‹ Études sur l'AfriqueChapitre 20 sur 48 · LA DOMINATION MAI1DISTE · texte numérisé non relu

LA DOMINATION MAI1DISTE

sédait, et allait au Nil puiser de l’eau. Un jour Ali ne revint pas; un crocodile avait emporté l'unique ami d’Abdullah, qui, désormais, se trouvait seul au monde.

Il gisait donc, abandonné, sur une misérable natle, dans une pauvre hutte, quand la nuit quelqu’un entra et s’approcha. C’était Mohammed Ahmed en personne, celui qui bientôt allait se proclamer le Mahdi. En dépit de son indifférence feinte, il n’avait pas oublié son nouveau disciple. Il tendit à Abdullah une écuelle renfermant le breuvage composé d’eau, de farine, de beurre, et nommé au Soudan médida. Il lui dit : « Bois, et tu guériras. » A ce moment, Abdullah se sentit plus fort. «Et pourquoi s’étonner de ma guérison, concluait-il en racontant cette scène à Slatin bien des années après, n'était-ce pas le Mahdi qui avait parlé en ces termes, celui qui jamais ne ment et dont toute parole est vérité? »

Cette date fut capitale dans la vie d’Abdullah. Le Mahdi en fit dorénavant son confident intime. Il lui révélait ses ambitions, et ses espoirs, lui répétait qu’il était le Mahdi élu par Dieu, et investi de sa mission parle Prophète, exaltait sa ferveur, et lui faisait partager cette absolue confiance dans le triomphe, qui fut sa plus grande force. Aussi, quand les circonstances l'obligèrent à passer d’une existence purement contemplative à l’action, à donner une manière d’organisation à la troupe confuse de ses disciples, Abdullah fùt-il naturellement parmi les dignitaires de la nouvelle secte. C’était en août 1881. Le gouverneur général du Soudan Égyptien, inquiet de la popularité croissante du soidisant Mahdi, voulut arrêter la rébellion avant son développement, et, pour ainsi dire, en détruire les germes. Deux compagnies de soldats furent envoyées pour l’arrêter. Mais les officiers prirent des dispositions

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si malheureuses qu’à peine débarqués dans l’île, ils furent attaqués et massacrés avec leur troupe par les disciples fanatiques du Mahdi, qui se mettait ainsi ouvertement en révolte contre le gouvernement. Se jugeant désormais trop près de Khartoum, car Abba n’est guère à plus de 220 kilomètres en amont sur le Nil, il se dirigea avec tous les siens au sud-ouest vers le Kordofan méridional. Mais auparavant, à l’exemple du Prophète, dont il s’eflorçait d’imiter la vie en tous ses détails, il nomma khalifes Abdullah, Ali Woled Helou et Mohammed-Chérif. Abdullah fut le premier en titre et conserva toujours une place d’élection dans la faveur du Mahdi. Il en reçut des témoignages publics et répétés d'estime, et fut nettement présenté par lui comme son successeur éventuel.

On en jugera par les quelques faits suivants. Une querelle s’était, élevée entre Abdullah et un certain Manna, chef de l’importante tribu arabe des Djauamas. Ils en vinrent aux violences de langage et aux injures. Le Mahdi ne balança pas, soutint son khalife, et comme Manna irrité de cette partialité tentait de créer avec les siens un parti séparatiste, il donna l’ordre, en sa justice expéditive, de lui faire trancher la tête. — Tous les vendredis, le Mahdi passait une revue. Chacun des autres khalifes se tenait au centre de son corps d’armée. Mais Abdullah déléguait son frère Yacoub au commandement du sien, et, au lieu d’être inspecté par le Mahdi, passait à son côté devant le Iront des troupes. — Les décisions graves étaient toujours prises d’un commun accord. Le 17 janvier 1883,1e gouverneur égyptien d’El-Obeid, la ville principale du Kordofan, offre de se rendre : la garnison, réduite à vivre de cuir de sandales bouilli, est à bout de forces. La conquête de cette place est pour les mahdistes un grand succès, puisqu’elle donne

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à ces vagabonds, pauvres et mal armés, de l’argent, des fusils et un substratum territorial. Le Mahdi ne fixe pas seul les conditions de la capitulation, mais en délibère longuement avec Abdallah.

Cette haute position avait valu à Abdullah beaucoup d’envieux. Les parents du Mahdi, les Dongolais ses compatriotes, considéraient cet homme de l’Ouest comme un intrus. Derrière leurs sourires et leurs manières affables, Abdullah devinait leur haine implacable. Il voulut prouver à ses ennemis qu’ils espéraient en vain le voir frappé d’une disgrâce. A sa requête, le Mahdi reconnut publiquement ses services dans une proclamation, dont voici les passages essentiels :

« Sachez, mes disciples, qu’Abdullah est le représentant du Juste et l’Émir de l’armée du Mahdi dont il est fait mention dans la vision du prophète. Il est moi et je suis lui. Honorez-le comme moi; ajoutez foi à tout ce qu’il vous dit, et ne doutez pas de lui. Il agit en tout par ordre du Prophète ou avec ma permission... Si quelqu'un d’entre vous dit ou pense du mal de lui, il sera anéanti et perdu dans l’autre monde comme dans celui-ci. Sachez qu’aucune de ses paroles, qu’aucun de ses actes ne doit être discuté par vous, car ils lui sont inspirés par sa sagesse et son équité intérieures. S’il condamne quelqu'un de vous à mort ou à la perte de ses biens, sachez qu'il le fait pour votre bien et votre foi : inutile donc de raisonner, obéissez. Le Prophète a dit en personne que le plus grand et le plus juste des hommes vivants sous le soleil près de lui était Abou Bakr. Le khalife Abdullah est son représentant, et par ordre du Prophète mon khalife.... Je termine comme j’ai commencé. Croyez en lui, exécutez ses ordres. Ne doutez jamais de ce qu’il vous dit. »

Ce document a dans l’histoire du mahdisme une

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grande importance. Le Mahdi avait déjà exprimé la volonté d’avoir Abdullah pour successeur. Mais ce texte écrit confirmait scs paroles avec une force singulière. C’est un véritable acte d’investiture. Aussi Abdullah s’en est-il servi chaque fois qu’on a contesté son pouvoir, et l’a t- il en toute circonstance opposé à ses ennemis.

Les esprits étaient donc bien préparés à la future domination d’Abdullah. Et quand, le 22 juin 188o, du grabat où il languissait, le Mahdi le désigna formellement pour son successeur, il ne suscita pas la moindre surprise. Devant le cadavre encore tiède, tous les assistants prêtèrent serment à Abdullah. En annonçant la nouvelle à la foule, on affirma que le Mahdi avait volontairement quitté cetle vallée de misères et qu'il fallait s’abstenir de signes de douleur. Mais sa première épouse, qui, pendant l’agonie, s’était tenue accroupie et silencieuse dans un coin, alla faire part de l’événement à ses compagnes. Elles commencèrent leurs lamentations, et bientôt des cris funèbres s’élevèrent de tous les coins de la ville.

Les dernières cérémonies s’accomplissent : le cadavre est enseveli dans une tombe creusée au milieu du sol même de la chambre mortuaire; puis tous les assistants, les mains levées, disent la prière suprême.

Le moment était venu pour le khalife de haranguer la foule. Très ému, la figure en larmes, il monta dans la chaire du Mahdi et, d’une voix tremblante, parla en ces termes : « Compagnons du Mahdi, la volonté de Dieu est irrévocable. Le Mahdi nous a quittés. Il est au ciel, là seulement où règne une joie éternelle. Nous aussi, nous l’y retrouverons un jour. Mais jusque-là conformons-nous à ses préceptes. Soutenons-nous les uns les autres comme les pierres d’une muraille s’étayent

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réciproquement.... Compagnons du Mahdi, je suis le khalife du Mahdi, c’est-à-dire son successeur, jurez-moi fidélité. »

Les plus rapprochés prêtèrent serment, puis ils cédèrent la place à d’autres, auxquels d’autres encore succédèrent. Jusqu’à la nuit tombante, la foule se pressa en masse compacte au pied de la chaire. Le khalife répétait toujours la même allocution. A force de parler, il était devenu presque aphone, et parfois il descendait pour s’humecter la bouche. Mais l’orgueil de se sentir le maître d’aussi grandes masses d’hommes lui donnait force et patience.

Telles furent les premières heures du règne du khalife Abdullah. Mais avant d’en considérer la suite, il paraîtra sans doute bon d’envisager le personnage lui-même.

IL — Les traits d’Abdullah sont réguliers. Il a de grands yeux noirs, un nez droit, une bouche finement dessinée. Son visage brun clair est entouré d’une barbe peu touffue, noire jadis et maintenant devenue blanche. Lorsque Slatin le vit pour la première fois, il était svelte et élancé. Avec les années, il s’est alourdi. C’est qu’il a changé de régime : naguère il se contentait des mets les plus simples, de galettes de dourra, et de viande rôtie; maintenant il lui faut des plats succulents. Ou'on lui parle des Turcs ou des Égyptiens il s’emporte; il ne trouve pas de termes assez abjects pour exprimer le mépris qu’ils lui inspirent. Mais son obésité dément ses paroles et fait l’éloge de leur cuisine raffinée, en dépit qu’il en ait.

Il est toujours vêtu d’une grande robe de coton blanc, sur laquelle sont cousus des morceaux d’étoffe de couleurs diverses. Il se chausse de souliers jaunes, et se coiffe d’un bonnet en soie bariolée, entouré d’un turban.

Il habite au centre même de la ville d’Omdourman. Un

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groupe de bâtiments séparés les uns des autres par des cours irrégulières et entouré d’un mur en briques forme son domaine particulier. Ses appartements privés, son vaste harem, sont rassemblés dans cette enceinte. Une extrême simplicité règne dans la salle d’audience : un angareb pour le khalife, des nattes sur le sol pour les personnes admises en sa présence, voilà tout le mobilier. Le luxe a été réservé pour les appartements privés : lits ornés de dorures et protégés par des moustiquaires, tapis, coussins brochés de soie, portières et rideaux; on y a rassemblé tout ce qui échappa, pendant le sac de Khartoum, à la fureur destructrice des assaillants.

Le harem du khalife renferme quatre cents femmes; quatre d’entre elles sont libres et ont rang d’épouses légitimes. La première de toutes est Sara, originaire, elle aussi, de la tribu des Taaclias, la compagne des années difficiles , la mère d’Etman, le fils chéri du khalife. Les autres ont été achetées ou capturées pendant des campagnes heureuses. Le hasard a rapproché les types les plus variés : les unes sont de couleur brun très clair, d’autres bronzées, d’autres encore absolument noires. Les Abyssines au fin profil coudoient d’affreuses négresses du Bahr-el-Ghasal au nez épaté, aux lèvres proéminentes. Bref, c’est une collection sans pareille d’ethnographie africaine vivante.

Pour maintenir un peu d’ordre dans ce bataillon de femmes, on les a divisées en groupes de quinze à vingt. L'une d’elles est chargée île surveiller les autres. Elle reçoit chaque mois de quoi nourrir ses subordonnées et acheter les accessoires de toilette, parmi lesquels le beurre, la graisse et les parfums violents tiennent le premier rang.

De temps à autre, le khalife passe une revue de ses femmes. 11 n’en revient jamais complètement satisfait.

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Il a été choqué du caractère de l'une, des défauts physiques d’une autre. Il exclut donc de ses faveurs celles qui ont cessé de lui plaire pour les remplacer par de nouvelles recrues, et gratifie de sa desserte ses parents, ses serviteurs, ou ceux qu’il prétend honorer.

Parfois aussi cette apparente libéralité n’est qu’une ruse politique. L’inquiétude est un des traits du caractère d’Abdullah, il redoute toujours quelque complot. Il examine ceux qui l’approchent du turban aux babouches, et rien ne lui échappe. Un soir, Slatin apprit que la position de Gordon à Khartoum était désespérée; l’anxiété et le chagrin le tinrent éveillé toute la nuit. Le lendemain matin, le khalife lui demanda, dès qu’il l'eut dévisagé, pourquoi il avait les yeux rouges et quelle était la raison de son insomnie.

Il voudrait connaître les pensées les plus intimes de ses sujets et voir clair dans leur esprit, de même qu’il surveille à toute heure sa ville d’Omdourman, d’une tour vitrée construite au sommet de sa maison. C’est un ingénieux moyen d’espionnage, que d’introduire l’une de ses femmes dans l’intimité de ceux qui lui sont suspects. Il doutait fort de l’attachement de Slatin, en dépit des serments de celui-ci, et l’événement a prouvé qu’il n’était point si malavisé. Aussi cherchait-il à l’envelopper d’un réseau d’affections féminines. Slatin était constamment l’objet de ses propositions matrimoniales. Il s’y dérobait de son mieux, non cependant sans donner une piteuse idée de la galanterie européenne.

Sa méfiance provient de sa conception générale de l'humanité, qui n’est pas à l’honneur de celle-ci. Il ne croit ni à la véracité, ni à la bonne foi. Il est convaincu que tous ceux qui l'approchent ont le mensonge à la bouche, mais il ne demeure pas avec eux en reste d’hypocrisie. En un jour d’humeur expansive, il fit cette

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déclaration de principes : « Un homme de gouvernement doit toujours dissimuler ses intentions; qu’il se garde de les trahir par ses attitudes ou par ses gestes, car il la donnerait trop belle à ses ennemis et à ses sujets pour les traverser. » Aussi n’est-on jamais en confiance avec lui. S’il est redoutable dans ses emportements, il l’est peut-être davantage encore quand il sourit et parle avec bonhomie et douceur. On est d’autant plus fondé à craindre sa colère que ses châtiments sont terribles, et qu'il a une prédilection pour les mesures de rigueur. Du temps qu’il était conseiller du Mahdi, il combattait toujours ses tendances à la clémence. Ce fut lui qui, le jour de la prise de Khartoum, opina au massacre général, et s’opposa à ce qu’on fît de quartier.

Il prononce volontiers des punitions corporelles. Ses gardes sont toujours sur le qui-vive, car à la moindre infraction ils sont fouettés avec la courbache, la terrible cravache en peau d’hippopotame, ou bien ils sont mis aux fers. Slatin, dont on avait surpris les relations suspectes avec Gordon, subit cette peine pendant des mois : deux anneaux, réunis par une chaîne, étaient scellés à ses chevilles, et son cou était pris dans un cercle si étroitement serré qu’il pouvait à peine remuer la tête.

Le khalife considère les supplices comme un procédé indispensable de gouvernement. Quelqu’un qui s’aviserait de lui parler de l’abolition de la peine de mort, serait sûrement regardé de travers. Il n’a jamais dit, comme cet ancien, que l’odeur du cadavre de son ennemi lui était agréable, mais il a maintes fois prouvé que la vue de son sang n’était pas pour lui déplaire.

Les Batahins qui habitent sur la rive droite du Nil Bleu avaient eu l’audace de lui désobéir. Il en lait prendre soixante-sept qui sont, tout d’une voix, cou-

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damnés à mort par les cadis bien stylés. On les amène devant le khalife, entourés de la troupe hurlante de leurs femmes et de leurs enfants. Il glisse quelques mots : à l’oreille de son exécuteur des hautes œuvres, et les condamnés sont entraînés vers la place du marché. Un quart d’heure s’écoule, puis le khalife monte à cheval et se rend au lieu d’exécution. Le spectacle qui s’offrait à la vue était terrible. Les Batahins avaient été divisés en trois groupes : les uns étaient pendus, d’autres décapités, aux autres enfin on avait coupé la main droite et le pied gauche. Le khalife tourna autour des gibets qui fléchissaient sous le poids des corps, examina les tètes qui avaient roulé loin des torses, et le tas des mutilés écroulés les uns sur les autres en baignant dans leur sang. Slatin, qui était contraint de le suivre dans cette terrible promenade, atteste qu’il ne surprit sur son visage aucune émotion, et que même, à certain moment, il l’entendit risquer une plaisanterie macabre.

Cet homme était pauvre et il est devenu riche. Il ne possédait pour tout bien qu'un âne, et maintenant le tribut d’une immense région afflue dans ses coffres. Il couchait sur la dure et aujourd’hui il repose ses membres alanguis sur de moelleux divans. Il peut faire fouetter tout son content des gens dont naguère il était obligé de subir les risées. Il possède un harem mieux pourvu qu’il ne l’avait jamais espéré dans les rêves les plus extravagants de son imagination débridée. Comment, parvenu à une pareille fortune, n’aurait-il pas mis de côté toute modestie? Comment n’aurait-il pas atteint les extrêmes limites de l’orgueil? Il croit tout savoir et tout comprendre. Il s’attribue sans hésitation les mérites des autres, et quand un émir accomplit une razzia fructueuse, il le doit toujours aux ordres venus d’Omdourman. Un de ses cadis avait un jour comparé l’état passé

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du Soudan à sa situation actuelle, et mis en parallèle le khédive Ismaïl et le khalife Abdullah. Ces propos le courroucèrent. « Je ne permettrai jamais, dit il, qu’on me compare, moi le descendant du Prophète, au khédive qui est un Turc. » Et l’imprudent fut déporté à Redjaf, sur le Nil Blanc, où il médita tout à loisir sur les dangers de certains développements littéraires.

C’était aussi par satisfaction d’orgueil qu’il avait retenu Slatin près de lui, et lui avait attribué ses fonctions singulières. Il lui avait dit : « Tu exécuteras mes ordres. Tout le jour tu te tiendras à ma porte avec mes cawass ; le soir, quand je reposerai, tu pourras regagner ta maison. Tu m’accompagneras dans mes sorties, tu marcheras à côté de ma monture. » 11 avait trop de serviteurs à sa disposition pour que Slatin lui lut vraiment utile. Mais il éprouvait de la fierté à sentira ses côtés, en humble posture, l’ancien fonctionnaire égyptien, l’ancien gouverneur du Darfour, auquel naguère obéissait sa propre tribu des Taachas. Par sa simple présence, Sial in faisait éclater aux yeux de tous la puissance d’Abdullah.

Débauché, hypocrite, cruel, vaniteux, voilà sous quels traits peu flatteurs le khalife Abdullah nous est représenté par son biographe. Nous comprenons l’état d’esprit de Slatin. Pendant onze années, il subit , l’étreinte d’Abdullah. Par son caprice, cet Européen civilisé est revenu à la vie barbare, a été tenu loin des siens, loin de tout ce qu’il aimait, loin de tout ce qui l’aimait. 11 a dû subir les traits de sa froide ironie, ses silences hostiles, ses regards haineux, et demeurer impassible. Il lui a fallu formuler des compliments qui lui écorchaient les lèvres. Ses pieds ont été enchaînés et son cou a été torturé dans un carcan. Par ce khalife maudit, il a souffert dans sa chair et dans sa dignité

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