‹ Etudes sur Hippocrate au point de vue de la méthode dosimétriqueChapitre 116 sur 130 · LETTRE DUN JEUNE MEDECIN · texte numérisé non relu

LETTRE DUN JEUNE MEDECIN

Longjumeau, 10 mai 1875.

Mon cher maître,

Laderniùro séance de la Société (5 mai) a été bonne pour la dosimétrio. Non -seulement les matériaux abondants et intéressants, nous ont fait regretter que les heures fussent si courtes, mais encore nous avons entendu des déclarations importantes et bien propres à relever notre énergie et à soutenir notre courage, si nous en avions besoin. Nous avons entendu uu de nos collègues les plus autorisés et cer- .

tainement mieux placé que personne pour bien savoir ce qu'il disait, nous l'avons entendu, dis-je, regretter le peu de certitude de la thérapeutique officielle.

Nous le savions déjà, nous tous, jeunes médecins, qui, une fois sortis de l'Ecole, nous sommes trouvés un jour, tremblants et incertains — et cependant acteurs responsables — engagés au milieu des éoueils où la santé des familles est en péril. Mais nous aimions mieux nous accuser nous-mêmes, penser que le travail ou l'intelligence nous avait fait défaut. Il n'en est rien : ce n'est pas le travail qui fait défaut dans les écoles, c'est le but pratique qui se dérobe.

Qui nous a jamais donné l'exemple d'une lutte raisonnée, ardente, persévérante, contre l'ennemi : la maladie? On ordonne mollement une potion, un vésicatoire, un purgatif, comme à regret, afin de laisser la nature agir le plus librement possible. Mais à quoi bon tant de sciences accessoires pour aboutir à ce néant?

Parfois — nous a-t-on dit — on fait une prescription uniquement parce que le malade veut absolument être médicamenté. 0 misère! Où donc est cette savante tactique, cette vraie tactique de savant, où chaque agent médicamenteux a sa place et son heure, sa minute, d'après une vue hautement scientifique, etc.

Ah ! dira-t-on gravement : Prenez garde de nuire en voulant trop aider la nature. C'est vrai ! ils ont à moitié raison, car une potion complexe est une bouteille à encre, où souvent l'on ne voit goutte. — Mais nous n'en sommes plus aux potions, c'est-à-dire aux mélanges extraordinaires et féconds en décompositions chimiques dans la fiole. Nous savons ce que nous faisons ; nous pouvons aller au but — comme une balle et non comme une charge de petit plomb.

Pourquoi se croiser les bras dès lors? Où est le danger, si ce n'est dans l'inaction? Certes, beaucoup de praticiens s'engageant encore inexpérimentés dans la voie que vous nous avez tracée, cher maître, ont dû faire fausse route. Et cependant aucun, que nous sachions, n'a jamais nui à son malade. C'est que nous agissons avec des doses ordinairement beaucoup moindres que celles en honneur dans la tradition ; et surtout que nous les donnons peu à peu, de telle sorte que les premières sont déjà absorbées quand les secondes sont administrées, et que l'économie est comme soumise à un courant eflicace, que l'on peut interrompre ou changer à volonté.

Oui! la clientèle réclame autre chose que la mollesse et l'incertitude; et elle est dans son droit. Demandez à nos actifs collègues, les médecins vétérinaires, s'il leur est permis de rester simples spectateurs quand un cheval tombe paralysé de ses membres? Est- il donc moins important de porter secours à un homme qu'à un animal?

Mais la question est jugée par la pratique elle-même, pour tout homme scrupuleux. Je demande à chaque médecin, de se rappeler quelques-uns do ces cas — comme malheureusement tout praticien en peut compter — où son intérêt surexcité par le malade ou la maladie, lui a fait arborer vaillamment le drapeau de la lutte. La maladie est complexe et terrible; parfois l'esprit chancelle. N'importe! un symptôme apparaît : on le combat, on l'éteint. Un autre ? on l'attaque. Alors que se passe-t-il autour de nous? Chacun s'empresse de vous seconder, volontaire empressé, soumis ; parfois héroïque ! Comme les passagers malhabiles d'un capitaine énergique. — Vous-même n'avez pas une confiance absolue dans vos moyens ; mais on a confiance en vous, parce qu'on sait que vous allez donner la mesure du possible. On vous voit aux prises courageusement, honnêtement, vous faible contre un ennemi

fort. On fait plus que vous aider : on vous approuve. C'est le verdict du public. Eh bien ! puisque les représentants officiels de la science laissent tomber le drapeau, ramassons-le ; c'est le plus noble qu'une main d'homme puisse tenir, car il représente dans l'ordre physiologique, la lutte du bien contre le mal ; mais en y inscrivant une nouvelle devise : « Agir, sans danger pour le malade, mais agir, agir toujours ! » Et cette devise qui est l'apanage de la dosimétrie, espérons-le, nous aurons assez d'énergie, assez de foi, pour la faire passer dans la pratique de tous.

D'' GOYARD.

MÉDECINE DOSIMÉTRIOUE

La pharmacie dosimétrique se compose de préparations parfaitement connues et dosées.

La médecine dosimétrique a ses lois, et ses moyens, ses lois, si claires, sont immuables comme la vérité.

Ses moyens peuvent varier, car elle adopte tous les progrès, surtout ceux de la chimie organique.

Si elle emploie la strychnine comme incitant vital par excellence, c'est qu'aucune autre substance n'a encore détrôné ce puissant alcaloïde.

Elle prend tous les médicaments nouveaux, les essaye ; ne les accepte ou ne les rejette qu'après un examen et une expérimentation sérieux, et les met sous forme granulaire pour les rendre solubles et en faciliter l'administration.

Les substances employées actuellement en dosimétrie sont les médicaments les plus puissants, les plus énergiques et les plus sûrs de ceux connus jusqu'ici.

En voici la liste par ordre alphabétique.

Nota. Nous rappelons en pou de mots les caractères physiques, chimiques et pharmacodynamiques, le médecin devant s'assurer par lui-même des médicaments qu'il prescrit.

Acide arsénieux. — Blanc, opaque ou translucide opalin ; se cristallise en octaèdres réguliers ; se fond au feu en répandant une odeur d'ail. Est un modificateur profond du sang ; convient aux engorgements anciens, lymphatiques, du foie et de la rate ; diminue les mouvements respiratoires ; a été employé contre l'emphysème pulmonaire et dans les alTections do peau dépendant d'une dyscrasic. L'acide arsé-

nieux est formulé au milligramme. On le donne à 1 granule à la fois, cinq ou sis fois dans la journée.

Acide benzoïque. — Existe dans tous les baumes ; est extrait du benjoin ; se cristallise en aiguilles soyeuses, d'une saveur acerbe un peu acre. Son peu de solubilité fait qu'il est préférable de le donner à l'état de benzoate. Employé dans les affections urinaires, comme modificateur des urines; se donne par 1 ou 2 granules à la fois, cinq ou six fois dans la journée.

Acide phosphorique. — Se donne avec la strychnine. fVoir cette dernière.)

Acide salicylique. — Extrait des fleurs de reine des prés. Volatil, cristaUisable, soluble dans l'eau bouillante, l'alcool et l'éther ; peut être donné dans toutes les affections infectieuses, adynamiques, putrides. Granulé au centigramme. 1 ou 2 granules à la fois, répétés d'heure en heure.

Acide tannique. — L'acide tannique ou tannin, se combine avec les bases pour former un des matériaux immédiats des végétaux. S'extrait du cachou, du quinquina, de l'écorce de chêne et surtout de la noLs de galle. Arrête les diarrhées colliquatives, les dysenteries, les hémorrhagies passives, les leucorrhées. Granulé au centigramme. 2 ou 3 granules à la fois, toutes les heures.

Aconitine. — Alcaloïde trouvé par Brandès dans l'aconit napel (Aconitum napellus). Blanche, pulvérulente, acre, amère, non volatile. Défervescent ou antithermique puissant ; a une action sédative très-marquée sur le système nerveux vaso-moteur ; s'administre dans toutes les pyrexies pour faire tomber la chaleur morbide et ramener le pouls à sa normale. Granulée au demi-milligramme, 1 granule tous les quarts d'heures ou demi-heures.

Aponiorphine . — Dérivé de la morphine ; jouit de propriétés vomitives. Se prescrit au début des angines, des bronchites. Granulée au demi-milligramme. 1 ou 2 granules à la fois, toutes les demi-heures jusqu'à effet.

Arséniates. — Modificateurs et reconstituants du sang : activent l'hématose et la nutrition; sont ordonnés dans les diathèses : l'arséniate d'antimoine, contre l'hépatisation et les rhumatismes; — l'arséniate de fer, dans toutes les maladies par altération du sang, excepté la pléthore ou polyémie, et pendant les convalescences ; — l'arséniate de potasse, contre les dyscrasies, les lésions organiques du poumon, du foie, etc. ; — l'arséniate de soude, idem ; — l'arséniate de strychnine (voir cette dernière) ; — l'arséniate de quinine, contre les fièvres intermittentes et rémittentes, typhoïdes; — l'arséniate de caféine (voir cette dernière). Granulés au milligrammes. 2 à 3 granules à la fois (sauf l'arséniate de strychnine), 'trois à quatre fois par jour.

Asparagine. — Principe immédiat cristaUisable, découvert par Vauquelin dans le suc de l'asperge. Diurétique, succédané de la digitaline.

Atropine. — Alcaloïde trouvé par Brandès dans la belladone {Atruim belladona) ; cristaUisable en aiguilles d'un blanc brillant. Antispasmodique puissant, produit la mydriase à dose exagérée (ou d'après l'idiosyncrasie) ; a une action sédative sur le système musculaire ; combat l'élément spasme dans toutes les affections nerveuses : coliques, tétanos, toux spasmodique, etc. Uni à un sel de strychnine, il dilate les sphincters, réussit, dans ce cas, dans les dysphagies, dysuries, stranguries ; facilite la réduction des hernies. Granulée au demi-miUigrammo. 1 granule à la fois, toutes les demi-heures jusqu'à effet utile.

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Benzoates d'ammoniaque, de lithine, de soude. — Neutralisent les urines acides. Conviennent dans les affections des voies urinaires et les affections calculeuses. Granulés au centigramme. 6 à 8 granules par jour, deux à la fois.

Bromhydrate de cicutine, morphine, quinine (voir ces alcaloïdes). Sont employés contre les hyperesthésies.

Briicine. — Alcaloïde découvert par Caventou dans VAngusture fausse. Existe dans la noix vomique et la fève de Saint-Ignace. — Blanche, pulvérulente, cristallisable. Excitant du système musculaire et des nerfs vaso-moteurs. Moins énergique que la strychnine ; la remplace chez de tout jeunes enfants ; est employée au début et à la fin des pyrexies, dans la bronchite capillaire, Temphysôme pulmonaire, l'asthme (combiné avec l'atropine ou l'hyosciamine). Granulée au demi-milligramme. 1 granule à la fois.

Bryonine. — Substance extraite do la racine de la bryone. Excitant du gros intestin, dans les constipations rebelles. 3 à 4 granules le soir au coucher. La bryonine est le succédané du podophylliu. Le matin, une cuillerée à café Sedlitz Chanteaud (voir ce dernier).

Caféine. — Alcaloïde découvert dans le café par Pelletier etRobiquet. —Blanche, cristallisable en aiguilles soyeuses ; volatile ; soluble dans l'eau et l'alcool. La caféine et ses sels (citrate, arséniate) sont des stimulants du cerveau. On" l'administre dans le coma, la somnolence, la migraine. On la donne également contre la fièvre de consomption, par conséquent, dans la dénutrition trop rapide. 3 à 4 granules toutes les heures.

Camphre mono-hromé. — Le camphre et le brome ne sont pas chimiquement combinés, mais par une sorte d'intussusception : une molécule de camphre allant se loger au centre d'une molécule de brome. Il remplace avec succès le bromure de potassium, dont il n'a pas les efi"ets relâchants ou paralysants. On le donne dans les érothismes sexuels (nymphomanie, onanisme, satyriasis), dans des convulsions hystériques, épileptiforraes, etc. 1 ou 2 granules à la fois. Trois ou quatre fois dans la journée.

Carbonate de lithine. — Sel ayant pour base un oxyde découvert par Arfwedson, dans quelques minéraux de Suède. Succédané des benzoates.

Clilorhydrate de morphine {wo'iv Morphine et ses sels). — Granulé au milligramme. 1 à 2 granules à la fois, toutes les demi-lieurcs, jusqu'à sédation de la douleur.

Cicutine (encore appelée Conicine, Conéiné). — Alcaloïde qui existe particulièrement dans la grande ciguë. Calmant de la sensibilité et de la contractilité; a une action particulière dans des hyperesthésies cutanées, le prurit, dans les douleurs lancinantes, dans l'angine de poitrine, etc. 1 ou 2 granules à la fois, toutes les demi-heures, jusqu'à sédation.

Codéine. — Alcaloïde découvert dans l'opium par Robiquet; se cristallise en prismes blancs ; amer, soluble dans l'alcool et l'éthcr. Calmant doux des irritations,

surtout (les Toies aériennes. Se donne dans la toux des hectiques, combiné avec l'iodoforme (voir ce dernier). 1 à 2 granules toutes les heures, jusqu'à sédation.

Cubébine. — Principe du poivre cubèbe, découvert par Soubeyran et Capitaine. Se donne dans des blennorhagies aiguës en remplacement du poivre cubèbe. — 5 à 6 granules à la fois, toutes les heures (comme abortif).

Cyanure de zinc. — Granulé au milligramme. Dans la chorée, l'épilepsie. 1 ou 2 granules à la fois, trois ou quatre fois par jour. Doit se continuer pendant longtemps : sis mois, une année (en interrompant de temps en temps).

Colchieine. — Alcaloïde découvert par Geiger et Hène dans les semences de colchique. Cristallise en aiguilles fines, incolores, de saveur amère. Diurétique puissant. S'emploie dans les épanchements des séreuses; contre le rhumatisme articulaire aigu. Granulé au demi-milligramme. 1 granule à la fois, toutes les demi- heures, avec une tisane diurétique.

Daturine. — Alcaloïde découvert par Brandès dans les semences du Datiira stramonium. Antispasmodique, succédané de l'atropine et de l'hyosciamine. 2 granules à la fois toutes les demi-heures. La daturine n'a pas une action mydriatique aussi marquée que celle de ses congénères.

Digitaline. — Alcaloïde de la digitale pourprée, isolé et obtenu par Homolle et Quevenne. Solide, blanc ou blanc-jaunâtre très-amer. Défervescent énergique par son action sédative sur le cœur et la circulation ; diurétique par diminution do la pression intra-vasculaire. Convient dans toutes les pyrexies ; dans toutes les hydropisies (combinée avec les arséniates). Granulée au milligramme. 1 ou 2 granules à la fois, toutes les demi-heures dans les pyrexies ; toutes les deux heures dans les hydropisies (principalement des plèvres) .

Élatérine. — Extraite du concombre sauvage (Momordica elaterium) ; blanche, très-amère. Active les fonctions de l'intestin, agit comme hydragogue. Granulée au milligramme. 1 ou 2 granules à la fois, toutes les heures, jusqu'à effet.

Émétine. — Alcaloïde découvert par Pelletier dans l'ipéca. Poudre blanchâtre, inodore, de saveur amère. Possède les pi-opriétés contro-stimulantes de l'ipéca. Se donne au début des angines, bronchites, pneumonies. Granulée au milligramme. Chez les enfants, 1 granule toutes les demi-heures; chez les adultes, 3 à 4 granules, jusqu'à effet.

Ergotine. — Extrait amorphe du seigle ergoté. Réveille l'action expulsive du système utérin. Convient dans la diarrhée opiniâtre, la dysenterie, le purpura hemorrhagica, l'hématurie. Granulée au centigramme. 3 ou 4 granules à la fois, toutes les heures, jusqu'à effet.

Hydro-ferro-cyanate de quinine. (Prussiate.) — Sel jaune-verdâtre ; se cristallise en petites masses aiguillées ; à peine soluble dans l'eau ; très-soluble dans l'alcool. On l'obtient en faisant agir 100 parties de sulfate de quinine et 31 parties de

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protocyanure de for et de potassium dans 2,500 parties d'eau distillée. Fébrifuge et sédatif des douleurs névralgiques. Granulée au milligramme. 3 à 4 granules toutes les demi-heures, jusqu'à sédation.

Hyosciamme. — Alcaloïde découvert par Brandôs dans les semences de la jusquiame noire {Hyosciamus niger). CristallisaLle. Saveur amère. Antispasmodique, mais ayant une action trùs-marquée sur le gosier et les yeux.

Hypophosphites de chaux, de soude. — Dans les maladies de misère physiologique et diminution d'éléments calcaires dans les os : rachitisme, ostéomalacie. Granulés au centigramme. Pour les enfants nourris au biberon, on écrase 4 à 5 granules par biberon.

lodhydrate de morphine. — Combinaison d'iode et de morphine. Saveur amère, légèrement astringent, avec un léger goût d'iode. Convient spécialement dans les affections scrofuleuses : ostéites, ulcères rongeants, etc. 3 à 4 granules jusqu'à sédation.

lodofornie. — Composé découvert par Serullas ; contenant 90 p. c. d'iode. Modificateur et calmant. Se donne dans les irritations récentes ou anciennes des premières voies (angine, bronchite, coryza, etc.). Granulé au milligramme. 2 à 3 granules à la fois, toutes les demi-heures, jusqu'à sédation.

lodure de mercure. — Granulé au milligramme (proto-iodure) et au centigramme (deuto). Dans les affections syphilitiques. 3 à 4 granules par jour, avec une infusion de salsepareille.

Jalapine. — Résine principale du jalap. Excitant du gros intestin. Convient dans la paresse intestinale, l'entérite chronique, conjointement avec l'iodhydrate de morphine. Granulé au milligramme. 2 à 3 granules, deux heures après les repas.

Kermès minéral. — Expectorant. Granulé au centigramme. 1 ou 2 granules à la fois (avec un looch blanc).

Kousséine. — Principe du kousso. — Vermifuge. Granulé au milligramme. 4 à 5 granules par administration, matin et soir, avec 1 ou 2 granules do colocynthine, et le lendemain une cuillerée d'huile de ricin.

Morphine et ses sels. — Un dos alcaloïdes do l'opium. Tous les sels do morphine ont une saveur amère. Calment la douleur et préviennent l'inflammation :

dans la méningite, l'encéplialite, la cardite, la pleurésie, etc. Granulés au milligramme. 2 à 3 granules toutes les demi-heures ou heures, jusqu'à sédation.

Narcéine. — Principe immédiat de l'opium, découvert par Pelletier. Cristallisé en aiguilles blanches, de saveur styptique. Calme le système nerveux. Contre les toux rauques, douloureuses. Granulé au milligramme. 1 ou 2 granules toutes les heures, jusqu'à sédation.

Phosphure de zinc. — Dans les affections ehoréiformes et épileptiformes. Granulés au milligramme. 2 à 3 granules à la fois, deux ou trois fois par jour (conjointement avec la brucine).

Picrotoxine. — Principe immédiat, découvert par BouUay dans la coque du Levant [Coculus indiens) ; cristallise en prismes quadrangulaires blancs, excessivement amers, vermifuge; contrôles accès épileptiformes occasionnés par les helminthes. Granulée au demi-milligramme. 2 granules (pour un enfant), le soir, à son coucher, et le lendemain matin une cuillerée d'huUe de ricin. Pour un adulte, 3 granules.

Pipérine. — Matière cristalline, découverte par Œrsted, dans le poivre noir. Mêmes propriétés que la cubébine. Granulée au milligramme. 5 à 6 granules à la fois, trois fois dans la journée (conjointement avec la digitaline et l'aconitine, si la blennorrhée est aiguë). On combattra le ténesme vésical par la cicutine. 2 à 3 granules par jour.

Podophyllin. — Résine extraite delà podophille(Po(?op/tî///î«n2'e/<a^M)n). Déconstipant. 2 granules le soir en se couchant. On peut y joindre la strychnine et l'hyosciamine , en vue de régulariser le mouvement péristallique, 1 granule de chaque. Le matin une cuillerée à café de Sedlitz Chanteaud.

Pilocarpine (et sels). — A une action très-marquée sur les glandes salivaires; excite la circulation capillaire. Convient dans les anémies locales et les inflammations qui en sont la suite : surtout l'ophthalmie des lymphatiques. S'emploie principalement en injections hypo-dermiques (sous-nitrate).

Quassine. — Principe non azoté, extrait du Quassia amara et du Quassia sima' rouba. Stomachique ; excite l'appétit. S'emploie dans les dyspepsies, à la fin des maladies aiguës et pendant le cours des maladies chroniques. Jouit comme amer de propriétés fébrifuges. Granulé au milligramme. 1 ou 2 granules au commencement des repas.

Quinine et ses sels (sulfate, hromhydrate, arsémate, hydro-ferro-eyanaté) (voir ce dernier). — Alcaloïde découvert par Pelletier et Caventou dans l'écorce du quinquina

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jaune; trouvé depuis dans les diverses variétés de quinquina (rouge, gris, bronzé). Les sels de quinine réveillent la tonicité des tissus. Se donnent contre la torpeur, les accès fébriles, les maladies infectieuses et miasmatiques, les liémorrliagies périodiques : métrorrhagies , épistaxis. Vermifuges. Granulés au centigramme. 3 ou 4 granules, toutes les heures, dan.s l'intervalle des accès. On augmente la force du médicament, en ajoutant chaque fois 1 granule d'arséuiate de strychnine.

Salicylates : d'ammoniaque, de fer, de quinine, de soude. — Conviennent dans le rhumatisme articulaire aigu et comme antriputrides et antiseptiques. Granulés au centigramme. 3 à 4 granules à la fois, toutes les demi-heures dans les cas aigus, 6 à 8 granules par jour dans les cas chroniques.

Santonine. — Principe extrait des semences et des sommités de l'armoise [Artemisia santoniea) . Anthelminthique excellent. Granulé au centigramme. 2 granules à la fois, le soir au coucher, et le lendemain une cuillerée d'huile de ricin. Convient aux enfants.

Scillitine. — Principe amer trouvé dans le bulbe de la scille maritime. Diurétique ; favorise l'absorption et les sécrétions. Contre tous les épanchements des séreuses. Granulée au milligramme. 2 à 3 granules à la fois, répétés dans la journée.

Sel de Gregory. — Combinaison de codéine et de morphine. Contre la douleur, les toux pénibles, conjointement avec l'émétine. 1 granule de chaque, toutes les demi-heures jusqu'à sédation. L'émétine et le sel de Gregory font l'effet de la poudre de Dower et ont les mêmes indications.

Strychnine [et ses sels : arséniate, sulfate hypopliosphite). — Alcaloïde découvert par Pelletier et Caventou dans la noix vomique et la fève de Saint-Ignace. Se rencontre dans tous les végétaux delà tribu des strychnées. Pure, la strychnine esiblanche; cristallise en prismes à quatre pans, terminés par des pyramides à quatre faces. Son amertume est'excessive. Incitants vitaux par excellence, les sels de strychnine sont le cheval de bataille du médecin. On les donne au début de toutes les pyrexies et inflammations, afin de soutenir les forces de l'organisme. Ils conviennent dans toutes les paralysies où la myotilité n'est pas éteinte. Soutiennent l'action du cœur et peuvent ainsi éloigner l'agonie. Granulée au demi-milIigrammc, ils no peuvent donner lieu à aucun accident si l'on procède par 1 granule à la fois, répété à des intervalles d'autant plus rapprochés que le cas est plus urgent. Il faut les pousser jusqu'à effet attendu et non s'arrêter en chemin.

Sulfure de calcium. — Phytocide ; convient dans toutes les maladies cryptogamiques : croup, angine couenneuse ou diphthéritiquo, muguet ; contre les toux et jetages rebelles : coryza, angine, broncliites clironiques. Granulé au centigramme. 2 granules à la fois, toutes les dcmi-licurcs (pour les enfants).

Valérianates [de fer, de quinine, de 5:»ic).— Stimulant actif du système nerveux :

contre la chorée, les convulsions épileptiformes. Granulés au centigramme. 2 granules à la fois, trois ou quatre fois dans la journée hors des accès. On les combine avec la brucine et la daturine, pendant les accès. 1 granule de chaque toutes les demi-heures.

Vératrine. — Alcaloïde découvert par Caventou et Pelletier, dans la cévadille (Fera^rwm sa&adî7ta) et dans l'ellébore blanc (Veratrum album). Blanche, extrêmement acre, soluble dans l'alcool et l'éther, insoluble dans l'eau. Défervescent et contro-stimulant ; a une action double sur l'état fébrile : fait tomber la chaleur et le pouls et remplace avantageusement le tartre émétique à haute dose. On peut la donner dans toutes les maladies aiguës, surtout dans la pneumonie, les rhumatismes aigus tant musculaires qu'articulaires ; au début des angines, bronchites. Granulée au demi-milligramme. On en donne 1 granule tous les quarts d'heure, jusqu'à effet contro-stimulant.

Résumé des modificateurs dosimétrigues.

Les associations de médicaments sont communes en dosimétrie ; il ne pouvait en être autrement, puisque c'est une thérapeutique des symptômes, ou symptomatologieraisonnée qui ne perd jamais de vue la cause, et que, dans tout traitement, il y a la dominante et la variante, la première s'adressant à la cause, la seconde aux effets.

Ces associations peuvent paraître choquantes au premier aspect. Il n'en est rien pourtant ; prenons un exemple. La strychnine est un incitant, l'hyosciamine un antispasmodique. Ces deux substances réunies, agissant en sens contraire (striclum et laxum) , vont lever un obstacle dynamique : dilater les sphincters, reserrer le corps d'un viscère creux, de manière à expulser le contenu, comme dans les dysuries spasmodiques. Il est évident qu'il y a, d'une part, contracture du col de la vessie et de l'autre, subparalysie du corps. Or, si on ne lève pas ces deux obstacles, l'un actif, l'autre passif, on n'obtient pas l'effet désiré. C'est pour cela que l'allopathie est si souvent impuissante, n'ayant jamais en vue que le fait en lui-même et non les causes.

Il est prouvé que les sels de quinine ne donnent de très-bons résultats dans les fièvres paludéennes qu'associés à un sel de strychnine (sulfate, arséniate).

Dans la fièvre, il y a paralysie des nerfs vaso-moteurs, amenant l'engorgement et la compression des vaisseaux : les alcaloïdes défervescents, tels que la vératrine, l'aconitine, la digitaline, la strychnine, diminuent la compression intérieure des vaisseaux. Ils constituent, pour ainsi dire, la variante du traitement de la fièvre, tandis que la quinine qui combat l'élément miasmatique, constitue la dominante.

Nous pourrions multiplier ces exemples ; ils suffisent, croyons-nous, pour démontrer que ces associations magistrales sont rationnelles et physiologiques.

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Incitants vitaux.

Strychnine et sels.

Brucine.

Le médecin ne doit pas perdre de vue qu'il ne peut rien en dehors de la vitalité. Quelle que soit la maladie : aiguë ou chronique, c'est à soutenir les forces vitales qu'il doit s'attacher surtout, s'il faut employer des moyens débilitants, tels que la saignée, les évacuants par haut ou par bas, la diète, ou qu'il existe de grandes suppurations, des cavernes : dans les plaies, les phthisies. Il ne faut pas perdre de vue que ce ne sont pas là des remèdes, mais des nécessités du moment; partant, l'exception et non la règle, comme on l'a fait malheureusement jusqu'ici.

Toute maladie est, sinon guérissable, du moins amendable; mais pour cela il ne faut pas désespérer ou se tenir dans une triste expectation, qui fait du médecin un assistant de la mort. D'ailleurs, qui y est le plus intéressé, si ce n'est le médecin lui-même? Le malade est alité, prostré, incapable de mouvement; toutes les fonctions nutritives sont enrayées et, par contre, celles de réceptivité augmentées ; il est sensible au moindre bruit, la lumière même du jour l'irrite : faut-il l'affaiblir encore par un traitement spoliateur et par la diète? Nullement : il faut soutenir ses forces par la strychnine. Cet incitant vital doit donc être le cheval de bataille du médecin, tant dans les maladies aiguës que dans les maladies chroniques.

En médecine, ce sont surtout les fautes qui instruisent ; ce ne sont donc pas tant les cas heureux qu'il faut enregistrer, mais les cas malheureux.

En vain, objectera-t-on qu'on a traité d'après l'art; puisque cela veut dire souvent un art suranné, impuissant. Il faut en médecine, comme en toutes choses, suivre le progrès et ne répudier aucun moyen que la science met à notre disposition.

Défervescents : aconitine, vératrine, quinine, etc.

La fièvre est toujours un danger quand elle persiste ; il faut donc la combattre quelle que soit la nature et son rhythme : continu, rémittent, intermittent. Il faut dès que le pouls et la chaleur s'élèvent au-dessus de la normale physiologique, les y ramener; ce qui est toujours possible, sinon d'une manière complète, du moins approximativement. La fièvre doit être considérée comme une asthénie, plutôt que comme une sthénie. C'est comme le baromètre qui monte et ne peut se soutenir: signe d'un temps incertain. L'excès de calorique brûle le sang et paralyse les vaisseaux; par conséquent, plus la fièvre est grande, plus le malade est faible. Il ne suflit pas alors d'un régime plus ou moins réconfortant : pour manger, il faut en avoir

la force. La diète prolongée a, à son tour, pour résultat d'augmenter la fiôvre, en exagérant la combustion intérieure. La dosimétrie, avec ses médicaments agissant par catalyse, permet de nourrir les malades dès que la fièvre est tombée. Avec elle — ou après — on peut dire qu'il n'y a pas de convalescence, parce que la maladie se termine par résolution. On donnera donc, dès le début, la strychnine, à laquelle on ne tardera pas d'ajouter l'aconitine, la vératrine, pour peu que l'état du pouls et de la calorification l'exige (38, 39, 40° c), sans doute on ne coupera pas une fièvre rémittente ou typhoïde, comme une fièvre intermittente simple ; celle-ci peut également devenir rémittente, c'est dire que les mêmes moyens doivent être employés. Nous en avons cité de nombreux exemples dans le cours de cet ouvrage. Voyez les histoires de maladies qu'Hippocrate nous a laissées : on y voit des malades lutter, pendant quarante, cinquante, soixante, quatre-vingts et même cent jours. C'est tout à fait comme avec les expectants d'aujourd'hui. Arrière ces hommes qui se disent médecins et qui n'osent agir !

iVarcofôçMes ; morphine, jccdéine, narcéine,hyosciamine, atropine,

daturine, cicutine, etc.

Calmants. l Antinévrosiques : valérianates.

Anesihésiques : chloroforme, iodoforme, chloral borate, croton-

chloral.

Ces moyens ont le grand avantage de se concilier avec le régime.

Ici le calmant doit être relatif à l'état du malade et à la nature des symptômes : spasme ou douleur. Ces moyens ne doivent donc être que temporaires, et il faut se garder d'en faire la base d'un traitement, parce qu'en même temps qu'ils calment, ils énervent et suspendent les sécrétions et excrétions.

Expectorants : émétine, scillitine, kermès. Éliminants. { Diurétiques : digitaline, colchicine.

( Purgatifs : Podophillin, bryonine, Sedlitz Chaateaud.

Le médecin doit être sobre de purgatifs, qui fatiguent les organes quand on en prolonge l'usage : c'était le tort des médicastres d'autrefois. D'ailleurs, il n'y a pas seulement les éliminants : tous les moyens qui font cesser un obstacle à la sécrétion et l'excrétion méritent ce nom. Ainsi des narcotiques, des relâchants, des excitants. On aide à la purgation par la strychnine et l'hyosciamine, s'il y a en même temps spasme et subparalysie de l'intestin.

L'art du médecin consiste à bien choisir ses moyens.

DE MÉDECINE DOSIMÉTRIQUE. 455

Toniques i De l'estomac : quassine.

digestifs. { De f intestin : jalapine, colocyntHne.

Ici encore, il faut avoir égard à la vitalité du tube digestif; les digestions artificielles ne sauraient suppléer aux digestions naturelles. C'est ainsi que la pepsine même pure, ne saurait remplacer le liquide normal de l'estomac. La digestion n'est pas un acte chimique, mais un acte vital. On comprend dès lors l'utilité de la quassine qui, par sa nature, se rapproche de la strychnine, c'est-à-dire de l'incitant vital par excellence. On peut en dire autant de la jalapine et de la coloej'nthine, qui viennent en aide aux dernières opérations de la digestion. Ainsi dans la dyspepsie stomacale," on donnera la quassine ; et dans la dyspepsie iléale, la jalapineet la colocynthine.

Reconstituants : arsenic, fer, iode et sels.

Ces moyens n'agissent que par catalyse physiologique, c'est-à-dire qu'ils provoquent les mouvements de la nutrition sans y participer, ni physiquement, ni chimiquement. Il en est de l'animal comme de la plante : il puise ses éléments nutritifs dans son sol à lui. C'est pourquoi le célèbre Boerhaave avait défini l'animal «^ une plante retournée", c'est-à-dire ayant ses racines en dedans. Les sels métalliques et les métalloïdes qu'on administre sous forme de médicaments, n'ont donc d'autre efi'et que d'activer l'absorption intestinale, puisqu'ils sont peu absorbablcs par euxmêmes et qu'on les retrouve en grande partie dans les matières fécales, surtout si on les a donnés en pilules grossières, comme on le fait en allopathie.

Antiputrides : acide phénique, acide salicylique et sels, sulfures.

Ces médicaments ont particulièrement pour objet de tuer ou éloigner les ferments tant végétaux qu'animaux. On sait, aujourd'hui, la part que ces infiniment petits prennent aux décompositions organiques.

Vermifuges : santonine, picroioxine, kousséine.

Tous ces médicaments agissent par leur amertume plutôt que par une action toxique propre.

Neutralisants.

a. Acides. — Eaux minérales alcalines.

b. Alcalins. — Eaux minérales acidulés gazeuses.

Dans l'état physiologiq^uo ou de santé, nos humeurs, de même que les sucs qui imprègnent nos tissus sont neutres. Si cet état chimique vient à se modifier dans un sens acide ou alcalin, il y a maladie, soufirance et par suite phlogose, c'est-à-dire altération de tissus. Dans les scrofules et les inflammations qui en dépendent, de même que dans les rhumatismes, c'est l'état acide qui prédomine. Les maladies par excès d'alcalinité sont plus rares, les bases étant facilement détruites — à moins d'abus des alcalins, par exemple, des doses excessives de bromure de potassium, de salicylate de soude, qui substituaient ainsi un état morbide à un autre.

Dans les cures d'eaux minérales, il faut toujours soutenir la vitalité par les modificateurs propres, tels que la strychnine, la quassine, l'aconitine, la digitaline, etc.

Spécifiques. — On ne connaît guère comme spécifique que le mercure, contre la syphilis, et son correctif, l'iodure de potassium. C'est dire qu'il faut se garder du mercurialisme qui a produit tant de ravages.

Tel est l'arsenal dosimétrique. Mais on n'oubliera pas que préalablement à toute médication, il faut déblayer les voies digestives, afin que les médicaments ne tombent point dans un évier. C'est pour cela que le Sedlitz Chanteaud est nécessaire. Sel tonique et rafraîchissant, il entretient le sang dans son état neutre, qui en fait un liquide doux, nutritif et prévient ainsi , toutes ces irritations ou échauflements dont on a voulu, à tort, faire des entités morbides. La médecine est devenue ainsi une sorte d'histoire naturelle, où les nosographes ont planté leurs étiquettes, comme on fait pour les herbes, bonnes ou mauvaises. Ne vaut-il pas mieux détruire ces dernières qu'en faire l'objet d'une culture plus curieuse qu'utUe. Tel est aussi le but de la dosimétrie.

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