‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 125 sur 135 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

leur profession; ou bien elles luent leur enfant, afin de n’avoir pas une bouche de plus à nourrir.

Dans les campagnes : si nous créons un village aux environs d’une tribu, une partie des habitants a déjà vendu ses terres, ou a été expropriée pour cause d’utilité publique , ou a émigré volontairement. Parmi la partie restante, ceux-ci sont devenus des maraudeurs; alors tôt ou tard ils tombent sous la main de la justice qui les conduit aux prisons de France, où, par œuvre de haute politique, ils sont détenus aux îles Sainte-Marguerite. Ceux-là ne cultivent j)lus, ne pouvant soutenir la concurrence européenne. La tribu entière, ne possédant plus le meme espace de terre pour le parcours, vend scs bestiaux; d’où il résulte un affaiblissement de ses moyens d’existence, puis la misère et la mort.

En (jnerre. Le dépeuplement est plus considérable.

Une population veut-elle se rallier à nous? Par ce fait seul, il surgit une division intestine; les exaltés 1‘éclament la guerre, les pacifiques réclament la paix. Alors, il y a des rixes, des hommes tués, des émigrations et désorganisation avant meme notre intervention directe.

Est-elle soumise? elle s’insurge peu après, parce (]ue cela est dans sa nature intime. Elle massacre ceux qui, chez elle, nous sont dévoués. A notre tour, nous punissons. Nos colonnes sont lancées et tuent un plus ou moins grand nond)rc de révoltés.

Ainsi, dans les villes et les campagnes, en paix comme en guerre, notre contact ])roduit forcément la disparition des sectateurs de Alabomet. Elle s’o-

DISPARITIOY DKS MISLLMAXS.

|)('rc falcilonicnt par les émigrations, les miilalions de propriété, la misère, les maladies, le maraudage, les meurtres et leur répression par les insurrections, et une foule d’autres accidents que notre présence occasion ne.

Certainement, quoi qu’en disent l’ignorance ou la mauvaise foi sur les faits de l’Afrique, nous avons été Immains plus que nous ne devions. Nous n’avons pas usé du droit de conquête et du droit de guerre.

A notre volonté, cent mille âmes des provinces d’Alger et d’Oran suecombaient, il y a quelques mois. Pour cela, il suffisait d’interdire rigoureusement la vente des céréales et autres substances alimentaires. Les nombreuses tribus qui s’étaient rendues coupables de la plus noire trabison avait nt eu leurs récoltes ravagées par les sauterelles en 1845. En 1846, la séebercssc et les razzias avaient détruit et ce qui restait des récoltes et les approvisionnements. Dès le mois de septembre dernier, une immense multitude était inbiilliblcincnt torturée par la famine, si nous avions défendu la vente des blés que le comnierce européen apportait dans nos ports.

Or, nous étions parfaitement en droit d’employer la famine; car s’il est permis entre peuples civilisés d’affamer une ville, de détruire les magasins à vivres d’une armée ou d’une jiopulation, s’il est permis de mettre un royaume ou tout un continent en blocus, à plus forte raison, nous l’était-il de ne pas nourrir des bommes ou tribus qui, vingt fois traîtres et vingt fois épargnés, proclamaient en actions et en paroles ff lierre élernelle contre les chrétiens! cætermination coin-

CflAlMTRK X.

plète des infidèles! leur mort nous ouvre les portes du paradis! oi qui, in(liibital)lemen(, reprendront cncoro les armes avant dix ans d’ici.

Les publicistes et la raison ont établi cette règle du droit de guerre :

Il est permis de faire à V ennemi le plus de mal possible ^ aux fins de V affaiblir et de V empêcher de eoniinuer la (juerre.

La France, depuis seize ans, n’a pas voulu mettre cette maxime en pratique. Or, si, malgré son extrême indulgence, le nombre des Musulmans diminue forcément, combien leur disparition sera-t-elle plus rapide , lorsque nous userons rigoureusement de ce droit?

Un jour à venir peut-être le ferons-nous? Et, sans violer les lois de la morale, de la jurisprudence internationale , nous pourrons combattre nos ennemis africains par la poudre et le fer joints à la famine, les divisions intestines, la guerre entre les Arabes et les Kabyles, entre les tribus du Tell et celles du Sahara, par l’eau-de-vie, la corruption et la désorganisation. Or, cela est la chose du monde la plus facile. Sans verser le sang, nous pouvons, chaque année, les décimer, en nous attaquant à leurs moyens d’alimentation, en accaparant leurs denrées, puis en leur fermant la loie des approvisionnements, en coupant les llguiers et les cactus sur tous les points de l’Algérie.

MAXÜAT UÉVOLLTIOXAAIKIî: de la fraxge.

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