‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 126 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

MANDAT UÉVOLLTIOWAIKE ET ÜÉMOCUATIQI E DE LA FEWCE.

La connaissance de notre liisloire et de nos aptitudes nationales démontre jusqu’à l’évidence que la France a reçu le mandat de révolutionner le monde , c’est-à-dire ici de convoquer, là de pousser les nations à la liberté, à l’égalité et à la fraternité; que cette tache a été confiée au peuple et au peuple seul.

Chaque fois qu’il s’est produit des hommes forts au milieu de nos mouvements sociaux, tels que furent les (iiiise, les ligueurs, les jacobins et Napoléon, ils ont puisé leurs forces moins en eux-mémes qu’en s’inspirant des passions populaires. C’est donc sur te jieuple s('ul qu’il faut compter.

On doit considérer comme indignes et infidèles tous ceux, quels que soient leur nom et leur être moral et physique, qui travaillent à annihiler dans les masses ce génie providentiel des révolutions, qui les engagent à dédaigner l’exercice de ce droit sacré et à le remettre entre les mains des hautes classes.

L’Evangile n’a pas eu d’ennemis plus acharnés que les hautes classes des sociétés juive, grecque et romaine, et cela, parce qu’il venait apporter des principes d’égalilé et d’émancipation. 11 s’est propagé sur tout le globe, en appelant à soi les intimes, les mal-

CHAIMTUK XI.

heureux, les esclaves, tous ces mineurs que rorgucil des puissants du jour nomme le fopulairQ. Or la France J fdle aînée de r Eglise, chargée d’apj)liqucr icibas les dogmes évangéliques, de réaliser progressivement l’égalité et la fraternité, a les memes ennemis que l’Evangile, et doit s’appuyer sur les memes hases que lui.

Depuis quatorze siècles , les classes élevées ont toujours cherché à la détourner du chemin tracé par le doigt de Dieu. Elles ont voulu la rendre terre de l’inégalité et du privilège. Ainsi elles ont résisté à la royauté pour empêcher raffranchissement des communes et l’égalité devant le roi; à l’église, pour cm- ])écher l’égalité devant Dieu. Plus tard elles se sont réunies à la royauté et au clergé, afin de détruire l’égalité devant la loi. Maintenant meme, elles dcmairdent le droit divin et le privilège de la fortune.

Ceci n’est point une parole vainc ou systématique. L’esprit d’aristocratie n’est point éteint parmi nous. 11 veut encore la réorganisation des privilégiés, quoique plusieurs millions de Français aient versé leur sang pour conquérir l’égalité. iV’ouhlions pas cette loi sacrilège sortie de la Chambre des députés en 1824, laquelle constituait un privilège dans les héritages en laveur du premier-né.

Cette loi est un acte criminel pire que les massacres de la Saint-Barthélemy; car, sanctionnant légalement, avec réflexion, la violation de l’égalité, elle alténîit le caractère moral de la France; elle lui enlevait son apostolat; elle la faisait cause de scandale.

Or, Jésus-Christ a dit : u Si votre main ou voire

AIAXDAT RKVOLUTIONiVAIRE DE LA FRANGE.

pied sont pour vous une cause de scandale, coupez- 5' les et jetez-les loin de vous; car il vaut miëux que 5) vous entriez en la vie manchot ou boiteux que d’a-

voir deux pieds et deux mains et d’être jeté au feu » éternel »

Le devoir de ceux qui exercent de l’influence sur l’opinion publique, les historiens, les poètes, les arlistes, les romanciers, est donc d’entretenir l’esprit révolutionnaire au sein du peuple. A l’elfet de mieux appeler ou ])ousser le genre humain vers la fraternité universelle, il (aiit que le peuple français commence par la mettre en application.

Une aulre condition indispensable est d’acquérir une puissante unité de gouvernement, de croyances et de mœurs. La constitution du territoire n’admet (pi’une seule nationalité entre l’Océan, les Pyrénées, les Alpes et le Rhin : obtenons-la. Vouloir une constitution fédérale, vouloir dans l’armée, la marine, le clergé ou toute autre classe de notre nation, former un corps à part, un Etat dans l’Etat , c’est altérer le caractère moral de la France, c’est encore lui enlever son apostolat.

En poursuivant cette mission de la Providence , notre j)ays aura encore de nombreuses luttes à soutenir à l’intérieur et à l’extérieur. Mais, en cette voie, il peut se permettre bien des choses. La démocratie, en ses excès mêmes, est loin de pouvoir égaler l’arislocratie. Chez tous les peuples, à toutes les épo- (pies, partout où elles se sont rencontrées, toujours l’aristocratie a été plus cruelle, plus inflexible, moins généreuse (jue sa ri^^ale. Les Lacédémoniens furent

Page 1