‹ Études sur l'AfriqueChapitre 17 sur 48 · Le khalife Abdullah · texte numérisé non relu

Le khalife Abdullah

Chaque jour, aux heures de prière, le Mahdi Mohammed Ahmed, le destructeur fameux de la puissance égyptienne au Soudan, paraissait au milieu de ses fidèles assemblés. A aucune époque de sa vie, il ne faillit à cette règle. Il la pratiquait déjà alors qu’il vivait dans l’ile d’Abba, sur le Nil Blanc, entouré seulement d’un petit nombre de disciples. Il continua à s’y conformer après le triomphe, lorsqu’il fut devenu le maître de toute la vallée du Nil moyen. Aussi, au mois de juin 1885, l’étonnement fut-il général dans Omdourman ', la capitale du nouvel État théocratique, quand on constata que, depuis plusieurs jours, le maître s’abstenait de venir à la mosquée. Le bruit se répandit qu’il était dangereusement malade. On multiplia les prières, pour obtenir du ciel sa guérison. Mais cet élan de ferveur

1. Omdourman est située face, au confluent du Nil Blanc et du Nil Bleu, sur la rive gauche du fleuve.

SOUDAN ORIENTAL

resta inefficace, et ce Mahdi attendu depuis des siècles, ce prétendu envoyé de Dieu, par lequel s’accomplirait sur terre le règne de la justice, qui devait, après le Soudan, conquérir l’Égypte, la Mecque et Médine, et dire en Syrie la prière suprême, mourut tout simplement du typhus comme le plus misérable des esclaves exposés au marché.

Cependant, quelques heures avant sa mort, ses forces lui permirent encore de manifester une fois de plus la volonté, déjà souvent exprimée, d’avoir pour successeur le khalife Abdullah, qui occupait, après lui, la place éminente sous le nouveau régime. Le Mahdi gisait sur un de ces lits peu élevés qu’au Soudan on nomme angarebs. Ses trois khalifes, ses parents, quelques officiers l’entouraient. Le moribond reprenait de temps à autre connaissance, et dans un de ses moments de lucidité, il prononça les paroles suivantes : « Le khalife Abdullah est désigné par le Prophète pour être mon successeur. Vous m’avez suivi, vous avez accompli mes ordres. Agissez de même avec lui. Oue Dieu ait pitié de moi! »

L’histoire de l’Europe abonde en exemples de souverains qui paraissent n’avoir exprimé leurs volontés suprêmes que pour donner à leur entourage le malin plaisir de ne pas les exécuter. On n’est pas, sur ce point, plus scrupuleux au Soudan qu’en Europe; mais le khalife était trop intéressé à ce qu’on respectât le dernier vœu du Mahdi pour n’y pas veiller. Il a déjoué toutes les tentatives dirigées contre son pouvoir, et depuis onze ans le territoire qui s’étend de Dongola jusqu’au delà de la région marécageuse du lac Nô, sur le haut Nil, et du Darfour à la rivière Atbara, est resté sous sa domination. Sans sa fermeté, le Soudan oriental se serait vraisemblablement désagrégé, et les contrées qui le composent, Darfour, Kordofan, Sennar, pays de Chendy, de

Page 1