CHAPITRE III
alors ceux qui Tout pu se sont réfugiés vers les centres des continents et des mers : mais ceux qui ne l’ont pu faire , sans cesse en butte aux attaques de l’homme, modifiés par son Inïimnce , ont perdu une partie de leur vitalité primitive. Car dans ces circonstances, forcés de donner beaucoup à la conservation de l’individu, ils ont fourni d’autant moins à l’énergie procréatrice de l’espèce, de manière que la race, subissant de plus en plus cette influence à chaque génération, a fini peu à peu par s’éteindre.
Telles sont en partie les causes qui ont fait disparaître l’élan de la Gaule, le lion de la Tbessalie et l’éléphant de l’Afrique septentrionale.
Nous ne pensons pas que ce dernier ait émigré des côtes barbaresques vers l’intérieur-, vu les obstacles invincibles qui se rencontrent pour lui dans la traversée du désert. A notre sens, il y a eu destruction et dépérissement successifs sur les lieux.
Leur destruction commencée par les guerres puniques, puis continuée par l’emploi que les Romains en faisaient dans leurs armées, par la guerre de Jugurtlia, puis par celle des partisans de Pompée contre César, dut surtout avancer rapidement lorsque la Numidie et la Mauritanie furent réduites en provinces romaines.
Alors le pays changea entièrement de face. Les terres incultes jusqu’alors se couvrirent de moissons et servirent de grenier à l’Italie; des villages, des camps, des forteresses, des villes dont il reste encore de magnifiques vestiges couvrirent ces solitudes. Des routes furent praticpiées en tous sens, et les légions
sillonnèrent les plaines et les montagnes pour soumettre ou exterminer les indigènes. Deux généraux romains, au dire de Pline et de Tacite, Suétonius Paulinus et HosidiusGéta, son successeur, franchirent les dernières chaînes de l’Atlas, et arrivèrent dans le Sahara.
Alors les plaisirs du peuple-roi achevèrent de détruire en Afrique les éléphants que les armes avaient épargnés. Pompée et César en avaient fait tuer quelques vingtaines pour amuser la multitude ; sous Claude et Néron, ces jeux se continuèrent avec fureur et la même ahondance. Tout gladiateur qui demandait son congé devait se battre contre les éléphants, et l’Afrique était chargée de fournir à cette houcherie.
Par la conquête romaine, ces animaux furent donc placés sous des conditions toutes différentes de celles où leur race précédemment s’était multipliée. Leurs forêts furent arrachées par les progrès de l’agriculture, ou exploitées pour servir aux grandes constructions. Leurs marais se convertirent en terres fertiles, et leurs solitudes se peuplèrent d’hahitants.
C’est alors que ces causes de destruction, agissant avec une véhémence toujours de plus en plus forte, amenèrent l’influence dont nous avons parlé.
Par une diminution successive de la puissance vitale, ceux qui n étaient pas tués ou p?is cessèrent de procréer en vertu d’une modification analogue à celle qu’ils subissent en domesticité : de façon que l’espèce s’éteignit insensiblement.
Au temps du naturaliste romain, ils commençaient