Thomas Steele, capitaine aux Colddream gnards et ami de
Livingstone.
i f 2. Chose curieuse, la Société de géographie de Paris fut plus 1 équitable que celle de Londres et, en 1852, elle décerna, sur le rapport de Jomard, deux médailles d’argent semblables, l’une à Oswell et l’autre à Livingstone.
3. La lettre n’est pas datée, mais elle doit avoir été écrite au i! commencement de l’année 1852.
AFRIQUE DU SUD
En outre, Osvvell n’avait en Angleterre aucun appui. L’influence de son oncle, Benjamin Oswell, celle de son ami, Frank Vardon, sur l’opinion publique étaient nulles. Il n’avait même pas pris avant son départ la simple précaution de se faire admettre comme membre de la R. Geographical Society, marque d’indifférence que le secrétaire de la Société ne laissa pas de relever.
Livingstone, au contraire, appartenait à la London Missionary Society. En 1850, cette compagnie n’avait plus assurément sur le public anglais le crédit dont elle jouissait une quinzaine d’années auparavant, à l’époque où lord Glenelg, ministre des Colonies, s’inspirant de ses conseils, prenait la très grave décision qui provoqua l’émigration des Boers hors de l’Empire britannique. Elle restait néanmoins puissante. A l’affût de tout ce qui pouvait servir ses intérêts, elle s’empressa de répandre par tous les moyens dont elle disposait la grande découverte géographique accomplie par l’un de ses membres, le révérend David Livingstone.
Sans doute Livingstone a loyalement reconnu et publiquement proclamé les services pécuniaires dont il était redevable à Oswell. Seulement il le représente, dans ses lettres et dans ses livres, comme un Mécène généreux, comme un amateur de sport, par lequel il avait consenti à se laisser accompagner. En réalité c’est renverser les rôles. En 1849, Livingstone n’était encore qu’un modeste missionnaire fort inexpérimenté, ayant pour tout mérite de connaître la langue des Betchouanas et de jouir, grâce à sa bonté, d’une certaine popularité parmi les indigènes qui entouraient la mission de Kolobeng. Oswell, au contraire, avait acquis, par ses! chasses dans l'Inde et par ses deux explorations sur le Limpopo, l’expérience des voyages difficiles. Bien loin de figurer dans la suite de Livingstone, ainsi qu’on le.
croyait jusqu’à présent, ce fut lui qui emmena Livingsi tone au lac Ngami. Et ce fut encore grâce à la présence et au concours d’Oswell que Livingstone arriva en 1851 i jusqu’au Zambèze, qu’il avait en vain essayé d’atteindre i seul en 1850. Sans Livingstone, Oswell aurait certainement accompli ses deux découvertes; on n’oserait pas affirmer la réciproque.
Oswell avait voué à Livingstone une amitié si profonde que, bien loin de se montrer jaloux de la gloire de son ami, il s’employa de son mieux à la servir; il se tint toujours volontairement dans son, ombre. Mais les I documents récemment publiés rendent à William Cotton Oswell le mérite dont sa modestie s’était toujours défendue; ils permettent de préciser un point intéres- : sant de l’histoire de la géographie africaine. En les ■ donnant au public, M. William Edward Oswell a , accompli un devoir filial et servi en même temps la i cause de la vérité.
SERPA PINTO (1846-1900)
Né le 20 avril 1846, au château de Polchras, dans le district de Vizeu , l’explorateur portugais Alexandre- Albert da Rocha Serpa Pinto est mort à Lisbonne le 28 décembre 1900. Il fut l’un des principaux agents du Portugal, dans la part que prit cette puissance à l’exploration et à la conquête européennes de l’Afrique, pen dant le dernier quart du xixe siècle.
Depuis le xive siècle, les Portugais étaient établis sur quelques points des côtes occidentale et orientale, à Saint-Paul de Loanda, à Benguela, à Quelimane, à Mozambique. Mais depuis trois cents ans, ils n’avaient, nonobstant quelques efforts sans suite d’aventuriers ou de gouverneurs, ni exploré, ni conquis l’intérieur ; du pays. Vers 1875, les succès des voyageurs étrangers ! \ les réveillèrent de leur torpeur. Il leur parut honteux de laisser à un Livingstone ou à un Cameron la gloire i ! d’explorer un pays qu’ils considéraient comme leur ; domaine virtuel. Sur l’initiative de la Société de Géographie de Lisbonne et de la Commission géographique permanente du ministère de la Marine, le Parlement vota les fonds nécessaires à l’équipement d’une grande expédition géographique. Un officier , Serpa Pinto, !
SERPA PINTO.
qui déjà en 1869 avait fait dans le bassin du Zambèze une campagne contre le chef indigène Bonga et qui possédait les notions scientifiques requises en la circonstance, fut désigné pour en prendre le commandement.
En novembre 1877, il quitte Benguela et, en mars 1878, atteint Bihé, par une contrée jusqu’alors inexplorée. Là, il apprend que ses deux subordonnés, Brito Capello et Ivens, qui, eux aussi, devaient acquérir une certaine notoriété dans l’histoire de l’exploration africaine, s’étaient, sans l’attendre, mis en route vers le nord-est. Malgré ce contre-temps et la fièvre qui l’accable, Serpa Pinto poursuit sa marche vers l’est, et traverse le plateau de Congala, d’où partent le Cubango qui aboutit : au lac Ngami, le Cuando, affluent du Zambèze, et le i Cuanza qui se jette dans l’Atlantique. De là, il atteint le Zambèze en franchissant d’immenses étendues marécageuses, dans lesquelles l’expédition faillit périr d’inanition. Au Zambèze se termina le voyage de Serpa Pinto en pays inconnu. Il avait encore d’autres projets, mais une attaque des indigènes ayant mis ses hommes en fuite, il se décida à descendre le fleuve jusqu’aux chutes Victoria ; il se résignait ainsi à suivre les traces de Livingstone. Fatigué et malade, il eut la bonne fortune de rencontrer le pasteur français Coillard , qui,
, accompagné de sa femme et de sa sœur, évangélisait les I païens des bords du Zambèze. En leur compagnie, Serpa Pinto gagna la mission de Chochong, puis Prétoria, où il arriva le 12 février 1879, et le Natal.
! Cette expédition excita en Europe un grand enthou- ! siasme. La Société de Géographie de Paris décerna à Serpa Pinto sa plus haute récompense , sa grande j médaille d’or, la Société de Géographie de Londres sa « Founder’s Medal », et le président, lord Aberdare, en
lui remettant la médaille, célébra « le courage surprenant, l’endurance, la force d’âme, la patience déployées par cet homme remarquable , qui lui permirent de vaincre des obstacles et des difficultés dont jusqu’alors aucun voyageur n’avait triomphé ». Ce langage nous j paraît maintenant quelque peu exagéré; les succès inouïs remportés depuis vingt ans dans l’exploration africaine nous ont rendus exigeants, et aujourd’hui nous louerions sans doute plus modérément les résultats d’un pareil voyage. Serpa Pinto venait certainement d’accomplir des découvertes de détail intéressantes, il avait notamment découvert la source du Cuando, et calculé qu’elle était située à 1 360 mètres au-dessus du niveau de la mer, mais, à tout prendre, il n’avait rapporté la solution d’aucune grande question géogra- ! phique.
Le second voyage de Serpa Pinto eut lieu de 1884 à 188G. Il avait été nommé consul à Zanzibar avec liberté ou même mission d’étudier les possessions voisines du Portugal. Le pays des Makuas, c’est-à-dire la contrée q-ui s’étend derrière l’île de Mozambique, était à peine connu. Le lieutenant irlandais N. E. O’ Neill, consul britannique à Mozambique, avait, après y avoir parcouru environ 300 kilomètres , été découragé par la malveillance des indigènes.
Serpa Pinto commença par suivre la côte depuis Ibo jusqu’à Mozambique. Il constata notamment que la latitude admise du phare d’Ibo comportait une erreur de 1 ' 15"; il leva aussi un plan de la rade. Dans la région des Makuas il décrivit une ligne brisée de 1 700 kilomètres. Cette exploration, qui dura vingt-six mois, fut très pénible pour Serpa Pinto et pour son second, Car- | dozo, enseigne de vaisseau, qui, atteint d’une anémie des nerfs optiques, fit une partie du voyage dans un
SERPA PINTO.
état complet de cécité, et recouvra seulement la vue quand, revenu à la côte, il put se procurer une nourriture plus substantielle.
Serpa Pinto possédait les méthodes de la géodésie expéditive, et dans ce voyage comme dans le précédent il calcula la latitude et la longitude d’un certain nombre de points.
En 1889, il revint en Afrique, chargé cette fois d’une mission politique. Depuis près de trente ans, des missionnaires anglais s’étaient établis au sud du lac Nyassa, sur les plateaux qui dominent le Chiré, cette grande rivière qui porte au Zambèze les eaux du Nyassa; ils y avaient fondé le village de Blantyre. En 1889, le Gouvernement se proposa d’affirmer officiellement son autorité dans cette contrée. Harry H. Johnston, consul anglais à Mozambique, qui préludait alors à une brillante carrière africaine1, reçut mission de conclure des traités d’amitié avec les indigènes, par lesquels ceux-ci ne devaient contracter aucun engagement avec une puissance européenne quelconque, sans le consentement du gouvernement britannique. Or, les Portugais se considéraient, par tradition, comme les possesseurs de tout le bassin du Zambèze, et Serpa Pinto fut envoyé pour sauvegarder sur place ces droits séculaires. Harry H. Johnston rencontra Serpa Pinto, dans un camp, au-dessous du confluent du Chiré et du Ruo, et lui tint le langage suivant : « Votre Gouvernement nous a affirmé que votre mission avait pour objet le Haut-Zambèze et non le Chiré. En conséquence, si vous entamez quelque action politique au nord du Ruo, que nous considérons provisoirement comme la limite
l. Sir Ilarry H. Johnston a été successivement gouverneur du British Central Africa proleclorate ou Nyassaland, consul général de Grande Bretagne à Tunis, et gouverneur de l’Ouganda.
portugaise, vous m’obligerez de mon côté à dépasser mes instructions immédiates et à protéger effectivement les intérêts du gouvernement britannique. Si vous désirez seulement passer dans le pays, pour faire des observations scientifiques, nous voyagerons ensemble, et je m’emploierai à éviter toute opposition de la part des indigènes Makololo. »
Serpa Pinto répondit évasivement. 11 n’osa pas fran: chir personnellement le Ruo, mais son subordonné, le lieutenant Coutinho, envahit le territoire contesté. Il allait atteindre Blantyre, quand, le il janvier 1890, lord Salisbury mit formellement, au nom de la reine Victoria, le gouvernement portugais en demeure de rappeler ses troupes. On sait que-cet ultimatum souleva en Portugal une émotion, qui se manifesta par l’attaque du consulat britannique de Porto et par la suppression de l’enseignement de l’anglais dans les écoles publiques. Le conflit se termina par le traité du 20 mai 1891, qui délimita les zones d’influence respectives de la Grande-Bretagne et du Portugal dans la région du Zambèze.
Serpa Pinto ne réussit pas à conserver le Chiré au Portugal; mais, sans sa présence sur le Zambèze, peutêtre la part territoriale de son pays eût-elle été encore plus réduite.
Depuis dix ans, Serpa Pinto était entré dans la retraite. Il ne comptera pas parmi les plus grands « africanistes » du siècle qui vient de finir, mais figurera au premier rang des voyageurs portugais qui marchèrent sur les traces de leurs illustres devanciers du xv° et du xvi° siècle.
Février 1901.
TABLE DES CARTES
i. La province équatoriale du Soudan Égyptien