C. I. L., VIII
(7) Agath., I, p. 13-14.
(8) Il faut rattacher à l'Afrique la Corse (Greg., Ep., VII, 3) et la Sardaigne (C. .1., I, 27. Greg., Ep., 1, 61. Migne, LXXX, 478-479. Lib. ponlif., 137).
(9) Lib. ponlif., 108, 117, 131, 165.
(10) Migne, LXXII, 707. Marini , 123.
l'exarque.
avait, lait ses preuves de fidélité et su mériter la confiance du souverain. Toujours à son litre d'exarque il unissait la dignité de palriciits (l) , et la réunion des deux noms était si fort tournée en habitude , que bien souvent on désignait l'exai-que par le simple mot àepatricius (2). Eu lui parlant, on employait le terme d'exil) Quelquefois il y joignait celle d'ex-consul {Lib. Diurn., 108. Schlumberger, l. L, 211-212). Cf. Cassiod., VI, 2. C'est par une bien singulière erreur que Gregorovius (II, 51, n. 1) s'étonne de trouver le titre de patrice fréquemment porté par des personnages du sixième siècle, et prétend que, dans la suite, ce titre fut exclusivement réservé à l'exarque.
(2) Lib. pontif., 185. Il n'est point inutile de relever ici la liste des exarques connus, avec les titres qu'ils ont portés :
Baduarius curopalates (?) (Jean de Biclar, dans Migne, LXXII, 805). Smaragdus exarchus et chartularius sacri palatii (Migne, LXXII, 707).
ex praeposito sacri palatii ac patricius et exarchus Italiae (C. /. L., VI, 1200).
Julianus exarcus (Rossi , Inscr. christ., II, 454-455). Romanus patricius (Paul Diac, III, 26).
patricius et exarchus [Lib. pontif., 113. Greg., Ep., I. 33 ; III, 31,
Paul Diac, IV, 8).
patricius per Italiam (Greg., III, 28).
Callinicus exarchus Italiae (Greg., IX, 9, 95). Smaragdus patricius et exarchus (Greg., XIII, 33). Johannes (Lemigius) exarchus [Lib. pontif., 117).
patricius et exarchus Italiae (Marini, 123). Elcutherius patricius et cubicularius [Lib. pontif., 117). patricius {ibid., 118).
chartularius et exarchus Italiae (Marini , 123). Isaac patricius et exarchus Italiae {Lib, pontif., 121). Theodorus Calliopas patricius exarchus {Lib. pontif., 126). 0e68topo; Ttatpîxio; xal ê^ap^oç (Schlumberger, 515). Platon gloriosus patricius {Lib. pontif., 131).
patricius et exarchus (Migne, LXXXVII, 118). Olympius cubicularius et exarchus {Lib. pontif., 131). Theodorus Calliopas exarchus {Lib. pontif., 133). Gregorius exarchus (SS. rer. lang., 351). Theodorus excellentissimus exarchus {Lib. pontif., 157).
patricius (Agnell., 119, 127).
0e6Sb>po; àitOEiiâpxuv xal ê^ap^o; 'IxaXta; (Schlumberger, 211).
ex-consul (?) {Lib. Diurn., 1(18).
Jean Platyn patricius et exarchus {Lib. pontif., 159).
Theophylacte cubicularius patricius et exarchus Italiae {Lib. pontif., 165).
itaTpîxioî xat êSapxoi; (Schlumberger, 515). Jean Ryzocopus patricius et exarchus {Lib. pontif., 172). Scholasticus cubicularius patricius et exarchus Italiae {Lib. pontif., 176.
Paul Diac, VI, 34).
Paul patricius et exarchus {Lib. pontif., 183). patricius {ibid., 185).
«atptxio; xai l^ap^o; (Schlumberger, 515).
l'exarchat de ravenne.
cellentia (1); les lettres qui lui étaient adressées portaient pour suscription : Domino excellentissimo atque praecellentissimo et a Deo nobis longaeviter in principalibus ministeriis féliciter conservando (?), A Ravenne, il habitait le fameux palais de Théodoric (3) , représenté dans la mosaïque de San Apollinare Nuovo, et sa résidence était, comme les palais impériaux eux-mêmes, désignée sous le nom de sacrum palatium (4). Quand il venait à Rome, il était reçu avec les plus grands honneurs : le clergé portant les saintes croix, les magistrats et toute la population armée, toute la militia Romani exercitus , précédée des étendards, allaient à sa rencontre cà un mille de la ville (5), et le ramenaient au Palatin (6). Tous les actes officiels, tous les contrats étaient datés à la fois par l'année de l'empereur et par celle de l'exarque d'Italie (7). En toutes choses il était le représentant éminent de l'autorité impériale, la praecelsa potcstas per cujus dispositiones voluntas pietatis imperatorum impletur (8); il exerçait, dit un autre texte, la délégation de la toute puissance impériale, ministcrium imperialis fasligii peragebat (9). Aussi, quand les populations italiennes lui adressaient leurs requêtes ou leurs doléances , elles ne trouvent point pour lui parler de termes assez humbles et assez respectueux , de vœux assez expressifs pour sa prospérité et la longue durée de son gouvernement (10). La majesté impériale ellemême est un peu sacrifiée à la gloire de l'exarque : « après Dieu, » écrivent les Romains, « nous n'avons d'espoir qu'en Votre Excel-
Eutychius patricius {Lih. pontif., 185).
exarchus [ibid., 187).
Il faut ajouter à cette liste :
ÏT£?avo: vTraTo; xal ê^ap/oç 'IraXiac (Schiumberger, 211-212). 'AvoaTauio; narpixio; xal ê^apxo; {ibid., 514).
Sur la classification chronologique de ces personnages et la liste exacte des gouverneurs d'Italie , voir App. I. Il y a d'ailleurs dans cette liste bien des lacunes non comblées encore.
(1) Greg., Ep., I, 31; III, 31; V, 24. Marini , 123.
(2) Lib. Diurn., p. 107-108. Cf. p. 110.
(3) Agnell., 120, 132.
(4) Marini, 95, 120, p. 185.
(5) Lib. ponlif., 159 : « in competenti loco, »
(6) Lib. pontif,, 159, 315. Sur le Palatin, résidence de l'exarque : Migne , LXXXVII, 201. Duchesne, La chapelle du Palatin {Bull, crit., VI, 417.) Sur l'étiquette observée autour du gouverneur grec : Lib. pontif., 101.
(7) Spreti, l. t., cl. I, 325, p. 284.
(8) Marini, 87.
(9) Lib. Diurn,, p. 115.
(10) Ibid., 117, 121.
l'exarque.
lence(l). » Le pouvoir de l'exarque était si grand, son prestige si considérable, qu'au neuvième siècle on se le représentait comme un véritable roi d'Italie; il possédait, dit Agnelhis , regnnm et principalum omnis Ilaliae (2). En vérité, ses attributions étaient presque royales : comme le dit le môme Agnellus, il réglait souverainement toutes choses, omnia disponebat (3), dans l'étendue de son gouvernement.
3° Sa compétence s'étendait aux objets les plus variés : le soin des affaires militaires et la diplomatie, l'administration civile, la justice , les finances, les travaux publics, l'Eglise moine étaient entre ses mains. A la fois général et gouverneur de province, il était l'expression la plus complète du nouveau régime administratif donné à l'Italie. C'est ce que montrera l'étude détaillée des pouvoirs ({ui lui étaient confiés.
L'exarque commandait en chef toutes les forces militaires cantonnées en Italie : non seulement il dirigeait de Ravenne les opérations, mais toutes les fois qu'il s'agissait d'une entreprise importante, il se rendait eu personne sur le théâtre de la guerre. S'il fallait défendre l'Istrie contre les Lombards ou les Slaves (4), il y courait; les communications étaient-elles rompues entre Rome et Ravenne, il allait lui-même les rétablir (5) ; pourtant il s'occupait surtout de protéger la frontière du Panaro : les exarques défendirent pied à pied les places qui, de ce côté, arrêtaient l'envahisseur (6). Chargé d'assurer la sécurité de la province (7), l'exarque prenait sans contrôle toutes les mesures nécessaires à la défense : il changeait les garnisons s'il le jugeait utile (8); il nommait et déplaçait les officiers militaires (9) ; seul , il était juge du moment où il convenait d'entrer en campagne. Ayant un droit absolu de paix et de guerre, il rompait, quand il le voulait, les
(1) Lib. Diurn., 110 : « Post divinum auxilium ad vestram excellentiam... omnes habemus fiduciam. »
(2) Agnell., 96, p. 341.
(3) Ibid., 159.
(4) Greg., Ep., IX, 9. Paul Diac, III, 26. Bouquet, IV, 88.
(5) Paul Diac, IV, 8. Greg., Ep., V, 40.
(6) Bouquet, IV, 88. Paul Diac, IV, 20. Greg., Ep., VII, 22 : « exafchus in Pado occupatus est. »
(7) Greg., Ep., IX, 95 : « inter curas bellicas , sicut corpus ab exteriore hoste... protegitis... » Cf. IV, 7.
(8) Ibid., V, 40.
(9) Ibid., II, 46.
trêves faites avec les Lombards (1); s'agissait-il de conclure un traité, il avait pleine autorité pour les négociations (2) ; seul , il acceptait ou repoussait les conditions proposées (3) ; la ratification impériale n'était pas nécessaire , une fois que l'exarque avait signé (4).
Chef suprême de l'armée, il était aussi la tête de l'administration civile. Il nommait à toutes les places vacantes dans son gouvernement (5); les tribuns dans les villes (6), les ducs dans les provinces (7) étaient institués par lui. C'est lui qui leur conférait Ynrdinalio , lui qui recevait et gardait à Ravenne les cautiones que tout fonctionnaire signait à son entrée en charge (8). Sur tous ces officiers, l'exarque avait un di'oit de surveillance (9) ; il pouvait les citer devant son tribunal, les appeler à d'autres fonctions, les révoquer même (10); enfin, c'est à Ravenne qu'étaient payés leurs appointements (11). Il ne semble pas que la confirmation impériale vînt ratifier les choix faits par l'exarque : du moins est-ce toujours à l'exarque qu'on demandait les places (12), h lui qu'on recommandait les candidats (13). Quand l'empereur, pour des raisons que nous marquerons plus loin, crut nécessaire de nommer lui-même les gouverneurs des provinces, les textes mentionnent le fait avec soin : on peut donc croire qu'avant cette réforme le souverain ne s'inquiétait pas de confirmer les nominations faites par l'exarque dans les limites de son gouvernement (14).
En matière judiciaire, l'exarque recevait sans nul doute les appels des gouverneurs de province; il jugeait également en première instance, au civil et au criminel. Nous connaissons plu-
(1) Greg., Ep., V, 40. Paul Diac, IV, 20, 28.
(2) Ibid., II, 46; V, 36; VI, 30.
(3) Ibid. , V, 36.
(4) Paul Diac, III, 18; IV, 12, 32.
(5) Greg. , Ep. , III , 28. Le pape recommande un personnage à l'exarque, et demande « ut ei locum vel actionem provideat ex qua quotidianis stipendiis valeat contineri. »
(6) Ibid., IX, 99; VII, 3.
(7) Ibid., II, 4G. Cf. Lib. pontif., 157, 176.
(8) Ibid., X, 52. Cf. sur la cautio, ibid., X, 51.
(9) Greg., Ep., XIII, 33.
(10) Ibid., VII, 3.
(11) Ibid., XII, 5, 6.
(12) Lib. pontif., 176.
(13) Greg., Ep., III, 28.
(14) Il y a une exception pourtant pour les ofiSciers de finance J^ibid., IX, 124), qui sont nommés principali jussione, ou laissés au choix du préfet d'Italie.
l'exarque.
sieurs exemples de sa compétence en ces matières. Nous voyons l'exarque punir d'exil ou de confiscation les primates de Romo (I), et même prononcer des condamnations capitales (2) ; nous savons que parfois l'exarque jugeait les causes ôpiscopales (3) , et il semble que, même sur les personnes ecclésiastiques, il eût droit absolu de vie et de mort (4). Enfln, ce qui prouve, plus que toute autre chose ^ l'existence d'un tribunal régulier, c'est la présence, à côté de l'exarque, d'un consiliarius ou assesseur juridique. Nous voyons ce personnage rendre des praejudicia ou des^decreia pour des affaires civiles (5); l'exarque joignait donc l'autorité judiciaire à ses autres attributions.
Il se mêlait également à l'administration financière. Dès la fin du sixième siècle , alors que le préfet d'Italie était encore le chef incontesté de ce service, l'exarque intervenait plus d'une fois dans l'administr.ilion des revenus publics, au moins en ce qui concerne les dépenses pour l'armée. C'est lui qui donnait les ordres pour le paiement de la solde des troupes (6), lui qui décidait sur quels fonds seraient imputées les sommes nécessaires à ces paiements ; enfln il pouvait, sous sa garantie personnelle , contracter des emprunts pour les besoins de la guerre (7). Le sacellarius ou erogalor , spécialement chargé de l'administration du trésor militaire , recevait à la vérité du préfet d'Italie les fonds nécessaires à son service , mais il ne relevait que de l'exai-que pour l'ordonnancement des dépenses (8). Dès le milieu du septième siècle le poste était d'ailleurs confié à un fonctionnaire d'ordre militaire : le sacellarius de l'exarque Isaac est un officier du grade de magister militum (9).
L'exarque exerçait parfois même son contrôle sur l'administration générale des finances. Dès le sixième siècle, quand l'empereur fit cadeau à l'Eglise de Ravenne des biens confisqués au profit du trésor sur les communautés ariennes, c'est l'exarque qui fut chargé d'exécuter la décision du prince et d'opérer la remise
(1) Lib. Ponlif., 122.
(2) Ibid., 126.
(3) Greg., Ep., IV, 7; V, 21.
(4) Pair, gra.ec., XC, 119. Dans le procès de Maxime, ou di( à l'exarqun : ToioÙTOV àvôpwirov lïxpeiXeç èâdai ÇTjv ôitou &çyt\:,.
(5) Marini, 123.
(G) Greg., Ep., IX, 124. Cf. Lib pontif., 117. ^7) Ibid., IX, 124.
(8) Ibid., IX, 124; V, 21.
(9) Lib. ponlif., 125.
l'exarchat de havenne.
des j:)ropriétés concédées aux catholiques (1). Plus tard, quand, vers la fin du septième siècle, le préfet d'Italie eut cessé d'exister, l'exarque hérita prohablement de phisieurs de ses attributions en matière de finance. Du moins voit-on, au temps de Grégoire II , l'exarque Paul chargé de la répartition de l'impôt dans la province d'Italie (2). Enfin l'exarque intervenait activement dans les affaires de l'Eglise, et ses rapports avec les évêques, sui'tout avec celui de Rome , méritent une étude attentive. C'est par ce côté d'ailleurs que nous saisissons le plus complètement les attributions de l'exarque ; et quoique les textes nous fassent surtout entendre les plaintes de l'Eglise, quoiqu'ils nous montrent surtout les usurpations et les injustices des gouverneurs, néanmoins nous y pouvons reconnaître l'étendue des pouvoirs que la loi conférait au patrice vis-à-vis de l'épiscopat italien.
Le lien étroit qui , dans l'empire byzantin , unissait l'Eglise à l'Etat imposait de grands devoirs à l'exarque , représentant tout puissant de l'empereur : les affaires religieuses se confondant souvent avec les affaires politiques, il devait nécessairement intervenir fréquemment dans les démêlés de l'Eglise : enfin, en Italie , l'autorité croissante et les ambitions de l'évêque de Rome rendaient plus indispensable encore la surveillance du clergé par les pouvoirs publics. La loi donnait donc autorité à l'exarque sur les prêtres : toute affaire intéressant la foi orthodoxe lui étai t communiquée ; un évêque schismatique voulait-il revenir à l'Eglise, c'est à l'exarque tout d'abord qu'il adressait sa pétition (3); le pape mandait-il un prélat à Rome, il en devait préalablement avertir le gouverneur de Ravenne (4). A tout instant l'exarque se mêlait des affaires religieuses : il ramenait à la vraie foi les schismatiques égarés (5) , il protégeait les nouveaux convertis (7) ; il veillait à faire respecter les canons des conciles (6) ; parfois même il évoquait à son tribunal les causes des évêques (8). Pour faire prévaloir sa volonté ou celle de l'empereur,
(1) Marini, 87.
(2) Lib. pontif., 183 : « Eo quod censum in provincia ponere praepediebat (pontifex). »
(3) Greg., Ep., IX, 9, 10.
(4) Migne, LXXII, 715.
(5) Greg., Ep., XIII, 33.
(6) Ibid., IX, 95; XIII, 33,
(8) Ibid., V, 21 : « Si episcoporum causae mihi commissae apud piissimos dominos alioruin palrociniis disponuntur... ut episcopi mei me despiciant et contra me rofnginin ad saeculares judicos habeanl. » Cf. IV, 7.
l'exahque. 179
la loi l'autorisait h employer la force : il pouvait faire arrêter et emprisonner un cvèque (1), l'arracher par la violence à son église et le faire Ijattre de verges (2) , lui imposer une pi'ofession de foi hérétique ou orthodoxe (3) ; il pouvait même l'envoyer en exil (4). Assurément entre le droit et la force la limite était souvent incertaine , et Grégoire le Grand se plaignait vivement que l'exarque Romanus fît élire par force un évêque ou le retînt violemment loin de Rome (5). Mais lui-même admettait que l'exarque fît marcher ses soldats contre les prélats schismatiques (6). 11 était donc assez mal venu à faire de tels reproches.
La loi doanait encore à l'exarque, — et c'était son plus important privilège, — le droit de surveiller les élections épiscopales. Toute ordination de prêtre, toute nomination d'évêque était communiquée par le pape au patrice (7), et les nouveaux élus étaient recommandés à sa haute bienveillance (8). Lui-même pouvait présenter des candidats pour les sièges vacants (9); il pouvait solliciter et parfois imposer des changements graves dans la hiérarchie ecclésiastique. C'était le cas quand il demandait le pallium pour l'archevêque de Ravenne (10), ou quand il faisait concéder à ce prélat par l'empereur le célèbre privilège aÙToxs- (paXt'a; , qui faisait l'église de Ravenne indépendante du siège de Rome (11).
Enfin l'élection pontificale était une de ses principales préoccupations, et là encore la loi lui conférait des droits considérables. Primitivement l'exarque se contentait de transmettre à l'empereur un rapport (retoifo) (12), oùilfaisait connaître les vœux du peuple et le nom du nouvel élu (13). C'était l'empereur lui même qui,
(1) Greg., Ep., I, 33. Le pape admet q\ie la chose ait été faite « pro aliqua probabilis excessus causa. »
(2) Paul Diac, III, 26. Baronius, VIII, 13.
(3) Paul Diac, III, 26. Lib. pontif., 127, et Duchesne , 333, n." 6.
(4) Paul Diac, II, 4.
(5) Greg., Ep., IV, 20; VI, 25.
(6) Baronius, VIII, 14.
(7) Greg., Ep., III, 31.
(8) Ibid., III, 31.
(9) Ibid., V, 48; VIII, 24; IX, 81.
(10) Ibid., V, 11.
(11) Ss. rer. Lang., 351. Cf. Lib. pontif., 170.
(12) L'exarque en fait souvent, à Constantinople, sur les affaires religieuses (Greg., Ep., IX, 9).
(13) Lib. pontif., 108. Cf. Lib. Diurn., 103, où l'on demande à l'empereur de confirmer l'élection « pcr sacros clementiae vestrae apices » [ibid., lOGj.
l'exarchat de havenne.
moyennant le paiement d'une taxe déterminée (1), confirmait l'élection et ordonnait l'ordination. En l'année 685 , l'empereur abandonna à l'exarqae cet important privilège (2) , et celui-ci le garda jusqu'en 742 (3). Désormais, quand un pape mourait , les chefs du clergé romain eu portaient aussitôt la nouvelle à Ravenne (4) ; lorsque, après un délai convenable (5), le successeur du pontife défunt avait été élu, les différents ordres envoyaient à l'exarque des députés chargés de lui remettre le procès-verbal de l'élection (6) (clecrelales paginae) (7). Ces mandataires demandaient au gouverneur d'approuver le choix fait parle peuple, et d'ordonner, praecipcre, l'ordination du nouveau pontife (8). Et ce n'était point là une vaine formalité. Parfois il arrivait que l'exarque refusât, fît attendre ou même acheter la confirmation sollicitée (9). Souvent aussi il se transportait en personne à Rome pour diriger l'élection ou du moins assister à l'ordination du nouveau
(1) Lib. ponlif., 146. Elle fut supprimée sous Agathon ; mais la nécessité de la confirmation impériale fut maintenue.
(2) Peut-être une concession de cette sorte avait-elle été faite vers 642 (Lib. ponlif., 124). On tire cette conclusion de ce fait que la vacance du siège pontifical, qui auparavant durait de trois à six mois, est, après Jean IV, réduite à un mois et quelques jours, temps visiblement insuffisant pour aller à Constantinople et en revenir. En tout cas, cette situation ne dura pas. La concession définitive est de 685 {Lib. ponlif., 153).
(3) Lib. pont., 205. A cette date, en effet, la vacance est de quatre jours seulement. On a pensé que la constitution de 685 accordée à Benoit II, affranchissait l'élection pontificale de toute confirmation : « ... qui electus fuerit... e vestigio absque tarditate pontifex ordinetur » (L. P., 153). M. l'abbé Duchesne pense (364, n. 4) qu'il ne faut point prendre cela au pied de la lettre, et entendre que le droit de confirmation passa de l'empereur à l'exarque. Les mots fort précis du texte semblent indiquer pourtant une élection libre, et la prise a consuetudo qui, post multorum pontificum tempora vel annorum (L. P., 154), fut observée à l'élection de Jean V (685), serait justement le retour à l'antique et primitive liberté des élections (Cf. Duchesne , 367, n. 1). A coup sur, le privilège ne dura pas. Le successeur de Jean V, Conon, dont l'élection difficile amena peut-être l'intervention des pouvoirs publics, dut demander à Ravenne, à l'exarque Théodore, la ratification de son élection {L. P., 156). Cf. Mabillon, Mus. II., II, cix, et suiv.
(4) Lib. Diurn., 107.
(5) Triduum {ibid., 112, 119). Il avait été fixé par Boniface IV [Lib. ponlif., 115).
(6) Lib. Diurn., 110. Lib. ponlif., 156,
(7) Lib. Diurn., 123.
(8) Ibid., 115. Aucune mention n'est faite de l'empereur; tout dépend de l'exarque.
(9j Lib. ponlif., 159 (élection de Scrgius) : « Illi quidem sufîragari non voluit. »
l'exarque. 181
pontife (1). On voit par ces détails, et mieux encore par l'humilité des formules employées dans le Liber Diurnus, quel était, dans ce grave événement, le rôle de l'exarque, et de quel poids sa volonté pesait dans l'élection; on sait par maint exemple que plus d'une fois il essaya de mêler les intérêts politiques aux affaires de l'Eglise, et de jiorter sur le trône des papes un serviteur dévoué du gouvernement byzantin (2).
Un pouvoir si exorbitant, et dans l'exercice duquel l'exarque était généralement couvert par l'empereur, était bien fait pour inquiéter l'Eglise ; et les violence des officiers grecs ne donnaient que trop souvent raison à ses craintes. Aussi semble-t-elle avoir demandé quelques garanties contre l'arbitraire, et exigé que tout au moins l'exarque ne fût point un hérétique déclaré. On voit en effet, le patrice Scholasticus, à son entrée en charge, venir justifier auprès du pape de l'orthodoxie de sa foi, verae se orihodaxae fidei praedicatorem et sexti concilii conf essor em esse (3). C'était là , toutefois, une garantie bien insuffisante, et plus d'une foisl'Eglise dut employer contre les exarques les armes suprêmes destinées à écarter les grands périls : l'anathème et l'excommunication (4).
4° Pour décider tant d'affaires importantes, il fallait à l'exarque des auxiliaires assez nombreux. Aussi avait-il auprès de lui un personnel considérable, qui ajoutait encore à l'éclat de son autorité.
On rencontrait tout d'abord, à côté de l'exartjue, un consiliarius ou assessor, décoré du titre de vir eloqvenlissimus (5) ou magnificus (6), et chargé d'assister l'exarque lorsqu'il rendait la justice. Les nombreuses occupations du gouverneur donnaient à ce personnage un rôle considérable : quand les soins de la guerre retenaient l'exarque loin de Ravenne, — et la chose arrivait fréquemment , — le consiliarius remplaçait le magistrat absent , et administrait le justice. Il prenait alors sous sa propre responsabilité des décisions appelées praejudicia ou décréta (7).' Dès le commencement du septième siècle, sous le gouvernement des exarques
(1) Lib. pontif., 121, 122, 159.
(2) Ibid., 157, 159. Cf. 156 pour l'élection de Conon.
(3) Ibid., 176. Paul Diac, VI, 34. Sur la piété des exarques, Agnell., 98, 119. Paul Diac, II, 3.
(5) Marini, 123. Cf. C. /. G., 9853. Jaffé, 2056. Greg., IX, 9.
(6) Greg., Ep., I, 38.
(7) Marini, 123.
l'exarchat de ravenne.
Je;iii Lemigius cL Eleutherius, on voit ces consiliarii investis de l;i juridiction civile en pi-emière instance. D(>s ce moment, l'administration de la justice avait passé eu partie des mains des fonctionnaires de l'ordre civil à celles du gouverneur militaire et de ses représentants.
A côté du consiliarius se trouvait le cancellarlus (1). Lui ausi était un personnage considérable ; il portait le titre de vir clarissimus (2), il recevait de l'exarque des missions de confiance, même il pouvait en justice représenter lé magistratà la personne duquel il était attaché (3).
Le soin de la correspondance avec Tempereur et avec les gouverneurs de province était confié à un nniarins ou secrétaire (4). L'importance des affaires qu'il traitait donnait à ce personnage une grande influence auprès de l'exarque : à la vérité, on lui demandait des qualités assez variées : il fallait qu'il eût une connaissance approfondie du grec et du latin (5) : souvent, en efîet , les lettres impériales étaient écrites en grec, et c'était au notarius qu'il appai'tenait de les traduire. Il portait le titre de vir sapienlissimns.
Ensuite l'exarque avait auprès de lui un ou plusieurs scholastici (6). Ils portaient le titre de vir gloriosus (7) , ou vir magnificus (8). C'étaient des conseillers à la fois juridiques (9) et politiques. Ils assistaient l'exarque dans les négociations diplomatiques (10); ils s'occupaient, sous sa direction, des affaires administratives et religieuses. C'est un scholaslicus qui demandait au pape la concession du pallium à l'archevêque de Ravenne (II); un autre intercédait auprès de Grégoire en faveur d'un prêtre condamné (12). C'étaient , à ce qu'il semble, des personnages consi-
(1) Orelli, 633G. Marini, 92. Greg., Ep., I, 69; VII, 2.
(2) Marini, 92. Cf. Cod. Theod., I. 21,
(3) Greg., Ep., VII, 2.
(4) Migne, LXXXVII, 113. Agnell., 120 et suiv. : « Qui potuisset epistolas impériales componere, vel ceteras scripturas cartales... in palatio perficere.»
(5) Agnell., 120.
(6) Greg., Ep., V, 36. (Severus), V, 45, 48; VI, 61. (Andréas), le premier en mai 595 (Jaffé, 1349), le deuxième en mai 599 (Jaffé, 1677).
(7) Ibid., IV, 40; V, 45, 48.
(8) Ibid., V, 36.
(9) Ibid., V, 36 : « Qui assistunt judicibus. » Cf. Bethmann-Hollweg, L L, III, 161 et suiv.
(10) Ibid., V, 36.
(11) Ibid., VI, 61.
(12) Ibid., IV, 40.
l'exarque, 183
dérables , el le pape ne dédaignait pas de leur recommander spécialement ses envoyés (1).
Comme tous les magistrats, l'exarque avait son officiam , qui devait être fort nombreux. On y rencontre des scribones (2), des chariularii (3) , enfin toute une série d'employés inférieurs, nn~ merarii et adjitlores des scrinia (4) , dont quelques-uns portent le titre de viri clarissimi , exceptores (5), nomenclatores , organisés en une schola, à la tête de laquelle était un primicerius (6), slratores, également organisés en schola sous un primicerius (7). Tous ces fonctionnaires servaient dansles bureaux ou scrinia de l'exarque. Nous connaissons par son nom un seul de ces bureaux : c'est le scrinium canonum (8), mais c'est là une mention importante ; elle montre qu'en l'année 639 l'exarque avait parmi ses attributions une grande partie des affaires financières.
Outre son officivm, l'exarque avait ce qu'on peut appeler une maison civile et militaire , à la tête de laquelle était placé le major domus (9) , grand personnage, auquel étaient adressés les placets et les pétitions et qui exerçait sur son maître une grande influence. Puis venait le trésorier (sacellarius) qui souvent était un militaire(lO), et le chambellan o\icubirularins( \ 1). L'exarque avait ensuite des aides de camp ou comités (12), des écuyers (spaihurii) (13), enfin une garde spéciale, formée par les sco/ares sacri palalii (14), et peut-être désignée sous le nom de Schola Graeca (15). A ce corps se rattachaient sans doute les excubitores de la garde impériale, dont quelques-uns étaient, à ce qu'il semble, détachés en Italie (16), et employés au service de l'exarque.
5° Investi du pouvoir absolu , comblé d'honneurs et de privilè-
(1) Greg., Ep., V, 45, 48.
(2) Ibid., IX, 41.
(3) Migne, LXXXVII, 200.
(4) Marini , 87, 95.
(5) Ibid., 90, 95.
(6) Ibid., 121.
(7) Spreti, i. /., cl. I, 31S, p. 279.
(8) Marini, 87, 95.
(9) Greg., Ep., IX, 9.
(10) Lib. pontif., 125.
(11) Marini, 90.
(12) Lib. pontif., 183.
(13) Ibid., 132.
(14) Marini, 95. Cf. Zirardini, 128 et suiv.
(16) Greg., Ep., X, 5. Baronius. VIII, 14.
l'exarchat de ravenne.
jj:es, n'ayant à répondre de sa conduite que devant l'empereur, l'exarque franchissai-t sans scrupule les limites légitimes de son autorité. Le contrôle de l'Eglise même était impuissant à le contenir; l'exarque s'inquiétait peu de représentations du pape; l'apocrisiaire pontifical qui résidait à Ravenne était sans influence (1). Aucune vexation , aucune humiliation n'était épargnée à l'Eglise romaine : Isaac saisissait et pillait le trésor pontifical (2) ; Jean Platyn faisait acheter à prix d'or au pape Sergius la confirmation de son élection (3) ; Théodore Galliopas arrêtait le pape Martin dans la basilique de Constantin et l'envoyait à Constantinople sans autre forme de procès (4); Jean Ryzocopus condamnait à mort les grands dignitaires de l'Eglise (5) ; les exarques Paul et Eutychius tentaient de faire assassiner Grégoire 11(6). On conçoit que Grégoire le Grand trouvât les Lombards moins cruels que les fonctionnaires impériaux et se plaignît amèrement de la méchanceté de Roman us (7) : protestations au reste bien inutiles, car l'exarque était assez puissant [)Our s'inquiéter peu de l'empereur lui-même.
Le pouvoir illimité dont il était investi était en effet pour l'Etat nn danger redoutable, surtout quand l'exarque unissait à son autorité [inblique de grandes propriétés territoriales. La tentation était alors bien grande d'employer contre l'empereur les forces dont il dis[iosait , et de fonder à son profit une souveraineté indépendanteen Italie. Deux exarques l'essayèrent : en619, Eloutherius se fit proclamer emjjereur à Ravenne; en 650, Olympius se mit d'accord avec le pape et s'insurgea contre son souverain. Tous deux échouèrent; mais de tels exemples montrent quels dangers pouvaient naître de cette toute-puissance conférée à l'exarque : pour les prévenir , un contrôle impérial était indispensable. Il existait en effet, et l'élude des rapports de l'exai-que avec l'empereur nous apprendra en quoi il consistait.
(1) Greg., Ep., XII, 24. Cf. Lib. Diurn., 124.
(3) Ibid., 159.
(4) Ibid., 133.
(5) Ibid., 172.
(6) Ibid., 183, 185.
(7) Greg., Ep., V, 42.