‹ Etudes sur J. B. Van HelmontChapitre 91 sur 116 · I. LES MÉDICAMENTS DOIVENT ÊTRE INDIVIDUALISÉS · texte numérisé non relu

I. LES MÉDICAMENTS DOIVENT ÊTRE INDIVIDUALISÉS

Il ne suffit pas que l’on étudie avec le plus grand soin les divers modes de préparation à employer pour chaque substance; il faut encore que dans chaque cas spécial le médecin individualise sa thérapeutique. En d’autres termes, l’administration de tout médicament exige une étude approfondie de chaque cas particulier; il faut, avant de prescrire un médicament, bien connaître l’état des diverses fonctions du malade auquel on s’adresse; il faut surtout bien connaître l’état de son estomac, si l’on veut que les médicaments produisent leur effet. Laboribus itaque et cura singulari,

(1) Pot. med., 37, p. 385.

(2) P/iarm. et Disp, mod ., 55, p. 373.

omnino erat anticipandum , ut languenli stomacho cuncla prœparemus, si ad conceptos optatosque fines jucundè pertingere speremus (i). Avant que le médicament puisse agir sur la maladie, il faut qu’il ait subi la digestion gastrique. L’esfomae, par son ferment propre, transforme l’agent thérapeutique en une substance assimilable, et tout ce qui échappe à son action modificatrice, passe dans les intestins comme un excrément inutile et nuisible (2). 11 en est ainsi de toutes les parties accessoires — id est non cibiformis — des végétaux; ces parties non digérées deviennent des excréments dans le corps humain (3).

Yan Helmont fait cependant une exception à ce sujet ; il croit que certains agents thérapeutiques sans être dissous ou transformés, sans pénétrer dans les tissus mêmes de l’organe, peuvent agir de loin sur l’archée malade : ils le calment par leur aspect seul, par une sorte d’éjaculation, de rayonnement de leurs forces, sans rien perdre eux-mêmes de leur poids et de leurs propriétés : Solo quasi sui aspectu , irradiatione vel ejaculatione sua rum virium, in medio productarum, retentis adhuc pristinis et non mutatis pondéré et proprietatibus (4).

Pour établir la vérité de cette assertion, notre auteur rapporte le fait suivant : placez du mercure dans un vase rempli d’eau; le mercure ne perdra rien de son poids, et cependant l’eau aura acquis des propriétés thérapeutiques qu’elle ne possédait pas avant son contact avec le métal. Il est donc certain, dit-il, qu’une force thérapeutique est communiquée à l’eau par le seul contact du mercure : Manifestum est itaque , quod vis quœdam medica transferatur, mutelque suum subjectum naturale , et aheat in objectum peregrinum solo relut radio, vel aspectu sui (s). Il ajoute que cet exemple sert d’argument à ceux qui célèbrent la vertu infinie des remèdes : Exemplum san'e hoc loco adductum inservit argumento, postmodùm de virtute propemodùm infinita remediorum,

(1) P/iarm. et Disp. mod... 57, p. 572.

(a) In rerb., Herb. et Lap., etc., p 458.

(3) Loc. cit., p. 463.

(4) Loc . cit., p. 460.

(5) Loc. cit.. p. 439.

celebrando (i). Il paraît que dès ce temps on invoquait la vertu des médicaments à dose infinitésimale. Nouvelle preuve que l’homœpathie de Hahnemann pourrait, si elle s’en donnait la peine, trouver bien des aïeux au sein des Écoles du moyen âge : ce qui serait, du reste, loin d’ajouter quelque force à ses prétendus arguments.

Le fait que Yan Helmont cite, a été confirmé dans le siècle actuel ; car, ainsi que le disent MM. Trousseau et Pidoux dans leur Traité de thérapeutique (2), M. Gaspard a publié dans le Journal de physiologie de Magendie (s) une notice dans laquelle il cherche à établir les propriétés utiles d’une infusion ou d’une décoction de mercure dans l’eau. Nous nous bornons à signaler le fait, sans toutefois lui accorder l’importance que lui prête Yan Helmont. L’analyse chimique est loin d’avoir dit son dernier mot sur toutes ces questions, et nous croyons qu’elle finira par nous prouver que la décoction de mercure — si toutefois son activité est confirmée — doit cette activité à des vertus moins immatérielles que celles admises par Van Helmont.

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