II. ARCHÉE
La vie, dit Van Helmonl, est un principe d’action, un initium formate. C’est une lumière — ens luminare, — donnée par le Créateur à l’homme en un instant unique pendant la fécondation.
La vie est donc un principe immatériel; mais elle dispose d’un instrument, qui lui permet d’exercer son influence : c’est à Yarchée qu’est dévolu ce rôle.
L’archée, emprunté au moine alchimiste Basile Valentin, avait déjà servi à Paracelse pour expliquer les opérations chimiques. Ce terme était employé comme répondant à un summus exallans spirilus,qui separahir e corporibus , exallalur et ciscendit ; occulta rerum virtus, generalis omnibus artifex et medicus ; vis est occultissima res omnes producens, divina virtute nimirum suffulta (1).
Tout ce que la nature produit dans le monde possède nécessairement un principe excitateur propre qui préside à sa génération et à ses mouvements. Quelque durs que soient les corps, ils renferment tous en eux une aura, qui protège la génération future et accompagne le produit engendré jusqu’à la fin de sa carrière. Quidquid igitur in mundum venit per natnram, necesse est habeat suorum motuivm initium, excitatorem et direclorem inlernum generationis. Singula ergo, utut dura et opaca, tamen ante sui istam soliditalem, claudunt in se anram, quœ ante generationem, semini haclenus fœcundo, internam , futuram généra tionem adambrat, et generatum ad finem scenœ usque comitatur (2).
(1) Guislain. La nat. consid. comme force inst., p. 26, ex Blancardii Lexicon Nov. mcd.
(2) Archeus faber, 2, p. 33.
Cette aura existe dans tous les corps naturels : on la retrouve dans le suc des végétaux et même dans les métaux densissima homogeneitate inspissalur (1). C’est Yarcheus faber, l’arcliée primitif, qui revêt la forme du produit engendré. Il a la notion infuse des lois suivant lesquelles se développe tout organisme, et il est chargé de présider à la manifestation normale de ces lois. C’est ce que Van Helmont exprime dans son style allégorique, en disant que l’archée renferme en lui Yimage séminale de l’organisme qu’il dirige.
L’archée préside à tous les actes tendant à la conservation de l’individu ou de l’espèce. Il existe déjà dans la semence; car la graine n’est que l’écorce de cette force invisible, que Van Helmont appelle archée. Constat Archeus verô, ex connexione vilalis aurœ, velut maleriœ , cum imagine seminali, quœ est interior nucléus spiritualis, fœcunditalem seminis conlinens ; est autem semen visibile , hujus tantum siliqua (2).
L’archée — Faber g enerationis ac Hector , — parcourt tous les recoins de son logis vivant ( animantatis ) et partout il transforme la matière suivant les exigences et le but de la partie créée. Il le fait avec discernement ; car il est plena insignitum scientia, potestalibusque necessariis rerum in sua destinalione agendarum, ornatum ; adeoque est vilœ et sensationis primarium organum (3). Ici, il loge le cœur; là, il assigne sa place au cerveau; et partout où il dispose un organe, il laisse pour présider à sa fonction un directeur spécial : ubique immobilem habitatorem prœsi dem, ex universali sui monarchia déterminai, juxta exigentiæ, par tium et destinationum fines (4). Quant à lui-même, il reste curalor, rectorque internus finium, in obitum usque (5).
11 y a donc deux ordres de principes directeurs pour la vie animale : Yarchée central et les archées locaux .
(1) Arc h. /a b. , 3.
(2) Loc. cit„ 4. p. 35.
(3) Loc. cit., 4, p. 53.
(4) Loc. cit.. 6, 53.
(5) Loc. cit., 7, 35.
L’archée central siégé à l’épigastrej d’où il se rend dans toutes les parties du corps qui réclament son concours.
Les archées locaux ou blas siègent dans les différents organes du corps et y exécutent les divers ordres de l’archée central. Ils président à tous les mouvements qui se produisent dans les organes; et par suite ils ont double fonction, suivant qu’ils dirigent le mouvement musculaire ou qu’ils président à la transformation des tissus, aux phénomènes intimes de la nutrition. De là un blas motivum et un blas alterativum.
D’autre part, comme il y a en nous deux espèces de mouvements, les uns volontaires, les autres involontaires, le blas moteur préside à une double série de phénomènes ; aussi Van Ilelmont admet-il deux espèces de blas moteurs, correspondant aux deux espèces de mouvements : Unum nempè, quod naturali molli, alterum vero voluntarium , quod per internum vielle sibi motor exsistit (1).
Le blas, qui préside aux mouvements de l’homme, est différent de celui qui gouverne le mouvement des astres (2), et qui sous le nom de Blas meteoron produit les vents et les tempêtes.
Il y a autant d’archées secondaires que d’organes : il y en a un pour chacun des viscères, le foie, les reins, les testicules, la matrice, les mammelles, le cerveau, etc. (5).
Aussi longtemps que les archées secondaires obéissent aux ordres de l’archée central, la santé persiste; mais dès que la discorde se produit entre eux, on observe les diverses maladies, qui varient d’après le siège occupé par l’archée local révolté.
L’archée agit sur le corps par l’intermédiaire de ferments. Par ce mot on entend une matière spéciale, qui agit comme stimulant soit en bien soit en mal sur les parties irritées par un archée. Nous aurons l’occasion de revenir plus longuement sur la signification précise que Van Ilelmont attribue aux ferments, lorsque nous ferons connaître les opinions qu’il émet sur les diverses maladies.
(1) Blas llum., 9, p. 148.
(2) Loc. ctf., 8-8, p. 148.
(3) Ignot Act. regim.