MAKA
Vraiment !
MEBKULO.
Et là est empaqueté le clair de lune.
Comme ce prince aux nerfe délicats et à Famé sensible s'est fait une nature factice, où il ne trouve ni insectes, ni épines, il s'est Ëiit aussi une maîtresse qui conserve toujours le même visage et la mtaie humeur. U emmène avec lui une poupée de grandeur naturelle , coiffée et habillée comme la feounc
(597) devant laquelle il est un jour tombé en adoration. Et c'est auprès de cette poupée qu'il passe de longues heures d'extase; c'est pour elle qu'il soupire; c'est à elle qu'il adresse ses brùlans monologues; c'est au feu de son regard , au charme de son sourire qu'il s'enthousiasme et s'abandonne à ses poétiques rêveries d'amour. Un jour la femme véritable , la femme dont il promène ainsi le masque en tous lieu:x , vient se mettre en face de son image favoiite, et il ne la reconnaît pas, et il ne -sent rien pour elle; mais il se rejette avec un nouveau transport entre les bras de son adorable poupée.
On conçoit que cette pièce ne pqjsse offrit* qu'un trè»-&ible intérêt au théâtre , car elle ne repose que sur un ridicule à part et tout-à-fait hors de la portée du vulgaire. C'est plutôt une disseitation dialoguée contre une erreur d'esprit, une satire allégorique, qu'une comédie. Il s'y trouve d'ailleurs des hors-d'œuvre, des scènes confuses et beaucoup trop de longueurs.
XI Humeur de t amoureux {Die Laune des Ver-- Uebien), est une petite pastorale à la manière antique, jolie et gracieuse, d'une forme plus vraie aussi que la plupart des pastorales enfantées par le dix «huitième, siècle, mais dont Gœthe lui-même n'a pu sauver l'ennui qui s'attache à ces sortes de pièces.
Le Bourgeois général (Der BUrger- General) ^
(59») aussi une sorte de pastorale moderne, dans laqueUe il n'y a qu'un caractère plaisant et deux ou trois scènes amusantes.
Le Frère et la sœur {Die Gescht4^ister)j comédie en un acte, intéressante par le caractère naïf de Mariane, a été traduite ou plutôt arrangée pour la scène française. On la )Oue encore sur pluneors théâtres de province.
Les Complices (Die Mitschuldigen) sont, à mon avis, la plus importante et la meiUeure coméAede Gcethe. C'est à la vérité encore une pièce d'intrigue, où il ne feut chercher ni de grands développemens de caractères, iji une véritable étude de mœurs. Le poète joue avec les spectateurs, mais il les amuse et les intéresse ; et l'embarras où se trouvent pris tout à la fois et l'hôte par sa curioâtè y et SoUer par sa mauvaise conduite et son besoin d'argent, et Sophie et Alceste par leur intimité secrète, for* ment un de ces nœuds dramatiques artistement fidts, dont Ton attend avec inquiétude et curioàté la solution.
Gœthe a fait aussi quelques opéras comiquei Je les trouve inférieurs encore à ses comédies. Je ne crois pas d'ailleurs, malgré la grande réputation que Laharpe avait &ite à Quinault, je ne crois pas qaon poète puisse attacher une grande importance a la composition d'un opéra. Son rôle en ce cas est trop subordonné à celui du compositeur, peut-être m£me
(399) à celui du décorateur. Le pubUc ne va pas à L'opéra pour entendre de beaux vers, maïs pour chercher une bonne musique; et quant à la lecture, il ne faut pas attendre grand plaisir d'une œuvre ainsi res* treinte par le$ exigences du musiden, ainsi coupée, versifiée, dialoguée, non pas comme le génie du poète l'aurait voulu, mais comme l'exige souvent un ténor oa une première chanteuse.
Les opéras de Goethe n'ont pas même eu le bon^ heur d'être mis en musique par des artistes de premier rang. On les a joués quelquefois de son temps; aujourd'hui, on ne les joue plus, et beaucoup d'amateurs de théâtre ne connaissent peut-être que de nom ces oeuvres de Fauteur de Faust : Claudine de VUla-Bella; Eivin et Elmire, où se trouve pourtant la jolie romance de la violette; LUa; la Pêcheuse; Piaisanterîej ruse et vengeance; la seconde partie de la Fldte enchantée. Le plus joli de ces opéras est, sans doute, Jery et Bâtefyy dont Gœthe conçut l'idée en traversant la Suisse, et qui a aussi toute la fraîcheur d'un paysage suisse.
Je compterais tout aussi volontiers au nombre des pièces dramatiques de Gœlhe, ces deux esquisses intitulées : yie de P artiste; Apothéose de V artiste. Elles ne renferment que trois ou quatre scènes, mais elles expriment une idée si vraie et si profonde ! Le pauvre artiste traîne péniblement son existence dans ce monde à travers les rêves de s(hi imagination;
(4oo)
les études qu U continue avec amour , et les soucis journaliers qui le poursuivent; le besoin qui s'attache à ses pas; Foubli des hommes qui l'accable Après sa mort, la muse le conduit dans une galerie rojale, où il voit ses tableaux achetés à un baat prix, admirés par les connaisseurs , et il s'écrie : Que xne sert maintenant de savoir que l'on estime mes œuvres, et qu'on les achète? Oh! si quelquefois j-avais eu seulement For qui recouvre ce cadre à profusion , afin de pouvoir apaiser ma faim et cdk de ma femme et de mes enfans, j'aurais été si heoreuil Mais, je n'ai pas trouvé un ami qui vînt se réjouir avec moi ; un prince qui sût apprécier le talent Je n'ai reçu dans le cloître que de sots af^udîssemens, et je me suis tourmenté sans rencontrer un connaisseur, sans faire un élève. Si donc tu veux^ ô muse, élever ce jeune homme comme il le mérite, ô je t'en prie, donne4ui, pendant qu'il en peut jouir encore, donne-lui à temps utile le nécessaÎK dans la vie. A la joie, à la légèreté, avec laqudle passeront ses jours, laisse -lui s^itir que la muse l'aime; laisse-le jouir plus gaîment que moi sur b terre de la gloire, qui maintenant m'afflige au dd. Enfin , il faut compter dans les œuvres théatnles du poète un fragment de tragédie antique, Elpcnor; une imitation d'une comédie d'Aristophane, les Oiseaux; un fragment de drame politique, qui présente des scènes intéressantes, les Réço/tés; un
(4oi)
autre firaipneiit de drame en vers, Proméihée^ écrit en 177$; on peut y joindre: Les dieux ^ les héros et Wieland^ espèce de satire dialoguée contre Wieland^ souvent très-drôle et très-mordanle; et il ne Êiut pas oublier la traduction du Tancrède de Voltaire et celle de Mahomet» à l'occasion de laquelle Schiller lui adressait cette épître :
«Et toi aussi, toi, qui nous arrachais à la contrainte des règles dusses, pour nous ramener à k vérité et à la nature; toi, que l'on voyait, héros déjà dans ton berceau, étouSTer les serpens qui enlaçaient notre génie; toi, que l'art divin pare depuis long* temps comme son pontife avec ses banddettes sacrées; tu veux aussi sacrifier, sur des autek détruits, à la muse surannée que nous ne vénérons plus? *
Le compliment n'est pas flatteur pour notre théâtre. Schiller a pourtant traduit la Phèdre de Ra« ciné, et lui et Gœthe ont ainsi rendu hommage à ce qu'ils trouvaient encore de majestueux et de ré^ gulier dans la construction d'ailleurs si froide et 61 monotone de notre soi-disant tragédie dassique.
( 4oî» ) HERMANN ET DOROTHÉE.
TAf worU is mil hefore me; i iut msk
0/ nature ihat vUh vich she will comtpiy
ii is bmi im ker smmmef*s m to hmsk
Tù mingle mitk ihe çmiei 9/ ker sky^
To see her gentje face wiihoui a masà
And neçer gaze on ii wUh apaUj.
Site wms mf earij feiemâ^ mmd mom skoU èe
My sister,
Bnov.
Il était dans la destinée du génie de Gœihe mmoeulement d'ouvrir de nouvelles voies dans la littérature de sa nation , mais encore de reveliir sur ce qui avait été fititt de démontrer les erreurs dins Jesqudles on était tombée et d'indiquer par son exemple b route qu'il faudrait suivre. Ainsi pour le drame , pour le roman, pour la poésie Ijrique, pour Vart et la critique; ainsi pour un , genre de poème qui n'a été tant décrié depuis ses jours de gloire que parce qu'on l'avait conçu d'une manière complé* tement fausse. Je veux parler de l'Idylle, ou des poèmes de la vie rurale.
S'il existe un moyen de nous rendre ces poèmes intéressans, ce ne peut être que par la vérité scrupuleuse de printure; par la finesse d'un pinceau habile à saisir les nuances de la nature dans ce qa'dle a de rustique; par l'action d'un drame simjAe où tout se trouve en rapport, mœurs, langage, pas-
sîons, Gostunies. En nous peignant, comme le dit Crabbe, la vie des champs telle qu'elle est, avec ses .joies et ses chagrins; ses jours de fétè et ses jours de labeur ^ ; certes , il y a de quoi nous fournir maint tableau délicieux à voir, et je suis étonné que les poètes ne nous aient pas représenté plus souvent le village agreste et riant comme il est ; le clocher aigu qui s'élève dans les airs; le presbytère avec son toit roùge, et son étroit jardin à câté; les maisons nouvellement blanchies, autour d'dles la colline et les bois qui les protègent; la belle vallée <]ui serpente et sVnfuit au loin, et le ruisseau d'argent qui la traverse; puis le soir, ces troupeaux de moutons qui s'en reviennent en élevant des tonn- Inllons de poussière; les hasa& ramenant à pas lents la charme; tandis que le laboureur les suit, encav^ saut avec son voisin de la récolte prochaine, et du prix des denrées ; puis cette vapeur d'un soir d'été <]ui enveloppe le village; ces lueurs rouges du cré^ puscule qui l'éclairent; cette cloche qui tinte enccMne une fois pour annoncer la dernière prière du jour , et ces bois qui en répètent le son, et ces tèies
TAe village Itfn, ami eçery care ihat nigru
(ytr ynmihfui peasanis and duîimng stvains
fFTiat labeur yUlis , and what îhat labour pasî
jtgt m Us Aûur tf LmgÊtor fmds ai hast;
fV'hai form the real piciun cf ihe poor
Dtnumd a song*
CiABSt, Thi-HUûgt.
qui se découvrent religieusement; ces hommes asâs sur le banc de bois devant leur pone, avec leur femme, leurs eilfans, priant, se reposant de leurs travaux, et mangeant* avec joîe le frugal repas qui leur a été préparé. Il y aurait là tant de scènes naïves à prendre, tant de points de vue charmans à saisir. Ce serait au milieu de la poésie du beau monde, comme une retraite champêtre auprès de la ville^ quand on en aurait assez des drames de grands seigneurs, des romans de boudoirs, on se retirerait là pour se recueillir et se reposer.
Qu'est-ce qui fait le charme du Vicaire de Wakefield , de cette églogue admirable et de tant d'autres oeuvres anglaises, si ce n'est la vérké avec laquelle la vie commune, la nature,- s'y trouveni représentées?
Mais que dire de ces bergers que l'on nous a faits en France si galans et si bien habillés) de ces bergers qui conduisent leurs moutons avec un ruban rose, écrivent le nom de leur maîtresse sur l'écorce des arbres , jouent de la flûte et composent des vers ? Les bergers de Théocrite et de Virgile sont déjà des hommes très-bien élevés pour leur condition. Les nôtres ont joint à cette science des bei^ers anciens, l'air prétentieux, Thabit brodé et les belles manières du temps de Louis XIV. Bientôt on n'a plus osé représenter la vie rurale comme on la voyait, on l'a peinte par tradition, et le bon Delille
i-mème nous a fait de son Homme des champs un homme du monde, qui veut biçn s^en aller rêver quelque temps à la campagne.
Les Italiens n'ont pas mieux compris le caractère véritable de la Pastorale. Ujéminia duT^sse, et le Pastorfido de Guarini, furent pour eux deux mauvais modèles , d'autant plus dangereux qu'ils étaient pleins de beaux vers et de poésie.
Les Espagnols ont eu aussi leui% Êides et Ëiusses pastorales, et la meilleure critique qui en existe, est celle que Cervantes a faite dans son Don Quichotte. Les Allemands n'ont, sous ce rapport, rien à en-* vîer aux autres nations. Gessner a peint une nature comme on ne la trouve pas je crois dans et monde » depuis que le monde a perdu l'héritage d'Éden; des hommes si bons et si généreux! des enfans qui ap» portent en naissant le germe de toutes les vertus; des vieillards qui se reposent à la fin de la vie, comme à la fin d'un beau ^our. Partout des fttes, dès chants , des danses et des couronnes de fleurs , des bosquets toujours verts, des amitiés si dévouées,, et des amours si purs ! c'est un âge d'or, un paradis. Du reste, une chose digne d'être remarquée, c'est que Gessner a eu le même succès en France, que Florian en Allemagne. Les deux poètes ont fait échangé de suffrages. L'im nous a donné ses créations kJéales^ l'autre a porté en Allemagne sa Galatée et son Gon2alve de Cordoue. Il y a vingt ans,
k plupart des fniiçab ne coimaîssatent^ pas, j'en suis sûr» de plus grand poète aUemand que Gessoer; et en traversant aujourd'hui k Saxe et k ^Prusse» TOUS pourries voir dans toutes ks maisons bourgeoises où Ton apprend le français, ks oeuvres de Florian prises pour base.
Un autre écrivain qui s'est £sût % peu près en * même temps que Gessner une grande répuuti<Hi par ses pastorale»^ c'est Thnmmel; son ouvFsge k plus oélèbre est 1/^^eImine. H y a là de k gn^ce et de l'esprit, seulement trop d'es|Mfit, trop de recherche et de prétenûon.
Enfin, k poète Voss composa, sous k titre de Louise y une idylle qui devait l'emporter sur tout ce que l'Allemagne avait jamais vupanttre en ce genre. U y a de k vérité dans ses descriptions, de la grâce dans les figurés qu'il dessine, du naturel dans ks caractères et les scènes qu'il retrace. Mais l'oBuvre est encore raide et guindécL Les phrases s'alongent d'une manière monotone avec leurs grands» alexandrins, et les vers rappdknt à tout instant k ton solennel du traducteur d'Homère , k démarche pompeuse , et souvent les locutions de TUiade
Qu'il y a loin de ce poème trop savamment conçu et trop maT exécuté I Qu'il y a loin de cette aSé* terie de Thummel, de ces fausses images de Gessner, à cette oeuvre, de Goethe, à cette ravissante pasto^e ^Htrmann ei Darolhee !
La est le vrai^ là est le ton simple et harmonieux ^ le fini de tous les détails, Taccord de toutes les parties.
Ni trop haut, ni trop bas,
comme l'a dit le poète; la nature ne s'y montre point en habit de mendiant, comme dans les tableaux de MuriUo ; mais elle ne s'y montre pas non flus avec de la jpoudre et des paniers, comme dans ceox de Boucher. Les personnages qu'il s'est choisis, ne doi-* vent p<Mnt être placés si bas qu'ils nous rebutent par leurs mœurs ou leur langage, et ils ne doivent pas non plu& sortir des bornes de leur vie rurale. Non; c'ât via brave aubergiste, un peu quinteux^ un peu moins patient, après avoir bu un verre de vin, que lorsqu'il est encore à jeun, qui s'entretient de Fh^toire de sa petite ville, dans laquelle un m* ceiPdie tient la plus grande place; c'est un apothicaire prudent et avisé, qu^ parle de son jardin avec le petit pavillon qu'il y a fait construire, et la barrière cpn l'entoure; c'est le ooré qui arrive pour rassurer tes uns, consoler les autres, donner de bons eonseils, et prendre . gument part aux fttes des familles, après avoir prb part k leurs jours de tribu- Iatioiis;c'estHermann,unbon et franc jeune homme, très*peu ambitieux d^avoir im habit bien taillé et dt faire le joli garçon, mais très -occupé de ses che- TauK, de sa ferme, de son travail Cest la petite
ville, enfin y la petite ville à demi champêtre, ayec sa fusette quotidienne, avec ses vertus et ses ambitions^ ses actes de franchise, de bonhomie et ses rivalités.
Le fond du tableau est large, profond, dramatique. Cest l'histoire de notre révolution qoi s'y reflète avec ses orages; c'est un siècle de secousses intérieures et de bouleversemens, qui se lève avec ses cris de liberté et son drapeau rouge; c'est la guerre qui s'avance sur le sol étranger , dévaste les villes, incendie les chaumières, et force les malheureux habitans du pays à ramasser à la hâte ce qu'ils ont de plus précieux ; à dire adieu à leur demeure et à s'en aller pèle-mèle, femmes, vieîUanJs, enfiins, chercher ailleurs une consolation et un refiige. Et c'est au nidlieu de ces scènes désolantes, sur cette toile sombre, que se détachent les figures yleînes de grâce d'Hermann et de Dorothée, et la mKve peinture de leurs amours.
La colonne émigrante passe , les gens compstissans de la petite ville courent au-devant d'elle pour lui porter des secours; le poème conuaenee:
(( Jâi parcouru seul la place et les rues, jamais je n'ai vu la viUe si changée, si morte! Je sois sur qu'il n'y est pas resté cinquante habitans ! Que ne &it*on pas par curiosité? Chacun court et se précipite pour voir arriver à la file l'un de l'autre ces pauvres fugitifs! U y a bien une lieue jusqu'à la
(4o9) chaussée ou ik passent, et tout le monde y court en plein midi Je ne voudrais pourtant pas sortir pour observer la misère de ces malheureux chassés des belles provinces du Rhin, et traversant avec le peu qulb ont sauvé les détours de notre vallée fertile. Tu as bien fait, ma femme, d'envoyer au-devant d'eux notre fils avec du linge, du vin, et de la nourriture, pour les soulager. Car, donner est le devoir du riche. Comme le jeune homme conduit bien pourtant ! Comme il sait maîtriser les chevaux ! La voiture a vraiment très -bonne mine; quatre personnes pourraient facilement y prendre place, satis compter le siège du cocher. Cette fois il est seul, et elle roule rapidement Ainsi parlait à sa femme, l'auber^te du lion d'or, assis devant la porte de sa maison.
« Et la sage et prudente maîtresse de maison loi répondit : Je ne me prive pas yolontiers des lambeaux de toile usés, car on en a souvent besoin, et Ton ne peut s'en procurer pour de l'argenL Mais , aujourd'hui j'ai donné avec beaucoup de plaisir du bon linge et des chemises, car il y a là des enfans et des vieillards qui n'en ont point Veux-tu me pardonner, si j*ai aussi dépouillé ton -armoire, et si j'ai fait présent de ta robe de chambre avec des fleurs indiennes, bien doublée de flanelle? Vois -tu, elle était vieille, et tout-à-fait hors de mode.
«(Le bon aubergiste se mif à sourire, et lui dit:
vraiment je la regretterai , cette vieille robe dé chambré en véritable étoffe indienne; On n'en troaveplus de pareille. Mais c'est bien. Je ne la portais pliu. On veut maintenant que l'homme s'en aille toujours en botte et en recfingote. Les pantoufles et le bcHinet sont proscrits.
« Regarde , ajouta la femme , voici déjà des caneux qui ont vu les voyageurs. Regarde, comme leurs souliers sont couverts de poussière ! Gonmie lear visage est rouge ! Chacun prend son mouchoir pour essuyer la sueur de son frqnt. Je ne pourrais pas m'en aller si loin par cette chaleur pour voir un â triste spectacle. J'ai déjà bien assez des récits que l'on m'en fera. *
Alors arrive le riche marchand de l'endroit, avec sa voiture neuve, son landau, que le brave auber^ giste ne regarde pas sans éprouver un certûn senr timent d'envie. Alors arrivent le paâ«ur et le phar* macien, qui viennent s'asseoir devant la porte du Lion d'or, et raconter ce qu'ils ont vu. La bonne hôtesse apporte une bputçiUe de son vin du Rhin, et la conversation entre les trois hommes devient, à l'aide de cet auxiliaire, ce qu'dle peut ètre«Btra trois braves voisins; conversation franche, ouverte, sans recherche et sans façon , comme on a pu Vtor tendre mainte fois dans sa vie, en s*asseyant après diner dans une famille bourgeoise, quand les visages sont épanouis, et les coudes à leur aise sur la ta-
Ue. L'aubergiste se livre à sa pointe humoristique; l'apoibicatre parle en homme qui a connu deux grands Biens dans la vie, le savoir-faire et l'économie; et le pasteur tempère, par ses sages et cordiales p»oles, la vivacité de l'un, la prévoyance humaine de'l'autre, tandis que la maîtresse de maison vient de temps à autre jeter dans l'entretien quelqu'un de ces mots qui révèlmt toute la bonté et la tendresse de son cœur de femme
La conversation est interrompue par Hermann, qui vient de remplir sa mission. Hermann a traversé le douloureux convoi des émigrans. Il a aperçu une voiture tramée péniblement par deux bœufs. Sur cette voiture une fçmme malade, couchée auprès de l'enfant auquel elle venait de donner le jour, et une belle jeune fille qui guidait ce chariot le long du chemin , et vâllait assidûment sur sa pauvre compagne. Son cœur s'est ému de compassion ; et en voyant cette jeune fille, avec son visage si honnête, son regard plein de douceur et de franchise, il a eu confiance en elle, et lui a donné, pour qu'elle le distribuât aux autres , tout ce qu'il avait apporté.
En fiiisant ce récit, la voix d'Hermann s'anime, ses yeux brillent, ses joues se couvrent d'une douce rougeur. Il est facile de voir que sa course du matin lui a laissé plus d'un souvenir; que la jeune fille Jui Q inspiré encore im autre sentiment que celui
de la compassion. Et c'est ce momeot que son père choisit pour lui parler de projets de mariage.
' « Un brave homme, lui dit-il» mérite une fille qui a du bien, et les choses n'en vont que mieux, â, avec la femme que l'on a désirée, on amène aussi dans la maison des corbeilles et des caisses remplies de ce dont on a besoin. Ce n'est pas en vain que la mère prépare pendant plusieurs années la forte toîJe finement tissue; ce n'est pas en vain que les parrains conservent leur argenterie, et que le père gude à part dans son secrétaire la pièce d'or. Car la jeune fille doit avec tout cela réjouir un jour le jeuoe homme qui l'aura choisie. Oui, je sais combien une femme aime a reconnaître ses propres meubles, dans la chambre et à la cuisine, et la table et le lit qui lui ont appartenu. Ainsi , je voudrais voir venir une telle fiancée dans ma maison. Car celle qin est pau^ vre, finira par être méprisée de son mari, et il regarde comme une servante celle qui entre comme une servante avec son petit trousseau. Les hoQimcs restent injustes, et le temps de l'amour passe. Oaî, mon Hermann, tu réjouirais beaucoup ma vieillesse, si tu m'amenais bientôt une belle-fille du voisinage*, tiens, de cette maison verte. Le père est riche, et chaque jour son commerce et ses fabriques le rendent plus riche, encore; car, sur quoi le marchand ne gagne-t«ilpas? Il n'a que trois filles, qui partageront sa fortune. L'aînée est déjà promise, je le
sais, mais la seconde et la troisième sont encore libres et ne le seront pas long-temps. Si j'étais à ta place, je n'aurais pas tardé jusqu'à présent de me rapprocher d'elles.
« Alors Hermann répondit avec noodestie : C'était mon désir comme le vôtre d'épouser une des filles de notre voisin. Nous avons été élevés ensemble, nous avons joué ensemble sur la place près de la fontaine, et je les ai souvent protégées contre la nàéchanceté des petits garçons. Mais il y a long-temps de cela; les jeunes filles ont grandi, demeurent à la maison, et fiiient ces jeux d'enfans. Elles ont sans coûte reçu une très-belle éducation. Autrefois j'ai-* Jais, comme vous le désiriez, entretenir encore avec elles notre vieille connaissance ^ mais je n'ai jamais pu trouver aucun plaisir dans leurs relations. Car elles avaient sans cesse quelque reproche à me faire, et je devais le supporter. Ou ma redingote était trop longue, ou le drap trop grossier, la couleur trop vulgaire, ou mes cheveux mal coupés! Enfin il me vint aussi dans l'idée de me parer comme ces petits jeunes gens de boutique, qui se montrent là chaque dimanche, et papillonnent pendant l'été avec leurs habits de soie. Mais je remarquai bientôt qu'elles me prenaient encore pour leiu* passe-temps, et ma fierté en fut offensée. Ce qui m'affligeait le plus , c'était de les voir , et surtout Mi nna la plus j eune , méconnaître ainâ les honnes intentions quim'amen
naîent auprès d'elles. Car le jour de P&queB j'avds revêtu la rediogote neuve qui pend maintenant dam mon armoire, et je m'étais fait friser comme tons ces beaux garçons. Lorsque j'entrai, elles commencèrent à ricaner, maij je ne le pris pas pour moi. Minna était assise au piano, et son père l'écoutait chanter avec ravissement. Je ne pus comprendre beaucoup de choses qui se trouvaient dans cette chanson; mais j'entendis souvent revenir le nom de Pamina et de Tamino, et je ne voulais pourtant pas rester muet. Aussitôt qu'elle eut fini, je demandai ce qoe c'étaient que ces deux personnages ; tout le monde se tut , puis se mit à rire, et le père me dit : ITest-ce pas, mon jeune ami, nous ne connaissons qu'Adam et Eve? Et alors personne ne put se retenir, et les jeunes filles et les en fans et le vieux lui-^nème, éd»* tèrent de rire Moi je devins si Qonfiis que je laissai tomber mon chapeau. Je revins tout triste et hon* leux à la maison, je cachai ma redingote dans mon armoire, je rabattis mes cheveux sur mon front, et jurai de ne plus remettre les pieds chez le marchand. Et j'ai bien fait, car ses filles sont vaînesi et dénuées de tout sentiment. Je sais aussi que depuis ce temps elles m'appdlent toujours TanÛDO. * A ce récit naif du pauvre Hermann, le père se fâche et lui reproche sa grossièreté et son ignorance. Hermann sort sans ajouter un mot, mais avec les larmes dans les yeux; et sa mère, bonne et com-
pâtissante comme touies les mères , son un moment après lui , le cherche avec inquiétude , et va le trouver au fond du jardin , où il s'afBige et se tourmente, et forme le projet de s'enrôler comme soldat, et d'aller défendre son pays. Mais sa mère, avec des paroles pleines de calme et de douceur, parvient à lui arirader son secret, et il lui avoue qu'il aime la jeune fille étrangère qu'il a rencontrée le matin. Alors sa mère, après l'avoir consolé, l'encourage à avouer son amour et lui rend l'espoir.
Cest une très-belle scène, une scène vraie et touchante comme ceUe du j eune malade d' And ré Chënien
Tous les deux reviennent auprès du sévère aubergiste du Lion d'or, qui pendant ce temps a continué à s'entretenir avec ses deux voisins. La mère elle-même prend la parole et s'écrie: «Nous avons souvent causé ensemble du jour heureux, où notre Hermann viendrait à choisir sa fiancée. Nous promenions nos vues de côté et d'autre, et nous lui donnions d'avance tantôt une jeune fille, tantôt une autre. Maintenant ce jour est venu; maintenant le Ciel lui a amené et indiqué sa fiancée, et son cœur s'est décidé. Ne didons-nous pas toujours : il &ut qu'il choisisse lui-même? ne désirais-tu pas le voir s'abandonner a ses sentimens? Maintenant l'heure est arrivée, il a senti, il a pris une résolution d'homme. Cest cette jeune fiUe étrangère qu'il a vue. Donnela lui) ou il ne se mariera pas, il Ta juré.^
(K Oh! donnez -la moi, mon père, dît Heraïaiin, mon cœur esc pur et a fait son cboix avec sareté Elle est digne d'être votre fille.'
Là-dessus le pasteur se lève, et s'écrie : « Cest un moment qui décide de la vie de rbomme et de son destin; car, après de longs discours, chaque résolution est pourtant Toeuvre d'un momeat, et rhommè raisonnable ne saisît que ce qui est juste. Il est toujours dangereux de s'arrètbr à telle ou leUe décision et d'égarer ainsi le sentiment Hermann est pur, je le connais dès son enfance; tout jeune eacore il ne courait pas après une chose et après une autre ; il prenait ce qui lui convenait et le gardait bien. Ne soyez pas étonnés de voir tout à coup apparaître ce que vous avez long-temps souhaité. Cet événement ne vous arrive pas comme vous l'aviez rêvé: car nos vœux nous cachait eux-mêmes ce que nous désirons , et les dons nous vlennwt d'en haut avec leur propre forme. Ne méconnaissez pas la jeune fille qui, la première, a fiât impression sSl l'ame intelligente de votre bon fils. Heureux celai qui reçoit aussitôt la main de sa première blenralittéef Heureux celui qui ne sent pas languir au fond da cœur son vœu le plus doux! Oui, je le vois, son sort est décidé. Un vrai penchant transforni» subitement le jeune homme en homme. Il n'est pas d'une nature mobile, et si vous lui refizsez celle qu'il ùme» j'ai peur de voir se perdre dans le chagrin les plus belles années de sa vie. ^
(4»7) Le père s'auendrit Le pharmacien veut luUménie aller voir la jeune fille et prendre des informations sur die Le pasteur se joint à lui; Hermann court avec joie atteler les chevaux, monte sur le siège de la voiture, et la conduit rapidement à la suite des édoigrés*. Arrivé à quelque distance de ces malheureux, Hermann s'arrête, et ses amis le quittent pour remplir leur mission, «c Ailes, leur dit-il, et observez la jeune fille; vous la reconnaîtrez facilement entre toutes les autres, car il est rare de trouver une figure semblable à la âenne. Mais, je veux aussi vous indiquer comment sont ses vètemens. Elle porte un corset rouge lacé sur la poitrine, im jupon noir; un joli ourlet autour de la chemise encadre avec grâce son menton. Elle a de grandes tresses de cheveux rassemblées avec des épingles d'argent , et une robe bleue qui se rattache à son corset et forme autour de sa belle taille de grands plis.^
Hermann reste à l'écart pour attendre son sort. Ses deux amis se mêlent à la foule, et rencontrent un respectable vieillard, un juge, avec lequel ils commencent à s'entretenir ; et qui , en leur fiiisant l'histoire des malheurs de son pays et de Témigration de ses compatriotes, raconte aussi comment une jeune fille surprise par les soldats étrangers, dans une chambre avec ses compagnes, s'est défendue bravement, a pris le sabre de l'un d'eux, et les a ims en fuite Or, cette jeune fille est Do-
roihée. Le juge, qiû aime à parler d'elle, QÎoute encore qu'elle e&t seule; qu'elle avait un fiancé qui est mort à Paris; qu'elle est aussi sage, aoasi bonne que belle.
Et quand ila eurent ainsi causé avec le juge, quand ils eurent vu Dorothée prenant soin des. malades t souriant aux pauvrea fugitifs , et répvidant la )0Îe et le contentement autour d'elle, ils retournerait près d'Hermann, et lui dirent : « Réjoub-toi, tes yeux et top coeur ont bien cbobi. *
Mais une autre inquiétude est venue s'emparer d'Hermann. « Groyea^vous donc , dit-»il, qu'dle veuille venir avec nous, quoique nous. soyons riches, et elle pauvre? Croyez- vous qu'elle ait encore Je cœur libre? Non , retournez à la maison, et je veux moimême m'assurer de mon sort ^
Donc le bon Hermann se met à la recherche de la jeune fille, et la trouve qui s'en allait à la source avec une cruche à chaque maiit U s'approche d'dle avec inquiétude, reprend courage en rencontrant son regard, et lui dit : «i Je te trouve de nouveau occupée à secourir les autce^,.à chercher un rafraîchissement pour ceux qui «n ont besoin. Maïs pourquoi vas «r tu seule à la source qui est si éli^ée, tandis que les autres se contentent de l'eau du vÙlage?»
Et Dorothée, le saluant .avec un regard ami, loi répondit: « Je suis d^) récompensée du chemin
que j'ai fait, puisque je trouve Thomme généreux qui nous a tant apporté de choses. Car l'aspect de celui qui donne est aussi doux à retrouver que ses dons même. Venez et regardez aussi ceux que vous avez soulagés ) et recevez leurs actions de grâces. Mais si vous votalez^^savoir pourquoi je viens ici chercher de l'eau, je veux vous le dire : c'est parce que les chevaux et les boeufs ont troublé, en la traversant, celle du village; et les hommes l'ont aussi souillée en s'en servant sans précaution. Car au moment du besoin chacun ne pense qu'à se satisfidre promptement, et nt s'occupe pas de ceux qui viennent après lui''
Et en parlant ainsi , elle montait avec son compagnon les degrés de la source, et tous les deux s'assirent sur le petit mur qui l'environnait Elle se pencha pour puiser de l'eau ; lui , prit l'autre cruche et se pencha aussi Et ils virent leur image se refléter dans Tazur de l'onde, trembler, se rapprocher et se sourire. «Laisse-moi boire," dit le jeune homme. Alors elle lui présenta la cruche, et tous les deux se reposèrent avec confiance l'un auprès
de Tautre.
Enfin, Hermann lui propose de venir chez ses parens, pour prendre soin de leur maison, et remplacer auprès de sa mère la sœur qu'il a perdue; h jeune fille croit qu'il veut l'avoir pour servante, et elle accepte. ËUe a rempli ses devoirs auprès de sa
(4ao)
compagne malade. Elle n'a aucun parent parmi celle foule d'émigrans , et elle ne sait quand elle pourra retourner dans sa patrie. «Et puis, dit- elle, il faut toujours que la femme apprenne à servir, c'est par là qu'elle parvient enfin à commander, à jouir du pouvoir^ qui lui appartient dans la maison. leune , ellç sert ses frères et ses parens, et sa vie n'est qu'une étemelle occupation d'aller, de venir, de porter des fardeaux , et de travailler pour les autres. ^ .
Hermann voudrait bien la détromper sur le but qui la conduit auprès d'elle, mais il aperçoit l'anneau qu'elle porte au doigt, et tremble que ce ne soit un gage d'amour qui empêche la jeune fille d'entrer chez lui comme il le voudrait U se résout donc à la laisser dans son erreur; il descend avec elle le chemin de la source , et retourne au milieu des voya* geurs. Là , Dorothée présente à boire à la malade et aux enfans, et au vieux juge. « C'est pour la dernière fois, leur dit- elle, que vous me voyez auprès de vous; je vais avec ce jeune homme auquel nous de^ vons tous de la reconnaissance. Je vous quitte avec douleur; oh ! quand vous serez un jour d'été assis à l'ombre, auprès de la source fraîche, pensez k moi. •
Et tous les étrangers s'en vinrent l'un après l'autre dire adieu à Dorothée; les jeunes gens regardaient Hermann avec envie; les femmes embrassaient en pleurant la jeune fille j les vieillards lui donnaient
leur bénédiction; les enfiins s'attachaient à sa robe et ne voulaient pas la laisser partir; et, quand elle se fut arrachée à ces témoignages d'affection, de loin encore les regarda la suivaient, et les mouchoirs flottant dans les airs lui envoyaient un dernier salut. ' Hermann Tentraîne à travers les campagnes cou* vertes de blé, les arbres chargés de fruits. Les rayons du soleil couchant luisent sur eux ; la nuit s'abaisse par degrés et les enveloppe de son ombre. Le long du chemin Dorothée demande, comment elle devra faire pour répondre aux désirs de ses nouveaux maîtres; et Hermann lui peint avec toute la tendresse filiale et cependant avec vérité, le caractère de son père et de sa mère. ^Et maintenant, ajouta la jeune fille, comment faudra-t-il te répondre pour te plaire, à toi, qui vas bientôt me commander?^ Hermann lui prit la main, et lui répondit : «Laisse ton cœur te le dire, et abandonne -toi librement h ce qu'il t'inspirera. *
Il voulait ajouter encore quelque chose, mais il aperçut le fatal anneau, et craignit d'en trop dire et se tut
Pendant ce temps, le pasteur et le pharmacien sont revenus au Lion d'or, et causent d'Hermann» de Dorothée, avec l'aubergiste et sa femme; et de l'orage que l'on entend gronder, et de la pluie qui tombe. La bonne mère commence à être inquiète pour son fils, et blâme déjà au fond du cceur ses
deux amis de l'avoir quitté A t6t Mais tout à coup la porte s'ouvre. Hermann pardt, conduisant la jeune fille r «Recevez-la avec bonté, mon père» dit-il, eOe le mérite. Et vous, ma mère, interrogez-la sur tout l'arranganent d'une maison, afin, que vous yojieK par vous-même si elle s'y connaît^-*— «Bravo! mon enfant, s'écrie l'if ubergiste , je remarque avec ^oîe que mon fils a le même goût que son père. Tn toujours conduit la plus belle fille à la danse^ et la plus belle dans ma maison , en la choisissant pour femme. On peut reconnaître à la fiancée que rhonune prend, de quel esprit il est doué, et s'il sent sa propre valeur. Mais vous n'avez pas eu besoin de beaucoup de temps pour vous décider, car il me semble qu'il est difficile de ne pas suivre ce jeune homme.*
La pauvre fille, qui arrivait conmne une humUe servante dans cette maison, prend ces paroles de Taubergiste pour une amère plaisanterie, et se tour- Aant vers lui avec une noble indignation: « Je veux partir, dit- elle, je ne suis pas venue ici pour que l'on insulte à ma misère. Je suis malheureuse, je veux retourner auprès de m%s cotnpagnons de malheur. J'ai eu tort de les quitter, de prendre pour moi ce qu'il y avait de mâlleur. Oh ! laisseE-moi partir à traverS'Cet orage et oet^ pluie, je ne dois pas rester ici plus long-temp§. »
Cependant le pasteur veut la soumettre encore
k une nouvelle épreute) et Im reproche de 8'irriter d'une plaisanterie^
K Oh! s'écrie-trelle, l'homme sage tjiii pem nous donner un bon conseil dans le malhetir^ fie sait pas comlMen ses froides paroles sont impuissantes à délivrer notre coeur du lourd fardeau que le destin £iit peser sur nous. Vous êtes satisfiiits et heureux , comment une plaisanterie pourrait*eUe vous offen^ ser ? Mais le moindre contact est douloureux pour le mdbde,*
D^à eUe a r^ris son petit paquet, elle s'avafbce près de k porte, tandis que la bonne mère d'Heiv niann cherche à la retenir, et que le père se lève avec humeur pour quitter la chambre. Mais Her^ niann se jette au-devant de lui. « C'est moi , dit-il j e'c»t moi seul. qui suis coupaUe. Je n'ai pas osé lui déclarer mon amour. Je l'ai amenée ici eoo^me ser^ vame. Ne devait-elle pas être étonnée et offensée de V06 paroles?* ,
Alors la jeime fille s'avance pleine de joie atrprès de Fauber^bte, lui tend la main et lui dit : « Par^ donnez à ma surprise ces larmes de chagrin et ces larmes de bonheur. Pardonnez-moi ce que j'ai éprouvé, et laissez -moi seulement jouir de cette nouvelle félicité qui s'ouvre devant moi. Que cette première douleur que j'ai ressentie chez vous, soit aussi la dernière ! et votre fiUe s'engage à remplir avec amour les devoirs auxquels la servante s'était vouée. ^
Le père attendri l'embrasse en pleurant, et le pasteur, lui prenant Fanneau qu'eUe porte au doigt, et prenant aussi celui de la mère, fiance les deux jeunes gens au nom de Dieu.
Pourquoi ne puis -je, au lieu d'analyser sèchement ce délicieux livre, en donner une traduction en vers, élégante et fidèle, comme elle devrâtTètre; et qui reproduirait à la fois dans son rythme harmonieux l'exquise simplicité et la poésie de l'original! Car Hermann et Dorothée est une œuvre à part, un poème achevé; une de ces compositions qui sont de tous les temps et de tous les pays, parce qu'elles sont empreintes d'un sceau de vérité inaltérable. Le caractère, les mœurs, les personnages dépeints dans ce poème, sont allemands, tout-à-fait allemands; mais l'ég^ogue n'en est pas moins un modèle pour toutes les nations, qm n'ont point encore eu d'œuvres de ce genre , ou qm n'en ont eu que de fiiusses. Hermann et Dorothée est un travail admirable, entre tout ce que Gœthe a d'ailleurs fait d'admirable; et l'un des mdlleurs livres à introduire dans notre littérature. {^^)