CHAPITRE DEUXIÈME
DE MAGNETICA VULNERCM NATURALI ET LEGITIMA CURATIONE, CONTRA R. P. JOANNEM ROBERTI TIIEOLOGIÆ DOCTOREM SOCIETATIS JESU (l).
Le traité du magnétisme animal est l’œuvre de la jeunesse de Van Ilelmont, de cette partie de sa vie, où dégoûté déjà des grossières théories du galénisme, il est encore en partie sous l’empire des idées mystiques de Paracelse. Il fut publié, à Paris, à l’insu de l’auteur en 1621, et a exercé sur sa vie une très-grande influence, comme on a pu s’en assurer dans la partie biographique de ce travail.
On attacha à. ce traité, lors de son apparition, une importance qui nous paraît exagérée; car, de toutes les œuvres de Van Helmont, c’est incontestablement la plus faible : il est probable qu’il en jugeait ainsi, puisqu’il ne la destinait pas même à la publicité. Nous regrettons que l’on ait reconnu assez d’importance à cet écrit, pour le comprendre dans l’édition complète de ses travaux : c’est une page qu’on est surpris de retrouver au milieu des belles idées développées dans l ' Or tus Med wince. Les œuvres complètes ont toujours un côté assez triste; il n’est pas, en effet, dans la destinée de l’homme, de se maintenir constamment au même niveau. Aussi croyonsnous qu’on rend incomplètement la pensée d’un homme de génie, en attachant une trop grande importance à des ouvrages, qui, comme celui qui nous occupe, sont tout à fait accessoires.
Dans ce Traité, Van Helmont admet comme démontrée l’existence du magnétisme animal et il s’efforce de faire partager son opinion par le lecteur. Il considère le magnétisme animal comme une propriété inhérente aux corps : Magnelismum esse quidem virlutem cœlestem, nullatenus lamen suhlunarihus tribuendam, multoque minus conficto unguento armorum (2). Et il a recours à celte propriété, comme à un Deus ea r ma-
(1) Paris, Victor Leroy, 1621 ; Liège, 1654, in-4°; Nuremberg, A. Endterus et Wolffgang, junior, 1662, in-4°.
(2) De magne t. vuln. curât ^ 62, p. 604.
BIBLIOGRAPHIE DE J. B. VAN HELMONT
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china , pour expliquer tous les phénomènes extraordinaires, qu’il entend rapporter ou dont il est témoin.
C’est le magnétisme animal qu’il invoque pour expliquer les guérisons miraculeuses produites par les reliques. Frustra nos sanclorum reliquias veneramur, si sola mater la impossibilis Aristote licorum supersit, et non accidentia quœdam in corruplo remanserint, quœ olim erant in vino (i).
C’est à l’influence du magnétisme animal, conservé dans l’étole de Saint- IIubert, qu’il attribue la guérison miraculeuse et la préservation de la rage par l’imposition de celte étole sur le malade (2).
C’est à l’existence du magnétisme animal encore, qu’il attribue la puissance malfaisante des sorcières.
Van Helmonl compare l’action du magnétisme animal à l’attraction exercée par le pôle sur l’aiguille aimantée. Dans les deux cas, dit-il, la cause est inconnue; mais celte ignorance ne permet pas de nier des faits évidents.
Malheureusement pour la thèse qu’il soutient, les faits sont loin d’être évidents; il y a longtemps déjà que les guérisons dites miraculeuses et obtenues par le contact de reliques, sont rejetées du domaine de la science. Il en est de même de la puissance des sorcières. Et si l’on recherche quels sont les autres faits sur lesquels se base Van Ilelmont, on est réellement stupéfait de voir jusqu’à quel point il poussait la naïveté. Bonus quandoque dormital Homerus : c’est le cas de le dire ici, et pour le prouver, il nous suffira de rapporter les deux faits suivants, cités par l’auteur dans l’ouvrage que nous analysons.
Une dame sujette à de fréquents accès de goutte, faisait disparaître la douleur aussitôt qu’elle allait s’asseoir sur la chaise de son frère. Cet effet, suivant Van Helmont, est dû à l’influence du magnétisme animal et nullement à l’imagination de la malade : effectus nullatenus imaginalioni aut scrupulo adsc.ribendus (3).
(1 ) Loc. cit., 59, p. 601.
(2) Loc. cit 45, p. 602.
(3) Loc. cit., 33, p. 599.
BIBLIOGRAPHIE DE J. B. VAIN HELMONT
Quant au second fait, le voici : Un Bruxellois, ayant perdu le nez dans un combat, se rendit chez un chirurgien nommé Tagliacozzum. Ce dernier eut recours pour le guérir sans difformité à l’autoplaslie, et emprunta le lambeau de chair au bras d’un domestique. Le blessé revint chez lui avec son nez d’emprunt. Treize mois plus tard il fut tout à coup désagréablement surpris en voyant cet organe se refroidir et finir par se putréfier. Qu’était-il arrivé? Après bien des lamentations et des recherches, on apprit que le domestique au bras duquel le Bruxellois avait emprunté son nez, était mort au moment où cet organe se refroidit. Yan Ilelmont ajoute : Super stites sunl liorum testes oculati Bruxelles (i).
Nous avons entendu raconter dans ce siècle, par un écrivain spirituel, Y Histoire du nez d'un notaire; mais ce n’était pas à litre de document scientifique. C’est sur des faits pareils que Yan Ilelmont s’appuie pour admettre l’existence du magnétisme animal. Nous croyons en avoir assez dit sur cet ouvrage pour justifier la faible importance que nous lui accordons.