‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 43 sur 116 · CONCEPT A · texte numérisé non relu

CONCEPT A

Van Helmont range sous la rubrique des maladies dues aux causes Concepla toute une classe d’affections, dont le siège principal se trouve dans la rate et dont la plus grande partie appartient au domaine de la médecine mentale.

Les Concepta sont des causes morbides, qui consistent dans des troubles de lame. A ce point de vue, c’est dans la rate surtout qu’il faut en chercher le siège; car cet organe est le siège propre de l’imagination : splen tam fons est Idearum concêptarum in Imaginaliva ho minis, quàm ipsius Ârchei (1). Mais elle n’en est pas le siège exclusif; car on retrouve encore cette faculté dans l’archée, qui, de son côté, a des sympathies et des antipathies, à l’influence desquelles il obéit. Tant que l’âme reste à l’abri de l’atteinte d’une impression quelconque, elle sommeille, velut somnialis, indistinct a (2); mais dès qu’elle subit l’influence d’une passion quelconque, elle devient malade; il se forme des idées morbides, qui à leur tour entraînent comme conséquence des affections caractérisées par l'hypochondrie, la folie, etc. Contagium loci subeunt, fiuntque ac cuduntur judicio orbatce Ideœ, seminalilerque pariant affeclus, suis causis conformes : Hgpochondriacœ nimirum amentiœ, confusionis ac perturbationis suspectos (3).

Les troubles de lame ou les Concepta sont de toutes les causes morbides les plus puissantes et les plus tenaces; car elles sont irrationnelles et nous frappent à notre insu; on ne peut donc pas y remédier. Tous ceux qui se laissent entraîner par leurs passions, sont particulièrement sujets aux maladies de cette catégorie. Aussi rencontre-t-on souvent ces cas chez des hommes instruits et intelligents. C’est cependant chez les femmes qu’on

(1) De Conc., 2, p. 482.

(2) Loc. cit., ô, p. 482.

(3) Loc. ci/., 5, p. 482.

les constate le plus fréquemment. Oh uteri consonantiam et propinquitatem(i). Car l’utérus est sous ce rapport comme une seconde rate; de même que celle-ci, il peut donner lieu à toute la série de maladies dont nous nous occupons. La femme est donc soumise à toute une catégorie de causes morbifiques, à l’influence desquelles l’homme échappe. Misera ergo, qnœ tali subjacet imper io : subest inquam tôt morbis, quatenus homo; et iisdem paret iterum ex ente uteri (2). Elle doit ce triste privilège à l’utérus, qui jouit pour ainsi dire d’une vie propre et indépendante. Ce dernier point est surtout établi par ce fait que l’utérus expulse le produit de la conception, même plusieurs heures après la mort de la mère (5).

L’utérus a ses maladies propres. Van Helmont s’occupe ici de l’étude des manifestations si variées de l’hystérie, qu’il range dans la catégorie des maladies dues aux Concepta. Quid namque demenlius fieri potesl, quàm quod utérus collum mulieris stringat, etsuum subjectum miser 'e perdat9 poros pidmonis contrahat ? totum cruorem prœcipitanter profundat ? (4) Les idées morbides, qui se forment dans ces cas, se bornent à atteindre la femme, chez qui elles ont été créées; elles ne peuvent se transmettre à d’autres femmes, comme cela a lieu pour les maladies dues aux Injecta. La malade subit complètement l’empire de ces idées morbides, qui l’entraînent à commettre des actes, qu’elle ne voudrait pas poser à l’état de santé; en un mot l’influence de ces idées détermine la folie. Cudunt nempe sibi Ideas, quibus sœpè non semis atque desperationis maligno spiritu circumactœ Sagœ, guhernantur, abripiunturve ad ea, quœ alias nollent, propriamque et invitam nobis plangunt dementiam (5). Il faut ranger dans cet ordre de maladies les faits suivants, rapportés par Plutarque : toutes les jeunes filles de l’ile de Chio avaient la manie de se pendre; on ne put arrêter cette épidémie qu’en menaçant de déshonneur la mémoire de celles qui se seraient laissées aller à leurs passions.

(1) De Conc., S, p. 482.

(2 ) Loc. cit., 18, p. 484.

(3) Loc. cit., 16, p. 484.

(4) Loc. cit., 16, p. 484.

(5) Loc. cit., 7, p. 482.

Tout trouble de l’utérus retentit sur la santé générale de la femme» L’aménorrhée, la dysménorrhée, la mélrorrhagie sont autant de causes morbifiques qui lui sont exclusivement propres (1). D’autre part, toutes les passions de lame retentissent dans l’appareil utérin et l’excitent, velut dormientem canem , à tourmenter la femme. C’est ce que Platon a bien compris, quand il a appelé l’utérus un animal furieux .

Les idées religieuses sont aussi très-fréquemment le point de départ des maladies dont nous nous occupons. Ceux qui se livrant à l’étude de la théologie, en sont arrivés à renier la foi, à se fier exclusivement à leur propre raison, ne lardent pas à être les victimes d’idées morbides, qui les mènent à l’athéisme, aux superstitions ou à l’orgueil (2). Van Helmont décrit très-bien dans les lignes qui suivent la manie religieuse, et celle qui se rapportant encore à des sujets religieux, consiste dans une vanité démesurée : Si ei'go fdes confidensque super stitio, peecent sola credulitate, jam cudunt Ideas , per quas se existimant incantatos, incurabiles, et desperatœ amentiœ servi f init. Prosternatis enim viribus emacianlur, pallescuntque dementes. Sin verà scrupulosilas indiscreta , atque inordinata angat; ipsa sibi fabricat Ideam anxiam, timoré Inferni turhidam , undè ipsis vita horrida, omnium conversatio formidolosa, penè atque si diabolica essel. Fatuitatem enim générant , quam agnoscunt,fatentur , plangunt : quia non se ab ilia liber are valent. Ac tandem ita succumbunt impotentes, ut Ideam tanquam animam arripiant. Sin autem scrupulosilas, ante totalem victoriam, pru deliberalione recurrat ad mentem, et nihilominus intérim novas inordinatasque cudat Ideas : migrât instabilis facile in oppositum, quasi jam prioris scrupuli horrens, libertatem spiritualem, cum prœsumtione meriti, et aliorum despeclu assumit. Quoquo enim surgere niiitur altiùs, mergilur eà profundiùs (3).

La présomption est déjà un degré de la folie. Chacun se forge des idées de grandeur, conformes à son caractère : l’un exalte son courage, tel autre

(1) De Conc 17, p. 484..

(3) Loc.cit 8, p. 482.

(3) hoc. cit., 9, p. 483.

sa force; — celui-ci son intelligence, celui-là sa richesse; — ici c’est la voix, ailleurs c’est l’éloquence, qui constitue le fond de la folie. La plus grave des manies ambitieuses est celle qui se rapporte à la politique (1). Il est rare de constater des cas de démence, sans une période antérieure d’excitation vaniteuse; à moins que le malade ne soit stupide : Rara sanè insania absque prœsumlione est, si non cognata sil stupicliîas (2).

Tous les troubles intellectuels amènent à leur suite des idées et des infirmités spéciales. Ainsi il n’est pas rare de trouver des malades qui parlent fort sensément pendant plusieurs heures; mais qui, du moment qu’ils abordent le sujet dont l’idée les a troublés, se mettent immédiatement à divaguer (3).

La nature et le mode d’action de la cause Concepla , qui a déterminé la maladie, exercent une grande influence sur le caractère de la manifestation symptomatique de celle-ci. Ainsi :

1) Une douleur, qui dure longtemps et sans répit, détermine la mélancolie hypochondriaque chez la femme et l’ictère chez l’homme.

2) Si la tristesse s’associe au désespoir, il n’est pas rare d’observer la paralysie ou la contracture, surtout chez les jeunes filles.

3) La colère et la haine, portées à un haut degré, déterminent l’épilepsie et l’avortement. Si la passion est subite, il en résulte chez la femme de vives douleurs utérines; chez l’homme de l’asthme, de la dyspnée et une fièvre, qui précède l’apparition de l’ictère ou de l’hydropisie.

4) La haine et l’avarice entraînent à leur suite l’émaciation ou l’atrophie (4).

L’idée morbide, qui conçue par lame constitue la cause même des

maladies dont nous nous occupons, est de deux espèces :

1° Dans un cas elle dépend d’une semence morbide : quœdam enim è morbosis seminibus rerum proficiscitur. Il en est ainsi pour le virus rabique et la tarentule (5).

(1) De Conc., 10, p. 483.

(2) Loc. cil., 10, p. 483.

(3) Loc. cit., 11, pi 483.

(4) Loc. cit., 12, p. 483.

(5) Loc. cit., 2t, p. 483.

2° Dans le second cas, la maladie est produite par des poisons engendrés à l’intérieur. Altéra ergo Conceplorum amentia ex intus genilis consurgit (i).

Yan Helmont établit une subdivision dans cette dernière catégorie, suivant que l’idée morbide

1) est produite par une altération idiopathique de l’imagination ;

2) ou qu’elle est le résultat du séjour prolongé dans l’économie de matières excrémentitielles dégénérées et hostiles ; c’est ce que l’on voit dans les fièvres, dont le délire est dû à une cause de cette nature (2).

o. INSPIRATA.

La troisième série des causes morbides Recepta est formée par les Inspirata. Comme leur nom l’indique, elles pénètrent en nous du dehors et le plus souvent en même temps que l’air. On les trouve dans les cavernes, les marais, les mines, les montagnes; souvent elles sont produites par les excréments et les déchets des animaux et des végétaux, etc. — Ce sont des exhalaisons, qui insensiblement et traîtreusement nous enlèvent la vie.

Les médecins sont particulièrement exposés aux maladies produites par ces causes; car, dit Yan Helmont, ils aspirent des ferments cruels. Après eux, viennent les plombiers, les doreurs, les fossoyeurs. C’est à ce genre de causes qu’on doit rapporter les empoisonnements métalliques observés dans certaines professions, et sur lesquels Paracelse a le premier fixé l’attention des médecins. Ces maladies sont extrêmement graves; car les médicaments du règne végétal ne jouissent d’aucune efficacité pour les combattre, et il faut, pour en obtenir la guérison, avoir recours à des arcana majora ejusdem monarchiœ (3).

Quoique les agents délétères, que l’on respire ainsi, n’enlèvent pas immédiatement la vie, ils l’abrègent considérablement et la soumettent à beaucoup de misères : Saltern brevianl, eamque variis cladibus subji-

(0 De Conc ., 21, p. 485.

(2) Ibid.

(3) De Insp., p. 491.

I il

ciunt. C’est ainsi que plusieurs endémies dues à l’absorption de miasmes, ont rendu des provinces inhabitables. En effet, c’est à leur influence qu’il faut attribuer que l’Illyrie, la Dalmatie et Alexandrie sont aujourd’hui presque désertes (i). La mer elle-même, quoique salée, détermine parfois de graves maladies de cette catégorie : le scorbut et diverses fièvres sont là pour le prouver.

Les éléments étiologiques que nous étudions en ce moment, ont pour effet de troubler profondément la sixième digestion, c’est-à-dire le travail d’assimilation. Mais ils commencent toujours par manifester leurs effets à l’estomac. Ce dernier organe, suivant Yan Helmont , absorbe les odeurs ; et dès que le corps aspiré est arrivé à l’estomac, il y développe des ferments morbides très-puissants. C’est ainsi que la peste, les fièvres malignes, les fièvres des camps et d’autres maladies qui ravagent les populations, font d’abord ressentir leurs effets surtout autour de l’estomac. Le larynx, à ce point de vue, est mieux partagé, grâce au cuslos errans qui veille à son entrée. La digestion souffre de l’impression de ces causes — impressis supra stomachi convexum — , elle laisse à sa suite des produits d’élaboration incomplète, des matières excrémentitielles, qui agissent à leur tour comme causes morbifiques et produisent souvent l’asthme, les palpitations et les vomiques, etc.

Yan Helmont termine ce chapitre de son ouvrage, en établissant l’insuffisance complète de la doctrine de Galien sur l’influence prépondérante de la chaleur, comme cause des phénomènes naturels. A coup sûr, dit-il, un froid intense ou une forte chaleur font du tort au poumon ou au cerveau : tout comme ils brûlent la peau. — Mais qu’y a-t-il de commun entre cet effet et l’intempérie des quatre humeurs? Quidaër, tempeslas temporum, tangat humorum ametriam ? L’air chaud d’un jour d’été engendre-t-il de la bile ou une matière excrémenlitielle, qu’un degré de chaleur moindre aurait tranformée en cruor vital (2)? Il faut rejeter ces opinions purement hypothétiques, dont Fernel lui-même n’avait pas réussi à s’affranchir, malgré toute son indépendance scientifique. Le travail de nutrition ou d’assimilation

(1) De Insp p. 490.

(2) Loc. cit ., p. 491 .

n’est pas un simple effet de la chaleur; c’est plus que cela : c’est un phénomène indispensable à la vie humaine et qui, pour ce motif, ne peut être subordonné à des phénomènes extérieurs incertains.

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