DE LA PRÉPARATION DES MÉDICAMENTS
Van Helmont attachait la plus grande importance à la bonne préparation des médicaments; il insiste surtout sur ce point dans les chapitres VII et VIII de son traité De Lithiasi. Il attribue en grande partie l’état d’imperfection de la thérapeutique médicale à l’infidélité ou à l’ignorance des
(1) P/iarm. et Disp, mod 27, p. 370.
(2) De febrib., XV, 5, p. 778.
(3) Loc. cil., 7, p. 778.
marchands de drogues, les pharmaciens de son temps. Aussi est-ce un des motifs pour lesquels il recommande si vivement à tous les médecins l’étude de la chimie pratique.
Il faut avant tout, dit-il, bien connaître le moment le plus favorable à la récolte des diverses herbes médicamenteuses. Ce moment varie suivant l’espèce des plantes, qui n’atteignent pas toute leur maturité à la même époque (t)*
Quand les médicaments ont été recueillis, il faut, pour leur donner la forme la plus convenable à l’administration, les soumettre à l’action de tous les agents pyrotechniques (2). Le choix de la préparation à prescrire est d’une importance capitale, car l’ignorance des modes les plus convenables a donné lieu à une grande quantité de prescriptions, toutes plus irrationnelles les unes que les autres. C’est ainsi que les Écoles, croyant que toutes les vertus médicinales des plantes se trouvaient dans le suc de celles-ci, se bornaient dans la préparation de leurs remèdes à employer ce suc à l’exclusion du parenchyme.
D’autre part, elles appliquaient indistinctement à toutes les herbes le traitement par la lixiviation, l’infusion, la décoction, etc., sans tenir compte des principes volatils contenus dans certaines plantes, et que la chaleur devait leur enlever. Ainsi, dit Yan Helmont, l’aloës perd son suc par le lavage et il ne lui reste que sa résine, qui détermine de violentes coliques et un flux hémorrhoïdaire. D’autre part, les substances aromatiques, quand elles sont chauffées, perdent leur arôme, qui en constitue la partie la plus active, vis genialis et prœcipua. Yan Helmont admet, au contraire, qu’on ne peut soumettre toutes les herbes au même mode de préparation ; il faut tenir compte de leurs éléments dans la recherche de la forme d’administration la plus convenable. Odi idcirco simplicium prœparationes quoties lotio, ebullilio, assatio, association vel calcinatio virium dispendia fucit (s).
Notre auteur s’attaque ensuite aux confections dont on faisait alors un
(1) P/iarm. cl Disp, rnod 59, p. 376.
(2) Loc. cit..: 18, p. 570.
(3) Loc. cil., 38, p. 37-2.
très-grand abus. On y réunissait les médicaments les plus disparates; c’est dans cette classe qu’il faut ranger 1 ' Aurea AlexandrinaNicolai dont nous avons parlé plus haut. Dans toutes ces préparations on rencontrait le même désordre de mélange. Nous n’insisterons pas sur le goût et l’aspect désagréables de ces préparations auxquels Van Helmont fait allusion dans les lignes suivantes : Horridus ergo , nauseosus , et tœdiosus confectionumcunctarum usus (1). On supporterait volontiers ce désagrément du sens du goût, si le médicament qui l’occasionne jouissait au moins de propriétés réellement spéciales et utiles : ce qui n’était pas le cas pour les confections. On voulait paralyser plus ou moins par la réunion de toutes ces substances l’énergie des agents trop actifs, et l’on ne songeait pas que bien souvent on neutralisait ainsi toutes les propriétés utiles d’un médicament en réunissant sans discernement aucun un très-grand nombre d’herbes qui se nuisent réciproquement et détruisent leur action (2).
Les reproches que Van Helmont adresse aux confections, il les formule encore contre les électuaires, les pilules et les sirops des Écoles. Un autre défaut qu’il signale dans la matière médicale en usage de son temps, est l’emploi que l’on faisait des feuilles d’or et de la poudre des pierres précieuses : Quasi stomachus inde vel minimum exspectet subsidium (3). Il rejeta l’emploi de ces substances, même quand on les a fait dissoudre dans les acides minéraux. Car, dit-il, l’action des acides sur l’or, l’argent, le corail et les perles est ou dissolvante ou simplement désagrégente : dans le premier cas, c’est à un composé nouveau et non à une solution pure et simple que l’on a affaire; — dans le second cas, il n’y a pas même solution : ainsi les acides ne font que désagréger la substance du corail et des perles; et ces corps restent à l’état pulvérulent dans les acides. Or, cette poudre quelque fine qu’elle soit, ne peut être absorbée et par suite ne peut nous communiquer aucune force : qui ( pulvis ) utcunque in tenuissimum pollinem sit redactus, nihil tamen à stomacho conficitur, aut no bis suas vires partitur (4).
(1) Pharm. et Disp, mod.., 37, p. 572.
{2) Loc. cit., 44, p. 373.
(3) Loc. cit., 53, p. 573.
(4) Loc. cit., 35, p. 575.
En résumé, le choix de la forme la plus convenable à donner à un agent thérapeutique est aux yeux de Van Helmont une question très-importante. Car la préparation à laquelle on soumet le médicament peut agir de plusieurs manières sur la composition de ce dernier. C’est surtout à l’effet déterminé par l’application du feu qu’il faut avoir égard; car Ignis enim cum sit mors rerum, semina rerum si non totaliter destruat, at saltem insigniter transmutât (i).
Quant aux agents thérapeutiques locaux, aux topiques proprement dits, Van Helmont proscrivait tous ceux dans la composition desquels entraient les huiles et les graisses. Les baumes, les onguents et les emplâtres, dans lesquels on retrouve ces substances, sont à rejeter du terrain de la pratique, parce que chez la plupart des malades ils déterminent à la peau des démangeaisons et des pustules : Hominum magna pars non patitur in pelle unguina, quod pruritus pustulasque cum tumore excitent (2). Au sujet de cette question pratique, l’opinion de Van Helmont se trouve admise aujourd’hui par la plupart des Écoles chirurgicales contemporaines.