‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 38 sur 116 · I. GÉNÉRALITÉS · texte numérisé non relu

I. GÉNÉRALITÉS

Les maladies archéales correspondent à ce groupe de maladies qui ne sont caractérisées que par des troubles fonctionnels, sans lésions organiques, ou tout au moins sans lésions appréciables à nos moyens actuels d’investigation. Nous croyons inutile de faire remarquer que Yan Ilelmont ne faisait pas cette dernière restriction. Doctrinœ jam traditœ, adstipulantur morbi omnes potestalivi, quique velut absque sordium omnern contactum incrudescunl (1). Comme telles, on doit les regarder comme affectant directement la force vitale, comme constituées par un trouble qui réside dans la nature même de la force vitale, archeus faber et opifex.

Van Ilelmont commence l’exposition de ses idées sur ces maladies par quelques notions générales, sur lesquelles nous ne nous arrêterons pas longtemps, les ayant exposées dans la partie réservée à la pathologie générale.

Tous les phénomènes de la nature présupposent l’existence d’un moteur initial; cette loi est applicable aussi à l’espèce humaine. Rien ne se meut de soi-même dans l’organisme humain ; et par mouvement, il faut entendre autant les transformations organiques que le mouvement musculaire proprement dit. — Mais indépendamment de ce moteur commun, de celte cause première, qui préside à l’ensemble de tous les phénomènes naturels, il existe encore des moteurs particuliers, propres à chaque semence. Ces

(i ) De Morb. Arch., 11, j>. 439.

moteurs règlent les lois en vertu desquelles la semence acquerra son développement propre, et ils tiennent sous leur dépendance les phénomènes particuliers à chaque corps; ce sont, pour parler le langage figuré de Yan Helmont, les blas moteur et modificateur, agissant suivant des idées séminales.

Les Écoles avaient complètement méconnu l’existence de ces blas, sans lesquels on ne peut comprendre l’existence propre et particulière des êtres naturels. C’est en vertu de ces blas que tout être vivant (animal ou végétal) se meut, croît, etc., ad nutum propriœ destinationis. C’est Vimpelum faciens d’Hippocrate, au delà et eq deçà duquel rien ne peut se mouvoir, sentir ou se transformer dans les êires vivants.

De plus, l’archée fonctionne — au moyen du blas — suivant une idée qui lui est imprimée pendant l’acte de la génération ou qu’il acquiert plus tard. C’est Vidée ou Vimage séminale, dont nous avons parlé plus haut, et qui n’est autre chose que le plan suivant lequel se développe et fonctionne l’organisme. Il s’ensuit que la même faculté préside aux modifications physiologiques et à toutes celles quœ irregulariter fiunl. En d’autres termes la maladie aussi bien que la santé réside dans l’archée.

La vie et la santé, avons-nous dit, se manifestent suivant des images séminales, imprimées sur l’archée; on voit que la maladie procède de la même manière. Si per imagines semini impressas sitvila silque sanitas : per consimiles qiLoque, sed prœposteras idœas fiunt morbi (1).

La maladie de l’archée est déterminée dans un grand nombre de cas par une cause externe, dont l’action modificatrice est manifeste; mais il n’en est pas toujours ainsi; il arrive que l’archée s’altère directement par luimême, sans le concours d’aucun agent étranger. Car il a ses affections, ses inclinations, ses passions et ses désordres; il peut se troubler proprio luxu sponte, et Prothei instar, seipsum voluptuosè transformare (2).

Les idées régulières, qui président aux mouvements du blas — unde archeus omne suum blas babel — sont imprimées au germe pendant la génération — a libidine gencranlis.

(1) De Morb. Arch., '6 , p. 438.

(2) Loc. cit ., 7, p. 438.

Les idées irrégulières, qui président aux maladies, viennent des passions mêmes de l’archée, qui crée ainsi des images excenlricas ac virulentas (1).

Il est impossible d’expliquer par quels moyens l’archée se livre à ces excentricités spontanées; — l’on ne peut pas même constater directement chez l’homme les passions de l’archée ou, en d’autres termes, les troubles primitifs, idiopathiques de la force vitale; mais cette objection n’arrête pas VanHelmont. Car, dit-il, pouvons-nous constater davantage notre sommeil, Nisifacultalum qnœdam sit facta mulualis traductio in hospitiwnfi). Le sommeil est cependant une fonction physiologique des plus importantes, comme il l’a fort bien démontré dans une autre partie de ses œuvres. Or, l’archée est actif, dès qu’une fonction entre en jeu; il doit donc l’être pendant le sommeil.

Bien plus : celui qui engendre, sait-il qu’il forme une idée, quæ lam superbum œdificium mox struel ? Songe-t-il seulement au fœtus qui va résulter de son acte? Non; car dans la volupté, l’esprit est dérangé et se retire en lui, pendant que l’archée forme son image. In libidine enim mens alienatur quodammodo, seseque velnt subtrahil intérim, dam Archeus sui imprimit imaginem, absque imaginativa (3).

Nul ne contestera l’activité de l’archée dans ces deux cas. Il est donc établi que cette force peut subir des modifications, exercer son influence, sans que nous en ayons conscience. Il en est ainsi dans les maladies archéales. L’archée est troublé primitivement sans l’action d’une cause externe; de ce désordre naissent des idées, ignaviœ authrices , — dont les manifestations ne sont pas plus régulières que ne l’a été leur naissance. Car les idées morbides sont incapables de conseiller : sunt quippe ideœ ejusmodi, consilii inopes et extra curias soldas formatée (4). Sous leur influence l’archée ne fonctionne plus normalement; il n’obéit plus aux mêmes lois que l’organisme sain : tantôt il travaille vite, tantôt lentement. De là des troubles digestifs divers, des pesanteurs, des tristesses, des atro-

(1) De Morb. Arch., 7, p. 458.

(2) Loc. cit., 8. p. 439.

(3) Loc. cit 8, p. 439.

(4) Luc. cit., 9, p. 439.

phies, la peste, etc. — L’archée, être tout à fait irrationnel, se prépare ainsi des souffrances. En effet, par suite de ces troubles, la sixième digestion, c’est-à-dire la nutrition intime, est profondément altérée; la substance alimentaire, qui n’est pas absorbée au moment voulu, conçoit un ferment morbide : dès lors elle n’atteint pas son but : car à peine ce ferment est-il formé, qu’il agit à son tour comme cause occasionnelle externe morbifique sur l’archée, qui a facilité sa formation.

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