‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 113 sur 116 · CONCLUSION GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

CONCLUSION GÉNÉRALE

Nous nous arrêterons ici dans notre examen des doctrines qui se sont succédées depuis Van Helmont. Nous ne dirons rien des doctrines médicales contemporaines; car aujourd’hui encore nous sommes à une période de tâtonnement et d’incertitude. Les discussions de principes qui s’élèvent de temps en temps dans les Académies de médecine de Belgique et de France, et dans les Sociétés savantes d’Allemagne et d’Angleterre, sont là pour établir la vérité de celte proposition. Une tendance se manifeste dans

(1) Defebr.,XM, 5, p. 774.

(2) Auber, loc. cit., p. 248.

INFLUENCE EXERCÉE PAR J. B VAN HELMONT

quelques pays, notamment en Allemagne, pour en revenir à l’anatomopathologisme de Bonet. L’École allemande, sous l’impulsion d’un homme de génie, est absorbée tout entière par l’étude de l’anatomie pathologique. Si jusqu’à présent Virchow a réussi à ne pas tomber dans l’anatomopathologisme, il se manifeste malheureusement parmi ses élèves une tendance très-marquée à exagérer les opinions du maître, et à pousser la science dans l’impasse d’un mécanicisme déguisé qui la ferait reculer de deux siècles.

Un mot encore avant de terminer. Le reproche capital fait à Van Helmont est qu’il n’a pas su reconstruire de doctrine, après avoir renversé celle de ses devanciers. Nul ne lui conteste ses mérites comme critique éminent; mais presque tous ceux qui ont écrit sur sa vie et ses œuvres, lui dénient le génie de la création.

A notre avis, c’est une injustice; injustice d’autant plus évidente, que le xixe siècle a agité les questions que Van Helmont avait soulevées, et paraît disposé à les résoudre dans le même sens que le médecin flamand.

Broussais n’a-t-il pas exposé sur les fièvres des idées identiques à celles de Van Helmont?

La simplification thérapeutique — préconisée outre mesure par Skoda — n’est-elle pas partout dans une certaine limite à l’ordre du jour?

La question de la saignée et des stimulants, soulevée il y a une quinzaine d’années par Todd en Angleterre, n’a-t-elle pas bouleversé toute la pratique médicale anglaise dans le sens qu’avait indiqué Van Helmont? L’Allemagne médicale a une grande tendance à se rallier à ces idées; et pour ce qui concerne la France, il nous suffira de citer les noms de MM. Trousseau et Beau, et de rappeler les nombreux travaux publiés depuis quelques années dans ce pays contre l’abus des saignées et les avantages d’une alimentation bien entendue dans les maladies aiguës, — pour prouver que là aussi la foi dans les opinions thérapeutiques de Broussais et de Bouillaud est fortement affaiblie.

Sur le terrain de la pathologie interne, ses doctrines ne sont pas moins fécondes. Chose étrange et qui prouve bien toute l’influence exercée par cet homme de génie : à peine Van Helmont a-t-il succombé que la médecine

sort du long sommeil dans lequel elle était plongée depuis Galien. De nombreuses doctrines — produits bâtards de son système — se disputent l’empire médical pendant plus d’un siècle : la chémiâtrie, le solidisme, l’anatomo-pathologisme, Tialro-mécanicisme se succèdent et sont successivement repoussés par les médecins comme ne répondant pas aux faits. La doctrine de Van Helmont, trop avancée pour son époque, n’a pas été comprise par ses contemporains; et il nous faut arriver jusqu’à Bordeu pour retrouver la médecine au point où l’avait placée le réformateur flamand.

Nous avons indiqué plus haut les opinions que Bordeu a fait prévaloir : ce sont celles de Van Helmont. On avait beau vouloir s’écarter des rêveries de ce méchant pendard flamand qui na jamais rien fait qui vaille (i), de celte canaille de chimiste (2), la logique des faits, plus puissante que les haines et les préjugés, ramenait forcément les idées de Van Helmont à flot. Et toutes les tentatives qui se sont succédées pendant plus de deux siècles, n’ont abouti qu’à les confirmer, et à nous ramener forcément, mais convaincus, dans le profond sillon que de sa main puissante il avait tracé pour l’étude de la médecine.

Quel plus bel éloge peut-on faire du génie du réformateur flamand?

(1) Lettres de Guy Patin, publ. par Reveillé Parise, t. I, p. 5S5.

(2) Loc. cit., t. II, p. 117.

TABLE DES MATIÈRES

Introduction 3

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