‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 88 sur 116 · I. Contraria contrariis · texte numérisé non relu

I. Contraria contrariis

etiam contrariorum contraria finxere remedia : nullumque morhum demulceri bonitale naturœ , medicaminum mansuetudine, pacationeque ac resipiscenlia Archei, turbati prius (1). — Dès lors, au point de vue des Écoles, on n’obtenait rien, si on ne parvenait à rétablir l’harmonie de proportion entre les éléments. Sola pugna, velitalione atque bello, reduci in medium , sive temperiem primarum qualitalum (2). Le choix de la thérapeutique à suivre dans les maladies devenait ainsi bien simple ; il ne s’agissait que de prendre dans la matière médicale des moyens dont l’action fut opposée aux symptômes de la maladie; en un mol, il suffisait de mettre en pratique le précepte : Contraria çonlrariis.

Les Écoles, faisant abstraction de l’élément vital dans leurs considérations sur l’organisme humain, ne voyaient dans les maladies qu’une série de phénomènes analogues à ceux que l’on observe dans les corps inanimés, et pour les expliquer, elles avaient recours aux mêmes arguments. Elles avaient observé que la chaleur brûle et que le froid mortifie; d’autre part, elles avaient remarqué que le corps subit l’influence de ces diverses causes externes. Gomme conséquence de cette observation, elles avaient conclu que le froid et le chaud considérés comme symptômes morbides devaient être attribués à faction d’un feu interne ou à la présence de l’eau dans l’économie. Il en était ainsi de tous les phénomènes qui se manifestent en produisant le froid ou la chaleur. Il y avait dans l’organisme une lutte continuelle entre ces deux éléments : l’eau et le feu. Dès lors le choix des médicaments pouvait-il offrir la moindre difficulté? La nature n’indique-telle pas clairement qu’il faut dans le traitement des maladies suivre le précepte contraria çonlrariis (3) ?

Les Écoles faisaient complètement fausse route en suivant ce raisonnement. C’était faire exclusivement de la médecine du symptôme et même de la plus mauvaise médecine du symptôme. Car, non-seulement toute idée de cause était laissée de côté dans un pareil système thérapeutique; mais on se bornait encore à ne considérer que les symptômes extérieurs, pure-

(1) lgnot. Hosp. morb ., 44, p. 595.

(2) Lon. cit., 44, p. 595.

(3) Potest. medicam -, 9. p. 579.

ment physiques, pour leur opposer aussi des remèdes purement physiques. On prenait ainsi causas externas et occasionales pro prin cipalibus ac vitaiibus , en négligeant de rattacher res effectas efficientibus propriis (1).

C’était, du reste, la conséquence logique de la doctrine pathologique des Ecoles : méconnaissant l’influence de la force vitale, elles ne pouvaient se douter de l’existence de lois en vertu desquelles cette force susciterait le chaud et le froid, sans avoir ni feu ni glace à sa disposition.

Van Helmonl s’élève avec la plus grande force contre des idées semblables. Pour lui, le froid et le chaud, ainsi que toutes les altérations qui se produisent dans l’économie vivante pour cesser dans le cadavre, ne dépendent pas du tout d’un feu ou d’un froid interne ou de l’état des humeurs. Il y a dans l’action rafraîchissante ou antiphlogistique produite, de même que dans la stimulation déterminée par les remèdes, autre chose (ju’un simple effet physique, déterminé par le feu ou par l’eau. Ce sont là des phénomènes vitaux; car, avant tout, il faut y voir l’influence exercée par l’archée, Y&opfiov d’Hippocrate.

L’épine implantée dans les chairs ne détermine pas une élévation de température par une chaleur propre à elle, mais parce qu’elle excite et irrite l’esprit sensitif. Si les Écoles avaient bien observé les faits, elles auraient vu que les bains chauds ne nous dessèchent pas, mais qu’ils nous rafraîchissent, à moins que leur température ne soit exagérée et leur application trop prolongée. Et alors encore le corps ne se dessèche que parce qu’il perd beaucoup plus qu’il n’absorbe (2).

Puisqu’on ne peut attribuer ni à l’eau ni au feu les symptômes de chaud et de froid que l’on observe dans l’économie malade, quelle importance, demande Van Helmont, faut-il encore attacher au principe contraria contrarias? N’est-il pas évident que l’effet obtenu par l’application de ce précepte ne modifie en rien la maladie, puisqu’il ne se rapporte qu’à un des phénomènes extérieurs de celle-ci? Scholœ respiciunt duntaxat pro -

(1) De Lith., IX, 103, p. 750.

(2) Pot. med., 9 et 10, p. 579.

ductum sive posterius ; nequaquam autem ad causant, ne quidem occasionalem (1).

Les Écoles s’inquiétaient fort peu de déterminer la cause et la nature de la maladie, persuadées que cet élément était parfaitement inutile pour instituer une thérapeutique réellement efficace : Jurant se fideliter sanaturos infirmitates, quas oslendi ipsos nescire penilüs (2). On peut même dire qu’elles n’avaient en réalité pour but que le traitement palliatif, celui qui s’adresse aux effets de la maladie : Solam curam palliativam circa effectus et producta posleriora occupatœ (5). Comme elles s’attaquaient partout à des éléments accessoires, le succès qu’elles obtenaient n’impliquait en rien la guérison de la maladie même. Totam Medendi opérant ad posteriora direxerint ( Scholœ ) (4).

s. sîmiiia 3. Similia similibus. — Pour une autre secte des Écoles galénistes

similibus. °

dégénérées du' moyen âge, la thérapeutique entière devait être basée sur le précepte suivant : Similia similibus curantur. On voit par là que les prétendues vérités de l’homœopathie ne datent pas d’une époque aussi récente qu’on le croit. Il y a plus : en y regardant de près, le système produit en 1790 par Samuel Ilahnemann n’est, à un certain point de vue, que la mauvaise copie d’une mauvaise doctrine, celle que professait une partie des Écoles humorales du moyen âge. L’homœopathie n’est, en défir nitive, que le résultat de l’amalgame bâtard et monstrueux de l’humorisme du moyen âge et de l’animisme de Slahl dans ce que ces deux doctrines avaient de plus imparfait. C’est une conviction que nous avons puisée dans l’étude de l’œuvre de Van Helmont et que nous nous proposons de développer plus tard ; ce point est, du reste, tout à fait indépendant du travail que nous faisons en ce moment.

Selon Van Helmont, le traitement par les semblables ne répond pas mieux que celui par les contraires à la véritable indication thérapeutique; il croit quod nulla sanatio per contraria, ut neque propler similia, fiat :

hylpc Litk , \, 21, p. 687.

(2) Loc. rit., VII, 2, p. G93.

(3) Pleura fur., 30, p. 521.

(4) Retenta, 6°, p. 493.

quia morbus consislit in Idœa seminali essentia.liter , et in materia Archei : ai saltem suhstantiœ non admittunt inesse sui contrarie « tatem (1).

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