‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 42 sur 116 · INJECTA A SAGIS · texte numérisé non relu

INJECTA A SAGIS

Les Injecta constituent tout un groupe de causes occasionnelles morbides, dues à l’influence de Satan. Recepta injecta sic voco, quœ sunt portenta relut spiritualia, cooperatore Satanœ perpetrata (2).

(1) Divis. mot'b., 3, p. 433.

(2) Rec. inj. , 1 , p. 433.

A l’exception de Karichter, nul médecin ne s’était occupé des maladies dues à ce genre de causes. Van Helmont consacre trois chapitres de son ouvrage à essayer d’établir ce fait : il existe toute une catégorie de maladies, qui sont développées chez l’homme par des sorcières — a sagis — ou par des agents dévoués à satan — mancipio sibi [diabolo) devoto. Il est assez curieux, au point de vue historique, de le suivre dans cette démonstration.

Satan par lui-même ne peut que vouloir le mal : quia quicquid à Deo récessif , id est malum, et ideo non potest non male velle (1). Cependant il est incapable d’exercer aucune influence malfaisante sur les hommes, nisi adjulasper animamsui mancipii. Pour faire le mal, il devrait, soit obtenir la permission de Dieu, ce qui n’arrive jamais; soit trouver à sa disposition dans l’Univers une volonté libre, qu’il puisse diriger et pousser vers le but qu’il poursuit : polestalem liberam , quain optât applicare (2). Il a recours à ce dernier moyen, et il se sert des sorcières dans le but de réaliser ses trames infernales, que par lui-même il ne peut que projeter. L’homme peut évidemment par ses désordres nuire à sa santé, à sa vie. Mais il y a plus : les diverses passions auxquelles il est sujet, ne se bornent pas toujours à faire ressentir leurs effets sur lui- même ; elles peuvent aussi se traduire sur le produit de la conception et y déterminer des déviations du plan normal du développement organique ; l’influence de ces impressions de la mère, si elle se fait sentir assez tôt, peut aller jusqu’à transformer tout l’embryon en un monstre.

Après avoir établi ainsi que l’influence des idées peut se faire sentir même chez d’autres personnes que chez leurs auteurs, Van Helmont ajoute que tout ce qui est naturel et ordinaire chez une femme enceinte, peut à coup sûr être naturel à une sorcière non enceinte. Celle-ci peut avoir toutes sortes d’idées, bonnes ou mauvaises. Le démon suscite en elle des idées de mal, et en infecte ses déjections. Les sorcières méritent donc le nom qu’on leur donne, empoisonneuses, sive factrices venenorum (3): non

(1) Recepta injecta , 11, p. 453.

(2) Ibid ,

(3) loc. cit., 12, p. 456.

qu’elles fassent prendre directement du poison à leurs victimes ; mais parce qu’elles transforment en poisons les substances les plus inoffensives : quod ex non venenis venena conficianl (î). Ces excréments empoisonnés sont employés de deux manières : tantôt la sorcière s’en lave les mains, ut per contaclum ilia venena transférai in objectum, cui nocere volueril (2). Tantôt elle les enterre devant la porte, et inspire ainsi la haine et le désir du mal à celui qui franchit le premier le seuil de la maison.

Les sorcières possèdent encore un moyen de nuire; celui qu’elles ont en commun avec le basilic et la tortue; la fascination du regard : Pariler attactu, vel ictu simplici, sua incantamenta sagœ transférant in objectum (3).

Les maladies, dues aux Injecta, sont donc toujours produites par des sortilèges — incantamenta. T oui le pouvoir de Satan dans le monde réside dans ses esclaves, les sorcières; il suffit que celles-ci refusent de se soumettre à lui, pour qu’il se trouve réduit à l’impuissance.

Dans deux autres chapitres de son Orlus Medicinœ {De Injectis materialibus, et lnjaculatorum modus intrandi), Yan Helmont va plus loin encore; il rapporte de nombreux cas où des corps très-volumineux ont, grâce à des sortilèges, traversé des ouvertures trop étroites pour les laisser passer à l’état naturel : Sinlque non rarà majora suo foramine, per quod intromiiti potuerunt (4). Il dit avoir été témoin de faits semblables. Pour les expliquer, il suppose que le démon a le pouvoir de pulvériser ces objets au moment de leur entrée et de leur sortie ; et de leur rendre immédiatement leur forme première, dès qu’ils sont en place : Quo ad modum inlroïtus autem et exitus, asserunt (< authores ), ilia ; prius comminui à diabolo, in tenuissimum pulverem , restitui intus in corpore, inpristinam integritatem, figurant et conditiones (b).

Nous croyons pouvoir abandonner ce sujet; l’opinion exprimée par Yan

(1) Rec. inj., 12, p. 436.

(2) Ibid.

( s)Loc . cit ., 18, p. 437.

(4) De Inj. mat., t, p. 473.

(5) Loc. cit., 3, p. 476.

Helmont n’a plus qu’une valeur historique depuis longtemps déjà ; elle nous montre à quel point les esprits les plus éminents de cette époque étaient dominés par des superstitions de toute nature, qu’on ne peut même plus discuter aujourd’hui.

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