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DU TROISIÈME CHAPITRE

Deux genres de causes ont modifié l’Afrique du Nord. Les unes viennent de riioinme, les autres de la nature.

Le luxe, les profusions, les constructions des Romains, l’équipement des flottes vandales, les habitudes pastorales des Arabes, rantagonisme perpétuel où vivent les indigènes ont de plus en plus dégarni le pays de ses forêts.

L’exhaussement du sol a diminué l’espace occupé jadis par les lacs et marais. Cet exhaussement a continué dans les âges modernes, et continue de nos jours. Autrefois le lac Tritonis avait plus de profondeur et d’étendue que postérieurement. Il y a (pielques siècles , les voyageurs arabes attribuaient encore au Sebka-el-Aoudbya, rancien Ti’itonis, et au lac Alelgbigb une superficie et une masse d’eau bien supérieures à celles qu’ils leur reconnaissent maintenant. L’enfouissement des monuments romains, des arcs-de-triomphe , des temples encore restés debout , prouve l’action incessante de cet exhaussement.

Le déboisement d’un côté, de l’autre la diminution des surfaces liquides ont ensuite amené une température plus sèche.

APPEXDIGE.

Le refroidissement successif du sol, et quelques nul res causes dépendant de la physique générale du globe, ont abaissé la température moyenne.

La disparition des forets, laissant de grands espaces exposés au choc des vents, a rendu la température plus variable

Durant les dernières années de la République et les premières de l’Empire, les tables en bois de cèdre de l’Atlas devinrent à la mode , et montèrent à des prix exorbitants. Cicéron en acheta une pour une somme équivalant à 100 mille francs de notre monnaie. D’autres furent vendues 110 mille , 120 mille et 140 mille francs, prix alors d’un beau domaine. Elles étaient rondes, et formées d’un seul morceau. Les plus estimées étaient celles qui avaient des yeux, des taches vives , des veines couleur de vin miellé, et qui

' Le déboisement a produit dans l’Afrique australe les mêmes résultats que dans l’Afrique septentrionale.

De vastes forêts existaient jadis sur les contrées au nord du fleuve Orange. On y trouve des indices de villes indiquant une civilisation antérieure. Des tribus errantes sont arrivées ; elles vivaient à l’état pastoral , se nourrissant en outre du gibier, qui était abondant. Gomme les Arabes, elles ont détruit les forêts par des incendies. Qu’en est-il résulté?

Les éléphants, l’iiippopotame , la girafe, une foule d’autres animaux sauvages ont disparu avec le même gibier. Les pluies ont cessé de tomber régulièrement : elles ne sont plus tombées que par torrents et irrégulièrement; la sécheresse est survenue; des terres fertiles se sont converties en déserts , et les tribus sont devenues de plus en plus barbares.

La nature a réagi contre ceux qui la détérioraient, et à beaucoup d’égards les a assimilés aux brutes.

GHAPITRK III.

avaient été taillées dans le nœud du tronc , des racines ou des branches. Elles étaient supportées par un pied en ivoire, étaient garnies d’un cercle d’or, et avaient de 3 à 4 pieds de diamètre , sur 2 à 5 pouces d’épaisseur.

Bien des cèdres devaient être abattus avant qu’il s’en rencontrât un présentant les qualités requises. Aussi Pline écrit qu’une montagne de la Mauritanie, jadis couverte de ces arbres , en a été épuisée. Ailleurs il dit : ce L’appât de l’ivoire et des cèdres nous a 55 fait fouiller toutes les forêts de la Libye. 5?

Les Romains n’ont pas été plus modérés que nous, lorsqu’il s’agissait d’user des richesses naturelles de l’Afrique. L’administration des proconsuls ou préfets n’était pas meilleure que celle de nos gouverneurs généraux. Or , sous ces derniers , nous voyons procéder à la destruction de nos ressources forestières avec une révoltante incurie.

Un exemple entre mille.

Une magnique forêt de cèdres existait auprès de Teniet-el-Hâd. Le ministre de la guerre décida ([u’on y formerait un établissement militaire pouvant contenir 1,500 à 2,000 hommes. Le génie militaire, chargé de l’exécution, commença par abattre de quoi bâtir une ville, sans se préoccuper de la saison oii le l)ois doit être abattu. Des arbres vieux comme le monde , hauts de 30 â 40 mètres sur 2 à 3 mètres de diamètre en tronc , une multitude de sujets de moins belle venue, furent livrés à la hache et à la flamme (à la flamme probablement comme mode supérieur et inconnu des agents forestiers). On les

APPEXDICK.

précipitait du haut eu bas des collines en leur laissant écraser des centaines de jeunes plants sur leur passage. A grands frais ils furent mis en poutres, en madriers, en planches, nécessaires aux constructions.

Mais bientôt on reconnut que le cèdre coupé ainsi sans discernement de saisons devenait un mauvais bois à bâtir; car il se fendait prodigieusement. Alors on y renonça. On emploie à Teniet-el-Hâd , sur la limite du désert, les bois du Nord, débarqués à Chercliell et à Alger. Maintenant cbacun peut voir, là où s’épanouissait naguère la plus belle foret de l’Algérie, là où s’élevaient des cèdres aussi vieux et aussi beaux que ceux de Salomon, des planches, des soliveaux, des poutres, répandus çà et là, pourrissant en plein air et livrés au gaspillage. Il faudra des siècles pour réparer l’œuvre destructive de quelques mois. La France quelque jour enverra des brigades de forestiers pour réparer avec beaucoup d’argent et de travail le vandalisme d’un officier du génie, qui peut être un sujet distingué de son arme , mais, à coup sûr, qui est un mauvais forestier et un très-mauvais économiste.

Admettez que les Romains aient souvent opéré comme on l’a fait ici , alors vous comprendrez quelles vastes brèches ils ont ouvertes dans les forêts de l’Atlas.

La dévastation s’est continuée sous les Arabes. Cette race détruit et ne plante pas. Ferons -nous comme elle ? jusqu’à présent, à voir nos gouverneurs à l’œuvre, on croirait que nous sommes les usufrui-

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tiers du sol algérien, et que notre mission est d’épuiser le pays sous leur direction.

On pense, avec juste raison, que la consommation de l’ii oire dans l’empire romain était aussi considérable quelle l’est aujourd’lnii en Angleterre. On l’employait aux memes usages, statues, ornements divers pour les temples des divinités ; en tabletterie, marquetterie et menus ouvrages de luxe assez semblables aux nôtres.

Annuellement elle est, en Angleterre, de 7,000 défenses fournies par 3,500 éléphants ; mais les Romains n’avaient pas les ressources d’un commerce sur tous les points du monde ; ils connaissaient peu l’ivoire fossile ; ils étaient donc forcés de s’approvisionner aux dépens de l’animal vivant. Ils tirèrent la matière brute des contrées atlantiques ; ce qui chaque année causa la mort d’une multitude d’éléphants. Aussi, on s’explique comment ces colosses de la zoologie terrestre , resserrés fatalement entre la Méditerranée et le désert, ont été détruits en j)eu d’années. Leur grande destruction commença sous (ilaude. Pline, une trentaine d’années après, nous dit : U Le luxe a mis en œuvre tout l’ivoire de notre 55 hémis|)bère : aujourd’hui on le lire des Indes. 5? IVndant les premiers siècles de l’ère chrétienne on le tira de l’Klbiopie. Il y était tellement abondant que les indigènes en faisaient des cldtni es et des jambages de leurs portes.

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