XII
l'uXAHCHAT du ItAVENNE.
choses sincèreinoiit oL pioasemcnt la cause de Dieu (1). Si Grégoire félicite le .sckolnslicns Paul de s'être réconcilié avec l'évèque Jjéon, c'est que, dans sa pensée, l'Eglise et le pouvoir laïque doivent travailler ensemble à une même cause (2) ; mais, dans cette action commune , le rôle de l'autorité civile est tracé d'avance: elle respectera toujours les droits de l'Eglise et des pauvres et son premier souci sera de plaire à Dieu seul (3). Obéir en tout à l'Eglise, tel est, aux yeux deGrégoire, le suprême mérite. Les services rendus à la religion excusent bien des fautes et épargnent bien des disgrâces (4); l'hostilité à l'Eglise est intolérable dans une administration vraiment chrétienne. L'exarque Callinicus avait un conseiller, excellent homme , de l'aveu même de Grégoire : bonum virum aiidio; mais il était hérétique , et point en règle avec l'Eglise romaine, pacem cum catholica ecclesia non habel. Grégoire jugea la raison suffisante pour exiger sa révocation (5).
Voilcà les princi[tes que Grégoire appliqua toujours dans ses rapports avec les officiers impériaux, et jamais il n'admit qu'ils pussent être un moment discutés. Il proclamait hautement la supériorité de l'autorité ecclésiastique sur le pouvoir civil , du pape sur l'exarque de Ravenne (6); il attribuait cà l'Eglise un droit absolu de dicter leur devoir aux gouverneurs laïques (7) ; et jamais il ne laissa sans protester un agent impérial manquer à ses obligations.
Un évêque l'informait-il des injustices d'un fonctionnaire (8), une ville ou une corporation industrielle demandait-elle sa protection (9), aussitôt il intervenait ; tantôt il réprimandait directement l'officier coupable, plus souvent il s'adressait à son chef hiérarchique, se plaignant des ducs à l'exarque (10) et de l'exarque à l'empereur (1 1). L'ex-consul Léontius menaçait certains privilèges de la ville de Naples; le pape lui interdit formellement d'y tou-
(1) Greg., IX, 9.
(2) XIV, 1. Cf. I, 2.
(6) II, 4G : « Nos quanto cum loco et ordine praeimus. »
(11) V, 'lO.
l'kGLISK HOMAINE et l'aDMINISTHATION IIYZAM'INH
cher (1 ). Leduc de Sardaigiie accablait de ses exactions les [laiivics de sa province et, sans motif, faisait emprisonner ou punir de peines corpoi-ellos les sujets confiés h ses soins; Grégoire, au nom de la loi , demande à l'exarque d'Afrique la rc[)ression de ces abus (2). Quiconque réclame son ap])ui est sûr d'ôtreentendu (3), et sans cesse G-égoire recommande au,\ gouverneurs impériaux d'éviter toute injustice, de sup[)rinier toute imposition vexatoire, de protéger eu toute occasion les provinciaux remis à leur administration (4).
S'agit-il d'une affaire d'Eglise , l'intervention pontificale est plus active encore; dans des conflits de cette sorte, Grégoire autorise les évoques à entrer en lutte directe avec l'autorité civile (5). Un officier du duc de Sardaigne a mis la main sur les domaines d'une abbaye (6), un haut fonctionnairea supprimé les privilèges et confisqué les revenus de la diaconie de Naples (7) : aussitôt Grégoire fait entendre d'énergiques réclamations. Il n'admet point qu'on fasse tort à l'Eglise (8), qu'on fasse peser sur les biens du clergé des impôts ou des corvées extraordinaires (9), qu'on moleste les personnes ecclésiastiques. Il rappelle à la modération le duc de Campanie^ qui avait envahi de force et pillé un monastère, insulté et menacé l'abbé (10); il traite plus sévèrement encore le duc de Naples, qui tarde à punir l'outrage fait à une religieuse : « Une telle iniquité , » dit-il , « ne saurait demeurer sans vengeance (il). » Quand un évoque est mis en cause, l'attitude du pape est plus hardie encore. Dans les affaires qui concernent ces hauts dignitaires , le gouverneur est invité à apporter un soin tout particulier (12) ; il leur doit un respect constant, une entière déférence ; il fera droit à toutes leurs plaintes; il se concertera avec eux en toute circonstance (13). Qu'un fonctionnaire ne s'avise
(1) X, 53. Cf. IX, 69.
(2) Greg., I, 61.