TRAITEMENT DE LA TROISIEME ESPECE DE FLUXION
Quand la fluxion se porte aux veux, ils s'enflamment, ils deviennent enflés. Il faut y remédier d'abord, par des applications humides ou :5èclies. S'ils sont enflammés, n'y mettez rien, mais appliquez un cautère actif dans les parties inférieures, ou bien détournez l'humeur par quelque purgatif, vous gardant bien de faire vomir.
Quand l'on sent comme du petit gravier qui roule dans les yeux, il faut faire des liniments qui provoquent abondamment les larmes ; humecter et relâcher tout le corps, afin de relâcher aussi les yeux, et de procurer un larmoiement copieux, qui dissolve et emporte les petites concrétions (1).
Voilà pour l'ophthalmie aiguë. On voit qu'Hippocrate établit nettement son traitement : tantôt sec, tantôt humide, selon qu'il est supporté; dériver soit par les cautères, soit par les purgatifs, et pousser à la sécrétion lacrymale. En même temps on aura recours aux alcaloïdes défervescents, pour faire tomber la fièvre : aconitine vératrine, et l'hydro-ferrocyanate de quinine pour empêcher le retour des accès, l'hyosciamine pour dissiper le spasme ou la photophobie. Il n'y a pas de maladies où la jugulation soit plus nécessaire, si on veut prévenir les désordres organiques. A quoi bon toute cette anatomie pathologique, sinon à faire vi\Te les spécialistes?
Voici comment Hippocrate s'explique sur les ophthalmies chroniques :
Si la fluxion ne se porte sur les yeux que peu à peu, y excitant des démangeai- .sons, on fera des liniments avec des adoucissants, propres à dessécher et à faire couler les larmes en petite quantité. On prendra en même temps par le nez quelque remède capable de faire couler environ deux onces d'humeurs dans vingt-quatre heures. L'on en usera chaque trois jours. On doit attirer l'humeur par des remèdes doux, pour la détourner des yeux et les dessécher. Les errhins qui purgent la tête,
(1) At vero, cum ad oculos fluxio decubuerit, oculi iuflammatione et tumore vexamur. Sic affectus medicamento, aut liquide, aut sicco asperso curandus est. Quod si subito inflammationem concipiant, nihil omnino illinito, sed vel fortissimo aliquo medicamento, quam maxime infernas partes urito, vel alio quopiara alvum subducito et attenuato, cautione adhibita, ne vomitum provoces. Quod si velut lapilli decurrant, medicamenlum, quod plurimam lacrymam cicat, illinito. et reliquum corpus humectum et tumidum reddito, quo oculi huraidiores évadant, ac colluantur, ut concretam lacrymam decurrere facias.
attirent les humeurs de partout, quand ils sont forts ; mais s'ils sont faibles et doux, ils l'attirent des yeux seulement et des parties voisines (1).
Le paragraphe suivant fait voir qu'Hippocrate connaissait les ophthalmies profondes, loc^ilisées dans les diverses parties de l'œil et l'orbite.
Quand la fluxion est dans les chairs, et le tissu cellulaire qui se trouve entre les os et les chairs des yeux, on le connaît en ce que l'écoulement de l'humeur vient de ces parties, qui la laissent suinter par compression. Il s'y fait des ulcères ; on a des maux de tête ; les yeux larmoient souvent, sans que les paupières s'ulcèrent ; on n'y sent point alors de démangeaisons ; la vue, au lieu de se troubler, est plus perçante ; l'humeur ne venant point du cerveau, n'est pas salée, elle est muqueuse. Voici quel est le traitement convenable : on purgera la tête avec des errhins doux; on diminuera la masse des humeurs, en donnant des aliments et des remèdes qui lâchent le ventre, afin de dessécher un peu tout le corps et de détourner les humeurs, conjointement avec les remèdes pris par le nez. Si le mal de tête ne se dissipe point, il faut faire à la tête des incisions transversales ; il les faut profondes, qui aillent à l'os, afin que la fluxion sorte promptement par plusieurs ouvertures qui pénètrent les chairs jusqu'à l'os. Tel est le traitement dont on peut espérer du succès; s'il ne réussit point, si par ces moyens l'Immeur ne s'évacue pas, si la vision reste dans le même état, les yeux deviennent de plus en plus étincelants, et l'on finit par perdre la vue (2).
On voit qu'Hippocrate avait le génie chirurgical. Les incisions profondes dont il parle, peuvent être nécessitées par le phlegmon intra-orbitaire. Cet abcès se forme quelquefois à la suite de l'avulsion d'une des petites molaires supérieures, dites « dents de l'œil n. Nous en avons ren-
(1) Cum autem paulatim in oculos fluxerit, pruritumque exhibuerit, sic affectum molli medicamento, quod siccare, simulque modicam lacrymam ciere possit, illinito, naribusque raedicamentum admoveto, aut siiigulis diebus, aut tertio quoque die, eodem utens. Sit autem medicamentum ejus generis, quod non amplius, quam acetabulum per nares educat, idque paulatim. Quod vero oculis admovetur, siccandi facultate valeat, uti, quod oculorum medicamentum resiccarit et obturarit, etiam per nares deducatur.
At medicamenta caput purgantia, quîe quidem sunt valentia, a toto capite deducunt, quje vero imbeciUin, ab oculis, et inde a vicinis naso partibus.
(2) Quod si muco inter os et carnem subsistente, ex carne et osse in oculos fluxio decumbat, ex eo cognosces, quod bis ex locis defluat. Quod in capite comprimitur, cedit, et ulcéra in capite erumpunt oculique illacrymantur, palpebrse non exulcerantur, neque mordet fluxio, neque oculorum aciem hebetat, sed aeger acutius cernit. Sitiuidem fluxio minime salsa est, cum de cerebro non procédât, verum mucosa magis. Sic aflectus hac ratione curandus est. Caput. medicamento non valent! purgandum, et corpus tum cibis, tum medicamentis infra subducentibus attenuandum, quo attenuato corpore fluxus resiccetur, aut per medicamentum naribus admotum divertatur. Quod si ne sic quidem convalescat, caput ad os usque sccandum, non sublimibus, neque transversis secturis, sed ad os ipsum pertingentibus, et crebris quidem, quo collectus humor citins per ulcéra effluat, simulque crebrfe scissurae efficiant, uti caro ad os insistât. Eaque curatio bujusmodi successum est habitura. Sin minus hsec commode prseparata fuerint, non est elotus oculus, ut ista elotione acutius cernere posBit, semperque potius ab incumbente humore splendescens redditur, hominisque acies extiuguitur.
contré un cas chez un étudiant en médecine : l'œil était profondément douloureux et projeté en avant, sans ophthalmie apparente ; il y avait fièvre avec délire. Afin d'éviter le transport au cerveau, nous avons fait une incision semi-circulaire, concentriquement au rebord orbitaire inférieur, en ayant soin de suivre le contour du muscle orbiculaire, puis nous avons fait pénétrer le bistouri jusqu'au fond de l'orbite en ayant soin de ménager les nerfs et les vaisseaux. Le résultat de cette opération a été la prompte guérison du malade, qui a conservé depuis de l'amblyopie de ce côté, par suite de l'atrophie du nerf optique.
Hippocrate décrit dans les termes suivants la choroïdite indienne :
Quand il vient aux yeux des humeurs sanguinolentes, qui souillent la pureté de leur humeur naturelle, la pupille s'éraille ; elle rentre en dedans, de manière qu'elle n'est plus ronde. L'endroit où est l'humeur sanguinolente n'est point transparent, ce qui fait aussi que le champ de la vision n'est pas rond ; c'est comme si l'on mettait au-devant de l'œil quelque corps opaque mouvant. On ne voit aucun objet comme il faut. Dans ce cas, on doit appliquer le feu aux veines de l'œil qui battent sans cesse, entre les oreilles et les tempes. Après cette opération, on mettra aux yeux des remèdes humectants et relâchants. Il faut faire couler les larmes très-abondamment, afin d'en traîner l'humeur portée aux yeux, qui fait la maladie (1).
Enfin Hippocrate prévoit les ulcérations et la fonte d'œil.
Quand il y a à l'œil quelque déchirure, on doit user de remèdes émollients et astringents, afin de resserrer la plaie, et de faire que la cicatrice soit la plus petite possible (2).
On vante aujourd'hui la pylocarpine dans le traitement des maladies des yeux; si le remède n'était pas connu d'Hippocrate, il connaissait l'indication ; c'est-à-dire une abondante sécrétion salivaii'e. C'est toujours la doctrine des fluxions — comme on fait d'un fleuve gonflé.
(1) Quod si in ipsius visus humorem purum cruentus aliquis humor inciderit, huic pupilla intus in oculo minime esse rotunda ob eam causam apparet, quod in quo cruentum illud inest, visionem non recepit, huicque, quod cernitur, desinit rotundum esse, et ante oculos ei quîedam obversari videntur, nihilque quidquam re vera, ut est, cernit. Huic venas adurito, qufe videndi aciem premunt, quœque semper puisant, et inter aurem et tempora a natura sitse suut, easque ubi occluseris, medicamenta, quœ humectant oculis adhibeto, lacrymamque quamplurimam educito, uti quod in cculis consistit, et morbum facit, coUuatur.
(2) Quod si rumpatur oculus, mollibus et ocerbis medicameutis utendum, ut constrictum ulcus in angustum vedigalur, cicatrixque tenuis fiât. Cum vero albugo fuerit, lacrymae oculo conferunt.