MYTHES ET ERREURS SUR L’AFRIQUE SEPTEYTRIOYALE
l’exagération et le merveilleux, parce que c’est là une disposition particulière de leur nature. Puis de là ils sont venus à dire que ce serpent tuait un homme en soufflant sur lui.
Quant au hiit des serpents qui lancent leur venin dans les yeux de leur ennemi, il ne peut être mis en doute. Plus d’un voyageur en Afrique en a été luiniéme ou témoin oculaire ou victime.
C’est ce qui est arrivé à un officier de marine pendant la campagne de Liixor. Voici son récit :
Il s’agit de la vipère naïa, l’antique serpent des symboles égyptiens. ccLc reptile était saisi par le milieu du corps. J’étais à peu près à deux pieds de lui, et le considérais attentivement; lui, de son coté, me regaiTlait fixement : tout à coup sa gueule s’ouvre, et je sens une pluie fine m’entrer dans les yeux. Une horrible cuisson s’y manifeste aussitôt. C’était évidemment son venin qu’il venait de me lancer. Il y avait de quoi devenir fou, tant la douleur était intense. 5)
Sans contredit il eût perdu la vue si, par bonheur, une personne de l’équipage, qui avait alors un excellent collyre astringent, ne lui en eût fait une application immédiate et n’eût par là neutralisé le venin.
Sur plusieurs points des côtes barbaresques, mais prinei|)alcmcnt en cette partie qui s’approche du Sahara, se rencontre une espèce de serpent appelé znrrei/i, c’est-à-dire qui se lance. Sa vitesse est prodigieuse ; d’un bond il franchit une espace de 12 à 15 jias avec la rapidité de la flèche.
\ (Mit-il saisir un lézai'd, nu un petit oiseau, ou tout
CHAPITRK IV.
aiilre animaj dont il fait sa noiirritiiro, il se jolie sur . lui et l’arrête avant que la victime ait eu le temps de Taire le moindre mouvement. Deslontaine, dans son voyage d’Alger à Alascara, put juger par lui-même de cette extrême agilité. Un ziirrcil' s’était réfugié sous une pierre : Desfontaine la fît soulever, mais à l’instant même le reptile s’élança au milieu d’un buisson situé à quinze pas, de sorte qu’on eut à peine le temps de l’entrevoir.
Alaintenant supposons que cii jacidator^ devant les indigènes, se soit lancé sur quelqu’un, que d’un saut il soit arrivé en lace de sa victime, et que d’un autre siiut il se soit échappé par derrière elle ; il n’en faudra pas davantage pour donner naissance à la fable dont nous avons parlé : que cela se soit répété plusieurs fois, c’aura été plus que suffisant pour l’accréditer entièrement.
COXCLLSIOXS.
Depuis bien des siècles, un malheureux destin condamne les hommes qui s’occupent des choses africaines à faire constamment fausse route.
Xous en sommes depuis seize ans une preuve palpable. En politique, en colonisation, en administration, en organisalion sociale, que de fautes nous avons commises ! Xous avons altéré la véritable dénomination des choses, et souvent nous avons marché à l’inverse du sens commun.
Ainsi, nous avons appelé humanité une sensiblerie larmoyante, ipii nous a empêchés de trancher le mal
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dans scs racines, quand il s’cst agi de l’insurrection réj)étée des tribus.
Xous avons crié à rinhumanité quand les nécessités de la guerre forçaient nos soldats à détruire l’enncini ou à être détruits par lui. Nous n avons* pas voulu reconnaître que, de toute éternité, le châtiment est le premier gouverneur de l’Afrique ; que, sans lui, sans son influence protectrice, tout est désordre.
Nous nous sommes posés comme les représentants de la civilisation, et cependant nous n’avons pas compris que la civilisation en Afrique exige impérieusement le droit de force.
Nous avons admis le laissez-faire ^ lorsqu’ici, plus que partout ailleurs, il faut une volonté unique et puissante.
Nous avons couru d’un système à un système contraire, lorsqu’ici la persévérance est de première nécessité.
En faits matériels, nos erreurs n’ont pas été moins grandes. Les uns ont représenté l’Afrique comme une terre brûlée par le soleil, sans eaux, sans végétation , sans bois, projetant ses sables jusque sur le littoral méditerranéen ; les autres l’ont représentée comme le plus beau climat qui soit sous le ciel.
La plupart des livres qui traitent de l’Algérie fourmillent d’inexactitudes et ne peuvent guère être assimilés qu’à des impressions de voyage en tout ce qui concerne le pays. L’opinion publique est encore à naître.
Pour la créer, pour redresser les erreurs, étudions d’abord avec soin les faits du passé et les faits du