apaise les larmes de la pauvre fille par de nouvelles promesses, on Jui annonce qu'elle approche de Paris , et quand elle cherche des yeux les lieux qu'elle connût, les tours Notre-Dame et le palais de son père , elle descend dlms une auberge de Lons-le-SauInier.

Tandis qu'elle est là , livrée au désespoir, ne sachant plus à qui avoir recours, hors, d'état par sa jeunesse et son inexpérience de s'arracher eUe-mème aux liens perfides qui l'ont enchaînée, on appren<}à son père, qu'en courant à cheval avec inipétuosité pour suivre une chasse, elle avait fait une chute et s'était fracassé la tète; et pour qu'il ne lui restât aucun doute sur la fin déplorable de sa fille, on lui apportait l'extrait mortuaire, écrit pour elle k Viroflay-les-Versailles, daté du 7 Juin 1773, et signé du

(369) pasitar -de Viroflay, àè Fàumôtiiçr de la duchesse i etd'iiD beavrfrère deM.""* Delorme. Ije malheureux prince» frappé comme d un coup de foudre dans ce qu'il avait de plus cher au monde, demeura inc^pn-» Solâble » et sa 'douleur ne tarda pas à le conduire au tombeau.

Qudques^ jours après son arrivée à Lons-le-Saul^

nier, M.'^'' Ddorme quitta l'auberge où elle était

descendue,.et S'en alla demeurer avec son élève chea

un de se^parensv le procureur B.... Stéphanie noué

a fait le portrait, de cet homme, qui semble être le

tjpe de tous les procureurs comme on les retrouve

dans les comédies et les romans du dix ^huitième

siède : le corps petit, grêle et voûté, la tête chauve,

les jambes n^fiôies, lés sourcils gris, les yeux sans

aaie et sanB'«xpression, un nés d'aigle barbouillé

de tâbiCf des zoanéhetteà sales, im habit mal-propre

et ripé; avec cda Fespritle plus fourbe, le langage

le! {ilus nasUknadl^et le plus' hypocrite qu'il soit pos^

sibk d'imaginer» el l'avarice sordide, incrustée jus-*

que dans ses entrailles. A 'jc&ti de cette hideuse

image, StéphaiK^ a trouvé moyen de f>hiser là

vienne, qu'tme de ses amies de couvent dépeintdai»

une lettre : la taille élancée* élégante, la figure ronde,

Il ne cooîme une miniature; de grands yeux bleus,

pleins de feu ei de cl, '-xur. de longs sourcils, noirs

comme de rébèor, diB ch-.v u:^ blonds d'une teinte

ndxninJile, qui touib.'.'cui jusf|Ud tene^ et une peau

( 570 ) blanche et délicate, la bouche un peu trop grande peut'- être, mais des lèvres de rose; la déôiarche noble, la tète gracieuse, un sourire ravissant et un regard adorable.

Au bout de quelque temps de séjour ches le laid

et avare procureur. M."' Delormes'en vintmiîoar

proposer sérieusement à sa jeune élève de l'époiiser.

Vous sentez qu'après le portrait qu'elle en (ait, rien

ne pouvait moins la tenter qu'une telle propodâon*

Ellle refuse, on lui dit qu'elle doit pourtant prendre

ce paru ou se résoudre à aUar au couvent; elle so

cepte le couvent^ et le 8 Septembre 1^773 (la piin*

cesse est trè^exacte pour lè& dates) on la conduit

chez ks dames de Sainte-Marie si Ch&lon»-siir-Ssdne.

M.°^ Delorme l'avait présentée comme m We; mais

elle ne tarda pas à faire voir par ses madères noUes

et son BÎr disûngsié qu'elle était idHmè naissanee

élevée, eiî elle sut seigagoés le > ies^t et l'afifasâou

de tous ceux, qui l'«oitoliraîènt. Cependant l'air dn

couveMniet^lûi cMtircnaût'pas 2 cUç .inribe malade;

M.""* Delorme remmiËne sfecrètèmem à Fans,et aprë

ravQir)>dfl^lie!.par ^s; doses d'opioiii, la condiôt

le;<]8 feuK^ier 1774/ à Yinofiaj, et la donne p^* '

épouse «u p'ooureur^B. Jç ne.saiKs pburqù^i ciU :> tn

allait câébreri si loin ce mariage, si .«^ 'jm pour

fiôre deVirofiay un lieu doublement tàtal.

EUe-nevientà Lons*le-Saulnier, portant k ûtre de madame B., ma'rv bien résolue de ne pas liMer

prendre k son mari un autre droit, et la suite de son histoire nous montre en effet qu'elle eut la force de maintenir cette résolution. Je pense d'ail-' leurs que M. B., avec toute sa bassesse de caractère, était cependant vfbp raisonnable et connaissait trop bien son Code pour oubEer que sa femme n'avait que douEe ans. Mais les soins pénibles dont on la charge dans la maison de M. Bé, ses efforts con-* tinuels et souvent infructueux pour lutter Contre lavarice excessive de son mari, la mauvaise nourriture, la honte et le chagrin , la font encore tomber malade. Elle va d'abord, pour se remettre ^ habiter une propriété du procureur, datis le village de Goil*' sance, k quatre lieues de Lons-le-Saulnier; puis elle entreprend un vojage en Suisse, visite la patrie de son cher maître , J. J. Rousseau , arrive à Fernej ^ et Voltaire, qui n'ignore pas le secret de sa naissance, la reçoit aiM la plus grande distinction.

Revenue k Lons-le*^ulnier , il fiiut qu'elle remette à M."'' Delorme ses derniers vestiges de grandeur, ses diamans, pai' l'excellente raison qu'une femme de procureur ne doit pas porter de telles parures. M. B^TemioièneàGousance et veut en &ire une fermière. On lui donne de temps à autre quelques livres, mais du reste elle doit prendre soin de la cuisine , du grenier, de la basse-cour, et surtout ne plti* faire de promenades k cheval, car l'en redoute que c«» promenades ne l'emmènent un jour un peu trop loin;

on avait remarqué qu'elle ne se trouvait que' trismédiocrement satisfaite dé sa nouvelle condition, qu'elle songeait à prendre la fuite 1 et on la surveil* lait de très-près. Je passe sur les détails de cette vie campagnarde, sur quelques tentatifes d'évasion toujours déjouées par la prévoyance de M."* Delonne, sur quelques voyages de côté et d'autre , notamment un à Paris, où la femm^ de l'obscur procureur B. reconnut dans un grand seigneur, qui passait dans une voiture à six chevaux, son frère, le comte de la Marche ; .malheureusement lui ne se souciait pas de la reconnaître, et elle revint prendre la direction de sa métairie. En 178a M.""* Delonne mourut en avouant avec un amer repentir toutes les perfidies qu'elle avait employées pour enlever la ^eune piincesse à son père. Cette mort ne changea rien au sort de Stéphanie : elle resta conùxie par le passé fermière de Cousance, cultivait soti potager, et donnant k mang^, avec un égal ennui, à ses poules et à son vilain mari A travers ces agféaUe occupations die toniha de nouveau malade, le médecin lui ordonna d'aller prendre l'air des montagnes ; elle partit avec une duègne pour M^ovillars , un vilain pays , dit la princesse ; on n'y trouve point de l^umes, point de fruits, et on n'y mange que du pain noir. Par compensation elle y trouvait du lait excellent , et on lui donna , pour sa plus grande joie, un fusil, avec lequel eU^ s'en dlait

abattre pour son dîner des grives et des bécassines. En parcourant ainsi les bois, l'idée lui vint qu'elle pourrait bien découvrir un moyen de prendre la fuite : il y avait assez de sentiers élroits et détournés, la Suisse n'était pas loin , et une fois là , bien avisé celui qui pourrait la remettre entre les mains du vieux procureur. Un jour donc, après avoir bien combiné son projet, elle sort comme pour se promener, s'en va d'abord doucement, et en fkisant semblant de lire» puiis, à peine a-t-'elle perdu de vue sa surveillante, qu'elle s'élance de toutes ses forces dans la forêt, prend le premier cbemin venu, et court aussi rapidement que possible ; .mais bientôt les rochers Tarrètent, les broussailles s'attachent à ses habits; les

ronces^et lés cailloux déchirent ses pieds; ses forces s'affaiblissent, son sang coule; elle tombe à demi épuisée de fatigue, déchire son voile pour bander ses plââes. Au même instant elle entend pousser des cris de terreur , elle aperçoit deux paysans qui ac^ courent avec une arme en main; elle croit qu'on la poursuit, die veut fîiir; maïs un ours monstrueux se jette sur elle, la roule sous ses pattes, et se sauve à l'approche des paysans, qui relèvent la pauvre fugitive ft la rapportent au village.

AprèsScette hellfi expédition il n'y eut plus moyen pour elle de songer à respirer l'air des montagnes ; on la ramena sur-le-champ à Lons-le-Saulnier. Elte avait alors dix-huit ans, et devait être belle, à en juger

(574) par le portrait qu'elle nous a &it d'elle. Son mari

demandait toujours à avoir quelque cbose de plus que le titre de mari, et la jeune femme restait iciexorable à ses prières. Mais la malheureuse Stéphanie devait passer par toutes les épreuves de la vertu: quand son mari vit qu'il ne pouvait vaincre ses résistances , il pensa qu'un autre serait plus heureux, et commanda à un de ses clercs de lui £dre la cour; lequel clerc , en quittant un jour son dossier d'assignations et de procédure, s'en vint, je crois la plume encore sur l'orâlle, débiter sa déclaration à la princesse* Il était très-sot, dit la naïve princesse, et je lui appliquai un grand soufflet, ce qui ne lui donna pas envie de revenir.

Ainsi tourmentée par son mari, par ses clercs, |>ar ses espions, par sa vie de feripière rusdqoe et monotone, elle résolut de s'arr^tcher a toutes ces misères et de chercher un refuge dans un couvent Quand elle se maria, la main mystérieuse, qui l'avait, arrachée à un palais pour la conduire dans une auberge de Lons-le-Saulnier, lui assigna pour dot une comme de 20,000 livres et une pension annuelle de 9000 livres. Le mari, en sage procureur, avait commencé par prendre pour lui les ao,ooo livres, et ensuite il ne conswû^ à la Uîsser partir, que ù elle lui abandonnait près de la moitié de son revanu. Cela fait, elle s'en va dans-un couvent, puis clans un autre, maltraitée dans le premier, plus maltraitée

( 575 ) encore d^s Je second; allé le$ quittie enfin» et pari pour Paris. Elle arecours.à son frère, qui d'abond Ini répond par une lettre irès-froîde, et ensuite ne veotplas entendre parler d'elle. La révolution éclate. EUf prend un vêtement d'homme, un fusil, une iftslonnette, passe à travers la populace ameutée i. a travers le feu de la Bastille, gagne Thôtel de son frère, entre chez lui; mais il n'y est pas. Ainsi déchue de sa dernière espérance et manquant d'argent, elle se résout à aller à Versailles : le premier homme qu'elle rencontre, est le duc d'Orléans, qui la reçoit avec la plus grande bonté. Le roi apprend qu'elle est arrivé^, et manifeste hautement son intérêt pour elle, il lui envoie de l'argent, promet de lui faire justice, et les choses vont au mieux, quand tout à coup elle apprend et la fuite et l'arrestation a Va* rennes de la Êimille royale. Après cette fatale entreprise, elle se présenta cependant encore devant Louis XYI, et malgré la déplorable situation où il se trouvait lui-même, il laccueillit avec la plus tou* chante bienvedlance. Le ministre Laporte reçut J'ordre d'inscrire la pauvre princesse sur la liste ci^ ▼île pour une pension de 1 2,000 livi'es ^ et elle obtint eo outre le titre de surintendante de la maison de la reine, avec des émolumens de a5,ooo livres; mais le 10 Août vint détruire de fond en comble cette noixvdle fortune. Elle se trouvait au Tuileries quand rattaque du pei:q>le eut lieu; elle prit les armes, se

battit sans cesse auprès* du roi, et ne le qodtta ija'à la dernière extrémité.

lô commencent pour elle de nouveaux malheurs: elle est obligée de fuir Paris, l'argent loi manque, elle arrive à Ch&lons-sur-Saône , malade et dénuée de^ toute ressource , on la fait entrer à Thôpital des pauvres; sa maladie empire, le médecin lui ordonne les eaux de Luxeuil, elle y va ;'mais là elle rencontre le beau-frère de son mari , qui la fait connaître comme un membre de la famille des Bourbons, et ameute contre elle le peuple. On Farréte au nom de la municipalité , et cependant elle obtient de r^ tourner à Cousance d'après sa parole d'honneur, et 80US l'escorte de la gendarmerie; mais cette conces* sion irrite qudques fougueux jacobins, qai en obtiennent la révocation, et la font conduire en prison À VesouL A la descente de Sceaux , la voiture où elle était tombe dans un ravin , elle se trouve prise dans les roues, qui l'écrasent, et le cheval, en se de* battant, lui casse la jambe. Dans ce moment d'angoisse elle a encore assez de présence d'esprit pour tirer un pistolet de sa ceinture, et tuer le cheval qui pouvait entnuner la voiture encore plus avant On la relève à demi morte , et Ton découvre sur elle une lettre de Louis XVI, qui lui disait : jefoos recommande ma fille. Elle reste à Vesoul qnebpies jours sans laisser concevoir aucune espérance de guériaon. Enfin , après de longues douleurs elle paivi

(577) ^ vient à sclev«r, dlé prend des béquilles ist p»rt pour Cousame. Sa première pensée est d'être légadonent s^rée de son mari, et d'obtenir de lui la rente qu'eMe a reçue pour dot Elle attendrit en sa feveur le représentant du peuple Prost, qui sucmonte toutes les résistances que lui opposent les chicanes du procureur B. , la partialité du maire de Cousance, et fait enfin prononcer la séparation.

. Le point important est gagné; maïs reste la que$« tion d'argent que le procureur défend pied à pied^ et la pauvre Stéphanie , pour entreprendre un long procès, elle, malheureuse femme , très*peu au courant de pareilles choses, avec un homi^e passé maître dans toute espèce de fourberie , se trouve sans protecteur et presque sws ressource. Ses deux rentes de 37,000 livres ont été rayées d'un trait de plume et transformées en une somme de 400 livres (as* signât), une fois payées De cet assignat elle retire quarante livres : force lui est bien pourtant de cher* cher un moyen de vivre, çUe n'en trouve point de meilleur que de se faire écrivain piiblic.. Elle loue une petite boutique en plein vent, affiche son nom en grosses lettres, et commence à écrire des pétitions, des mémoires; le temps n'était pas mal choisi pour un tel métier; les déuonciâteurs et les tribunaux donnaient lieu à une quantité de réclamations», et Ton dit que la princesse les écrivait avec beaucoup de clarté, de tact^ parfois av,ec une grande énergie.

EUe s'acquit une nombreuse cUentelle, et tout en poursuivant ses occupations journalières, cUe troo' vait aussi le moyen de soutenir son procès. Elle obtint d'abord que M. B. lui payât une somioe de i 0,000 livres, bien entendu qu'elle fut payée en assîgnau, et qu'il lui revint par là trois ou quatre cents livres, à peine de quoi acquitter les frais qu'elle avait £nis : il fallut donc se remettre, avec plus de courage que jamais, à écrire des mémoires et des pétitions, et vivre au jour le jour, souvent bien pauvrement

La chute de Robespierre arriva : le règne de la terreur était passé; le désir de revoir la fille de Louis XVI emmena Stéphanie à Paris. Pour entr^rendre ce voyage, elle vendit le demietr bijou qui loi res^ tait, un anneau que le roi lui-même lui avait donilé, et coDune elle avait appris par les joaraaux, qoe son frère, le comte de la Marche, se trou?»i dans un grand dénuement, elle trouva encore moym de lui envoyer une partie du prix de cet anneau.

Marie -Thérèse l'accu^lit avec une grande joie; mais bientôt il ne fut plus permis de se voir, et comme Stéphanie insistait sans cesse pour forcer la consigne du Temple, on finit par l'enfermer dans une maison de fous. Jusqu'en 1797 elle traîne la vie la plus inquiète et la plus misérable, implorant toujours du Gouvernement une pension alimentâre comme princesse de €!onti, obtenant de temps a autre un humble assignat, puis, retournant à la

(379) ehar^ie, p«is se retirant avec une nouvelle déçepdon* En 1 797 le Direcloire lui accorda cependant sur les biens de son frère une pension de Sooo livres, etm en 17989 époque k laquelle finissent ces mémoires , nous la trouvons sollicitant encore et attendant toujours.

Depuis on n'a sur elle que des renseignemens assez vagues : quelques personnes assurent l'avoir vue à Orléans- dans le temps de la restauration. Elle était presque complètement tombée en démence , et elle mourut le 39 Mars iS^S. Son frère, le comte de la Marche, ne revint pas en France avec les Bourbons, il mourut à Barcelonnele i3 Mars i8i4-

Gœthe voulait &ire de la fille naturelle une trilogie; malheureusement nous n'en avons que la prenûèra partie, qm s'étend depuis la jeunesse de la princesse jusqu'à son enlèvement, et jusqu'au jour où elle se marie avec le conseiller de justice. La pièce est écrite dans le genre du Tasse et dlphigénie. C'est la même poésie, la même élévation de style» la même marche noble et reposée. Quelques scènes sont très-^belles : cell^ «lire autres, où le duc présente sa fille au roi, celle ou Ton vient annoncer au malheureux père que cette fille bien-aimée est morte^et celle où la princesse refuse les propositions de mariage du conseiller de justice. Plusieurs choses aussi sont changées au récit que nous avons vu : la mère de Stéphanie est morte, le comte de la Marche seul et

son secrétaire conjurent la perle cle la )eaiie Me, et la gouvernante, par amour, pur pitié pour son élève, résiste de toutes ses forces auic projets honteux dans lesquels on veut l'entraîner; mais die cède à la menace qu'on lui fait, d'égorger la princesse si elle ne l'emmène pas loin de Paris. Le procureur difforme de Lons4e^Saulnier s'est transformé aussi en un conseiller de justice^hommeloyal et généreux, qui aime de l'amour le plus pur Stéphanie Ainsi les événemens ont acquis pluside grandeur, les caractères plus de noblesse; mais la pièce est un peu longue , et ne présente pas l'intérêt vif iet soutenu que l'on a le droit d'attendre d'une pièce de théâtre; elle a Ja beauté et le poli du marbre , si l'on veut, mais ene en a quelquefois aussi la froideur.

1^ est a regretter que Gœthe ne Tait pas finie , c'eût été une chose extrêmement curieuse de voirie poète avec son génie entrer dans les orages de notre révolution, peindre les hommes et les circonstances^ retracer, avec cette énergie qu'il nous montre dans la guerre des paysans , l'effervescence populaire, les figures caractéristiques , les scènes tumultueuses et sanglantes. L'éloignement qu'il avait pour toute espèce de manifestation politique, l'a sans doute eoirpêché d'entreprendre cette œuvre grandiose; et le silence qu'il gardait sur ses travaux jusqu'à ce qu^s fussent achevés, ne lui a pas permis de dire comment il l'avait conçue.

Qavîjo est une pièce empruntée aux Mémoires de Beaumarchais, un trait de la vie de Beaumarchais lui- même y qui s'en alla en Espagne pour venger l'honneur de sa sœur. Le d rament habilement conduit; les scènes sont variées et pittoresques; les caractères bien nettement dessinés : celui de Beaumarchais vif, hardi, spirUuel, comme on peut se représtoter l'auteur de Figaro; celui de Carlos insouciant, moqueur, comique et paradoxal, comme doit l'être un mauvais sujet Marie, la sœur de Beaumarchais, est^peut-ètre un peu trop maladive et languissante; mais c'est une amé si douce et si résignée, qu'oh doit nécessairement l'aimer, et souffrir de ce qu'elle souffre. Et Clavijo est l'homme vain et ambitieux, rhomme qui veut faire son chemin dans le mondé,* et qui ne veut pas se sentir arrêté en route ^r les liens de l'amour. Pauvre et obscur étranger à Madrid, il a aimé de toute son ame la sœur de Beaumarchais. Devenu célèbre par ses écrits, nommé archiviste du roi, il ne veut plus rien savoir de cet amour de jeune homme , qui ne Iqi rapporterait ni fortune, ni crédit. Il lui faut une grande dame, une dame de la cour , pour soutenir son rang et l'élever encore plus haut; et son ami Carlos est là comme le mauvais esprit qui l'égaré sans cesse plus avant dans ses rêves d'ambition , et cherche à lui faire oublier les riantes imag^^le son premier amour, les douces heures qu'il a passées auprès de. la jeune fille.

ti'ârrivée de Beaumarchais réveille {>ourtaAi dans le cœur de Clavijo des souyenirs encore mal éteints. Et moins par crainte que par amour, il demande a épouser Marie. La pauvre enfiint, trompée déjà une première fois dans ses espérances ^ laisse avec ahan^ don son cœur malade se rouvrir à une nonvdle joief et reçoit Clavijo avec toute Témotion d'une ame qui n*osait plus compter sur aucun bonbeor dans ce monde; et que le bonheur le plus grand , l'avenir le plus beau viennent subitemem surpren^ dre. C'est une charmante scène que celle où die s'entretient avec saisteur des protestations de Cbvijo. Â la pâleur qui couvrait ses joues, a succ^ une douce rougeur; la vie revient dans son reganiy la vié^ se montre dans son sourire. Si de loin die entend le bruit d'un pas d'homme, si l'on frappe a la porte, elle sent battre son cœur ; elle devient émuet mais d'une émotion de joie et d'espoir, oottnne^# ne l'avait pas éprouvée depuis long-temps. Déjà dis parle de son mariage; déjà elfe songe à ses vète^ mens de noce, et cependant il lui revient de temps à autre de douloureuses craintes. Elle dit à sa scenr: J'ai revu Clavijo trop grand et trop beau. Autrefois je n'apercevais en lui que le germe de ses nobles qualités; maintenant tout s'est déveloi^» il est deverni homme. Il a un son de voix, un regard, un esprit entraînant Je ne crois pgiB qu'il puisse épouser une pauvre fille comme moi.

La maUieureuse Marie n'a que trop bien deviné. A peine Clavijo a-t-il renouvelé ses promesses de mariage, qu'il revient en arrière et se repent. Il songe à ses projets d^élévation, à ses rêves de grandeur 5 et de quoi lui servira , dans la carrière qu'il veut jBuivre/ celte ftmme maladive, d'une naissancei obscure, et d'une fortune plus que médiocre? Au même instant arrive Carlos, qui, tour à tour employant le ton de la colère, du dédain, de la raillerie, achève de jeter le trouble dans son ame, d'ébranler ses résolutions, et le décide non-seulement à rompre avec Marie , mais encore à employer un subterfuge indigne pour chasser Beaumarchais de l'Espagne, ou Je faire jeter en prison. Ce caractère de Clàvi)o est' triste à voir avec tout ce qu'il renferme de Ibrce morale et de faiMesse, de germes de vertus à demi développés , et de penchans funestes ; mais c'est un càrac^j^re vrai, et l'un des plus vrais peutrètire quiiâent jamais i6té mis sur la scène. Goethe ne Fa ni embelli /ni dénaturé; c'est l'homme ambiûetLti avec son conflit de passions, sa lutte perpé- - tuelle, sa démarche vacillante entre le bien et le mal, entre le sentiment intérieur qui le presse de rester aik il «st , et le besoin impérieux qui le force de monter sans cesse, de briser les obstacles qui Tarrètent, de gr&vir la montagne escarpée de l'ambition , soit qu'il doive ramper le long des rochers , soit qu'il se déchire aux ronces du chemiù, soif

(584) qu'il fasse rouler ks cailloux meurtriers . sur c^x qui se trouveni en arrière.

Clavijo rappelle, sans doute le caractère de Weîslingen dans Gœtz de Berlichingen ; mais c'est un même type que l'on n'est pas fiché de retrouver sous une autre forme. Gpmme WeisUngen, sa iai-* blesse l'éloigné de ses Téritables amia^ et sa ^bksse le perd. Un soir, après avoir pris toutes ses mesures pour ne plus entendre paiier. ni de Marie, ni de son frère, il passe dans une hie et aperçoit un convoi mortuaire. Il demande pour qui il est préparé, et on lui répond : pour Marie Béaumarduds. A ceue nouvelle imprévue, *la douleur s'onpare de lui, le désespoir l'entraîne auprès de ce cercueil. Il se jefte avec des larmes et des sanglots sur le coips de sa bien-aimée; et Beaumarchais, qui n'est pas encore parti, le tue. Cette scène est très-dramadque, et (^vijo' meurt noblement^ en priant son anù Cados de prêter son secours à Béàumârcbaîs» de le ooiiduire poiu* plus de sûreté jusquis sur. les firontiires, et en s'écriant : je vais rejoindre ma lancée, et là porter vos adieux.

Pour mon compte, je trouv^ais le dénooeraent plus naturel i tout aussi inoral et non moîas dnr matique, si le poète, au lieu de fiûre mouiir Oavijo, lui montrait de loin le tombeau de Mane, et Fabandonnait à ses ma^leureux songes d'amUtioD, k sa vie agitée, à ses remords.

Stella appartient à ce genre de pièces que Ton désigne en Allemagne sous le nom de SchauspUh (pièces à voir). Trop sérieuses pour prendre le titre de comédie, elles manquent du dénouement qui caractérise le drame. Le poète a plein pouvoir d'y rétracer des circonstances funestes, d'y mettre en jeu les passions les plus orageuses, les mouvemens de l'ame les plus tumultueux^ pourvu qu'à la fin il dénoue heureusement le tissu qu'il a formé, et renvoie le spectateur avec le calme sur le front, si ce n'est avec le sourire sur les lèvres. Ces pièces se rapprochent beaucoup plus que la tragédie de la vie réelle, où les passions se heurtent tant de fois, sans qu'il en résulte ni empoisonnement, ni coup de poignard, où souvent aussi la scène s'ouvre courroucée et terrible comme le draine, pour se terminer gaiment comme la comédie. Racine a donné un exemple de ces Schauspiele dans sa Bérénice-, et les Allemands en ont produit ime quantité. Il serait à souhaiter qu'en France une main habile introduisît cette sorte d'oeuvres théâtrales, tout-à-fait vraies 9 tout-à*fait prises dans la nature humaine.

Stella rappelle encore l'idée des Wakhenfifandt' schafien. Cest un homme qui a épousé la femme qu'il aimait» et qui, plusieurs années après son mariage, rencontre de par le monde une autre femme, vers laquelle il se sent irrésistiblement entraîné, et qui lui fait quitter sa mabon, sa famille ^ sa patrie, tout,

pour vivre avec elle dana une de ces unions de choix, de ces alliances intimes, où l'amour est plus fort que les idées de convenance reçues dans le monde; où le cœur, avec son naif abandon, croit pouvoir se mettre impunément au-dessus de l'assentiment de la société, de la garantie des lois.

La rencontre des deux femmes forme, à vraâ dire, la catastrophe de la pièce, et présente un contraste intéressant.

Cécilie, Tépouse de Fernando, est la femme sim* {de, douce, modeste, sincèrement attachée à son mari» dévouée à ses devoirs de fiimille, heureuse de son amour, parce que cet amour a reçu toutes les sanctions légales, vertueuse par principes, par habitude, par ..nature; la femme dont l'on peut Êiire sa compagne £dèle dans cette vie, son guide dans les circonstances difficiles, son appui dans Vadversite ; la femme accomplie pour ceux qui ne demandent qu'à avoir une existence assurée et tranquille, des jours soumis au même niveau, mais qui ignore peut-être que, pour remplir le cœur et satis&ire à l'ima^nation de certains hommes, il faut plus qae de Tordre et de la fidélité, plus que de la patieDCe et de la vertu y plus qu'une beauté modeste et r^olière.

Stella, l'amante de Fernando, est au contraire la femme ardente et passionnée, qui n'écoute que les frémissemens de son ame, les bouillonnemens de son sang; la femme belle de son désordre, de ses

regards langoureux ou enflammés. C'est Taniour qui forme toute sa vie, l'amour qui la fait ce qu'elle est, joyeuse et pensive, insoucieuse pour elle-même, compatissante pour les autres. Cest l'amotu* qui dans l'abandon conduit sa main vers tous les malheureux, ouvre son cœur à tous les sentimensde pitié et de bienfaisance, afin de tromper par là le regret mortel qu'elle éprouve, de rendre moins profond le vide de son existence. C'est l'amour qui , lorsque Fernando revient après sa longue absence, lui rend un autre printemps, une autre jeunesse, une autre vie, uneame long-temps comprimée, qui s'épanouit tout à coup, qui se fond aux douces paroles que son amant lui murmure, qui invoque à elle dans son enthousiasme le ciel, le monde, l'univers entier, pour leur faire partager son enivrement et ses transports.

La position de Fernando au milieu de ces deux femmes est affreuse. L'une lé rappelle par le souvenir de ses devoirs , par le tableau de la misère où elle est tombée, et l'image de sa fille; l'autre, par sa pas^on entraînante, par ses angoisses et ses cris de désespoir 9 par son ame si noble et son adorable

beauté.

Cependant Fernando cède à la voix du devoir, il veut fuir avec sa femme et sa fille; mais Cécilie, qui a connu les mortelles souffrances de Stella et l'amour de Fernando, l'arrête elle-même dans le

sacrifice qu'il veut faire: « Sois mon ami, dit -elle; puis, le réunissant à Stella, soyez mes amis!* et Stella et Fernando demeurent ensemble.

Il y a sans doute un côté triste dans un tel dénouement, mais on peut le concevoir après Thistoire de Svnft et de Burgec.

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