DESCRIPTION DETAILLEE DE LETAT DES ENFANTS AVANT ET A L EPOQUE
Les enfants bien nourris n'ont point leurs corps en raison de la quantité de lait qu'ils tirent. Ceux qui sont toujours affamés, et qui tettent beaucoup, ne prennent point de chair en proportion (1).
On se trompe souvent sur ce qu'on nomme « un gros enfant r et le vojSiïii profiter beaucoup, on le croit fort : c'est souvent l'inverse. L'avidité de l'enfant à prendre le sein, quand il ne prend point de chair en proportion, est plutôt un signe d'une faible constitution. C'est pourquoi il est bon de joindre au lait un tantinet de sel. Une légère solution de phosphate de chaux soluble est également utile, en neutralisant les acides abnormes de l'estomac, notamment l'acide lactique qui se transforme facilement en acide butyrique et donne lieu à la scrofulose. Tout dépend de ces premiers soins ; les tempéraments sont plus souvent acquis qu'innés.
Quand ils urinent trop, ils meurent pour l'ordinaire avant la fin de l'année (2).
Les urines chez les enfants nouveau-nés contiennent toujours un excès d'acide urique, au point qu'on eu trouve jusque dans les reins. Le doc-
(1) Piieri iiatura pleniores, etiam pro corpulenlire ratioiic lac non sugiint. Voraces, et qui magiiam lactis copiani trahunf, non pro ratione incrassautur.
(2) Ex laclentibus, qui urinam multam reddunt, minime pcr anuum durant.
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teur Schlussberger, à l'examen de 199 enfants morts clans les 30 jours après leur naissance, a trouvé chez 32 p. c. des graviers d'acide urique dans les canaux ou tubulures urinifères, et chez beaucoup de ces enfants il y avait un certain degré d'ictère.
La polyurie se rattache à un état néphrétique ou de consomption qui fait, comme dit Hippocrate, que les enfants meurent avant la fin de l'année. On fera bien, dans ces cas, de donner 1 ou 2 granules de benzoate de lithine qu'on écrasera dans la boisson. Si l'enfant jette des cris, retire ses petites jambes vers l'abdomen, en un mot, s'il y a dysurie, on ajoutera 1 granule d'hyosciamine, à donner par cuillerées à café.
Ceux qui rendent beaucoup par l'anus, si c'est bien digéré, se portent le mieux (1).
Il est extrêmement important de veiller sur les garde-robes de l'enfant qui tette encore. Il faut qu'elles soient bien liées, d'un beau jaune, presque sans odeur et tout à fait neutres. Dès que ces caractères manquent, on donnera I ou 2 granules de calomel, avec 1 granule d'hyosciamine délayés dans la boisson.
Quand ils vomissent le lait en abondance, le ventre va peu (2).
Il ne faut pas confondre la régurgitation avec le vomissement, celui-ci seul étant antiphysiologique. Comme Hippocrate le dit, le vomissement coïncide souvent avec la constipation. 11 se peut cependant également qu'il y ait diai'rhée. Dans les deux cas, le calomel convient. On peut également ajouter à la boisson une faible quantité de bicarbonate de potasse et quelques gouttes d'acide chlorhydrique. Mais généralement quelques granules de Sedlitz Chanteaud sutBsent.
La dyspepsie — dit West — n'est pas toujours un symptôme isolé sans aucune autre manifestation d'un trouble de l'estomac, mais se trouve quelquefois uni aux signes d'un dérangement général des voies digostives. Dans ses formes les plus graves, l'indigestion s'associe aux signes d'une nutrition profondément troublée, et ce sont les résultats sérieux qui caractérisent l'atrophie des jeunes enfants. Mais il arrive quelquefois que, bien que l'enfant ne maigrisse pas beaucoup, la digestion se fasse mal et qu'il apparaisse des symptômes dyspeptiques qui seraient plutôt fatigants qu'alarmants, s'ils n'étaient pas souvent liés à la
(1) Qiiibus alvus raultum defertur, si bene concoejuunt, il mclius habent.
(2) Quibus vero lacteus cibus multus vomitione rpfiinditur, lis alvus sistitur.
diathèse strumeuse et s'ils n'étaient pas les premiers indices d'un état général de la constitution, au milieu duquel, après quelques mois, la phthisie pulmonaire a une grande tendance à se montrer (1).
Dans quelques-uns de ces cas, il y a une anorexie complète, l'enfant n'ayant de goût ni pour le sein, ni pour aucun aliment ; il perd l'aspect de la santé et devient pâle et livide, bien qu'il puisse n'avoir aucun désordre spécial de l'estomac ou des intestins; il tette rarement, suce vite assez et rejette même souvent, presque immédiatement, une partie du peu de lait qu'il a pris. Cet état de choses est quelquefois le résultat de soins excessifs de la part de la mère qui, craignant que son enfant ne prenne froid, le tient dans une chambre trop chauifée et mal ventilée.
Cet état est aussi consécutif, chez les enfants délicats, aux attaques de catarrhe et de diarrhée, mais alors, c'est le plus souvent un mal passager qui disparaît avec le temps. Dans la majorité des cas cependant, il existe, en même temps que la perte d'appétit, des preuves du peu d'aptitude de l'estomac à digérer les aliments ingérés, et il existe un désordre de l'estomac ou de l'intestin, plus ou moins marqué.
L'anorexie est loin aussi d'exister toujours eu même temps que la dyspepsie infantile, et il y a des cas très-nombreux où, bien que la faculté d'assimiler les aliments soit en partie perdue, l'enfant semble avoir un désir immodéré de prendre de la nourriture, et ne semble jamais aussi heureux que lorsqu'il est au sein. Mais s'il tette beaucoup, le lait ne convient évidemment pas à l'estomac, car peu après l'enfant se met à crier et paraît souffrir vivement jusqu'à ce qu'il ait vomi. Un soulagement immédiat suit le rejet du lait, mais en même temps suit le désir de prendre d'autre nourriture, et souvent le seul moyen d'apaiser l'enfant est de le mettre de nouveau au sein. Dans d'autres cas, le vomissement n'est pas aussi fréquent, il n'y a ni besoin pressant de prendre des aliments, ni douleur après la tettée, mais l'enfant souffre beaucoup d'éructations fréquentes, acides ou de mauvaise odeur. L'état de l'intestin, qui correspond à ces diverses formes de dyspepsie, est variable. Dans l'anorexie simple, l'intestin participe à la faiblesse de l'estomac; son mouvement péristaltique est peu prononcé et la constipation est fréquente, mais les évacuations ne s'écartent pas toujours de leurs caractères en l'état de santé. La constipation, bien que fréquente, n'accompagne pas invariablement les mauvaises digestions, et les intestins, dans quelques cas, fonctionnent avec la régularité voulue.
(1) La phthisie miliaire est sui-totit propre à la première enfance, puisque c'est legs des parents, surtout chez des enfants issus d'iiue mùro lymphatique et d'un \)i'vo déjà avancé en âge et ayant beaucoup vécu. C'est souvent l'apanage des grandes familles.
Si l'enfant est complètement élevé au sein, les évacuations sont habituellement liquides, d'une couleur jaune très-pâle, quelquefois trèsfétides, et contiennent des portions de lait caillé qui, ayant franchi le pylore, traversent toute la longueur de l'intestin en conservant leurs caractères propres. Dans beaucoup de cas cependant, comme on a observé que l'enfant ne profite pas au sein, on lui donne de l'arrow-root ou quelque autre substance farineuse, qu'il est incapable d'assimiler et qui donne aux évacuations l'aspect d'une matièi'e argileuse ou de terre glaise, enduite d'une plus ou moins grande quantité de mucus intestinal.
Les matières ont souvent diverses couleurs, et quelquefois une ou deux mauvaises évacuations sont suivies d'autres qui paraissent saines; mais il survient souvent des attaques de diarrhée, et alors les matières rendues sont aqueuses, d'une couleur foncée, vert sale, et excessivement fétides.
Les enfants dj'speptiques, aussi bien que les adultes, continuent souvent à conserver leur embonpoint mieux qu'on n'aurait pu l'espérer et, dans beaucoup de cas, continuent à profiter et à paraître en pleine santé ; cependant cet état est un de ceux qui les expose à de nombreuses souffrances; mais, de plus, par sa continuité, il altère sérieusement la santé, rend l'enfant peu propre à résister à une maladie intercurrente et développe les germes d'une phthisie latente. (Ouv. cité.)
Voici maintenant le traitement de West :
« Avec les limites étroites dans lesquelles nous sommes obligé de circonscrire chaque sujet de ces leçons, il n'est possible que de jeter un coup d'œil sur quelques-uns des points principaux qu'il convient d'avoir présents à l'esprit dans le traitement de la dyspepsie infantile. Ces cas, dont le principal symptôme est la perte d'appétit, réclament habituellement un traitement tonique général dont les malades retirent beaucoup d'avantage. Il convient de rechercher et, autant que possible, de faire disparaître toutes les causes qui peuvent nuire à la santé.
Il faut s'assurer que l'appartement des enfants soit bien ventilé, que la température n'en soit pas trop élevée.
On trouvera souvent qu'il n'est pas de médicament qui soit à moitié aussi eflBcace que le changement d'air. On ne doit pas oublier ensuite que le rejet des aliments est dû, en grande partie, à la faiblesse et à l'irritabilité de l'estomac ; c'est pourquoi il faut prendre garde de ne pas surcharger cet organe.
Alors qu'il a été pourvu à ces deux indications, on peut retirer quelque avantage de l'administration des toniques. Ces toniques peuvent consister
dans une infusion d'écorces d'oranges avec quelques gouttes d'acide sulfurique et de teinture. Formule n" 1 :
Acide sulfurique dilué 1 00
Teinture d'écorces d'orauges 3.50
Sirop simple 5.00
Infusion d'écorces d'oranges 28.00
Eau distillée de camomille 7.00 m. s. a.
Une cuillerée à café, trois fois par jour, pour un enfant de 1 an. S'il y avait tendance à la diarrhée, on donnerait la préférence à l'extrait et à la teinture composée de quinquina. Formule n° 2 :
Extrait de quinquina . . 4 grammes.
Teinture id. composée 7 „
Eau distillée de carvi 78
Une cuillerée à dessert trois fois par jour, dans du lait, pour un enfant de 1 an. (Le goût de cette potion est mieux déguisé quand ou la sucre et qu'on la mélange avec deux fois sa quantité de lait.)
Dans le cas oii l'estomac est très-irritable, on peut donner avec avantage la liqueur de quinquina unie à de petites doses d'acide cyanhydrique alors que tout autre médicament est rejeté. Formule n° 3 :
Acide cyanhydrique 0.48
Liqueur de quinquina 6.00
Sirop d'écorces d'oranges 7.00
Eau de fleurs d'oranger 10.00
Eau distillée 20.00 m. s. a.
Deux cuillerées à café deux fois par jour.
Nota. La liqueur de quinquina est un extrait fluide qui, d'après le fabricant, M. Battley, représente environ huit fois son poids de quinquina calisaya.
A mesure que la santé générale s'améliore, l'état de constipation, si habituel en pareil cas, disparaît graduellement. Si cet état était tel qu'il réclamât l'intervention du médecin, ce n'est point par des purgatifs drastiques qu'il devrait essayer de le faire disparaître ; un suppositoire au savon suffira quelquefois pour provoquer une garde-robe quotidienne, ou bien on obtiendra le même effet en frictionnant l'abdomen, deux fois par jour, avec de l'huile chaude, ou bien avec un liniment composé d'une partie de liniment au savon, une d'huile d'olive et deux de teinture d'aloès.
S'il était nécessaire de donner des laxatifs à l'intérieur, la décoction
d'aloès sucrée avec la mélasse et mélangée à de l'eau de carvi ou d'anis, atteint habituellement le même but. Formule n" 4 :
Décoction d'aloès composée. . ... 21.00
Extrait de réglisse 1.30
Eau distillée d'anis. . . 7.00 m. s. a.
Une ou deux cuillerées à café, quand il en est besoin, pour un enfant de 1 an.
L'emploi du mercure doit être réservé pour les cas où la sécrétion biliaii'e est évidemment insuffisante.
Il faut adopter une autre manière de faire dans les formes d'indigestion qui dépendent de quelque cause autre que la simple faiblesse de l'organisme. La règle qui limite la quantité d'aliments c^u'il convient de faire prendre à chaque fois, est tout aussi applicable ici, car le rejet du lait caillé peut ne tenir à rien de plus qu'à un etFort fait par la nature pour proportionner le travail que l'estomac doit accomplir, aux forces dont dispose cet organe. Mais quand, malgré l'attention donnée à ce point important, l'ingestion des aliments détermine toujours du malaise, qui ne se calme qu'après vingt minutes ou une demi-heure, alors que l'enfant vomit, rend des gaz en abondance, ou a des éructations acides, il est clair que les symptômes dépendent de quelque chose de plus que la simple faiblesse de l'organisme.
Ce n'est pourtant pas le simple fait du vomissement des aliments ou de l'état de coagulation dans lequel se trouve le lait rejeté, qui indique un désordre de l'estomac ; mais le rejet avec beaucoup de souffrance, d'un lait solidement coagulé, après qu'il s'est écoulé un temps considérable depuis l'ingestion, autorise seul une semblable conclusion. La coagulation de la caséine constitue le pi'emier changement qu'éprouve le lait d'un animal quelconque après son introduction dans l'estomac ; mais le coagulum du lait de la femme est mou, floconneux, et non complètement séparé des autres éléments du liquide, comme l'est le caillot solide du lait de vache, d'avec le petit-lait, au milieu duquel il nage.
Dans l'état de santé, le suc gastrique sécrété en abondance, dissout rapidement la plus grande partie de la caséine, qui, plus tard, par l'addition de la bile alcaline, se trouve convertie en un albuminate de soude; et se trouvant ainsi dans un état aussi voisin que possible d'un des principaux éléments du sang, est absorbée aisément par les vaisseaux lactés, et passe dans la masse du liquide en circulation.
Le lait tend cà éprouver spontanément des modifications qui produisent sa coagulation ; et la production de ces modifications se trouve
grandement favorisée par une température modérément élevée, telle que celle de l'estomac. ]\Iais les changements que cette coagulation produit dans le liquide, sont très-diiférents de ceux qu'y détei^mine le travail de la digestion. 11 s'y jiroduit abondamment un acide libre, qui ne montre en aucune manière la puissance digestive du suc gastrique, mais par sa présence empêche plutôt qu'il ne favorise la digestion. Une simple garde sait que l'acidité, même légère, du lait avec lequel on alimente l'enfant, est suffisante pour produire le vomissement, le mal d'estomac et la diarl'hée; et le résultat en ce qui concerne l'enfant, sera le même à peu près, que l'acidité ait commencé à s'y développer après, en raison du trouble de l'estomac et du défaut de sécrétion d'un suc gastrique de bonne qualité.
La nature des aliments est le premier point qui appelle l'attention dans les cas de dyspepsie infantile. Si l'enfant est nourri de lait de vache, les symptômes peuvent dépendre de ce que le suc gastrique est incapable de redissoudre le caillot dur formé par la coagulation de la caséine. Dans ■ ce cas, on peut rétablir la santé de l'enfant sans le secours d'aucun médicament, en étendant le lait d'eau, en lui substituant le lait d'ânesse, ou même en donnant du petit-lait pendant un jour ou deux, jusqu'à ce que l'estomac ait recouvré la force de digérer la caséine.
L'addition au lait d'une petite quantité d'un alcaloïde, comme le carbonate de potasse, la crème préparée, ou l'eau de chaux, est une autre précaution qu'il ne faut pas omettre, attendu que pendant que les substances ne s'opposent point au travail de la digestion, elles tendent à empêcher les matières à subir la fermentation acide.
On ne peut toutefois recommander d'employer à tout propos les alcalins comme médicaments. Les substances alcalines sont utiles associées à de petites quantités de laudanum, lorsque l'irritabilité de l'estomac est extrême. Elles sont aussi utiles dans les cas d'une nature plus chronique, où l'odeur des évacuations et la production fréquente d'éructations, indique la présence d'un excès d'acide dans les premières voies. Je ne les donne pas seuls, mais avec quelque tonique, comme l'infusion de columbo, à laquelle on peut ajouter l'extrait de taraxacum ou de rhubarbe, si, comme il arrive quelquefois, les fonctions du foie paraissent se faire mal. Formule n" 5 :
Bicarbonate de sonde 1.60
Extrait de taraxacum 2.60
Teinture de rhuliarbe 3.00
Infusion do columbo 31.00
Eau distillée de carvi 14.00 m. s. a.
Deux cuillerées à café, deux fois par jour.
Le vomissement de lait coagulé ne prouve pas toujours la présence d'un excès d'acide dans l'estomac ; il peut traduii'e un état où la sécrétion du suc gastrique se trouve insuffisante ou altérée , et où il se produit une fermentation acide dans les substances ingérées, parce que lorsqu'on est incapable d'accomplir les fonctions vitales qui en préviendraient la production, ces cas — et ils sont nombreux, et parmi eux peuvent être classés tous ceux où l'enfant a l'haleine forte et est tourmenté par des éructations nauséeuses — seront notablement soulagés par l'administration des acides minéraux associés à quelques infusions amères, comme l'infusionde la cascariUe avec l'acide chlorhydrique. Formule n"6 :
Acide chlorhydrique 1 .00
Sirop d'écorces d'oranges 5.00
Teinture id. 3.58
Infiision de cascariUe 37.00 m. s. a.
Une cuillerée à café deux fois par jour.
J'ai employé avec un avantage très-marqué le vin de pepsine de Morton à la dose de 0.60 à 0.80 centigr., trois ou quatre fois par jour. J'ai souvent vu l'action des intestins se régulariser et l'aspect des garderobes devenir naturel pendant l'administration de ces remèdes. L'usage des mercuriaux, auxquels on recourt si généralement pour remédier à quelque désordre réel ou imaginaire du côté du foie, est assurément devenu d'une pratique trop banale. La diarrhée, avec évacuations d'un jaune très-pâle, qui survient dans quelques-uns de ces cas, s'arrête souvent sous l'influence dune diète peu abondante, et l'administration de petites quantités de sulfate de magnésie et de teinture de rhubarbe. Formule n° 7 :
Sulfate de magnésie. ....... 4.00
Teinture de rhubarbe 7.00
Sirop de gingembre 5.00
Eau distillée de carvi 32.00 m. s. a.
Une cuillerée à café trois fois par jour, pour un enfant de un an.
Dans les cas où la diarrhée a duré longtemps ou bien quand les matières sont très-blanches et ressemblent à du mastic, les mercuriaux sont indiqués généralement comme ils le sont aussi quand l'odeur horriblement fétide des évacuations prouve que le contenu des intestins a subi des transformations voisines de la putréfaction. Le mercure et la poudre de craie, en petites doses, matin et soir, forment la préparation la plus douce qu'on puisse donner. Quelquefois ■pourlant il détermine des nausées ou des vomissements ; il faut alors le remplacer par de petites
quantités de calomel. Si les mercuriaux exerçaient sur l'intestin une action exagérée, on peut généralement arrêter cette tendance en leur associant la poudre de Dover.
Les mêmes règles doivent vous guider dans les soins aux enfants encore au sein, qui présentent pourtant des symptômes de dyspepsie. Les troubles des fonctions digestives sont toutefois beaucoup moins communs avant le sevrage qu'après. Ils peuvent provenir de ce que, pour une cause ou une autre, le lait de la mère est peu propre à l'enfant, c'est pourquoi dans tous les cas, il faut porter toute son attention sur cette cause. » (Ouv. cité.)
La longue citation que nous venons de faire prouve dans quels embarras on s'engage en se servant des médicaments composés du Codex. On peut dire que c'est oeuvre de Pénélope, car il faut défaire le lendemain ce qu'on a fait la veille. Faut-il s'étonner qu'avec toutes ces drogues incendiaires la santé des petits enfants se dérange de plus en plus? En vérité ! on dirait que la médecine est plutôt faite pour les pharmaciens que pour les malades.
La preuve de ce que nous venons de dire, ce sont les nombreux cas de ramollissement de l'estomac dont West traite dans son livre. On dirait des ivrognes auxquels on a donné toutes sortes de stomachiques pour rappeler leur appétit perdu.
Aucun des moyens indiqués par West ne va droit au but, c'est-à-dire ne relève la vitalité en général et celle de l'estomac en particulier ; tandis que le lavage intestinal au Sedlitz Chanteaud, un granule et même un quart de granule de bracine, de quassine, d'hyosciamine, font cesser spontanément les troubles de l'estomac et rétablissent ses sécrétions dans leur état physiologique.
A quoi sert de neutraliser les acides abnormes par les alcalins et les absorbants, quand ils se reproduisent sans cesse? La fréquence plus grande du ramollissement de l'estomac et de l'intestin dans la première enfance et dans le début de la seconde, et le nombre plus considérable, ainsi que l'étendue plus grande des ulcérations, confirment notre dire. Le docteur Elsâsser a fait voir que toute substance capable de subir la fermentation acide au contact de la pepsine, exerce sur les tissus animaux une action beaucoup plus rapide que celle du suc gastrique. Or, ces substances sont fournies par le lait aussi bien que par les matières sucrées et farineuses, dont l'enfant se nourrit presque exclusivement. La tendance de ces matières à éprouver la fermentation acide est arrêtée par le suc gastrique sain, tandis qu'elle se produit très-rapidement chez les enfants dyspeptiques, et a un très-haut degré dans la diarrliée infantile. C'est donc à
rétablir le suc gastrique dans son état sain qu'il faut s'attacher, et non à des neutralisants qui fout de l'estomac une cornue. Ceci rappelle ce mot à la Cambronne de feu le docteur Malgaigne, de rageuse mémoire (il s'agissait d'une discussion sur la cliimiâtrie, à l'Académie de médecine de Paris) : « Prenez tous les aliments possibles et mêlez-y tous les
réactifs voulus, vous ne ferez pas même de la "
Il est temps que l'allopathie s'en aille, pour laisser respirer cette pauvre humanité qu'on nomme " des malades ».
Lorsque, durant que poussent les dents, le ventre coule copieusement, ils ont moins de convulsions que quand le ventre ne va guère (1).
Le rapport entre la diarrhée et la dentition a dû frapper les médecins dès la plus haute antiquité. M. Bouchut a trouvé que 26 enfants seulement sur 138 en étaient indemnes pendant l'évolution des premières dents, et que 46 en étaient atteints d'une manière intense. On aurait tort d'y voir un état maladif (à moins d'une entérite), puisque, comme Hippocrate le fait observer, il sauve les enfants des convulsions.
L'état de l'atmosphère y est également pour beaucoup, mais ce sont alors des diarrhées catarrhales. 11 faut, dans ces cas, insister sur le lavage intestinal par le Sedlitz Chanteaud et se borner à surveiller la fièvre.
Si dans la dentition il y a fièvre aiguë, les convulsions sont rares (2).
Cela est vrai, mais il y a les dangers de ce processus morbide. Or, on voit alors surgir la méningite, si dangereuse à cet âge. Il est donc important de prévenir cette fièvre au moyen de l'hydro-ferro-cyanate de quinine (2 ou 3 granules suffisent dans le plus grand nombre des cas) ou par l'aconitine et la digitaline, même la brucine, s'il y a tendance au spasme. On écrase 1 granule de chaque dans un peu d'eau sucrée qu'on donnera par petites cuillerées à café toutes les demi-heures, jusqu'à ce que la fièvre tombe.
Toutes les fois qu'avec la pousse des dents l'enfant reste dans son embonpoint, et qu'il est fort assoupi, il est menacé de convulsions (3).
(1) Quibus cum tlentes erumpuiit, alvus crebrius Jemittit, ii minus convulsione tentaiitur, quara quibus sic raro ulvus subJucitnr.
(2) Quibus in dentitione feln'is acuta accedet, ii raro convulsionibus tentantur.
(3) Qui, cum dentitione, bene habito corpore permanent, et gravi somno premuntur, periculum est, necos convulsio prehendat.
Il laiit donner alors la caféine ou ses sels (citrate, arséniate), afin de décongestionner le cerveau (2 à 3 granules toutes les demi-heures avec une petite gorgée d'eau.
L'hiver, tout le reste étant d'ailleurs égal, est la meilleure saison pour la dentition (1).
La susceptibilité nerveuse est bien moins grande l'hiver que l'été. Comparez les habitants des pays froids à ceux des pays chauds : tandis que les premiers sont froids, apathiques, les seconds sont irritables. La moindre piqûre suffit pour produire le tétanos. Or les convulsions de la dentition tiennent du tétanos : grincement des dents, resserrement des mâchoires, contraction des muscles de la face, soubresauts, tressaillements de la tète, etc. L'hivei-, il est facile de tenir les enfants dans un milieu constant. Il faut les baigner fi-équemment afin d'assouplir leurs muscles ; tenir le ventre libre au moyen du Sedlitz Chanteaud, et à la moindre apparence de convulsions, leur donner la brucine et l'hyosciamine (I granule de chaque trituré dans un peu d'eau et de lait).
Si la toux se joint à la dentition, le mal ost long-, et ils maigrissent davantage au temps où la dent sort (2).
Les rapports anatomiques expliquent cette toux; eu effet, les nerfs dentaires émanent de la 5*^ paire (trijumeaux), qui ont des connexions étroites avec les nerfs respirateurs. West fait remarquer que cette toux est souvent l'indice d'une broncho-pneumonie masquée : « Cette maladie survient souvent chez les enfants affaiblis, et ne s'accompagne souvent que d'une réaction générale faible et suit une marche quelque peu chronique, tandis que, d'un autre côté, sa nature est masquée par une tendance à la diarrhée qui existe durant la dentition et qui se trouve excitée par l'affection pulmonnaire. La diarrhée devient souvent le symptôme le plus frappant, et tous les moyens sont employés pour la supprimer et arrêter le vomissement qui l'accompagne en général. Ces efforts sont nonobstant sans effets, l'enfant dépérit chaque jour, la peau pend en larges plis autour de ses membres amaigris, tandis que le ventre, tuméfié par les gaz dans l'intestin, devient douloureux à la pression ; la langue est rouge, sèche et recouverte d'un enduit ou d'ulcérations aphtheuses. » On voit qu'il s'agit ici d'un véritable typhus abdominal. L'arséniate de
(1) Quibus liyeme dentés erHmpuut, si cetera similiter se habeant, ii mclius depnnt.
(2) Qui cum tiissi deutiunt, iis tardius dentés erumpunt ; in ipsa autem punctione raagis extenuantur.
quinine, la brucine, l'aconitine et le lavage intestinal au Sel Chanteaud, tels sont les moyens à employer dans ces cas.
Quand ils urinent moins, et qu'ils rendent souvent par le bas des matières crues, ils sont malades (1).
C'est qu'il s'agit alors d'une obstruction abdominale. La chylose ne se fait pas et par conséquent les matières sont rendues crues et la sécrétion urinaire est arrêtée. Souvent il s'agit d'une tuberculose commençante. Le fait de la présence de tubercules est très-commun. MM. Rilliet et Barthez ont constaté leur existence chez presque la moitié des enfants où ces produits existaient dans quelque autre viscère. Il faut chercher à activer la digestion et la nutrition par la quassine, la brucine, les arséniates, et tenir l'intestin libre au moyen du Sedlitz Chanteaud. L'huile de foie de morue blanche, convient dans ces cas, conjointement avec les h}"pophosphites.
Dans ceux qui dorment longuement et qui prennent beaucoup de lait, la nourriture ne se distribue pas comme il convient (2).
Un sommeil trop prolongé dénote la torpeur du cerveau ; on dit qu'il engraisse : cela est -sTai, puisqu'une grande partie de la nourriture n'est pas assimilée. C'est souvent l'indice d'une trop grande réplétion. Il faut donc tenir l'enfant réveillé le jour, afin qu'il dorme la nuit, et lui donner le sein à des heures réglées.
Il faut distinguer le sommeil physiologique du sommeil pathologique. Rappelons ici les paroles de West : « L'enfant peut être somnolent ou être endormi au moment de votre visite ; mais le récit qu'on vous fait à son sujet est satisfaisant; son sommeil est calme et la mère s'en réjouit. Son cher petit n'a pas eu un sommeil aussi bon depuis quelques jours ; il sera, pense-t-elle — et vous pouvez le croire aussi — beaucoup mieux à son réveil. Il ne s'éveille pas! mais il avale bien quand on lui donne à boire avec une cuillère; et la mère est encore contente. Bientôt on observe de petites secousses de la face et des mains ; et l'enfant ne s'éveille pas toujours! ^^ous ne pouvez même le réveiller... le sommeil s'est transformé en coma et le coma finira par la mort! Défiez-vous toujours du sommeil qui succède à une agitation persistante dans le cas de maladie
(1) Qui non pro ratione meiunt, si alvus vero a puero cruda crebro transmisit, ii morbis sunt obnoxii.
(2) Qui bene dormiunt, et bene habito sunt corpore, ii copiosum alimeutum assumant, et corpori apponitur non sufficienter distribuium.
du cerveau. La somniosc est une véritable maladie, à laquelle il faut opposer la caféine et ses sels ; quelquefois même la brucine, pour peu que le pouls soit trop lent. «
Ceux qui mangent durant qu'ils tettent sont sevrés avec moins de peine (1).
Le sevrage sera d'autant plus difficile qu'on aura laissé uniquement l'enfant prendre le sein. Il faut préparer la digestion des aliments en les graduant : d'abord les bouillies claires, puis successivement plus épaisses. On y mêlera 1 ou 2 granules d'hypopliosphite de chaux dilués ; on laissera l'enfant sucer de petits morceaux de viande, attachée à un fil, afin de l'empêcher de s'engager dans le gosier. Ce mâchonnement a pour effet de ramollir les gencives.
Quand ils rendent souvent par le bas des matières sanguinolentes et crues, il est ordinaire que la fièvre les jette dans l'assoupissement (2).
Ladyssenterie,chez l'enfant, peut revêtir deux formes : l'inflammatoire et la chronique. Dans ces deux cas il y a assoupissement, à cause de la faiblesse due à la perte de sang. La soif est en général intense. On procédera au lavage intestinal par le Sedlitz Chanteaud et immédiatement après on donnera la codéine, 1 ou 2 granules écrasés dans un peu d'eau et de lait. Si on observe une rémission dans les symptômes, on donnera l'hydro-ferro-cyanate de quinine, 2 à la fois, toutes les demiheures. Il ne faut pas perdre de vue que les forces de l'enfant s'épuisant, il faut lui venir en aide. D'ordinaire les organiciens ne font rien... qu'attendre l'autopsie.
Les aphthes qui viennent au gosier sans fièvre sont peu dangereuses. Lorsque les enfants toussent en tétant, leur luette devient ordinairement grosse. Chez ceux à qui il survient subitement des aphthes rongeantes au gosier, il est à craindre qu'elles reparaîtront pendant tout le temps que la lièvre et la toux persistent; les ulcères qui en résultent au fond du gosier sont dangereux. Quand les aphthes au fond du gosier sont considérables, l'enfant est sauvé pourvu qu'il avale le lait. Quand ils ne peuvent pas boire à raison de ces aphthes, et qu'Us vomissent de la bile, ou la rendent par le bas, cela est dangereux. Los ulcères au gosier sur lesquels on voit comme des toiles d'araignées sont do mauvais caractère. Quand il y a des ulcères au gosier, et qu'après le premier temps la pituite, qui auparavant ne coulait pa-'. sort abondamment par la bouche, cela est bon : il faut entretenir l'écoulement. Si la pituite coule dès le commencement, et si elle continue, on doit s'en réjouir. Lors-
(1) Qui intérim, dura lac siigunt, cibuni capiuiit, faciliiis a mamma deiielhinlnr.
(2) Qui saepius criientiim et crinlum per alviim trausmittunt, plerique, cmn fehricitant, somnolenti suDt.
qu'il y a un flux de pituite au gosier, le ventre, en coulant abondamment, dissipe les toux sèches ; le vomissement de matières cuites est encore plus utile aux enfants. Les ulcères au gosier qui persistent longtemps sans augmenter ne sont daucun danger avant cinq ou six jours. Ceux qui en tétant tirent une grande quantité de lait sont généralement assoupis. Ceux qui, suçant de bon lait, sont pendant longtemps piètres et maigres, restant toujours tels à la mamelle, ont bien de la peine à se mettre en bon état. Les ulcères rongeants du gosier sont plus dangereux dans l'été qu'en toute autre saison ; leurs ravages sont plus prompts ; s'ils dévorent la luette sans donner la mort, la voix en est changée ; s'ils sont avancés vers le fond du gosier, ils sont plus fâcheux et plus graves, en ce qu'ils gênent la respiration (1).
Voici ce que dit West de l'angine diphthéritique :
" L'angine maligne diphtliéritique, ou plus exactement « la diplithérie « , n'est pas une maladie nouvelle, mais une affection qui, bien que toujours existante, appelle quelquefois l'attention générale par les symptômes formidables qui l'accompagnent, la rapidité de sa marche et le choix qu'elle fait de nombreuses victimes dans la même localité, la même ville, le même village, la même famille. Dans ce moment, elle a une manière d'être si différente de celle qu'elle prend dans ses formes plus douces , qu'il est difficile d'admettre que le léger mal de gorge qui ne causait qu'une fièvre insignifiante et demandait à peine un traitement local, ne fasse qu'un avec la maladie pernicieuse dont les symptômes locaux sont souvent mis au second plan par la gravité des troubles généraux qui la caractérisent.
« Dans chacun decescas pourtant, son caractère anatomique essentiel est le même et consiste dans la rougeur, un gonflement comprenant les amygdales et le voile du palais, accompagné en quelques heures de
(1) Tonsillarum ulcéra, quie sine febre contingunt, securiora sunt. Quos infantes, cliiin lac suguut tussis urget, il uvam majorera habere consueverunt. Quibus in tousillis ulcéra serpentia cito superveniunt, febribus et tussi perseverantibus, periculum est, ne ulcéra recurrentia suboriantur. His ulcéra in faucium angusiiis periculi pleua. Pueri, qui effatu cligna habent, tonsillarum ulcéra,' si deglutiant, salutis signum est. Qui vero in tonsillarum ulceribus magis, quam priores deeorare non possunt, iis bilem vomitione refundere, aut per alvum prodire, periculosum. In tonsillarum ulceribus si quid araneosum insit, non bonum. In tonsillaram ulceribus, posl prima tempora, pituitam per os defluere, quoJ antea non adfuit, utile; educenda tamen est. Quod si cum inceperit, postea oninino remittat, lubenter amplectendum. Si vero non sic defluat, verendum. Quibus tonsillse destillatione tentantur, plurimum subducta alvus tusses siccas discutit. Pueris quid concoctum superne eductum, magis solvit. Tonsillarum ulcéra, longo tempore citra augmentum manentia, ante quintum aut sextum diem periculo carent. Qui, dum mammam sugunt, multum lactis assumunt, ut plurimum somnolenti sunt. Qui, cum mammam sugunt, non bene habito sunt corpore, ii macilenti permanent, et segre reficiuntur. Tonsillarum ulcéra œstate suborta, pejora sunt, quam quœ aliis oriuntur temporibus, cito enim serpunt. Serpentia circa uvam tonsillarum ulcéra, in iis, qui servantur, vocem imrautant. Serpentia circa fauces ulcéra, quse magnam molestiam exhibent, et acuta magis sunt, ut plurimum spirandi difficultatem adferunt.
l'exsudation, sur leur surface, d'une fausse membrane blanche, épaisse, apparaissant sous forme de petits points ou de petites plaques qui se réunissent promptement et qui constituent un revêtement, uniforme sur les parties qui présentaient, dès l'abord, de la rougeur et du gonflement.
y Le dépôt d'abord blanc, perd promptement cette couleur, en même temps que se produit une nouvelle exsudation, et devient gris ou noirâtre sous l'influence de l'action de l'air, ou par la coloration que lui donne le sang qui s'échappe de la muqueuse congestionnée. Bientôt aussi il se sépare en lambeaux qui, pendant sur la paroi de l'arrière-gorge, ont l'apparence d'un tissu gangrené, lequel trompa les premiers observateurs et fit donner à la maladie le nom d'angine gangreneuse.
» Si on rompt ces adhérences aux tissus transformés, on voit sur ceuxci un nombre de petits points qui attestent la solidité des adhérences de la fausse membrane ; mais outre l'augmentation de vascularité, les parties en général ne montrent aucune autre altération marquée. Je doute pourtant que la classification rigoureuse qui voudrait placer dans une catégorie à pai't tous les cas dans lesquels il existe une érosion ou une ulcération manifeste de la membrane muqueuse, fût pratiquement utile ou soutenable au point de vue pathologique ; car , eu même temps que la membrane des amygdales n'est pas toujours exempte d'ulcérations , je crois que dans un grand nombre de faits, dans lesquels l'ulcération s'étend dans les voies aériennes, la muqueuse qui tapisse le larynx est manifestement érodée, et que l'on peut discerner de petites taches d'ulcérations sur les bords de la glotte. «
Quant au traitement local, West préconise les cautérisations et injections au nitrate d'argent, et, à l'intérieur, les émétiques au début et les stimulants.
Nous signalerons ici le traitement de la diphthérie par le sulfure de calcium, proposé par le docteur Fontaine, de Bar-sur-Seine : les alcaloïdes délérvcscents : aconitine, vératrine ; les fébrifuges : arséniatc ou hydro-ferro-cyanate de quinine; la strychnine où la brucine pour parer à la paralysie diphthéritique ; et, localeinent, les attouchements et badigeonnages au suc de citron.
La doctrine de la médecine a été mal à propos réduite à (hypothèse qui fait dépendre toutes les maladies du froid et du chaud, du sec et de l'humide. — Tous ceux qui ont entrepris de parler ou d'écrire de la médecine, et qui ont établi leur doctrine sur l'hypothèse du froid et du chaud, du sec et de l'humide, réduisant ainsi à un ou à deux principes la cause de la mort et des maladies de tous les hommes, se sont manifestement trompés dans la plupart des choses qu'ils ont avancées. Il est d'autant plus juste de s'en plaindre au nom de la médecine, que la réalité de cette science est reconnue, que les occasions où on l'emploie tous les jours sont des plus importantes, et qu'on honore infiniment les habiles gens qui la professent. Il y a sans doute, dans cet art, de bons et de méchants ouvriers. Cela fait même une nouvelle preuve de son existence. Il n'en serait pas de même si l'art n'était pas, et si l'on n'y avait fait des découvertes. Tous les hommes en seraient également ignorants; le hasard seul déciderait des remèdes à faire aux malades. Mais l'on voit dans la médecine, comme dans les autres arts, des ouvriers d'un mérite très-différent les uns des autres, et pour la tète et pour la main (1).
La machine humaine, comme tous les organismes, c'est-à-dire dépendant du jeu de plusieurs rouages, a besoin d'un certain degré de tension -.
(1) Qui do medicina diccre aut scriberc conantur, et siiœ quEestioiiis genus calidum, aut Irigidum, aut humidum, aut siccum, aut aliud quidvis proposuerunt, ii, dum rem brevi contrahuut, et idem morborum et mortis in uuiversura causœ priiicipium, unum vel duo constituunt, in multis quidem qua; dicunt, plane errasse arguuntur. At vero justius arlis nomine rcprehendendi sunt, quœ re vera eiistit, quamque omnes in rébus maximis adliibent, cujusque peritos artifices summis lionoribus dignantur. Sunt autem opifices, alii quidem mali, alii vero multum prjestantes. Quod sane minime contingeret, si prorsus non exsisteret ars modica, uibilque in ea vel observalione, vel inventione constaret.omnesque illius ex œquo inexperti et ignariesseiit,œgrotanliumi|ue rébus furtuna prcoesset. Verum aliter se res habet, sed non secus ac in reliquis omnibus arlibus, opifices longe iutcr se, tum manu, tum mente praîstant, sic etiara in arte medica.
le sec et l'humide lui sont donc contraires ; il lui faut un état intermédiaire. Cependant, comme Hippocrate le fait remarquer, il ne faut pas subordonner le mouvement vital à cette double condition physique, par cela même que la machine humaine est une machine vivante, tandis que les machines industrielles sont inertes par elles-mêmes, et n'obéissent qu'aux causes phj^siques. Il y a donc, en dehors de ces dernières (qui se résument dans l'élasticité), une force propre que Bichat a nommée propriétés vitales et qui consistent dans la sensibilité et la contractilité organiques. C'est au médecin à se servir de ces propriétés pour maintenir l'équilibre des fonctions, et c'est en cela qu'il diffère du mécanicien, qui n'a qu'à se régler sur son manomètre. Voilà pourquoi il est plus facile d'être bon machiniste que bon médecin.
Il faut au médecin des connaissances universelles, non-seulement physiques, chimiques, organiques, mais même psychiques, car l'homme est un être à la fois moral et physique. Voilà aussi pourquoi — comme le dit Hippocrate — l'on voit dans la médecine, comme dans les autres arts, des ouvriers d'un mérite très-différent les uns des autres, et pour la tête et pour la main.
La médecine na pas besoin d'hypothèses. Elles doivent être laissées à ceux qui se livrent à l'étude des sciences moins solidement établies. — Je pense donc qu'il ne con%ient point, dans cet art, d'avoir recours à de vaines hypothèses, comme on est obligé de le faire, eu traitant des choses entièrement obscures et douteuses, qui ne fournissent rien de mieux à ceux qui entreprennent d'en parler ou d'en écrire. Celui qui veut traiter des mouvements et de l'ordre qui rognent dans les cieux, par exemple, ou dans l'intérieur de la terre, quelque persuadé qu'il soit des raisons d'un sj'stème qu'il aura adopté, ne peut pourtant jamais en être bien assuré lui-même, ni détruire entièrement les doutes des autres, et les convaincre sans réplique, parce qu'il lui manque une règle de vérité, à laquelle il puisse rapporter tout le reste. Mais cette règle se trouve dans la médecine. Cet art, qui subsiste depuis longtemps, a découvert des principes sûrs, et une route constante, par laquelle on est parvenu, depuis plusieurs siècles, à une infinité de choses dont l'expérience a confirmé la vérité, sans le secours des hypothèses. Ce n'est pas qu'il ne manque encore beaucoup à la médecine, pour sa perfection ; mais le moyen de trouver ce qui lui manque, c'est que des gens habiles en fassent la recherche, tâchant d'arriver à ce qui est inconnu par ce qui est connu, dont il faut nécessairement partir. Tout homme qui rejette les règles approuvées, et qui, prenant un chemin nouveau, se vante d'avoir découvert quelque chose dans l'art, se trompe lui-même et trompe les autres ; car cela est impossible, ainsi que je vais tâcher de le faire voir, en montrant ce que c'est que la médecine. Il s'ensuivra évidemment qu'on ne doit y faire aucune recherche par des chemins diiférents de celui qu'on a tenu jusqu'ici (1).
(1) Quamobrem equidem ipsam non censeo in inani qusestione versari oportere, sicuti qufe suni
Plus une science est simple, moins elle a besoin d'hypothèses. Mais cela exige aussi une simplicité d'esprit, au lieu de cet orgueil de vouloir tout expliquer ou plutôt accommoder à notre ignorance. Il y aura toujours des faiseurs d'hypothèses. Hippocrate, tout le premier, en est un exemple, car il s'aventure souvent dans des explications qui, aujourd'hui, nous fout sourire. Mais il a eu le bon esprit do n'y point subordonner sa pratique; il s'est, au contraire, laissé conduire par la nature ; aussi sa médecine est-elle extrêmement simple ; c'est celle que nous devons encore suivre aujourd'hui, en y appliquant les moyens de la science moderne. Que nous importe la cause première de la fièvre? nous combattons ses deux symptômes physiques : l'exagération de la chaleur et du pouls, ainsi que les symptômes vitaux, le spasme et la douleur, et tout rentre dans l'ordre. La vieille médecine n'avait que les débilitants ; nous, nous avons les excitants vitaux, c'est-à-dire les alcaloïdes.
La médecine ne doit s'occuper que de choses qui iniissent être mises à portée de tout le nionde,puisqu'ellenest fondée que sur l'oLservation. — Il me semble premièrement qu'en traitant de cet art, il faut principalement s'attacher à des choses dont tout le monde puisse convenir ; puisque les discours et les recherches d'un médecin ne doiventavoir d'autre objet que les maladies auxquelles tout le monde est sujet. Il est vrai que, comme le peuple est fort ignorant, il ne saurait de lui-même connaître ni comment ses maladies se forment, ni comment elles finissent, ni ce qui les irrite, ni ce qui les adoucit. Mais cela lui devient aisé, quand une autre personne, au fait des découvertes de l'art, le lui explique ; d'autant plus qu'il n'y a rien dont on se ressouvienne avec moins de peine, que de ce que l'on a ressenti. Un médecin qui ne pourrait se faire entendre au plus ignorant d'entre le peuple, ni le désabuser et le convaincre au sujet de son mal, serait encore loin de la vérité ; et il aurait inutilement recours à des suppositions. On n'aurait jamais trouvé la médecine dans le commencement, s'il y eût fallu des hypothèses. On ne se serait même pas donné la peine de la chercher. Quel besoin de la médecine auraient eu des malades qui auraient observé la même manière de vivre et mangé les mêmes viandes que les hommes sains si l'on n'eût fait comi)araison de leur état avec celui de ceux dont le régime était différent, et s'il n'eût été reconnu que l'un était meilleur que l'autre. C'est nécessai-
obscura et dubia, de quibus si quisdicero velit, eum rei de qua agiUir accommodatam quœstionem proponere necesse est. Velut si quis de rébus sublimibus, aut siib terra posilis disserat, aut earura naturam se nossc profiteatur, ea vera sint, necue, iieque iis, qui disserunt, neque iis, qui audiuut, satis fuerit manifestum. Neque eiiim datur, ad quod quis veri coguitionem référât.
.At vero in medicina jam pridem omnia subsistant, in eaque priiicipium et via inventa est, per quam preeclara multa longo temporis spatio sunt inventa, et reliqua deinceps inveuientur, si quis probe coniparatus fuerit, ut ex iiiventorum cognitioue ad ipsorum investigatiouem feratur. Qui vero, bis omnibus rejectis ac repudiatis, aliam inventionis vinra aut raodura aggreditur, et aliquid se invenisse jactitat, is cum fallitur, tum alios faliit. Neque enim istud ullo pacto fieri potest. Quas autem ob causas istud fieri nequeat, postea ostendam, ubi artem esse, dixero ac docuero. Ex que ctiam manifestum fiet, nihil omnino alia ratione inveniri posse.
rement l'observation d'un bien ou d'un mal manifeste, qui a fait chercher et découvrir cet art. On l'a découvert en voyant que les malades se trouvaient fort mal d'user des mêmes aliments que les hommes sains, comme cela se voit encore. Et de même, pour remonter plus haut, le régime et les viandes dont se servent aujourd'hui les hommes en santé, n'auraient pas été trouvés, si les mêmes choses dont les chevaux, les bœufs et tous les autres animaux se nourrissent, leur avaient été suffisantes, comme l'herbe, le foin, les fruits et autres productions de la terre. Tous les animaux qui en sont fort bien nourris, vivent sains et dispos, sans avoir besoin d'autre nourriture. Les hommes s'en nourrirent d'abord, comme les bêtes : et les aliments préparés dont ils se servent aujourd'hui n'ont été inventés dans la suite du temps, que parce que cette première nourriture, qui était simple, trop indigeste, leur causait de grands maux; de même qu'elle en causerait aujourd'hui : car il ne faut pas douter qu'elle ne donnât des douleurs violentes, de cruelles maladies et même la mort. Il est vrai que l'habitude la rendait alors moins dangereuse et plus supportable, mais elle ne laissait pas d'être fort nuisible. Ceux qui n'avaient pas l'estomac assez fort pour la surmonter, mouraient bientôt ; et ceux qui étaient plus robustes, résistaient plus longtemps : comme nous voyons tous les jours que les uns surmontent aisément les aliments forts ; d'autres, au contraire, avec beaucoup de peine et de travail. Voilà comment la nécessité a obligé les hommes à chercher un régime convenable à leur nature, et leur a fait trouver celui dont nous nous servons aujourd'hui. Après avoir donc battu et lavé le froment, l'avoir bien purgé, l'avoir fait moudre et tamiser, ils l'ont pétri, l'ont fait cuire, et en on fait du pain. De l'orge, ils en ont composé des gâteaux, la faisant bouillir et rôtir avec différentes choses. Ils ont fait le mélange des aliments les plus forts avec les plus faibles, afin de les accommoder et de les proportionner à la nature et aux forces de l'homme ; dans la pensée que tout ce que l'on mange de trop fort, et que la nature ne peut surmonter, cause des douleuis, des maladies et la mort même : tandis qu'au contraire, ce qu'elle peut surmonter fait la bonne nourriture, procure l'accroissement et la santé (1).
(1) Ac milii quidem maxime videtur, qui de bac ai-te disserere iustiluit, quœ plebeiis nota sunt dicei-e debere, cum de nullo alio vel quîerere, vel dicere conveniat, quam de morbis, quibus ii ipsi teutantur. Cum igitur rudes sint, neque morbos quibus œgrotant nosse, neque quomodo oriantur, aut desinant, neque quas ob causas increscant, aut minuantur, iis est facile; ab alio vero invemos et expositos, proclive, cum nil aliud quisque recordetur, quam quEe sibi contigisse audit. Quod si quis popularium sententiam non assequitur, nec se audientibus conciliât, is quod vere existit non assequelur, et neque propterea uUa proposita materia indiget.
Principio sane neque inventa fuisset, neque investigata ars medica, neque enim ea œgrotis opus esset, si eadem victus ratio iis offerretur, qua qui valent, utuntur, quin etiam alia victus ratio contulisset, nisi essent istis alia meliora.
At nunc necessitate homines coacti, artem medicam iuvenerunt et investigarunt, quod œgrotis oblata bene valentium victus ratio nibil contulerit, ut ne nunc quidem confert. Ad hsec superioribus eimidem seculis, neminem istam bene valentium victus rationem et alimoniam, qua nunc utuntur, inventurum fuisse, existimo, si idem cibus et potus homini, bovi et equo, et cœteris prœter hominem animantibus satis fuisset, ea nempe, quœ ex terra oriuntur , fhictus, herbae et fœnum, quibus nutriuntur et augentur, et sana degunt, nullo alio victu indigentia. Quanquam equidem initio hominem eodom alimente usum esse existimo.
At cibaria, quibus nunc utuntur, non nisi arte inventa ei excogilata, longoque temporis intervallo in usum deducta mihi videntur, cum nimirum ex robuste et firme victu, iutemperatis et nimium va-
Hippocrate touche ici un point délicat : celui de la médecine populaire. C'est plutôt l'hygiène populaire qu'il entend, ainsi que le prouvent les développements dans lesquels il entre concernant le régime primitif de riiomme. Il est évident que le régime est déterminé par l'organisation même : ainsi les animaux sont frugivores, herbivores, carnivores, de par leur appareil digestif. Il en est de même pour l'homme, qui est omnivore, n'aj'ant, ni le vaste estomac des ruminants, ni le canal court des carnivores. Sa denture est également mixte. Par son intelligence, il sait préparer ses aliments, afin de les rendre plus digestibles et plus agréables; de sorte que seul il a une cuisine. Ne méprisons donc pas le plus noble de nos attributs. Brillat-Savai'in était grand physiologiste parce qu'il était bon cuisinier. S'il ne mettait pas la main à la sauce, il la goîïtait.
Les hommes antédiluviens (on sait aujourd'hui de science certaine qu'il ont existé) se nourrissaient de la moelle des os des grands animaux. C'était une nourriture délicate et substantielle qui leur permettait de lutter contre les causes de destruction qui les entouraient. Ils n'ont pas disparu dans le cataclysme général, car leur industrie leur a permis de se réfugier sur les points émergés, emportant avec eux tout ce qui était nécessaire à leur existence.
Après le déluge, la race humaine s'est disséminée sur la sui'face du globe habitable, par suite de l'esprit d'indépendance servi par l'intelligence. Aussi, c'est dans les régions polaires qu'elle déploie le plus d'industrie pour se soustraire au froid et pourvoir à sa nourriture. L'idée de gagner des climats plus cléments ne leur vient point, parce qu'ils ont un bien-être relatif et que : Ubi bene ibi patria. C'est dans les pays civilisés que l'homme rencontre le plus d'obstacles à cause de la
lentibus ingestis cibariis, in multos et graves morbos homiiies inciderent, in quos etiam hoc tempore, si iisdem uterentur, iucurrerent, ex quibus gravibus dolonbus et morbis correpti, brevi vitam cum morte coramutarent. Etsi vero est simile, his malis minus conflictatos fuisse propter consuetudinem, quamvis tune quidem graviter laborarint, et plurimos quidem irabecilliore natura ]ir;cditos, interiisse, eos vero qui viribus prœstarent, diutius, extitisse, non sccus ac lioc tempore quidam ex valentibus cibariis facile, alii non nisi cum multis doloribus et molestiis vindicantur. Eaque sane necessitate milii adducti illi videntur consentaneum naturœ alimentum investigasse, et id quo nunc utimur invenisse. Triticum igitur macérantes, et omuino piusentes, molis frangentes, cribantes, subigentes, et assantes, panom confecerunt. Ex hordeo vero mazam, et phiriraa alia magna circa eam adhibita opéra coxerunt, assarunt, niiscuerunt, valcnliaque et intemperata cum imbecillibus tempérantes, omnia pro bominis natura et viribus comjjosuere, rati cibos valentiores ingeslos, quod a natura superari non posseut, dolores, morbos, et mortem afferre, eos vero, qui a natura superarentur, alimentum, incrementum et sauitatem pra;stare. Huic autem invento, quoduam justius aut convenientius ijuam medicinœ nomen iraponi queat ? ([iiandoquidcin ad hominis sanitatem, nutritionem et salutem invenlum esl, quod in illius victus rationis vicem succederet, ex qua dolores et morbi nascuutur.
civilisation même. Les moins malheureux sont ceux qui ont le moins de besoins ; aussi ne faudrait-il pas plaindre l'homme du peuple si (par sa faute ou autrement) il n'était soumis à tant de privations. A la honte de notre société moderne, il faut dire que c'est elle qui compte le plus de victimes. Ce n'est pas que les causes de destruction ne fussent autrefois plus grandes qu'aujourd'hui, mais c'était le trop-plein de ce tonneau qui, maintenant, menace d'éclater à force d'être bondé.
La médecine proprement dite a pris pareillement son origine dans (examen des effets des divers régimes, quand les hommes sont malades. — Examinons maintenant comment cet art, que tout le monde appelle médecine, qui a été inventé pour le soulagement des malades, comment, dis-je, il a mérité ce nom; comment il y a des artistes; comment il j en a de meilleurs les uns que les autres, et comment il s'est formé. Je crois fermement, ainsi que je l'ai déjà dit, que personne ne se serait avisé de le chercher, si les mêmes viandes et le même régime eussent été propres aux malades et aux sains. Nous voyons encore chez les nations qui n'ont point l'usage de la médecine, chez tous les barbares, et même chez les peuples de Grèce leurs voisins, qu'ils suivent durant la maladie le même régime que dans l'état de santé. Ils rapportent tout au plaisir du moment; ils ne s'abstiennent point de ce qu'ils désirent. Mais chez ceux où l'on a cherché et trouvé la médecine, il paraît que l'on a suivi les mêmes pensées, et qu'on a eu les mêmes vues que celles dont j'ai déjà parlé. Ou a commencé à retrancher des viandes, et à en donner beaucoup moins aux malades qu'aux gens sains. Voyant que cette diminution réussissait et faisait du bien à quelques-uns, mais qu'elle ne suffisait pas à d'autres qui étaient trop malades et trop faibles pour digérer même cette petite quantité, on a cru que ces derniers devaient avoir besoin d'une espèce d'aliments plus faibles. On a donc inventé la nourriture détrempée, ce que nous appelons sorhitions, en mêlant un peu d'aliments forts avec beaucoup d'eau, et en leur faisant perdre de leur force par ce mélange et par la manière de les faire cuire. Quand il s'est trouvé des malades qui n'ont pas même pu supporter cette nourriture, on l'a supprimée, et l'on en est venu à la nourriture liquide, aux simples boissons, dont on a réglé l'usage, la qualité, la quantité, afin de ne les donner ni trop souvent, ni trop fortes, ni trop légères. On voit, chez les malades à qui les sorbitions sont nuisibles au lieu de leur être bonnes, que le mal et la fièvre croissent toutes les fois qu'ils en prennent. Il parait manifestement qu'elles donnent des forces et de la vigueur à la maladie, non au malade qui en est aff"aibli et exténué. Tous ceux qui, dans cet état, prendront des aliments solides, des gâteaux d'orge ou du pain, seront, quoiqu'ils n'en mangent que très-peu, plus malades encore que s'ils avalaient des sorbitions : et cela ne vient que de la trop grande force de cette nourriture pour leur faiblesse. Il en est de même de ceux qui ne doivent avaler que des sorbitions. S'ils mangent beaucoup, ils en seront fort malades; s'ils mangent peu, ils le seront moins, mais ils le seront. Tous ces effets se réduisent à ceci : que la trop grande force des aliments nuit évidemment dans les maladies, comme dans l'état de santé. Quelle différence peut-on donc mettre entre la découverte de l'homme, qui a trouvé le régime convenable aux malades, qui pratique ce que tout le monde appelle la méde-
cine, qu'on reconnaît généralement pour médecin : et entre l'invention de l'homme, qui, dans les premiers temps, changea l'ancienne nourriture sauvage et agreste en la manière de vivre que tous les hommes suivent aujourd'hui. Pour moi, je pense que c'est la suite d'une même méthode, et une même invention. Le premier a supprimé généralement une nourriture trop forte et trop sauvage, que la nacure humaine ne pouvait pas surmonter dans un état de santé. Le dernier a interdit ensuite des aliments, qu'il a vus être trop forts dans certains cas, et dans des circonstances particulières. Il n'y a d'autre différence, à mon gré, sinon que le champ de ce dernier étant plus varié et plus étendu, demandait par conséquent plus de méditation et plus d'expérience; mais la première invention est la mère de la dernière (1).
Hippocrate s'attache ici spécialement au régime; et il a raison, quant à son époque, où la matière médicale était à peu près nulle. Mais ce ne serait plus vrai, aujourd'hui que la science nous a donné les moyens de couper court à la maladie. Les médicaments sont à l'homme malade ce
(1) Medicinam igitur, quam omnes aegrorum causa inventum esse fatentur, in considerationcni adhibeamus, num et nomen et artifices habeat, ipsisque superior esse velit, et uudenam origiuem traxerit. Ac mea quidem opinioue (quod supra dixi) nemo ad mediciuam investigandam animum applicaturus fuisset, si eadem victus ratio et ;egris et sanis accoramodata esset. Quare etiam ad hune usque diem barbari et grœcis flnitimi, apud quos uullus est medicinje locus, eadem victus ratione, qua sani ad voluptatem utuutur, ueque eo, quod expetuut, abstinent, neque sibe tempérant.
At vero qui medicinam perscrutaudo inveuere, eamdera, quam qui a me superiore oratione dicti sunt, sontentiam secuti, primum quidem (ut sentio) de suis cibis copiam detraxeruut, deiade pro multis paucos sumserunt. Quod cum œgrotautibus quibusdam satis esset, palamque (irodesse non tamen omnibus coustaret, verum quod erant quidam ita affecti, ut ne paucos quidem cibos conficere possenf, quibus sane imbecilliore quodam cibo opus esset, sorbitiones invenerunt, valentes cibos paucos multa aqua diluentes, eorumque vim temperatione et coctione detralientes. Quod, si qui neque sorbitiones superare posseut, iis etiam detractis, potioncs substituerunt, observantes, ut et usu et copia modérâtes essent, neque justo copiosiores, neque meraciores, neque pauciores exhiberentur.
Iraprimis autem auimadvertere oportet, quibus in morbis sorbitiones minime conveniunt, sed contiuuo ubi assumtœ sunt, febres ac dolores exacerbari, ex quo efflcitur, ut quod assumtum est morliura quidem foveat et augeat, corpus vero imminuat, et imbecillius reddat. At vero, qui ita alïecti cibum siccum, aut mazam, aut panem quantumvis modicum assumunt, ii decuplo magis atque manifestius lœduntur, quam si sorbitione utautur, neque aliam ob causam, quam quod cibus viribus sit valentior, quam affectus requirat, tum quod cui sorbere, ei edere minime convenit. Quo namque plura comederit, eo pejus afficietur, si vero pauca, etiam dolebit. Atque ad id sane referuntur omnes doloris causfe, quod valentissima edulia maxime et evidentissime homini, tam sauo quam œgro, sunt noxia.
Quamnam igitur aliam liabuisse mentem videtur, is, qui medicus, et omnium confessione artifei vocatur, cum victus rationem, qua œgri utuntur, invenit, aut qui ab initio omnibus mortalibus victum illum, quo nunc utimur, loco illius agrestis ac ferinœ victus rationis adinvenit et apparavit? Mihi cquidem eadem esse ratio, et une eodemque modo excogitata videtur. Hic enim ea quœ occurrerent, et a natura Immana bene valente proptor l'eritatem et incommoderatioucra superari non poterant, ille vero, quîe quivis quomodo libet affectus minime superare poterat, detraliere studuit. At quid iuter hoc et illud est discriminis ? nisi quod hoc mulliplici et vario magis genei-e constat, et plus habet uegocii, originem autem pra;buit, ([uod priiis fuit institutum.
que les aliments sont à l'homme sain, mais cela ne suffit point; la preuve, c'est que la convalescence ne commence véritablement que du jour où l'on peut nourrir le malade, jusque-là il vit d'une vie artificielle; il lui faut donc des aliments appropriés à son état, c'est-à-dire la diète proprement dite — qu'il ne faut pas confondre avec l'abstinence ou la privation de tout aliment. Comme Hippocrate le dit, il faut des aliments d'abord liquides, puis de plus en plus concentrés, jusqu'à ce qu'on puisse arriver aux aliments solides. Pour être bon médecin, il faut savoir bien l'égler le régime ; de la même manière qu'on n'est bon chirurgien qu'à la condition de bien faire les pansements.
Il est vrai que les médicaments dosimétriques ont singulièrement amélioré la situation des malades, puisque plus vite on peut nourrir les malades et plus vite on assure leur rétablissement. Avec l'allopathie, faire une maladie, était une affaire de longue durée; aujourd'hui, avec la dosimétrie, c'est l'affaire de quelques jours, souvent de quelques heures, et il n'y a pas de convalescence. Le régime n'a donc plus la même importance ; on ne laisse plus les malades s'exténuer dans la faim. C'est ce que Hippocrate fait ressortir dans le paragraphe suivant :
Vinanition ne causepas moins de maua: que la réiilétion. — Querinanition hors de propos cause autant de maux que la réplétion, on peut s'en convaincre par l'exemple de ceux qui jouissent d'une bonne santé. Les uns se trouvent fort bien de ne faire qu'un repas, ils s'en sont imposé la règle. D'autres sont forcés, pour le maintien pareillement de leur santé, d'en faire deux ; ils dinent, parce qu'ils s'en trouvent bien. Je ne parle point de ceux qui font l'un et l'autre, suivant l'occasion, ou même par débauche. Car il y a bien des gens qui peuvent indifféremment, sans en ressentir d'incommodité notable, ne faire qu'un repas, ou en faire deux, quoiqu'ils n'y soient point accoutumés. Mais il y en a qui ne sauraient s'écarter du régime qui leur est nécessaire, sans en être fort malades le jour même. Ceux qui ne dînent point, s'ils viennent à diner, se sentent d'abord lâches, pesants de corps et d'esprit; ils bâillent, ils sont assoupis et brûlent de soif. Si là-dessus ils soupent, des vents, des tranchées leur déchirent le ventre. C'est ainsi que plusieurs personnes sont tombées dans de grandes maladies pour avoir fait deux repas, tandis qu'elles étaient accoutumées à n'en faire qu'un seul ; quoiqu'elles n'eussent toutefois mangé que les mêmes viandes auxquelles elles étaient habituées. D'un autre côté, quand ceux qui ont coutume do dîner ne dînent point, à peine l'heure est-elle passée, qu'il leur survient des langueurs, des tremblements, des faiblesses ; leurs yeux deviennent pâles, les urines épaisses et échauffées, la bouche amère. Ils sentent un tiraillement aux entrailles, comme si elles allaient tomber ; ils ont des vertiges ; ils se mettent facilement en colère, et ils sont tristes et chagrins. Ils ne sont plus, lorsque l'heure du souper arrive, en état de digérer leur souper ordinaire. Les aliments se précipitant avec des borborygmes et des tranchées, leur ventre se serre. Le sommeil est mauvais,
plein d'agitation et de songes. C'est encore par là qu'ont souvent commencé de trèsgrandes maladies (1).
L'irrégularité des repas est une cause du dérangement de la santé; cependant il est bon de ne pas s'astreindre, à cet égard, à une règle trop absolue, car on peut se trouver dans telles circonstances où cette régularité n'est pas possible : par exemple, pour le voyageur et le soldat en campagne. Il est bon de se fournir d'un en-cas, c'est-à-dire quelque chose de sec, un biscuit, afin d'absorber les sucs acides de l'estomac, et un verre de vin, comme tonique.
Explication des accidents qui proviennent de l'inanition et de la réplétion. — Examinons d'où proviennent ces divers accidents. Je pense que celui qui est accoutumé à ne faire qu'un repas, n'est incommodé du diner que parce (^u'au lieu de donner à son estomac et aux autres parties le temps de jouir parfaitement de ce qu'il a mangé la veiUe, d'en faire l'assimilation, d'en séparer ce qu'il y a d'inutile, et de se reposer, il le remplit de nouvelles viandes dans le temps delà coction et de la fermentation. Ces sortes d'estomacs digèrent bien plus lentement que les autres ; ils ont besoin d'un plus grand relâche, et d'un plus long repos. Au contraire celui qui, étant accoutumé à diner, ne dine point, éprouve les accidents dont j'ai parlé, parce qu'il n'a pas donné de nourriture à son corps, dès qu'il en a eu besoin, quand la dernière était consumée, et qu'il ne restait plus rien pour le nourrir. C'est la faim qui le mine, qui le consume. J'attribue son état uniquement à la faim. Tous les hommes qui seraient deux ou trois jours sans manger, éprouveraient les mêmes accidents. Les tempéraments qui se ressentent violemment et promptement des moindres fautes, je les regarde comme plus faibles que ceux qui ne s'en ressentent point. L'état le plus prochain de cette faiblesse de tempérament, est celui de maladie. 11 y a cette différence, que la faiblesse étant ici plus grande.'la plus petite faute de régime s'y doit faire sentir plus fortement. La médecine demande donc, à
(1) Quod autem non minores affectus ex intempestiva vacuatione, quam repletione homini contingant, ex beue valentibus probe cognoscas. Quibusdara enini semel tantum cibum sumere conferl, idque quod conférât sibi constituerunt. Quidam etiam prandere ob eamdem causam, quod iis conférât, coguntur. Quod non iis contiugit, qui propter voluptatem aut alium quemvis casum, horum altei-utrum facere student. Plerisque enim nihil refert utrumlibet secuti, vel semel tantum cibum capere, vel prandere etiam assuescant. Quidam vero si quid incommode fecerint, non facile degunt, . verum eorum utriusque die altero vie nec temere cxacto, supra modum gravis oritur affectio. Si enim prausi fuerint, quibus prandere non conducit, ii continuo graves totoque corpore et mente segnes evadunt, cum oscitatione, somnolentia, multaque siti. Quod si insuper etiam cœuaverint, et flatus et termina excitantur, et venter erumpit. Ac multis magni morbi origo fuit, si cibos, quos semel absumere consueverant, bis assumsissent, nec quidquam amplius. Ad haec si quis prandere consuetus, atquecui prandere conducit, non prandeat, protinus ubi tempus prœteriit, statim gravis impotentia exoritur, tremor, et animi defectio, ad h:ec oculi pallidiores tiunt, urina crassa et calida redditur, os amarulentum evadit, visceraei pendere videntur, tenebricosa vertiginecorripilur, vehementer irascitur et mœret. Ista vero omnia coenare voient! continguut, neque cibos, quos priori cœna assumsit, qui prandere consuevit, conficere potest, sed cum torminibus et strepitu descenduut, et alvum coiicludunt, ipsi vero noctem inquietam agunt, et insomniis perturbatis ac tuuuiltuosis vexantur, quod plerisque etiam morbi initiuni exstitil.
cet égard, une très-grande exactitude. Il est sans doute extrêmement diificile de l'atteindre à un degré de justesse : mais l'art a trouvé diverses méthodes pour en approcher, qu'il faut toutes bien connaitre, et desquelles nous parlerons en son lieu. Ce n'est pas une raison de rejeter l'ancienne médecine, comme faite ou établie sur des mauvais principes, sous prétexte qu'elle n'est pas arrivée à une exactitude entièrement parfaite. On doit au contraire l'admirer, d'autant plus qu'elle a approché de cette perfection, et qu'elle a trouvé dans un temps d'ignorance la route que la raison doit suivre, pour en approcher encore davantage (1).
La faim, en tant que sensation propre à l'estomac, ne doit pas être confondue avec le besoin de la réparation matérielle du corps : la preuve, c'est qu'il y a des faims nerveuses ou fausses faims. Il y a, sous ce rapport, des règles physiologiques; ainsi le temps que l'estomac met à digérer : quatre ou cinq heures. En général, deux repas par jour suffisent : un du matin, ou le déjeuner entre dix et onze heui'es, et un du soir, de six à sept heures. Pour les malades qui ne font pas de repas complets, les intervalles doivent être plus rapprochés; de cette manière, on s'évitera les inconvénients de la digestion, puisque la première s'opère à l'époque de la journée où l'activité est la plus grande, et la seconde dans le calme de la nuit. On peut aider la digestion en prenant 3 à 4 granules de quassine et quelques gouttes d'acide chlorhydrique, dans un peu d'eau, au moment de se mettre à table.
Le matin, de très-bonne heure, il est bon de procéder au lavage du tube intestinal au moyen du Sedlitz Chanteaud. Il est vrai que cette nécessité n'existe que pour ceux qui mangent plus que de besoin, c'est-àdire qui ont une table succulente. L'ouvrier a généralement bon appétit et digère bien, parce que son régime est simple; c'est la récompense de
(1) Quse quas ob causas his accidimt, consideranda sunt. Nempe quod is opinor, qui semel tantum cibum assumere consuevit, non exspectaverit idoneum tempus, dum venter hesternos cibos plane confecerit, superaverit, emoUitus fuerit, ac conquieverit, sed in ipsum ferventem et fermentatum récentes ingesserit. At hujusmodi ventres multo tardius concoquunt, majoreque otio et quiète opus habent. Qui vero prandere consuevit, quoniam, ubi quamprimum alimento corpus indiguit, prioribus cibis consiuntis, uec habuit amplius quo frueretur, non statim ipsi novum alimentum adfnit, ideo famé imminuitur et coutabescit. Quœcunque enim ejusmodi hominibus accidunt, ad famem referenda censeo. Quinetiam lis omnibus, qui duos aut très dias sine cibo transierint, eadem contlngere dico, qu8e de his, qui minime prandent, diximus. Ac ejusmodi naturas, quae celeriter ac vehementer suorum dellctorum Incommoda percipiuut, equldem reliquis Imbecilliores esse censeo. Qui vero imbeclUus est, proxlme ad eum, qui œgrotat, accedlt, estque imbecillior, qui œgrotat, multoque gravius afficitur, si quld intempestive fecerit.
Cum autem ejusmodi exacta diligentia in arte medlca adhibenda sit, quod est certissimum, semper assequl difficile est. Muha tamen in re medlca, tam exactam dlllgentlam obtinent, de qulbus dicetur. Neque sane prlscam artem medicam, ideo quod omnium exactam dillgentiam non habeat, quasi ars nuUo sit, aut non recte investigata, rejiclendam censeo; verum cum prope ad veritatem accedere liceat, simulque eo ratiocinando pervenire, multo magls admiranda veniunt, qua; sunt ex magna gnoratlone eruta, velut probe et recte, non autem fortuite inventa.
ce qu'on serait tenté de croire une privation. Le soldat, également, n'a pas besoin du Sedlitz : le pain de munition en fait office, et sa paye est trop faible pour qu'il se permette des extra. Cependant, s'il faut dégager le canal intestinal, mieux vaut le faire avec le Sedlitz qu'avec des purgatifs. Nous nous en sommes déjà expliqué plus haut.
Préliminaires. — Bien des gens s'exercent à décrier les arts; ce n'est pas, à mon avis, qu'ils espèrent les détruire ; leur intention n'est que de montrer de l'esprit. Mais le vrai but d'un bon esprit, c'est ou de trouver des choses nouvelles qui soient utiles au public, ou do perfectionner celles qu'on a déjà inventées. Car, de prétendre flétrir par de vains discours le travail des autres sans les redresser, et seulement pour diminuer auprès des ignorants le mérite des découvertes ; c'est moins la marque d'un bon esprit, qu'une preuve d'ignorance et de mauvais naturel.
Comme les ignorants et les méchants sont naturellement remplis d'envie, ceux de cette classe peuvent bien mettre leur malice à tâcher de faire tomber ce qui est bon, et à tourner en ridicule ce qui a des défauts ; mais ils n'accompliront pas leur dessein. Que chacun soutienne son art suivant ses forces, contre des agresseurs insolents et téméraires ; je veux ici défendre la médecine de ses injustes calomniateurs. S'il y a dans ce dessein de la hardiesse, en considérant le caractère de ceux que j'attaque, l'art que je défends rendra mon entreprise aisée. Les principes sur lesquels il est établi me fourniront des moyens suffisants (1).
(1) NonnuUi turpiter iusectandis artibus artificium suum coUocant, neque id, quod facere se credunt, meo quidem judicio, obtinent, sed sure .scientiîe ostentatioDcm faciunt.
At eorum aliquid, qua; nondum inventa sunt, invenire, quodque nn'enisse, quam non invenisse prsestiterit, similiterque imperfecta ad finem deducere, id mihi videtur illius esse munus, qui intelligens existimari expetit. Qui vero ea, quse ab aliis sunt inventa, inhonestorum verborum artificio contaminare contendit, neque quicquam corrigit, sed a peritis inventa apud imperitos traducit, is sane prudentiîe existimatiouera tueri velle non videtur, sed potius naturam suam, aut ignorationem malitiose prodere. Solis enira artium ignaris hoc opus competit, qui ambitiosius quidera contendunt, neque taraen improbitate sua ullo modo prœstare possunt, utaliorum opéra vel recta calumnientur, vel non recta reprehendant. Eos igitur, qui in alias artes hoc modo iuvadunt, cocrccanl, si possint quibus h:ec cura est, quorumque id interest.
Haec autem nostra oratio adversus eos, iustituitur, qui hoc pacte artem medicam quaestus gratia
Ne dirait-on pas ce paragraphe écrit par prévision de la dosimétrie? Ce n'est pas, en effet, que ses adversaires espèrent la détruire ; ils savent qu'elle est dans le vrai et dans la nécessité des choses ; et si leur intention a été de montrer de l'esprit, ils se trompent, car le public sait à quoi s'en tenir à leur sujet. Ce n'est pas^par des calomnies qu'on lui donne le change ; il sait distinguer le vrai du faux; seulement, tant que la dosimétrie n'aura pas été acceptée par tous les médecins, il y aura des allopathes haut placés qui exerceront un pouvoir despotique, tant sur les malades que sur les médecins, sous prétexte qu'il s'agit d'une méthode pour laquelle l'expérience n'est pas faite.
Ils chercheront à faire tomber ce qui est bon et à tourner en ridicule ce qui a ses défauts, car rien n'est parfait ici-bas. Mais ils n accompliront pas leur dessein. Que chaque médecin dosimètre soutienne sa conviction, suivant ses forces, contre des agresseurs insolents et téméraires, et il les verra rentrer sous terre, ou plutôt dire comme la chauve-souris de la fable :
Je suis souris ; vivent les rats !
Premier raisonnement pour prouver que la médecine existe. — On peut assurer d'abord qu'il n'y a point d'art d'une chose qui n'existe pas, car il est absurde qu'une chose soit de quelque manière, à moins qu'elle n'existe ; en effet, qui est-ce qui peut concevoir la manière d'être d'une chose qui n'est point : et, s'il est impossible de voir ce qui n'est pas comme on voit ce qui est, quel moyen peut-on avoir de le connaître? et comment serait-il possible d'assurer de ce qui n'est pas, qu'il est bon ou mauvais? Si cela était possible, je ne vois pas comment on pourrait distinguer les choses qui ne sont point d'avec celles qui sont, que l'on voit de ses yeux ou que l'on connaît par l'esprit. Les choses qui sont peuvent toujours s'apercevoir, et c'est par là que l'on connaît leur existence. Les arts qui sont, se connaissent en ce qu'on les voit, et il n'y en a pas un seul qui ne soit vu par quelque espèce : ce sont même, je crois, les espèces qui leur ont donné le nom. Il serait ridicule de penser que les espèces naissent des noms; cela est impossible. Les noms sont des êtres de convention ; au lieu que les espèces sont de vraies productions. Si l'on n'entend pas ceci sufSsamment, il faut qu'on ait recours à d'autres traités.
Quant à la médecine qui fait le sujet de celui-ci, je prétends démontrer qu'elle est, et ce qu'elle est. Je commencerai par la définir ainsi que je la conçois (1).
insectantur, animos quidem attollens, propter eos quos reprehendit, abundans vero, propter artem, cui opem fei-t, poteus quoque ob sapieutiam, qua est exculta.
(1) Ac sane omuino nulla mihi esse ars videtur, quae nou exsistat. Absurdum enim est, quod non sit, esse putare. Quandoquidem eorum, quae non exsistunt, quamnam quis essentiam intueri (jueat et enunciare quod sint I Si enim, quee minime exsistunt, velut ea, quae exsistunt, videre licet, haud scio, quauam quis ratione ea quœ nou sunt auimo complecti queat, non secus ac ea, quse sunt, qua; quidem quod sint, et oculis intueri, et mente compreliendere licet. Neque istud aliter contiugere
Le syllogisme d'Hippocrate tend à établir que si la médecine n'est pas un art manuel, elle n'en est pas moins constante dans ses etfets et même supérieure à lui. Le chirurgien api'ès avoir pratiqué une opération a besoin de la médecine pour sauver son malade de la fièvre ; c'est faute de le faire qu'il perd ses opérés. Il est vrai qu'il se retranche derrière les causes occultes.
Définition. — La médecine est un art qui guérit les malades ou qui apaise leurs douleurs, et qui n'entreprend point ceux que le mal a mis dans un état incurable ; car ce qui est sans remède, la médecine sait ne pas tenter de le guérir. Je vais employer ce discours à prouver qu'elle fait ce qu'elle promet, et qu'elle est toujours capable de le faire. Je réfuterai en même temps les raisons de ceux qui attaquent cet art par les endroits où chacun le croit le plus faible (1).
Ce paragraphe s'applique aux guérisseurs qui fout de leur art métier et s'attaquent aux maladies inguérissables. Faire croire, ou du moins proclamer par la voie des journaux, qu'on guérit la phthisie ou le cancer confirmés, est le fait d'un charlatan. Le vrai médecin est celui qui gémit de son impuissance, mais se ne la fait point payer à beaux deniers comptants. Ceci va également à l'adresse de certains chirurgiens qui entreprennent des opérations qu'ils savent ne pouvoir réussir. Loin de nous cependant de vouloir tixer des limites au pouvoir de l'art; il y a des cas heureux, comme des cas malheureux. L'important est que le médecin ait la conviction que ce qu'il entreprend peut réussir, mais surtout qu'il ne néglige aucun moyen pour arriver à ce but. Ce qui fait que quelques médecins repoussent la dosimétrie, c'est qu'ils croient qu'avec elle leur responsabilité n'est pas assez couverte, tandis qu'en traitant secundiim artem, arrive que pourra ! Mais l'art en médecine, qui n'est que l'application des moyens de la science, varie d'après les époques. Il est certain que des malades qu'on abandonne au cours de la maladie, beaucoup périssent — nous en avons donné de nombreuses preuves plus haut, empruntées à Hippocrate lui-même.
potest, secl ea quîe sunt perpetuo ceruuutur et cognoscuntur ; quse vero non sunt, neque cernuntur, neque cognoscuntur.
Demonstratarum igitur artium formœ cognoscuntur, neiiiie ulla est, quœ non ex forma quadam cernatur. Et sane arbitrer, eas pcr formas nomiua accepisse. Prœter enim ratiouem est, existimare an nominibus formas productas esse, neque id fieri potest. Nomina naraque lege quadam naturae sunt sancita. Forrate vero, non sancita, sed veluti qu;cdani naturje sunt progermina. Ac ista quidem, si quis ex lis, quie ante dicta sunt, non satis inlelligit, in aliis commentationibus ajiortius docebuntur.
(1) Medicinœ igitur (circa quam pr;esens versatur oratio) demonstrationem insiitnam, ac primum mea quidem opinione definiam, medicinam esse, quœ sane in totum a morbis œgros vindicet, morbornmque vehemenliam obtundat, neque iis, ipii a nmrbo vicli sunt. mauuni admoveal, cnni, id medicinam pr;estare non posse, probe constet.
L'introduction des alcaloïdes dans la thérapeutique a complètement transformé cette dernière.
Première objection. Bien des malades guérissent sans médecin. — Qui en cloute? n'est-il pas très-possible que, sans avoir appelé de médecin, ils soient tombés entre les bras de la médecine. Ce n'est pas qu'ils aient connu ce que la médecine approuve' ni ce qu'elle rejette ; mais c'est qu'ils ont réussi à faire les mêmes remèdes qui leur auraient été ordonnés par de bons médecins s'ils en avaient appelé; et c'est une grande preuve de l'art et de son pouvoir, que ceux-là mêmes qui n'y croient pas ne laissent pas de devoir leur salut à ses règles. Car il faut de toute nécessité que ces malades qui ont recouvré leur santé sans médecin conviennent qu'ils se sont guéris en faisant certaines choses, ou en ne faisant rien. En effet, ils se sont sauvés en mangeant beaucoup, ou en ne mangeant point ; en buvant, ou en s'abstenant de boire ; en se baignant, ou ne se baignant pas ; par le travail ou par le repos, par les veilles ou par le sommeil, ou par le mélange de ces différentes choses. Et puisqu'ils ont été soulagés, il faut de toute nécessité qu'ils reconnaissent qu'il y a quelque chose par laquelle ce soulagement a été opéré. Comme aussi, si le mal s'est empiré, il y a nécessairement quelque chose qui a produit l'état pire. Il y en aura peu, à la vérité, qui soient en état de discerner quelle a été précisément la chose salutaire, la nuisible. Mais le malade qui pourra faire ce discernement et louer ou blâmer avec justice le régime qu'il aura suivi, trouvera aussi que celui qui l'a sauvé est une partie de la médecine. Les fautes mêmes qu'il aura faites ne sont pas des preuves moins éclatantes de l'existence de la médecine; car ce qui lui a fait du bien ne lui a été bon qu'à cause qu'il s'en est servi à propos, comme ce qui lui a fait du mal ne lui a été mauvais que par les raisons contraires. Or partout où le bon et le mauvais ont certains modes, comment se peut-il qu'il n'y ait point d'art ? Pour moi, je pense qu'il ne peut point y avoir d'art là seulement où il n'y a ni bien ni mal ; mais que dans tout ce, où l'un et l'autre peut se trouver, il faut nécessairement un art, loin d'assurer qu'il n'y en a point (1).
Ce que dit ici Hippocrate va à l'encontre de ceux qui prétendent que ce n'est pas l'art qui guérit, mais le hasard. Et remarquons que ce sont des esprits sérieux qui l'ont prétendu : « Depuis longtemps — dit le vénérable Hufeland — j'ai acquis la conviction que de tous les malades
(1) Atque hoc sane loco objiciet nobis adversarius, multos jam œgros etiam citra metlici opem sanitati restitutos, quod equidem non diffiteor. Ac fleri mihi posse videtur, ut qui medicum non adhibent, Us ex arte medica féliciter succédât, neque tamn iutelligant, rectumne quid in ea, an pravum insit, sed quod per se curatis, eadem, quse, si medicis adhibitis curati fuissent, contigerunt.
Quod ipsum sane magnum est artis exsistentis argumentum, et quod inter praeclaras halienda sit, quando qui ne eam quidem esse existimant, ejus ope servati conspiciuntur. Qui enim etiara non adhibitis medicis ex morbis convaluerunt, ut intelligant omnino necesse est, se quod ahquid vel fecerint, vel non fecerint, idcirco sanitatem esse consecutos. Aut enim inediam, aut copiosiorem cibum et potum, aut sitim, aut balnea, aut eorum ahstinentiani, aut labores, aut quietem, aut somnum, aut vigiliam, aut eoi-um omnium promiscuum usum adhibentes, sanitatem conseculi sunt. Quos ex eo
guéris, le plus grand nombre ont recouvré la santé sans l'assistance du médecin et le plus petit nombre avec laide de ce dernier. « [Journal de méd.) Il est évident que cela provenait de l'insuffisance de la matière médicale, dont l'illustre Bichat a dit : « Incohérent assemblage d'opinions elles-mêmes incohérentes, elle est peut-être de toutes les sciences physiologiques, celle où se peignent le mieux les travers de l'esprit humain ; que dis-je, ce n'est point une science ; pour uti esprit méthodique, c'est un ensemble informe d'idées inexactes, d'observations souvent puériles, de formules aussi bizarrement conçues que fastidieusement assemblées. »> [Anat. générale.) Et le professeur Barbier, auteur d'un traité de matière médicale, qui a été classique jusqu'au compendium de Gubler, a encore renchéri sur cette accusation de l'illustre créateur de l'anatomie générale, en disant : « La ' matière médicale est encore une collection de conclusions trompeuses, d'annonces décevantes plutôt qu'une véritable science. « (T. I, p. 184.)
Cette science a-t-elle subi une réforme depuis ? Hélas! non, puisque le professeur Forget, dans ses Principes de thérapeutique générale et spéciale, publiés en 1860, dit : « En associant une foule de substances, le praticien espère qu'une d'entre elles au moins atteindra le but : c'est ce que j'appelle familièrement une décharge à mitraille, dont quelques éclats pourront par hasard frapper l'ennemi. " Mais s'ils frappent le malade !
Au reste, le bon sens populaire, par la bouche de Montaigne, avait déjà fait justice de cette sorte de thé de Madame Gibou : « De tout cet amas, ayant fait une mixtion de breuviage, n'est-ce pas quelque resverie de croire que ces vertus s'aillent divisant et triant de cette confusion et meslange pour courir à charges si diverses? Je craindrois infiniment qu'elles perdissent ou échangeassent leurs quartiers. Et qui pourroit s'imaginer qu'en cette confusion liquide ces facultés ne se corrompent, confondent et s'altèrent l'une l'autre? » [Essais.)
Continuons nos citations, la chose en vaut bien la peine, puisqu'il y va de la santé de nos semblables et de la nôtre.
ipso, quod utilitatem senserunt, quiduam sit, quod juvet agnoscere, omnino necesse est, et si qua in re lœsi sunt, tum eos Ijesos esse, tum quidnam sit quod lœsit.
Neque enim, quae utilitate et noxa distincta sunt, est cujusvis cognoscere. Qui igitur aegrotavit, si eam victus rationem, per quain sanitatera adeptus est, laudare vel vituperare noverit, ea omnia ad artem medicam pertinere comperiet. Neque vero minus, qu;e offenderunt, quam quœ profuerunt, artera esse, comprobant. Siquidem haec quod recto adhibita fuerint, profuerunt, illa vero ob incommodum eorum usum nocuerunt. Quanquam ul)i rectum et pravum suis finibus circumscribitur, quis hoc artem esse non existimet? Neque enim artis nomine istud donandum existimo, in que neque rectum, neque pravum inest. At ubi utruraque adfuerit, quis non hoc ex arte potius, quam sine arte effici fateatur?
« Lorsqu'il nous est si difficile — dit le professeur Rostan — d'apprécier l'effet d'une substance sur l'organisme, comment pouvez-vous penser agir avec certitude lorsque vous en prescrivez un grand nombre et surtout si vous les employez simultanément. »
Remarquons que ce n'est pas tant le nombre des substances employées, mais la manière dont on les emploie. Ainsi avec les médicaments composés, il y a incertitude complète quant à leur action. L'opium, par exemple, excite alors qu'il devrait calmer ; ce qui a fait dire à Hufeland que c'est une arme à deux tranchants. Aussi, que de précautions n'exige pas son administration ! C'est que l'opium renferme des principes calmants et des principes convulsivants. Ainsi s'explique pourquoi de petits enfants auxquels on donne du sirop diacode pour les endormir, sont souvent pris de convulsions redoutables. Il en est de même de la plupart des plantes vireuses : la belladone, la jusquiame, la digitale. Voilà pourquoi tant de médecins allopathes se sont fait expectants ou prescrivent pour la forme. La médecine est devenue une sorte de nurserie de maladies dont le domaine est allé en grandissant. « La médecine actuelle — a dit le docteur Amédée Latour — a dévié de ses voies naturelles ; elle a perdu de \'ue son noble but, celui de soulager ou de guérir; la thérapeutique est rejetée sur le dernier plan. Sans thérapeutique cependant, le médecin n'est plus qu'un inutile naturaliste, passant sa vie à reconnaîti'e, à classer, à dessiner les maladies de l'homme. C'est la thérapeutique qui élève et ennoblit notre art; par elle seule il a un but, et j'ajoute que par elle seule cet art peut devenir une science. » {Union médicale.)
Dans le même sens, le docteur Gallavardin, de Lyon, a dit : « On l'a constaté, les médecins nosographes, anatomistes, expectants, ne s'occupant nullement de traiter les malades, en sont venus à étudier, chacun à des points de vue différents, les phénomènes du corps vivant, comme ils étudieraient les phénomènes géologiques ou astronomiques : avec curiosité et indifférence. Ce ne sont plus des médecins, mais des naturalistes, des membres de l'Académie des curieux de la nature, qui commettent ici le sophisme de prendre l'objet de la médecine pour le but même de cette science. »
Et le même auteur ajoute, afin de donner du corps à ses accusations : « Quant au système de Broussais, il a eu un singulier avantage, celui de faciliter les études des anatomistes en leur donnant l'occasion de faire un très-grand nombre d'autopsies. "
Voilà pourquoi il y a des médecins sceptiques qui ne croient pas à leur art. Ces derniers auraient dû accepter la dosimétrie des deux mains, mais ils se sont tellement enfoncés dans le rien-faire que, par crainte de
nuire à leurs malades, ils les laissent mourir. Il est vrai que l'allopathie leur a fait la partie belle.
C'est ainsi, également, que nous avons vu surgir la secte des homœopathes, qui ont la prétention de guérir avec des mythes — histoire des augures, à Rome, qui ne pouvaient se rencontrer sans rire. — Encore prétendent-ils avoir les faits pour eux. C'est le post hoc ergo propler hoc. Qu'ils commencent par prouver la réalité des remèdes qu'ils prescrivent avec tant d'aplomb, ne se doutant pas que les pharmaciens qui les exécutent (leurs remèdes), sont les premiers à se moquer d'eux. Leurs solutions infinitésimales, ils vont les puiser tout bonnement à la pompe
Continuation de la réponse à t objection prise de ce que plusieurs malades guérissent sans médecin. — J'avoue que si la médecine et les médecins n'opéraient la guérison des malades que par des remèdes purgatifs ou par des astringents, ma réponse pour le malade qui s'est guéri lui-même serait faible; mais l'on voit des médecins des plus habiles guérir des malades par le régime, comme par toute autre sorte de remèdes. Or, à moins de vouloir passer pour insensé, plus encore que pour ignorant, on ne peut pas disconvenir que l'emploi que la médecine fait du régime, ne soit un effet de l'art. Comme il n'y a l'ien d'inutile dans la médecine, ni dans les bons médecins, et que l'on voit des espèces de remèdes et de guérison dans la plupart des cas où la nature opère, aussi bien dans ceux qui sont l'effet de l'industrie des hommes, ceux qui ont été guéris sans médecins ne peuvent plus attribuer leur guérison au hasard avec quelque fondement (1).
Hippocrate fait ici leur procès aux médecins allopathes de son temps qui ne voyaient d'autres moyens de guérir leurs malades que des purgatifs ou des astringents. Pour lui, la diététique, sagement conduite, est un art, car rien de plus difficile que de bien régler le régime des malades. Ainsi que nous l'avons vu plus haut, il n'était pas partisan de la diète absolue, comme nos modernes diététistes ; il y voyait, au contraire, de graves inconvénients. Mais il n'en est pas moins vrai que le régime seul
(1) At hœc certe si in re medica, aut apud medicos, curatio ex purgantibus aut sistentibus medicameutis taiilum constaret, pai'um efficax nostra esset oratio. Nunc vero qui iuter medicos luaicime celebranlur, et viotus ratione, et aliis etiam modis curatioues faciunt, quas non medicus modo, sed ne plebeius quidem omnino rudis, ex arte profecta esse, negare audeat.
Quando igitur nihil, ncque in bonis medicis, neque in arte medica est inutile, sed in iis, quœ nascuutur aut parautur quamplurimis, insunt quasdam curationum et medicamentorum species, non est cei-te, quod quis eoruni, (|ui citra medici operam curati sunt, ad id (|uod temere fit, liiijus causam re vera relerre debeat. Quod enim temere tiat, niliil prorsus esse constat. Siquidem (piiccpiid lit, propter aliquid fieri deprelienditur, et ad aiitjuid rel'ertur. At quod temere fit, nullo modo subsistere videtur, sed nomen tautum inane esse. Ars autem medica ex liis esse cernitur, iiuœ ob aliquam causam providentia quadam suut instituta, prœtereaque etiam subsistere conspicietur. Atque ad eos, qui fortuuœ sanitatem acceptam ferunl. Arti vero eam denegant, liujusmodi oralione quis uti possit.
ne suffit point pour combattre les malades ; il faut la thérapeutique, sous peine de faire de la médecine une « stérile histoire naturelle « .
Prenons comme exemple 1 erésipèle de la face : sans doute il peut se dissiper de lui-même, mais il peut également se jeter sur les méninges. Combien n'est-il pas plus sûr et plus facile de donner quelques granules de vératrine, qui rafraîchiront la peau et feront tomber la fièvre? La preuve que 1 erésipèle n'est pas inoffensif, c'est que beaucoup de malades en meurent et que, dans les hôpitaux, il force quelquefois de surseoir à toute opération pouvant être remise. Sait-on où l'érésipèle se bornera? Ne peut-il devenir adynamique, ataxique? Et, en tout état de choses, ne témoigne-t-il pas d'une âcreté du sang, au point que ses parties se cou-^Tent de phlyctènes, comme si on y avait versé de l'eau bouillante? A ces questions, nos adversaires n'oseraient répondre par la négative ; seulement, ils se prévalent d'une sorte de fatalisme : « Ce devait arriver ! » Mais, dans toutes les choses humaines, la sagesse consiste à pi-évoir.
Seconde objection consistant en ce quil meurt un grand nombre de malades soignés par les médecins. — Quant à ceux qui allèguent contre la médecine tant de malades qui sont morts entre ses bras, j'admire quelle raison si évidente ils peuvent avoir pour s'en prendre plutôt à l'ignorance des médecins qu'à l'indocilité des malades, comme s'il était seulement possible que le médecin ordonnât ce qu'il ne faut point, et qu'il fût impossible que le malade fit quelque faute contre ses ordonnances. On est plus fondé à croire que le malade a pu ne pas exécuter l'ordre du médecin, qu'à dire que le médecin a ordonné ce qu'il ne fallait pas au malade. En effet lorsqu'un véritable médecin entreprend un malade, il est sain et de corps et d'esprit ; il est capable de raisonner sur l'état présent de la maladie, de le comparer avec ce qu'il a vu de semblable, ou d'approchant, dans des cas où il a guéri des malades de leur propre aveu ; au lieu que le malade ne sait ni quel est son mal, ni ce qui l'a causé. Il ignore ce que sa maladie peut devenir, et ce qui est arrivé en de semblables rencontres. Il reçoit des ordonnances, tourmenté du présent, effrayé de l'avenir. Il est plein de son mal et vide de nourriture. Il cherche bien plus ce qui le flatte, que ce qui peut le guérir; ce n'est pas qu'il veuille mourir, mais il a de l'aversion pour le remède. En cet état, lequel est plus vraisemblable? ou que le malade obéit comme il faut au médecin, sans faire autre chose que ce qui lui est ordonné; ou que le médecin, qui a les qualités dont j'ai parlé, lui ordonne ce qu'il ne faut pas? N'y a-t-il pas plus apparence que le médecin ordonne bien, et que le malade, quelquefois à la vérité hors d'état d'obéir, n'obéit pas et meurt pour n'avoir pas fait ce qui lui a été ordonné. Mais ceux qui jugent mal des choses, accusent de sa mort celui qui en est innocent, et en déchargent celui qui en est souvent coupable (1).
(1) At vero, qui ex morientium calamitatibus artem fuiiditus delere conantur, miror, quanam satis justa oratioue elati, ia morieutium iatemperautiam causam nou rejiciunt, sed eorum, qui medicinam exercent, prudentiam accusant, quasi raedicorura sit, quœ non conveniant prsescribere, in segrorum autem facultate non sit, aliquid contra imperata admittere.
Atqui longe magis est rationi consentaueum, tegi-os non posse imperatis obsequi, quam medicos
Il n'est pas étonnant qu'Hippocrate voyant tant de ses patients mourir, ait cherché prétexte d'accusation, non contre le médecin, mais contre le malade. Il faut en accuser plutôt l'impuissance de la médecine à son époque. Que des malades soient souvent indociles, rien de plus vrai, mais ceci ne saurait s'appliquer qu'aux malades qui ont encore toute leur connaissance — et avec les remèdes grossiers et souvent presque banals de l'allopathie, on ne saurait dire qu'ils ont tort. Mais nous ne pensons pas que ce soit le cas dans les maladies graves, où le patient, ayant perdu toute volonté, prend ce qu'on lui donne, ou ce qu'on le force à prendre, sa résistance étant vaincue. Nous ne dirons pas que sa guérison est dans la main du médecin, mais du moins celui-ci a fait ce qu'il a pu s'il est vraiment au courant de son art. Or, ce courant n'est pas le préjugé, ou une haine d'éducation, mais l'amour du progrès. Pour être juge, il n'est pas omnipotent, il doit faire ce que la raison lui commande et ce qu'il voit réussir dans d'autres mains que les siennes. Il n'est pas en droit de croire que toute sagesse est inféodée en lui et que ses confrères qui adoptent une méthode nouvelle ont moins de conscience et de science que lui.
Troisième objection pHse de ce que les médecins n entreprennent pas la cure de toutes les maladies. — Il y en d'autres qui condamnent la médecine sous prétexte que les médecins n'entreprennent pas les malades qui sont déjà vaincus par le mal. Ils disent qu'elle se décharge volontiers des maux qui se guériraient assez d'euxmêmes ; mais qu'elle ne touche pas à ceux où l'on aurait le plus besoin de son secours. S'il y avait un art de médecine, ajoutent-ils, elle guérirait les derniers comme les premiers. Ceux qui tiennent ce langage auraient plus de raison de se plaindre d'un médecin qui ne les traiterait pas de la folie, qu'ils n'en ont d'accuser la médecine comme ils le font : car celui qui demande d'un artiste ce qui n'est pas de son art, ou qui demande ce qui passe les forces de la nature, est, sans le savoir, dans un état hors de raison, plus prochain de la folie que de l'ignorance. Nous pouvons faire tout ce qui se peut opérer par les instruments de l'art et par ceux de la nature ; nous n'en avons point d'autres. Mais quand le mal est plus fort que tous
ea qu;e minime conveiii\iiit imperare. Hi enim sana mente et coi'pore, tum prœsenlia, tum ex prîeteritis, qute cum prœsentibus similiter se habeut, in consiilerationem adliibentes, ad curationera aggrediuntur, adeo ut qui curatus est, aliquando fateatur, se illorum ope a morbo liberatum. Illi vero, neque quo morbo, ueque quam ob causam laborent, neque quid ex prœsentibus eventurum sit, neque quid ex liis, qua3 suut ejusmodi, fiât, iuteiligeates, imperata lacère jubenlur, prsesenti quidem morbo afflicti, eventum vero rerum metuentes, et morbo quidem gravati, cibis vero vacui, ea quie morbo grata suiit potius eligunt, quam quœ ad sanitatem conferunt, non quod mûri desiderent, sed quod toleranter ferre morbum nequeuut.
Hos vero sic affectes utrum est vero similius, quce a medicis imperantur, quam alia, qua; nou imperantur, facere, an medicos ejusmodi, quales antea exposuimus, ca quîe minime conveniunt imperare? Nonne longe sequius est, eos quidem recte imperare, illos vero, ut par est, parère non posse, eam(iue ob causam mortem incurrere? ((uorum quidem causam, ([ui non recta ratione reputant, in eos qui culpa vacant rejiciuut, illis absolutis, qui maxime culi)£c sunt obnoxii.
336 TRAITE DK LART.
les instruments de la médecine, il ne faut pas attendre que la médecine puisse le détruire : sans aller plus loin, de tous les caustiques dont la médecine fait usage, le feu naturel est celui qui brûle au plus haut degré. Elle en emploie bien d'autres, mais plus faibles. On doute, avec raison, dans les cas qui ont besoin de caustiques, si les maux les plus forts d'un certain degré ne résisteront pas au feu. Mais est-il douteux que le feu n'arrêtera point les plus forts du premier degré. Or, pour ces maux où le feu se trouve faible, il est évident qu'on ne doit rien attendre d'un art qui n'a point d'instrument plus fort que le feu. Il en est de même de tous les instruments qui servent à la médecine ; et je pense qu'un médecin doit lorsqu'il les emploie sans en retirer l'avantage qu'il en espérait, en accuser, non l'art, mais la supériorité du mal (I).
Hippocrate, toujours honnête, s'élève ici contre les abus qu'on pourrait faire de la médecine. Mais celle-ci est évidemment subordonnée aux ressources que lui présente la science. Bien des maladies réputées incurables avant nous, sont guérissables aujourd'hui. Bien d'autres étaient inconnues dans leur essence, qui le sont aujourd'hui. Ainsi on ne saurait prétendre que le diabète, l'albuminurie sont incurables. Ces sortes de jugements ne sont que trop souvent prononcés à la légère. — Mais que dire du médecin qui ayant à sa disposition des armes nouvelles se refuse à s'en servir, sous prétexte qu'il ne les connaît point? C'est à lui évidemment à refaire son éducation si elle a été mauvaise, ou à la compléter si elle a été insuffisante. Et c'est ici surtout qu'on voit le danger du magister dixit. Indépendamment que tant de maîtres auraient besoin eux-mêmes d'aller à l'école. On sait comment quelques professeurs sont tombés dans leur chaire, c'est-à-dire en dépit, non de la gravitation, mais de la science ; il doit donc être tenu en bride par la concurrence.
(1) Non desunt autem, qui artem medicam reprehenduut, eo, quod nuUus iis, qui a morbis sunt superati, manus admovere velit, dicenles, eos quidem morbos, quos curatione aggrediuntur, posse per sese sanari, eos vero qui auxilio indigent, non attiugere ; oportcre autem, siquidem ars sit, omnibus ex œquo curationem admovere. Qui ergo hujusmodi verbis utuntur, si medicos accusant, quod talia dicentium, tanquam delirorum, curam non suscipiunt, multo certe justius, ob ea, quam ob illa incusant. Si quis enim artis facultatem, ad ea quae artis non sunt, aut naturae, ad ea, ad quœ minime apta est, requirat, is istud non iutelligit, magis ad insaniam cum ignorantia conjunctam, quam ad imperitiam accedere. Quorum enim facultatem tum per naturse, tum per artium instrumenta consequimur, eorum nos opifices profiter! possumus, aliorum non item.
Si quid igitur homiui contigerit, quod medicina; instrumenta superet, id, ne speraudum quidem est, ab arte medica evinci posse. Atque ut exemplo rem ipsam doceamus, ignis eoriun omnium, quse in medicina ureudi facultatem habent, summe urit, eo vero minus alla pleraque. Atqui certe ex ' levioribus, quœ sunt pra;siautiora, an cui-ari possint, nondum plane constat. Ex potentissimis autem quis dubitet, ea, quœ prœstantiora sunt, curari non posse? In his enim quœ ignis non elficit, an non ea, qu£e ab ipso superari nequeunt, satis arguunt, alla opus esse arte, quam ea, quse igné utitur ut instrumento? Eadem vero mihi dicenda simt de his, quœ medicinse subserviunt, in quibus singulis, si res medico non succedit pro animi sententia, meo quidem judicio, in morbi vehementiam, non in urtem ipsam culpa rejicienda est.
Errare humanum est : le gouvernement qui nomme, le fait souvent en dehors de considérations de la science : il peut se tromper, ou avoir eu la main forcée, surtout sous les régimes constitutionnels où la responsabilité ministérielle est un vain mot, et où la bureaucratie est toute-puissaute. Il est évident que toute une génération d'élèves ne peut être subordonnée à un professeur dont le choix aura été douteux. Il faut placer à côté de ce professeur en titre, ce que les Allemands nomment les Privât docent; mais ayant, avec la tin, les moyens : c'est-à-dire de disposer des moyens d'instruction que le budget met aux mains des professeurs oflB.ciels. Il faut ensuite que ces derniers ne soient pas juge et partie, c'est-àdire aient le sort des élèves en main par les examens. Ceux-ci doivent être uniquement scientiliques ; et quant aux diplômes professionnels, c'est-à-dire donnant les droits de reconnaissance ou de revendication devant les tribunaux, ces diplômes doivent être délivrés par une Haute- Cour, tout comme pour la justice. Que dirait-on d'un magistrat qui serait en même temps l'avocat de celui qu'il est appelé à juger et qui, sa plaidoirie faite, déposerait la toge d'avocat pour endosser la robe du juge? Évidemment, on dirait que c'est une comédie. Voilà cependant ce qui se passe dans le régime universitaire, ce 'vestige d'un monde [qui n'est plus.
Seconde proposition . Il y a des maladies j^h'-s cachées les unes que les autres. — Tous ceux qui possèdent cet art conviennent qu'il y a deux classes do maladies : les unes qui affectent des parties visibles, et elles sont en petit nombre ; les autres qui attaquent des parties cachées, leur nombre est fort grand. Les maladies qui se jettent sur l'intérieur sont cachées. Celles qui paraissent au dehors par des rougeurs, par des tumeurs sont manifestes. On peut, par la vue et par le tact, discerner s'il y a de la dureté, do l'humidité, de la froideur, de la chaleur, et reconnaître enfin les qualités qu'elles ont ou qu'elles n'ont point. Il ne doit jamais se faire de faute dans leur cure. Non qu'elle soit facile, mais c'est qu'on a une méthode sûre de la trouver. Il ne suffit pas pour la découvrir de le vouloir; il faut encore être capable de la chercher. Ceux qui joignent le travail à un heureux naturel en sont capables (1).
(1) Sunt enim apud eos, qui artem istam prolie callent, morl)i parlim quidem non obscuri, iique pauci, partira vero non manifesti, iique multi. Qui eiiim ad internas corporis partes vertuut, obscuri ; qui vero ad corporis superficiem erumpunt, aut tumorem faciunt, manifesti. Sui enim copiam faciunt, tura visu, tura lactu, ut eorum durities et mollitudo sentiatur, et quiuam calidi, quinam frigidi, et quorum in siugulis pra3Sentia aut absentia taies existunt.
Atquein eorura quidem omnium remediis nonpeccatur; non quo siut facilia, sed (piod inventione constant. Et sane non sunt a quibusvis inventa, sed ab his. qui recta inveniendi facultate valent. Valent autem tum qui in bonis disciplinis liberaliter sunt educati, tum qui a natura non infeliciler Bunt comparati. Hoc igitur modo ad manifestes morbos curandos artem facultate abundare oportet. Neque sane eam in minus manifestis deficere convenit, Sunt autem hi, qui ad ossa et cavitatcm internam vergunt.
Neque vero unam corpua habet, sed plures. Duœ naraquo sunt, quœ cibum reci])iunt, et demittiiu t,
Cet argument ne pourrait être invoqué conti'e la médecine, que si pour guérir un mal, il était nécessaire d'en connaître les lésions matérielles. Quand on en est là, il est souvent trop tard. Ce sont les prodromes ou les symptômes généraux qui doivent surtout diriger le médecin. Ecoutons le médecin Spring : « Une sorte de défaveur pèse depuis trop longtemps sur la symptomatologie. Si elle ne se justifie pas, elle s'explique du moins par la tendance même qui est propre à la médecine du xix"* siècle et qui en fait la gloire. En effet, à force de concentrer l'attention sur les lésions anatomiques, on s'est habitué peu à peu à regarder les troubles des fonctions comme des l'eflets insignifiants, variables et incertains. Puis, comme c'était précisément contre la médecine dite syniptomatique qu'on avait à lutter, il était naturel que l'étude des symptômes fût enveloppée avec elle dans dans une commune réprobation.
îî Et, pourtant, quelque sincère que soit l'admiration qu'on professe pour les progrès réalisés à l'aide des travaux anatomiques, microscopiques et chimiques ; quelque convaincu qu'on soit de l'insufiisance d'un diagostic et d'une thérapeutique purement symptomatiques, il n'en pas moins vrai que ces troubles fonctionnels demeurent le sujet principal de la préoccupation du médecin, comme du malade.
" Hélas! il est si rare de guérir, tandis qu'il est toujours urgent de soulager.
» La douleur, le spasme, la paralysie, toutes les maladies des nerfs, sont-elles connues, même de la médecine rigoureusement scientifique, autrement que comme des accidents fonctionnels ?
r, Et dans les maladies chroniques, incurables pour la plupart, que reste-t-il à faire , même au médecin le plus savant , sinon rechercher à remplir les indications symptomatiques l
r> Je ne parle pas des obstacles qui, dans la pratique de tous les jours, s'opposent, si souvent, à l'exploration méthodique complète des organes
aliîeqùe prœter bas plures, quas ii norunt, quibus ista curœ suât. Quœcumque enini membra cariiem iu orbem circumdatam bahent, quam musculum nominant, ea omnia cavitatem babent. Quidquid eiiim minime coaluit, sive pelUcula, sive carne tegatur, cavum est, quod, dum bomo valet, spiritu quidem, dum vero œgrotat, sanie plénum est. Habent itaque bracbia hujusmodi carnem, habeut et l'emora, babeut et tibiœ. Quin et in partibus carnis expertibus bujusmodi caro inest, qualem in bene carnosis inesse diximus. Nam et tborax dictus, quo jecur concluditui', et capitis orbis, iu quo cerebrum comprebenditur, ipsumque dorsum, cui annexi sunt pulmones, hœc omnia pi-orsus sunt vacua, multis iutervallis referta, quje fere vasorum uaturam obtinent, cum res eas continent, qute partira quidem eum, qui eas possidet, juvant, partira etiam lœdunt. Ad baec etiam vense, sunt multre et nervi ; non ii quidem iu carne exstantes, sed ad ossa proteusi, articules coUigant. Quin etiam ipsi articuli, in quibus ossium, quœ moventur, connexiones volvuntur. Quorum nibil e.st, quod non aliquantulum spumosum sit, et circa se latibula habeat, quce sanies ipsa arguit, quie iis apertis copiosa, et multis molesta elBuit.
et, par conséquent, à l'établissement du diagnostic certain de la lésion.
« Enfin ai-je besoin de démontrer combien le diagnostic rationnel préalable, s'appuyant exclusivement sur les symptômes, facilite dans tous les cas le diagnostic matériel ou physique? » [Symptomatologie ou traité des accidents morbides . Bruxelles, 186G. (Préface.))
Que d'aveux dans ces quelques lignes ! c'est-à-dire que lorsque le diagnostic matériel ou physique est fait, l'art est le plus souvent impuissant, c'est donc au diagnostic rationnel jiréalable, s'appuyant exclusivement sur les symptômes qu'il faut s'attacher.
Et ici, disons que les médicaments dosimétriques peuvent servir de pierre de touche. Admettons une affection spasmodique douloureuse ou névralgique : qui dira à priori s'il y a spasme ou paralysie? Personne sans doute ; la preuve, c'est qu'il faut souvent changer de traitement et faire l'opposé de ce qu'on a fait d'abord. C'est ce qui a fait dire aux sceptiques que les médecins sont des piqueurs (?) d'anguilles, reproche qu'il ippocrate cherche à rétorquer.
Mais avec les médicaments allopathiques, ces sortes de tâtonnements font souvent plus de mal que de bien, tandis qu'avec les médicaments dosimétriques, on est sûr d'arriver à la solution du problème.
Prenons d'abord le phénomène dans son expression physiologique : les douleurs dans l'accouchement. Qu'est-ce qui les détermine? Évidemment la résistance du col, résistance douloureuse par elle-même et sur laquelle s'épuisent les eiïoi'ts du corps utérin. Donnez quelques granules d'hyosciamine et de cicutine, puis, à mesure que le col s'efface, des granules de strychnine, et l'accouchement se fera naturellement presque sans douleur.
Appliquons ce fait à toutes les dysthésies : celle de la vessie par exemple. Un individu est pris de rétention d'urine. Nous admettons un péché de jeunesse : une uréthrite ou une prostatitc chronique. Jusque-là, il urinait, quoique longuement et avec difficulté; mais voilà que tout à coup, soit pour avoir pris une boisson froide ou acide , soit par suite de froid aux pieds, l'émission des urines est supprimée ; de vives épreintes se propagent à l'extrémité de la verge; notre homme trépigne, se serre le ventre ; il est couvert d'une sueur froide ; bref, il est dans cet état d'anxiété et de prostration qu'amène un besoin urgent auquel on ne peut satisfaire. Un chirurgien est appelé qui ne voyant dans cela que le côté matériel ou physique, sonde le patient. Il se fait que la première fois il réussisse, car, comme on sait, la sonde est un antispasmodique, dans ce sens qu'en la laissant pendant un court temps en place, la portion membraneuse du canal de l'urètlirc s'entr'ouvro ; mais le spasme du col de; la
vessie est toutefois là et devient de plus en plus impérieux et douloureux. Le chirurgien fait une nouvelle tentative de cathétérisme, et cette fois ne réussit pas ; ou, s'il est aventureux, il déchire la paroi du canal et fait une fausse route; de là, épanchement urineux, fièvre ardente avec redoublements. Il faut aloi's pratiquer la ponction de la vessie. Il est vrai qu'avec le trois-quarts et l'appareil aspirateur de Dieulafoi, cela est moins dangereux qu'avec les trois-quarts grossiers d'autrefois ; mais ce n'en est pas moins une opération grave, dans les circonstances où on a été obligé de la pratiquer.
Voilà ce que fait le chirurgien mécanicien ;.mais pour peu qu'il eût été vitaliste, il se serait dit qu'il faut d'abord dissiper le spasme et la douleur par l'hyosciamine et la cicutine , puis venir en aide au corps subparalysé de la vessie par la strychnine. Apprécions ce raisonnement par un fait.
Un individu d'âge (66 ans), sujet à des hématuries qui revenaient périodiquement à un mois d'intervalle — comme un flux hémorroïdaire à l'âge de retour — et ayant une prostatite chronique pour laquelle son chirurgien a été souvent obligé d'intervenir, se trouve tout à coup pris de rétention d'urine, avec épreintes douloureuses du col de la vessie. Les bains généraux et locaux ont été sans résultat. Son chirurgien est appelé qui parvient à z'etirer de la vessie une quantité considérable d'urines mêlées de sang. Mais quelques heures après, nouveau besoin d'uriner. Cette fois, la sonde se bouche en pénétrant à travers un caillot occupant le fond et la partie moyenne du corps de la vessie. Au-dessus, c'est-à-dire dans la partie supérieure, la rénitence et un son relativement clair, permet de reconnaître une partie liquide — comme, après la saignée, le sérum du caillot. Le cas devenant urgent, nous sommes appelé en consultation et nous décidons, le confrère et nous, de pratiquer la ponction hypogastrique avec l'appareil de Dieulafoi. Nous parvenons ainsi à retirer toute la portion liquide, mais le caillot reste. La ponction dut être renouvelée pendant trois semaines, et chaque fois nous nous servions de la même piqûre cutanée, en ayant soin d'appuyer tantôt à droite, tantôt à gauche, afin de ne pas établir une fistule. Des compresses résolutives étaient appliquées en permanence sur le ventre, de sorte qu'au bout du temps indiqué plus haut, l'absorption du caillot fut complète. Mais toujours même impossibilité d'uriner sans la sonde, ce qui fatiguait beaucoup le malade et augmentait ses épreintes. Nous lui administrâmes l'hyosciamine, la cicutine, à raison de 2 granules de chaque, toutes les heures. L'effet eu fut que les épreintes disparurent, mais que les urines s'écoulèrent involontairement. L'indication était formelle : c'est-à-dire suspen-
dre l'hyosciamine et donner la stryclinine. Le résultat fut mathématique, le traitement ayant été logique et non à l'aventure.
Quand le malade fut guéri de sa dysurie, nous le soumîmes à l'action de riiydro-ferro-cyanate de quinine, afin de prévenir l'hématurie. Le résultat fut également heureux, puisque, à l'époque habituelle, il n'y eut pas de pissement de sang. Depuis, le malade est mort, plutôt de vieillesse anticipée que de maladie.
D'après ce fait, on voit que la dosimétrie est une pathologie physiologique.
Et ici nous sommes obligé de contredire l'autorité sur laquelle nous nous appuyions tantôt : « La méthode physiologique, dit Spriug, a été puissante pour renverser des erreurs séculaires ; elle a mis à nu la faiblesse d'une foule de doctrines pathologiques; mais, d'un autre côté — il faut en convenir — elle a peu édifié jusqu'ici. La physiologie, de môme que la physique et la chimie, quand elles se transportent sur le terrain de la médecine, sont irrésistibles à l'égard des faits simples; mais en clinique, il s'agit presque exclusivement de faits complexes; le l'Ole des sciences pures se réduit alors trop souvent à poser des problèmes et à donner des promesses pour l'avenir. Combien d'hommes de talent n'avons-nous pas vus succomber sans profit à la recherche de ce qu'on pourrait appeler la médecine de l'avenir ? «
De semblables assertions étonnent sous une plume aussi autorisée que celle du professeur de Liège. Sans physiologie, il n'y a pas de médecine, comme pas do médecine sans thérapeutique, c'est-à-dire sans médicaments simples agissant par pure catalyse physiologique.
Ce que Spring appelait la médecine de l'avenir, c'est la dosimétrie ; malheureusement, il était comme tous les hommes qui se sont fait un nom dans l'enseignement : « Son siège était fait, » et rien ne put le décider à s'en départir. Nous avons eu l'honneur de le connaître dans l'intimité ; et quand nous lui parlâmes de la réforme que nous projetions dès cette époque, il nous répondit, comme Cl. Bernard, dans une circonstance analogue : « Il n'y a pas de thérapeutique! » blasphème médical dont il devait être victime, car, ayant pris la variole dans son service d'hôpital, il mourut d'une fièvre cérébrale qu'il eût été possible de juguler par les alcaloïdes. Triste destinée d'un homme qui s'est épuisé sur une œuvre de bénédictin, qu'il a laissée incomplète faute d'avoir la foi !
De l'extérieur du médecin. — Il doit d'abord, quant à son extérieur, être d'une couleur et d'un embonpoint tels que son tempérament le comporte. Si le public lui voyait le corps piètre et perdu, comment le croirait-il capable de soigner la santé des autres. Son vêtement doit èti'e net, et son corps propre, n'ayant absolument aucune odeur. Il se rendra par là agréable aux malades, dont plusieurs ont l'odorat extrêmement délicat (1).
Le médecin doit être sa propre enseigne, d'après l'axiome : medicus se curât ipsuni. La première condition est de se connaître soi-même,
Souvent les médecins se négligent eux-mêmes à force de soigner leurs malades, c'est ce qui cause leur fin prématurée. Nous ajouterons que beaucoup d'entre eux ne s'embarrassent point des signes de la santé, étant habitués à ceux de la maladie. Beaucoup également n'ont pas foi dans leur art pour eux-mêmes, laissant cela pour leurs malades. D'autres, enfin, répugnent à tout ce qui est nouveau, non-seulement pour leurs malades, mais pour leur propre compte. Ainsi s'explique leur horreur des alcaloïdes. Ils croient à ce qu'ils nomment les tempéraments et pensent que lorsqu'on l'a mauvais, il faut le garder. Cependant on améliore
(1) Ad ejus quiilem auctoritatom milii pertiiiore vidolur, \i{ pei-spiciat, (|Uoail ejiis naUira feret, bene colorato et optirae hahito sit corpore. Qui ciiim lioiia non siiut corporis habiUuliue, viilgo cxistimantur cteterorum curam non rectc habere posse. Deinde ejus cultus niiuidus esto, veslis sil décora, et unguentis utatur bene olentibus, citra omucm odoris suspicionem. Istiul cnini jucundum esse cegrotantibus solct.
les races bovine, ovine, chevaline ; pourquoi n améliorerait-t-on pas la race humaine?
Le médecin doit soigner sa santé autant que ceUe des autres ; nous ne disons pas : plus; car ce serait un égoïsme coupable.
Sur ses qualités intérieures. — Quant à l'intériour, il doit être plein de prudence ; je n'entends point cette prudence qui se borne à savoir se taii'e. Sa manière de vivre doit être des plus réglées ; les bonnes mœurs et la sagesse contribuent beaucoup à sa réputation. Il doit être réservé et humain ; la promptitude et la hardiesse ne peuvent manquer d'attirer le mépris, quand même elles serviraient à gagner plus d'argent, car il est diiBcile de ne les employer qu'à propos. On estime ces qualités dans le médecin, lorsqu'il en use rarement (1).
Hippocrate a raison de dire que la prudence du médecin ne doit point se borner à savoir se taire ; par contre, elle ne doit pas consister à donner au malade ou à sa famiUe des explications inopportunes qui, la plupart du temps, sentent le pédant. La vérité est entre les deux : il doit être réservé et humain, parce qu'il est souvent obligé de cacher la triste réalité. Cependant la prudence exige qu'il fasse part de ses craintes aux membres de la famiUe qui ont intérêt à savoir la vérité. S'il doit être prompt à agir quand il y a nécessité, c'est-à-dire dans l'intérêt du malade, jamais il ne doit le faire dans un but intéressé. Ceci concerne sui'tout le chirurgien. (Voir le serment d'IIippocrate.)
Sur son maintien. — Quant au maintien, il doit être grave, sans austérité, craignant de passer pour fier ou misanthrope. Celui qui rit continuellement, et se montre toujours gai devient incommode (2).
L'austérité est dans les mœurs et exclut la fierté ou la misanthropie. C'est même une vertu aimable quand elle s'allie à la bonté de cœur. Le médecin qui rit toujours est ridicule, pour ne pas dire insupportable.
Mœurs du médecin. — Tout ceci est à observer soigneusement, mais surtout on doit se montrer toujours juste. L'amour de la justice sert en tant d'occasions ! il trouve bien sa place chez les médecins vis-à-vis des malades. Ceux-ci se livrent entièrement entre leurs mains; ils leur abandonnent, à toute heure, leurs femmes,
(1) Eum quoque spectare oportet, ut animi temperantiam excolat, non taciturnitate solum, verum etiam reliqua totius vitae moderatione. Quod illi ad comparandam gloriam plurimum adfert adjumenti. Bonis etiam ac honestis sit moribus, unaque gravitatem cum Iiumanitate coiijuctam habeat. Temeraria namque proclivitas et promptitude, quamvis valde sit utilis, despectui est. At considerandum, quaudo hiï uti liceat. Eadem eiiim apud eosdem, cum rara sunt, œstimautur.
(2) Quod ad gestum attinet, vultu sit ad prudentiam composite, non aspero tamen, ne superbus et inliumanus videatur. Qui vero in risum elTusug est, et supra modum hilaris, molestus habetur.
leurs filles, leurs effets les plus précieux. Les médecins doivent donc être bien surs d'eux-mêmes. Voilà quant au cœur, à l'esprit et au corps (1).
La médecine est un sacerdoce, il faut donc que le médecin s'observe continuellement. Tout objet de convoitise lui est interdit. Il faut qu'il commande, à la fois, à son esprit, à son cœur et à son corps. En un mot, il doit être le modèle du vrai sage.
Conclusion sur la nécessité de la philosophie dans la médecine. — Concluons, après tout ce qui précède, qu'il faut allier la sagesse à la médecine. Le médecin, vraiphilosplieestundemi-dieu. L'art de la sagesse et celui de la médecine se tiennent de près. Tout ce que donne le premier, la seconde le met en usage : mépris de l'argent, modération, décence, modestie, honneur, bonté, affabilité, propreté, gravité, juste appréciation de toute espèce de besoin dans la vie, courage contre les événements (2).
Mais si le médecin doit avoir tant de vertus, en est-il récompensé par la société? La réponse à cette question serait bien triste si le médecin ne trouvait sa satisfaction dans le devoir accompli. Les bénédictions du pauvre lui sont plus agréables que les rétributions du riche. Le médecin qui exerce sa profession comme un métier a fait un marché de dupe, car avec l'argent qu'ont coûté ses études et son diplôme, puis les connaissances qu'on a exigées de lui, il aurait pu exercer un état bien plus lucratif et aspirer aux honneurs, tout comme maint et maint imbécile.
Voici un tableau que nous mettons sous les yeux de ceux qui aspirent à notre noble profession et qui ne se sentiraient point l'abnégation nécessaire,
« Par de longues et pénibles études, complètement improductives, jusqu'à l'âge mûr, j'ai sacrifié ma jeunesse, exposé ma vie, dévoré mon modeste patrimoine, que, dans toute autre carrière, j'aurais pu augmenter; j'ai payé mes maîtres, mes livres, mes inscriptions, mon diplôme ; l'Etat m'a vendu mon titre sans en garantir l'utilité ; il me vend le droit d'exercice, même lorsque cet exercice est nul ou stérile
(1) yEquum autem in omni vit:e consuetudiue se prœstare débet. Nam cum omnibus iu rébus multumsit in justitia praesidii, lum vero medico, cum œgris, non parum est commercii. Hi enim se illi tractandos submittunt, is(iue nunquara non fere cum mulieribus virgiuibusque conversatur, resque magui pretii contrectat a quibus omnibus sibi temperai'e débet. Atque bis tum auimitum corporis virtutibus, eum prEestare oportet.
(2) Qua propter pi-œdicta singula colligere oportet, et sapientiam ad medicinam traducere, et medicinam ad sapientiam. Medicus enim philosophus Deo œqualis liabetur. Nam neque mullum inter se differuut, et quœ ad sapientiam requiruiitur, in modicina insunt omiiia : pecunia; contemplio, pudor, verecundia, modestia in vestitu, esislimatio, judicium, lenitas, occursatio, muudities, sententiarum elocutio, utilium ac necessariarum in vita purgatiouum cognitio, earumquc liberatio, superslitiosi.
comme une dune sablonneuse (1)! Dans l'espoir trompeur d'une position qui fuit toujours à mesure qu'on croit l'atteindre, je sacrifie mes dernières ressources et mes travaux incessants pour une société qui, pour toute rétribution, adresse des sarcasmes aux médecins sans clientèle, comme si la clientèle était toujours la preuve du savoir (mais du savoirfaire)! et vous dites que j'ai des devoirs à remplir! S'il est des devoirs réciproques entre le médecin et la société, je le dis hautement, ils obligent la société et non pas le médecin, qui n'a fait que trop d'avances.
» Que l'on fasse une statistique, mais non pas un de ces tableaux de fantaisie, dressé par un sinécuriste complaisant et repu et qui, ne voyant rien au delà de places lucratives trouvera que tout est pour le mieux dans la meilleure des médecines ; que l'on fasse une statistique vraie de la position des médecins en Finance et du produit de l'exercice médical, et l'on sera étonné, stupéfait, de la médiocrité du chiffre obtenu.
» Mais il faudrait prendre des informations, comme je l'ai fait, auprès du tiers-état médical et avec les précautions nécessaires pour obtenir des chiffres sincères ; — car, qu'on ne s'y trompe pas, comme le vulgaire mesure la valeur du médecin d'après les recettes qu'on lui suppose, chaque praticien a le soin d'adopter d'emblée un chitFre, d'autant plus colossal qu'il aspire à une plus haute clientèle. La réduction se fait seulement à huis clos et en famille.
» Le chiffre fictif se proportionne à la population de l'endroit. Mais il est de fondation que, dans une grande ville, tout commençant qui se respecte adopte un chiffre de début de 8 à 12,000 francs (lisez 300 francs), et, dans l'avenir, il ira forcément crescendo. Mensonge oblige!
r> Il est une croyance généralement répandue, surtout dans les classes ouvrières, et sur laquelle on se garderait bien de revenir, vu l'avantage qu'on y trouve. C'est toujours en vain que le bon sens plaide contre son absurdité — je l'ai entendu dire partout, en France, à tous les étages de la société; et on le rabâche encore en toute occasion et, déplus, quelques estimables correspondants, désireux de m'enseigner mon métier, n'ont pas dédaigné de me l'écrire : cette croyance consiste en ce que tout médecin est obligé de donner ses soins à tout le monde, à tous les instants, de jour et de nuit, sur la simple réquisition du premier venu; soins dévoues, constants, exclusifs de toute autre pi'éoccupatiou, de ses affaires, de ses besoins et de lui-même; on ne compte pour rien les heures de ses repas et de son sommeil. Et surtout qu'il ne se préoccupe pas du payement, le riche et le pauvre ont un droit égal à son dévoue-
(1) Les dunes peuvent être cultivées, tandis (|ue le champ de la médecine devient de plus eu plus stérile. D'' B.
ment. C'est parfait! et j'avoue que ces théories sont magnifiques, surtout pour celui qui en profite ; et sachez que presque tout le monde tâche de s'arranger de manière à se trouver dans cette catégorie-là.
» Cette immolation continuelle d'hommes dont les rudes labeurs n'ont presque jamais de récompense, on l'a appelée un devoir. Un médecin qui a sacrifié son patrimoine et le travail de sa vie entière à de pénibles études, a pour devoir de se tenir constamment — et gratuitement — au service de quiconque veut bien l'employer, jusqu'à ce qu'on le congédie — souvent grossièrement. On le payera si l'on veut; quand on aura de l'argent de reste — ce qui n'arrive quelquefois jamais. — J'ai entendu dire un jour, en société nombreuse : « Est-ce que l'on paye les médecins!... r, Donc, être au service de tout le monde, c'est un devoir pour eux!
» Ce mot devoir, il est clair qu'on n'en comprend pas la signification, c'est-à-dire on la comprend très-bien, mais on est bien aise de la noyer dans une certaine obscurité dont on profite, parce que le plus souvent la timidité, d'autres diraient la lâcheté du médecin dupé, laisse établir cette confusion.
» Eh bien! je vais la débrouiller cette confusion et élucider la question, en appelant les choses par leur nom et en mettant chacun à sa place.
» Le médecin, comme tous les citoyens, n'a pour devoir que ceux que la loi impose à tout le monde. On n'a pas encore fait un code qui lui soit particulier. Sauf sous le rapport de sa profession, il peut accorder ou refuser à son gré le concours qu'on lui demande; exiger, à son gré aussi, le prix qu'il croit convenable. Libre à chacun de s'adresser ailleurs. Mais, en droit, le médecin peut accorder ou refuser ses soins et y mettre le prix qu'il juge à propos, sans que personne ait rien à dire; il est, en cela, aussi libre que le tailleur, que le chapelier et autres dont le travail est entièrement facultatif. Le sens commun indique même qu'il ne peut en être autrement.
» Ce n'est donc pas dans un sens absolu que peut être employé le mot devoir ; il prend ici la même valeur que lorsqu'on dit : le devoir des hommes est de s'aimer, de se secourir entre eux ; le devoir du riche est de donner son superfiu aux pauvres, etc. Mais si toutes les fois qu'on voit des pauvres manquant du nécessaire, on allait prendre à partie le premier riche venu et lui signifier que son devoir est de venir à son secours et qu'il n'a qu'à se dépèclier, il est probable qu'il invoquerait la loi contre un agresseur qui n'a pas pour mission do lui imposer des sacrifices (ou plutôt il l'enverrait promener).
» Le mot devoir a deux sens bien distincts dans la pratique : l'un absolu, l'autre relatif; et c'est pour les avoir confondus sans cesse ou avoir feint de les confondre l'un avec l'autre, que le public en est venu à considérer presque comme une obligation pour le médecin de prendre à la lettre le précepte de saint Paul : Tout à tous ! . . . et gratis ! Mais saint Paul écrivait au début du christianisme, lorsque le communisme était à l'ordre du jour. Aujourd'hui on n'est pas aussi chrétien que ça!
T Du reste, voulez-vous la formule officielle tombée de la tribune du Sénat, dans la séance du 19 mai 1868, en passant par la bouche du cardinal deBonnechose? la voici : eUe renferme en quelques mots et la croyance bénévole du vulgaire, et la prétention systématique du public à l'égard de la profession médicale : « Le médecin ami du riche, ami du pauvre ; il se prodigue le jour et la nuit, non pour obtenir un vil salaire, mais pour obéir à la vois du devoir, à la volonté de Dieu, qui lui montre dans le malade un frère racheté comme lui par le sang de Jésus- Christ, r,
» Voilà, pour Son Ém. le cardinal de Bonnechose, le type du médecin. Il serait parfaitement admissible et proposable après la mise en pratique de l'organisation dont je me propose de donner le plan ; mais dans l'état actuel des choses. Son Éminence me permettra de lui dire que sa phraséologique définition n'est pas plus viable qu'un ballon sans gaz, et ne nous représente guère qu'une plaisanterie d'un goût équivoque. Il y aurait cependant deux moyens de la rendre moins utopique : la premier serait défaire du médecin un moine ayant fait vœu de célibat, de pauvreté, etc., etc., et auquel on fournirait tout ce que le couvent fournit aux moines ; le second consisterait dans une cession des divers appointements perçus par Monseigneur le cardinal sénateur, en faveur de quelques médecins qui serviraient de modèles. Jusqu'alors, il n'y aurait pas un mot rigoureusement vrai dans cette description, dont le premier défaut est d'être impossible.
» Le devoir est absolu quand il se rapporte à ce que prescrit la loi et à ce qu'inspire la conscience ; or, la loi, pas plus que la conscience, ne peut prescrire à un individu de se mettre gratuitement au service d'un autre. Quant à l'opinion publique, je ne saurais admettre que l'empire d'un préjugé plus ou moins absurde ou d'un usage établi, puissent élever une pratique quelconque au rang des devoirs. Les préjugés ont pu quelquefois commander des forfaits, comme lorsqu'on brûlait des sorciers (qui ne l'étaient pas); les usages peuvent consacrer d'infâmes abus, comme la traite des noirs, les suttées de l'Inde, les lettres de marque, les atrocités de la guerre (les despotismes gouvernementaux), etc., il suffit d'un rayon
de lumière ou d'un souffle de la civilisation poui' balayer tout cela ! (Hélas!)
» Eh. bien ! la loi n'a pu dire au médecin : « Tu donneras gratuitement le fruit de ton travail ! » Elle ne l'a jamais dit, ni pensé.
n Et la conscience, qu'inspire-t-elle au médecin? Je vais le retracer sans subterfuges, sans ambiguïtés.
» Elle lui dit d'abord que : s'il a dépensé son patrimoine ou les ressources de sa famille pour s'occuper d'études longues et dispendieuses ; s'il s'est livré à des travaux pénibles, malsains et dangereux pendant toute la période de la vie que l'on peut employer à préparer son avenir, la première chose à laquelle il doit songer, c'est à se procurer le moyen de vivre : primo vivendum. Elle lui dit ensuite que, comme il est destiné à vivre en famille — ce dont sa position et un peu aussi la saine morale lui font une loi — il doit veiller à ce qu'il puisse remplir les obligations que la famille lui imposera. Elle lui dit aussi, sur un ton bien haut, que, s'il veut conserver la dignité que lui commande sa position vis-à-vis de ses confrères et vis-à-vis du public, et résister aux dangereuses tentations qui ne manqueront pas de se présenter à lui et auxquelles le besoin [maie suacla famés) pourrait le faire succomber, il faut, de toute nécessité, que son état lui procure de quoi vivre honorablement; sans quoi, on sera tenté de se rappeler pour en faire usage au détriment des mœurs et des lois ce vers insolent de Juvénal :
Medicus esuriens in cœlum jusseris, ibit.
» Et il sera induit en tentation.
» Dans les relations entre le médecin et la société, il existe des droits et des devoirs réciproques ; mais ils sont de toute autre nature que ceux que l'usage et l'abus ont érigés en préjugé et qui semblent faire loi aujourd'hui. Les rôles ont été complètement intervertis.
V De quel côté sont les droits? De quel côté sont les devoirs? Le jeune homme qui doit devenir médecin, se livre à ses frais (ou de ses parents), depuis son enfance, à des études coûteuses et de plus en plus pénibles ; ses travaux, dont les frais, les dégoûts et les dangers augmentent sans cesse, le conduisent au troisième diplôme, celui de docteur. Qu'a fait la société pour lui ? Rien ! Mieux encore : elle a exigé qu'il prélevât une forte somme (l,400fr.) sur ses ressources — presque toujours restreintes — car on n'aborde cette difficile carrière que dans l'espoir — presque toujours trompé — de se faire une bonne position dans le inonde ; elle (la société) a exigé et a obtenu de lui le service gratuit dans ses hôpitaux. Après le
diplôme; elle l'attend au guichet des épiciers pour lui faire payer uu droit d'exercice pour un état que, dix ans encore, il n'exercera probablement pas, même en lui supposant de bonnes chances. N'a-t-il pas perdu encore des sommes que lui auraient procurées un travail lucratif pendant ces vingt années infructueuses ? Qui confierait sa vie à un médecin qui n'a pas trente-six ans? C'est à peine si, pendant cette période stagiaire, ou veut bien utiliser ses loisirs en lui offrant l'occasion de donner pour rien ce qui lui a coûté si cher; et cela tend à se prolonger tant et si bien que, sous un prétexte ou un autre, du commencement à la fin de sa carrière, le médecin n'est plus considéré aujourd'hui que comme matière à exploitation, comme un valet sans gages.
" Mais, au moins, les diverses classes de la société qu'il sert lui témoignent-elles les égards qu'elles lui prodiguaient autrefois? Non, certes; elles le payent quelquefois, quand elles ont la pudeur de la probité ; puis elles le renvoient, comme un serviteur dont on n'a plus que faire.
r> Les classes inférieures, plus exigeantes que les autres, en l'appelant, semblent le sommer de remplir un devoir, ce que tout le monde, même le médecin, a la bêtise de lui laisser croire, et le congédient brutalement lorsqu'ils croient n'avoir plus besoin de lui, ne lui offrant souvent, pour remercîment, que des formules offensantes ou des preuves d'ingratitude.
» Les puissants n'ont plus môme des manières protectrices, et la magistrature, assez peu bienveillante au civil, quand leurs intérêts sont en cause, se montre pour eux de la plus rigoureuse sévérité, quand ils ont été assez malheureux pour se heurter contre le Code pénal.
» Et cette profession, si péniblement acquise, si bienfaisante, si nécessaire, quelle position élevée peut-elle attendre de la reconnaissance officielle? Aucune; c'est à peine si quelques-uns, des plus méritants ou des plus adroits, peuvent atteindre à un bout de ruban, qui n'engage ù rien, et ne prouve pas davantage — on semble ne pas les trouver dignes de faire partie des grands corps de l'État, dont le personnel renferme, au milieu d'hommes fort distingués, un bon nombre de médiocrités qui, pour la science et l'utilité l'éelle, ne sont jamais arrivés à la hauteur d'un modeste médecin de campagne.
» Eh bien ! que fait la société pour le médecin? Rien. Que fait le médecin pour la société? Tout. Il lui consacre son temps, ses ressources, son travail, sa vie entièz'e, même ses illusions, que les froides réalités scientifiques — et humaines surtout — viennent bientôt détruire. C'est donc la société qui a un devoir à remplir envers le médecin : ce devoir, c'est de le faire vivre, sinon dans la splendeur qu'elle donne à tant d'hommes
inutiles, du moins dans un état d'aisance qui compense et récompense ses sacrifices et ses travaux.
» Il est cependant un devoir qui incombe au médecin — et c'est le plus impérieux, le plus sacré des devoirs. C'est pour cela, sans doute, que personne ne veille à son accomplissement, que nul même ne paraît presque s'en douter. Ce devoir, c'est de se tenir sans cesse au courant de la science et de n'ignorer aucun des progrès réels qui signalent sa marche. Il est coupable, en effet, le praticien qui, lorsqu'un cas grave se présente à sa pratique, ignore le moyen nouveau et plus assuré que la science peut mettre à sa disposition et, par son ignorance, laisse s'éteindre la vie de l'homme qu'il eût pu sauvegarder. C'était doublement son devoir, puisque c'est en cela que consiste l'engagement tacite qu'il a pris en abordant cette carrière; et, eu deuxième lieu, parce que, en exerçant un ministère qui repose sur des objets entièrement inconnus du public — qui ne saurait choisir, quoi qu'il en pense et en dise, celui à qui il confie sa vie et celle de sa femme, de ses enfants. — En usurpant la place d'un plus instruit que lui, il trompe ce même public, s'il ne sait pas tout ce que son intelligence et ses capacités lui permettent de connaître ; il tue alors celui qu'il aurait pu sauver — mettant toutefois ici en ligne de compte les incertitudes de la science ; — et il a manqué à son devoir et même à la loi qui a prescrit les cas d'homicide par imprudence (et par omission). Malheureusement, la responsabilité ne peut exister ici, car qui serait juge? Les plus savants eux-mêmes se garderaient bien de se prononcer et d'établir un jugement sur le terrain délicat et si mobile de la vie.
» Mais c'est de cette irresponsabilité même que découle l'impérieux devoir de faire tout ce qui peut sauvegarder en même temps la vie du malade et la conscience du médecin. Pour moi, je prétends que ce n'est que l'insufiisauce d'une science, hélas ! encore bien incomplète, qui peut justifier la sienne. S'il y a de sa faute, pour n'avoir pas connu un moyen qu'elle lui présentait, il est coupable, il a manqué à son devoir. Celui-là est le seul que je lui reconnaisse. Hors de là, le médecin instruit et consciencieux ne doit rien à personne, et à moins d'avoir reçu et accepté une mission à cet endroit, il pourrait passer, si cela lui convenait, devant tous les pestiférés de la terre sans ôter ses mains de ses poches.
» Dans les temps de disette, il y a des hommes qui possèdent des greniers abondants en présence d'une population qui souffre de la faim, et qui ne donnent pas un grain de blé pour rien! Est-ce que la faim n'est pas une maladie aussi ?
» Il y a des millionnaires ({ui, du haut de leurs équipages ou de leurs
palais, voient à chaque instant passer la misère en haillons et ne lui donnent pas une obole. Est-ce que la misère n'est pas une douleur? Et lorsque, par hasard, un riche généreux se signale par quelque bienfait, on le flatte, on l'exalte ; c'est très-bien! Mais je n'ai jamais entendu dire sèchement qu'il avait fait son devoir. Cependant il ne verse qu'une partie de son superflu. Et le médecin, lui, doit donner tout son avoir, sa propriété réelle, son gagne-pain et tout le fruit d'un long labeur, ne se traduisant malheureusement que par un mot chèrement acheté, et auquel on semble bêtement n'accorder que la valeur d'un mot ! comme si ce mot n'avait pas plus de valeur que l'insignifiante ineptie prononcée au hasard par une bonne femme !
r> Mais subsidiairement, le devoir du médecin consisterait encore : à prêter son concours dévoué et surtout consciencieux à la justice dans ses investigations ; position délicate qui exige la plus complète indépendance ; à seconder l'administration dans les constatations nécessaires pour une bonne police, des naissances et des décès; dans la recherche des causes de mortalité ou des moyens hygiéniques généraux, dans la collection des éléments de statistique, des causes et des effets morbides, des influences épidémiques, contagieuses et des genres de maladies qui furent mortelles, etc., etc.
« Tout cela à charge d'une rémunération convenable (dans l'état actuel des choses), sans quoi il ne doit rien à l'administration, pas plus qu'aux particuliers.
r> Il est aussi un devoir grave, impérieux, sacré, le plus important de tous au point de vue de l'honneur et des intérêts de la profession ellemême : c'est celui qui impose au médecin l'obligation d'observer envers ses confrères, la loi des convenances et de la délicatesse. Malheureusement, c'est aussi celui qui est le plus oublié, le plus méconnu, le plus foulé aux pieds même par ceux que des positions exceptionnellement heureuses devinaient préserver de toute ignoble tentation.
» Enfin, muet comme la tombe sur les choses qui lui sont confiées, le médecin doit avoir, comme les dieux des gentils, des yeux pour ne point voir, des oreilles pour ne point entendre ; et surtout, logeant dans son péricarde, un organe marmoréen, si l'occasion... l'herbe tendre... venaient à pousser sous ses pas, la voix austère du devoir vient lui enjoindre de niveler les courbes de son sphygmomètre ; lui rappeler que l'arbre de la science n'est plus qu'un sauvageon qui porte des épines, mais n'a pas de fruits pour lui. Elle le contraint même à dissimuler le souvenir mélancolique et désespéré dont l'involontaire empreinte et l'amère douceur, moins amorties par l'habitude que refré-
nées par la volonté, pourront retentir longtemps dans son âme attristée!
» Tel est le devoir, tels sont pour lui la loi et les prophètes !
» Mais si la société peutfaire passer sur les médecins un certain nombre d'obligations arbitraires et sans fondement, il faut avouer, par contre, que personne ne songe à exiger d'eux ce qu'ils lui doivent réellement, ce que Thouneur et la loi leur imposent, ce dont leur conscience leur crie à chaque instant la nécessité. Si ces conditions sont quelquefois — je dirai même assez souvent — remplies, cela ne peut tenir — dans l'état actuel de la société — qu'à une bonne volonté spontanée ; car une fois échappé des bancs de la Faculté et plastronné du diplôme, le médecin est livré à luimême sans guide, sans contrôle, sans responsabilité scientifique. La science marche, il la suit si cela lui convient. Mais si la paresse l'accable, si les distractions l'entraînent, si la pratique l'absorbe, ou si les déboires et les dégoûts de la profession le découragent, il ne tarde pas à être dépassé, débordé, submergé par des progrès dont il ne peut plus suivre la marche, et il ne mettra plus au service des malheureux malades, eûtil fait d'abord de brillantes études, qu'une intelligence émoussée, que des prescriptions banales, que des soins incomplets. Qui pourrait être juge de cet amoindrissement? Les autres médecins, s'il était soumis à leur examen approfondi : mais ce sont des rivaux, et personne, avec raison, ne voudrait les en croire! Quant au public, lorsqu'une réputation médicale s'élève comme une bulle de savon sortant du chalumeau, complètement incompétent, suivant au hasard, je ne sais quelles impulsions fortuites, quelles lubies, quels préjugés, quelles passions , ou il la crève d'un coup d'épingle, ou bien il s'époumone à souffler sur elle au point de la faire monter aux nues : Sic itur ad astra ! Toujours est-il qu'en dehors des vanteries boursouflées et des dénigrements injustes, il est des localités qui, par l'effet immanquable des institutions actuelles, n'ont et ne peuvent avoir à leur service que des médecins ariùérés.
« Si une maladie est nouvelle, peu connue et son ti'aitement récemment institué ; si un mode opératoire, un instrument nouveau, une méthode thérapeutique, mieux étudiée, ont pris cours dans la pratique, les malades sont bien malheureux de mourir ou de souffrir davantage pour n'avoir pu profiter du progrès. Mais qui viendra dire au médecin : « C'était pour vous un devoir de vous tenir au courant de la science? » Je l'ai dit, le public est incompétent et mineur ; c'est sou tuteur qui doit veiller à cela. Mais le tuteur croit avoir terminé sa tâche, le jour où il a délivré le diplôme , c'est-à-dire le jour où elle commence. "
(D"" Combes, De l'état de la médecine et des médecins en Finance.)
Beaucoup de lecteurs trouveront exagéré ce tableau dont nous -même nous ne pourrions admettre tous les détails, mais qui, malheureusement, est vi'ai dans l'ensemble. La profession médicale, qui exige tant de sacrifices, tant d'abnégation, finirait par être abandonnée par les esprits généreux, si elle n'était une sorte de vocation, qu'on suit plutôt d'instinct que par calcul. Mais c'est cette vocation même qui la relève, parce qu'elle n'a rien d'intéressé. C'est un sacerdoce et non un métier dont les protits peuvent être supputés d'avance. Même les médecins qui font fortune, ils ne peuvent en jouir.
Dupuytren. Nélaton et tant d'autres, sont morts millionnaires : ont-ils pour cela échappé aux fatigues et aux déboires de la profession? La preuve que non, c'est qu'ils sont morts de maladies du cœur. Nous étions intimement lié avec Nélaton, et quand nous l'engagions à prendre du repos, il nous répondait tristement : - Je me reposerai dans la tombe! « Ce n'est donc pas la haute clientèle et la fortune qu'elle pi'ocure, que les médecins doivent envier. Un modeste praticien de campagne est plus heureux qu'un médecin de cour asservi à l'étiquette, tremblant à chaque instant pour ses augustes malades et victime de leurs caprices quand ils n'ont pas le cœur assez assez haut placé pour estimer le médecin à sa valeur.
L'auteur du tableau que nous venons de reproduire, a eu en vue les petites misèi'es de la profession : l'ingratitude des malades, les concurrents souvent malhonnêtes, etc. ; c'est donc la profession qu'il faut relever ; ou plutôt ce sont les médecins eux-mêmes qu'il faut élever à sa hauteur.
Pour cela, il faut changer complètement le système des universités et des écoles de médecine et rendre l'enseignement libre. L'État ne doit y intervenir qu'à titre de concurrent.
Les locaux et le matériel des univei'sités et des écoles officielles doivent être mis à la libre disposition de ceux qui se sentent animés du feu sacré de la science et qui en auront fourni des preuves, soit par des écrits, soit dans des concours publics.
Les écoles et universités doivent régler elles-mêmes leur enseignement, d'après un programme général fourni par l'Etat.
Il doit y avoir deux catégories d'écoles et d'universités : celles de l'État et les écoles et les universités libres ; ces dernières pour être reconnues par l'État, devront justifier de leur matériel et de leur personnel. Toutes les autres institutions seront considérées comme non existantes ou sans caractère légal.
Les écoles et universités, tant de l'État, que les -reconnues, délivre-
ront des diplômes purement scientifiques sur les diverses branches de l'enseignement médical, y compris les sciences naturelles.
Ces diplômes ne conféreront aucun droit, quant à l'exercice de la médecine.
Les diplômes professionnels seront délivrés par une Haute-Cour, après des épreuves publiques écrites, orales et pratiques.
Pour être admis devant la Haute-Cour, il faudra être docteur d'une école ou université de l'Etat ou une école ou une université reconnue.
Les épreuves devant la Haute-Cour auront lieu sur des sujets tirés au sort.
Les membres de la Haute-Cour seront nommés par le gouvernement parmi les professeurs ayant au moins quinze années d'enseignement; ceux-ci ne pourront plus enseigner dans une école de l'État ou une école libre.
Nous omettons les détails d'organisation qui feront l'objet de règlements spéciaux.
Ce système, à la fois simple et pratique, aura pour effet de relever la profession par la science et la rendra inaccessible aux incapacités.
Les professeurs des écoles n'étant plus juges et partie, cesseront d'être l'objet de suspicion de partialité et seront obligés, par le fait de la concurrence et de la Haute-Cour, de tenir leur enseignement à la hauteur de la science.
Le nombre des médecins devant nécessairement diminuer par les difficultés apportées à l'entrée de la carrière, il devra y avoir des médecins de canton, chargés du service des pauvres et rétribués par l'Etat, les départements et les communes.
Enfin, il y a un dernier desideratum : c'est que la médecine soit unifiée, afin de faire disparaître toutes ces divergences de pratique qui font que le public ne sait plus à qui entendre, et se laisse enti'aîner du côté de la réclame.
Cette unification n'est possible qu'avec la dosimétrie. Alors il n'y aura plus ni premiers, ni derniers, et les malades seront toujours sûrs d'avoir sous la main des médecins capables ; tandis qu'aujourd'hui, c'est le cliarlatanisme, d'en haut et d'en bas, qui le tiraille dans tous les sens, comme une âme en peine.
Le livre des Préceptes a été reconnu pour authentique. Il soulève plusieurs questions qui ne sont pas encore résolues aujourd'hui — ou plutôt qui le sont trop souvent contre le médecin, c'est pourquoi nous avons cru utile de les reproduire. Ces préceptes sont de deux sortes : les uns purement dogmatiques, les autres pratiques ou professionnels.