‹ Études sur l'Algérie et l'AfriqueChapitre 128 sur 135 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

société vers la création du nécessaire, de prélérence à la création du luxe.

C’est d’ailleurs l’intérêt du producteur de créer ce qui se consomme par les classes laborieuses; car la mode varie moins parmi elles que parmi les autres.

Il s’ensuit que les procédés de fabrication changent moins, ce qui est un avantage pour le producteur.

Ainsi mettez, par exemple, 100,000 francs à faire du calicot que tout le monde pourra acheter, plutôt que pareille somme à confectionner de la dentelle qu’un petit nombre achètera.

Fabriquez mille meubles en chêne, plutôt que cent meubles en acajou, qui ne vaudront pas plus que vos mille en chêne, etc. , etc.

Point de vice-royauté; car l’élément aristocratique, financier ou territorial s’y implanterait avec elle. Soyez certains qu’un monde doré viendra à la suite de la vice-royauté. Des courtisans , des femmes galantes se poseront en intermédiaires entre la colonie et le pouvoir. Tout poète, tout musicien, tout possesseur d’un nom héraldique primeront les colons à la main calleuse et à l’habit hors de mode. Il s’introduira des habitudes de luxe et d’oisiveté dans la société. Le travail matériel sera tenu comme peu honorable.

Or ce sera un grand mal , si la classe stérile, qui croit vivre noblement parce qu’elle ne travaille pas, si eette classe oisive vient à prédominer ici. Son exemple sera pernicieux. Le colon,, qui la verra occuper le haut rang par le lait qu’elle vit sans travail, cherchera à l’imiter. Il préférera alors avoir de nom-

MAXDAT RÊVOLLTIOXxXAIRE DE LA FRANCE.

breux domestiques, des équipages splendides, et ne s’occupera point à planter, construire ou défricher.

Il rentre dans l’esprit démocratique de développer l’amour du travail, de l’économie. La vice -royauté ne le fera pas. Au contraire, elle développera l’esprit de frivolité, de dissipation; elle établira entre les classes de colons des lignes de démarcation; bref, elle entravera la mission démocratique dont nous sommes chargés.

Diminuez le nombre des fonctionnaires et employés. Pour les loger, eux et leurs bureaux, l’Etat dépense un énorme capital. Or, les services qu’ils lui rendent l’indemnisent bien rarement des sommes qu’ils lui coûtent. Ils entretiennent autour de leur personne des domestiques, lesquels sont enlevés à l’industrie et à l’indépendance individuelle. Or, celui qui passe son temps à brosser l’habit d’un maître est moins utile à la société qué celui qui, d’une toison de brebis, produit brut de deux francs, tire, par le confectionnement en drap, une valeur de quatre-vingts francs.

Que Dieu préserve l’Algérie des garçons d’antichambre et des laquais ! car ils donneront l’exemple contagieux de la dépendance envers une personne et l’exemple de l’oisiveté, car en outre des broderies de leurs vêtements on obtiendrait un capital (pii ferait vivre toute une famille.

Chez une nation où il y a beaucoup d’employés, on ne tarde pas à voir s’affaiblir l’esprit démocratique ; puis tout individu qui ne réussit pas en exerçant une profession libre, ainsi, l’avocat, l’industriel, l’homme

Page 1