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POESIES

Bilde Kûustîer ! Rede michi !

Nur sim Hauch sey iein Gediehi.

De tous les trésors littéraires que nous présente cette riche Allemagne, Fun des plus beaux, des plus féconds à exploiter, est sans doute sa poésie lyrique. Ches d'autres peuples cette poésie est quelquefois retombée dans le sommeil, elle s'est pliée paresseusement sous le joug de la tradition, sans £iire aucun effort pour se rajeunir, sans vouloir aller audelà d'une œutre de maître , d'une limite une fois tracée. Chez d'autres peuples, elle a tour à tour cédé le pas au drame, à l'épopée, au poème didactique, peut-être même au roman.

En Allemagne , la poésie lyrique a pris une plus grande extension, et n'a voulu céder la place à aucune autre. Depuis les Minnesànger ^ vers lesquels elle s'est souvent retournée avec amour, jusqu'à nos derniers temps, elle a vécu sans interruption. Elle a poussé dans le sol allemand de profondes racines , elle a jeté en tout sens ses larges ramifications , ses fleurs et ses fruits. Elle a eu aussi, il est vrai, ses

jours de deuil et de stérilité; mais à chaque époque de renaissance , à chaque printemps littéraire, on la vue la première se relever, battre des ailes, et reprendre une autre parure. Quand tout semblait dor« mir en Allemagne, quand le drame et la science se débarrassaient avec peine de leurs langes , cette poésie vivait déjà douce et puissante, grave ei mélodieuse. Le peuple lui donnût un abri sous son toit de chaume; les vieux contes l'appelaient le soir aiiprès du foyer; 1 amour l'admettait dans ses secrets; le Landsknecht la portait sous son armure. EUe était simple, modeste, naïve; elle avait les grâces de la jeunesse, et l'allure rustique d'une fille du peuple. Ce n'était point encore, conmoie die s'avisa de le devenir depuis, une grande dtfne, habillëeà la jnançaise, montée sur de hauts talon», portant une robe à queue, et allant à la cour. Ce n'était point encore une poésie lyrique comme celle de J. Bw Rousseau, la tète haute, le corps raide, ne sachant que car resser l'oreille par des rimes redondantes , par un rythme élégant et sonore, et du reste laissant h pensée à jeun et l'ame affamée. Cétait une bomie fille, qui pouvait s'asseoir au milieu d'une corpoiation d'ouvriers, chanter le vin du Rhin, onkUère dé Bavi^, pleurer à un enterrement, crier victoire avec un preux, baiser les mains blanches <f une bdk dame, et s'agenouiller dans une église.

Les hommes le» plus célèbres de rAUemagne ont

voulu TaToir pour compagne ; les jius grands fidu de rhîstoire ont été chantés par elle. Et d'âge en âge 9 de siècle en siècle, de sa vie bourgeoise, ou de sa vie de guerre, elle s'en est venue ainsi jusqu'à nous, pleurant, priant, chantant, s'imprégnant du besoin de toutes les époques, se transformant, faisant école^ passant à travers les années, comme l'expression dé cet esprit humain, qui s'avance, recule, tente de nouvelles voies, progresse, et ne s'arrête que pour reprendre haleine et progresser encore.

Luther, en opérant sa grande œuvre de transformation, se hâtait d'introduire la poésie lyrique dans sa nouvelle Église. Paul Flemming lui confiait ses pensées douces et religieuses. Gûnther, le malheu* reux poète, la prenait pour consolation dans sa misère, et l'embrassait encore sur son Ut de mort Et si plus tard elle céda à l'influence d'une nation étran^ gère, si elle perdit sa fraîcheur et sa naïveté, en revêtant l'habit cérémonieux que lui imposait le goût du dix-huitième siècle, elle se lassa bientôt de cette parure d'emprunt, de cet air guindé auquel on voulait la façonner. Gellert, Gleim, U2, Hôlty, les poètes de Goettingue, en tète desquels se plaça Burger, commencèrent à la dé{>ouUler peu à peu de ses vètemens étrangers. Son front se découvrit^ ses membres reprirent leur souplesse. C'était encore une fois la poésie franche et ouverte des temps pas-

sééj i'enfant de YAUemagae. Pois vint Klopslod, qui h fit retentir au loin, et lui donna un essor plus hardi, nD son plus mâle.

, Après lui» quatre grandes écoles lyriques se sont formées; celle de Goethe, qui fit de ses chansons U peinture de la vie ; et tenta de réunir dans ses compositions l'art et la nature; celle de Schiller, qui peint avec tant d'enthousiasme la noblesse et la 1h berté de l'homme; celle de Tieck, Novalis, Schlegel, connue sous le nom d'école romantique, et qui, dans ses chants voilés d'une sorte de mysdcisme, tente d'échapper aux douleurs de l'époque, par le souvenir d'une époque passée; et se jette avec abandon dans le sanctuaire que lui ouvre la /bi religieuse; enfin, celle d'Uhland, qui de toutes est peut-être la' plus large et la plus vraie; qui admet aussi ce que le passé lui rappelle, ce que le présent lui offre ^ qui chante Dieu et la nature , Famour et les joies du monde, retrace la ballade du Minnesonger j et combat aujourd'hui pour leé libertés du peuple. A cette école appartiennent Charles Meyer, Pfizzer, Gustave Schvrab, l'admirable RûckerL (^ Les poésies lyriques de Gœthe doivent être mises à côté de ce qu'il a fait de meilleur. Les Allemands leur portent une admiration sans bornes ; et je connais tel jeune homme qui par métier n^est point littérateur, bien qu'il le soit assez par esprit, et qui depuis plus de dix ans n'a peut-être pas passé un

jour sans relire une de ces petites pièces de Goethe*

C'est ausâ une curieuse chose; après avoir suivi les

développemens d'une haute individualité dans Werther, dans Faust; après avoir vu la vie humaine ^

retracée avec un caractère différent dans Egmont,

dans le Tasse, dans Hermann et Dorothée; c'est,

dis-je, une curieuse chose de prendre ces deux volumes de poésies Ij^riques, et d'y voir toute cette

vie humaine qui s'y reflète avec ses nuances les plus

légères, ses Ëicettes, ses quarts d'heure de joie ou

d'ennui, tout ce génie du poète qui s'éparpille par

fleurs et par boutons, jette au vent les idées qui lui

viennent, et rime avec le même art ses plaintes

d'amour, ses rêves de jeunesse. Oui, c'est bien l'existence humaine qui s'y trouve dépeinte; l'existence

comme elle s'en va, triste, légère, voyageuse, pen-

sivef ici, pleurant une joie perdue; là, s'asseyant à

une fête; là, s'imposant une grave méditatiçu; là,

dansant avec les jeunes filles; et puis toujours poursuivie par quelque désir, toujours courant après une

nouvelle chimère, qui fuit devant elle comme un feu follet, et s'envole comme un rêve, aujourd'hui après la fortune, demain après l'étude, après la gloire, après le sourire d'un grand, après le baiser d'une femme.

Goethe la prend comme elle est, et la chante comme elle lui vient II ne court pas après l'événement 9 il ne grossit pas sou émotion ^ il écrit im jour-

Dal en vers, et dans ce journal entrent l'un après l'autre», comme il les a trouvés sur son chemin^ les sensations d'amour et les sensations dé rojage, les tableaux de la nature et les fines et fordyes impressions du cœur (^4). Quelquefois sa poésie n'est qu'une circonstance ordinaire (^^) du roman de la ^e, exprimée en quelques vers, comme par exemple cet adieu :

Laisse, laisse mes jeux te dire^ Cet adieu qui meurt dans ma voix.

Gomme il est lourd! comme il déchire!

Et f ai tant de force parfob !

Oh ! maintenant notre amour même M'apporte avec lui ^é chagrin.

Froide est ta bouche que j'aime, Faible ton serrement de main.

Naguère encore quelle fête ,

D'un haiser que f osais rayir! è

C'était comme la TÎolette Que le matin on va cueillir.

Et je n'aurai plus de couronne.

Plus de fleurs à cueillir pour toi; C'est 'le printemps qui ffenrironnè.

Mais l'automne est renn pour moi.

Qudquefois une pensée fugitive , dont le poète est le premier à rire.

Le rideau s'élève et s'incline Dans la chambre de ma voisine.

Sans doute qu'elle veut savoir S'il est possible de me rw,

J^l si la jalouse colère Qoe ce matin je n'ai pu taire ^ Pèse encore sur nos amours , Et doit durer toujours^ foujours»

•Mais aucune crainte pareille.

Ma belfe enfant, ne vous éveille.

Je Toîs le rideau se mouroir, Hèlas! mais c^est au rent du soir.

Quelquefois un cri que le regret lui arrache, et après lequel tout retombe dans le silence.

Ohl qui me rendra les beaux jours, ïju beaux jours des premiers amours!

Oh! qu'il me vienne encore une heure, Unç seule du temps que je pleure!

Dans ma retraite, plein d'ennui.

Songeant au bonheur qui m'a fui.

J'entretiens sans cesse mes craintes, J^exhale sans cesse rsiei plaintes.

Oh! qui me rendra les beaux jours Les beaux jours des premiers amours!

Souvent une simple et courte réflexion, un salut de joie aux jours de printemps, un billet à celle qu'il aime. Ce genre de poésie vraie, concise, partant de Tame, et s'exhalant comme une note de musique, conmie un souffle, mérite surtout d'être observé dans le recueil publié après sa mort, et qui porte le titre de Poésies de jeunesse. Poésies pour ceux qui aiment On y voit que de bonne heure il

s'était appliqué à tenir ainsi fidèlement compte de ses sensations, à traduire sa pensée en quelques mots. Il ne faudrait pas s'attendre à trouver là ce que l'on est convenu d'appeler la réçerie xm le vague allemand. Les images qui y sont peintes , les idées qui y sont exprimées, appartiennent toutes au monde réel, à la nature claire et vivante, plutôt qu'a cette nature mystérieuse où quelques poètes ont v.oulu plonger. L'amour même, tel qu'il l'exprime, n'est point cet amour rêveur, mystique, conune le platonisme l'a fait, comme Pétrarque l'a chanté, comme on le voit presque toujours représenté dans les poésies allemandes; mais cet amour né sous le ciel ardent de l'Italie ou de la Grèce, cet amour qui appelle la jeune fille le soir sous un bosquet de myrtes, s'égaie conune Horace , se couronne de roses comme Anacréon. Cet amour traverse toutes les poésies lyriques de Goethe comme un doux rayon; il a le regard caressant, les niains pleines de fleurs, le sourire malicieux, mais charmant à voir; et même quand il pleure, son visage est rose, son œil brille, et soo front se penche avec grâce. C'est cet amour inconstant, léger, tendre et rieur, qui loccupe toute sa iie; qui le prend jeune homme à Francfort, le soit dans ses études, l'attend à Rome, et lui inspire encore à l'âge de soixante- quinze ans l'une de ses plus belles élégies, pour une jeune femme qu^il aimait, et qu'il voyait à Carlsbad :

«Dans la pureté de notre coeur il exWte toujoun un eflfort pour nous élever vers ce qui est grand, ce qui est beau, pour nous ramener librement par la reconnaissance auprès de l'Être étemel que Ton ne nomme pas. Éprouver ce sentiment, c'est être reli«» gieux; et je ressens ce noUe essor du cœur, quand je me trouve devant elle.*

Avec cette grâce et cette fraîcheur qui se trouvent dans les poââes légères de Gœthe, on conçoit le succès toujours durable dont elles jouissent en AUe» magne; mais la plupart d'entre elles sont malheureusement à peu près perdues pour les étrangers* La forme enveloppe de trop près l'idée, la forme est trc^ soigneusement, trop artistiquement travaillée; si on la brise, si on l'altère, Tœuvre du poète n'est plus reconnaissable. Souvent l'émotion qu'il peint, la pensée qu'il exprime, n'a rien de fort, ni de saillant; mais renfermée dans les beaux vers qu'il hii frçonne, balancée entré des rimes sonores, elle devient charmante. Sa langue est si douce et si souple, son rythme est si mélodieux; il enchâsse sa pensée dans ses strophes comme un diamant dans un travail de bijouterie ; à le voir auparavant, vous pouviez le croire assez commun. Regardez mainte** nant comme il brille. Or, c'est précisément ce travail extérieur, cette forme plôtie de talent, cette enveloppe si précieuse, ce rythme et ces rimes qu'il est impossible de traduire' dans une autre langue;

et, «n les eokvaiit, qve reifte-t->U le plus soaTem? Ce qa'il reste k un taUeaa dont on été la couleur.

Cette réflexion est saut douce «pi^cflAle à k plopeit des poètes all^nands ^ qui trouvent dans la nchesse de leur bn^çue/'dans la grande liberté de ses toamures et de ses locudons, dans les nuances souvent si délicates de leurs nombreux synonymes, et dans leur variété de rythmes antiques et modernes, une foule de ressources que ne nous donne pas notre langue traditionndie, enchaînée par tant de liens de convention; et notre poésie <pû ne peut se •résoudre à divorcer avec la rime età essayer, comme les Anglais, le vers blanc Mais aucun poêle n'a usé de ces ressources avec pins d'art et de raffinement que Gcethe; aucun ne s'est mieux retranché dans le sanctuaire de sa langue et de sa n^ion.

Quand, par exemple, Sdnller, Uhland, Novalis, éeiîvent leurs odes ou leurs ballades, la partie eiscntielle de leurs comportions est une pensée morale, ou religieuse ou historique, cpii s'adresse à toutes les intelligences , et peut se traduire ches toutes les nations. Mus comment rendre ce murmnre msacal qui forme en quelque sorte l'essence des poésies de Gosthe, ce voile diapré qui les environne, oettepouslâère d'or qui les recouvre? Que l'on prenne, jesnppose, l'une de ses ballades les plus admirées: Le roi des jeunes. Traduite Uttécalement en français, c'est un homme qui s'en> revient le soir à cheval, et im

eùùm qui meurt dans ses biaa poursuivi par ùnniau* vais rêva. Mab dans Tori^^iial, il existe une sorte de cachet mystéiieuK, empranté aux vieilles croyances; la langue s'assoufAt^ chaage de tournures et d'ex* pression. Après ces quatre premiers vers qui nous représentent tout un tableau y le vent qui sou£Ble an milieu de la Buit, le cavalier qui prease l'enfant con« tre sa poitrine pour le réchauffer» les vers résonnent l'on après l'autre avec une harmonie particulière, et l'on distingue fibcilementt en les écoutant, la voix timide de l'enfiuit qui s'effrûe, la voix sévère du père qui le réprimande» la voix caressante de Tesprit des eaux. On peut en dire autant de la èallade du pécheur, de celle de la violette, de la dbamon de Mignon, et de presque Umjs les morceaux les plus admirés de Goethe. Pour moi, je me souviens qu'il me tomba, il y a quelques années, entre les mains un choix de aes poénes traduites en français. Je les lus avec le vague sentiment de prédilection que je lui portÀ d^à, pour avoir tant entekidu parler de lui; et j'avoue que, malgré toute ma bonne volonté, je ne pus comprendre les éloges excesnfs que Von donnait k ces poésies. Depuis j!ai pu les lire dans l'original, et je les ai senties, mais sans doute beau^ coup phis imparÊdtement encore que les hommes de sa nation.

Du reste, il fiiut diviser en plusieurs branches ce qui est renfermé en quatre volumes sous le titre

de Poésies lyriques. Les images de la vie humaine, que le poète yoiilait rendre, se sont encadrées tour à tour dans TépUre ou dans Télégie, dans Tode et la chanson, dans l'épigramme et FaUégorie, et toutes ces formes ne présentent pas à la traduction les mêmes difficultés.

L'un des rameaux les plus importans du lyrisme de Goethe , est sans doute la ballade qu'il a &ite si simple et si belle, si gracieuse et si crédule, comme une ballade des vieux châteaux du moyenàge, comme Uhland et Biirger l'ont seuls quelquefois retrouvée.

La Fiancée de Corinihe^ le Dieu et la Boy adiré ^ le Pécheur y sont de véritables petits chefe-d'onivre de crojance poétique, d'art et dlmagination. VÉlèçe en sorcellerie est on joli conte épigrammadque, qui ne déparerait point quelques-unes des scènes de Faust La Plus jolie des fieurs^ est une des plus suaves idées qui puissent venir à un poète sous un bosquet de roses par un jour de printemps.

Je dterai ici trois de ces balla«)es les plus justement estimées, et ce que j'ai dit plus haut de la difficulté de lès traduire, servira sans doute d'excuse à ma bonne volonté:

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