Les voyages de Grogan et de Kandt
Depuis un an, les caractères géographiques de la région qui s’étend entre les lacs Tanganika et Albert- Édouard et qui n’a pas moins de 300 kilomètres de long, se précisent notablement. Qu’y avait-il entre le Tanganika et l’Albert? on l’ignorait encore complètement il y a onze ans. Mais Stanley, qui achevait alors (c’était en 1889) son troisième et dernier grand voyage, fit coup sur coup la découverte d’un lac, l’ Albert-Édouard, d’une grande rivière, la Semliki, et d’un des plus hauts sommets africains, le Rouwenzori. En 1894, le comte von Gœtzen, en découvrant le lac Kivou et les volcans du Mfoumbiro, rétrécit encore le domaine de l’inconnu. Mais le comte von Gœtzen avait traversé la contrée rapidement, en officier de cavalerie plus qu’en savant, et laissé encore une belle tâche à ses successeurs, l’Anglais Grogan 1 et l’Allemand Kandt '2.
M. Ewart S. Grogan, qui est avant tout un chasseur, et qui déclare qu’étant enfant il ambitionnait quatre choses : « abattre un lion, un rhinocéros, un éléphant et voir le Tanganika », ayant conçu et réalisé le projet de traverser l’Afrique du sud au nord, de Beïra au Caire, a suivi la rive orientale du lac Kivou. Le Dr Kandt a fait le tour complet du lac par terre et relevé en outre la rive orientale en bateau.
Essayons de rapprocher les renseignements que ces deux sources nous fournissent. Le Kivou paraît être le
L Ewart S. Grogan and Arthur H. Sharp, F rom the Cape lo Cairo, 1 vol. in-S°. Londres, Ilurst and Blackett, 1900.
2. D1' Kandt, Bericht über seine Reise am Ivivu S ee. Milleilu?igen von Forschungsreisenden und Gelehrten aus den deulschen Schutzgebieten, XII, 3.
lac le plus élevé de toute l’Afrique tropicale, ceux de l'Éthiopie exceptés. D’après Grogan, son altitude s’élèverait à 1 650 mètres, tandis que celle de l’ Albert- Édouard ne dépasserait pas 1 200 m. et celle du Tanganika 950. Sa superficie paraît être égale ou même légèrement supérieure à celle de l’ Albert-Édouard. Ses côtes sont remarquablement découpées : tandis que la côte occidentale projette plusieurs longues presqu’îles, la côte orientale présente des échancrures peut-être moins profondes mais plus nombreuses, et l’extrémité méridionale est partagée en deux golfes par une langue de terre d’environ 35 à 40 kilomètres de long. La partie méridionale du lac est occupée par un semis d’îles, dont la plus grande, l’île Kouijoui, est montagneuse et très boisée (carte 10).
Le Roussisi, qui coule entre deux rangées de montagnes, dont la chaîne orientale est la plus élevée, porte les eaux du Kivou au Tanganika. Sa pente n’est pas graduelle; à 35 ou 40 kilomètres du Kivou, sa vallée est coupée par un seuil qu’il franchit en sautant de rapides en cascades. Il se jette dans le Tanganika par plusieurs bouches, entre lesquelles s’étendent des terres marécageuses, couvertes de forêts épaisses, séjour des éléphants et des hippopotames.
La région située au nord du Kivou est occupée par les volcans du Mfoumbiro. Elle est tout hérissée de cratères éteints. Kandt parle « de plusieurs centaines de sommets et de cratères ». Ceux de l’est, que Grogan a baptisés des noms de Chamberlain, Kandt, Watt, Eyres, pour des raisons politiques, scientifiques et personnelles, paraissent être les plus élevés. Quand von Gœtzen traversa la région, un seul volcan, le Kirunga, était en activité. Grogan a vu des colonnes de fumée s’échapper non seulement du Kirunga, mais
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