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CHAPITRE VI

les frontières du Maroc, attendons-nous à voir éclater des conflagrations, des insurrections subites, malgré la paix jurée, malgré les actes solennels de soumission , malgré les protestations d’alliance et d’amitié éternelles.

En agissant ainsi, les populations obéiront à une impulsion innée , à une force irrésistible dépendant de leur organisation physique et morale.

Les hommes, comme les animaux, sont soumis aux lois générales et spéciales de la nature: leur conduite est le résultat de leur organisation physique et morale.

Or, le chien, le cheval, le bœuf, à l’état de nature, sont instinctivement les ennemis du chien, du cheval, du bœuf apprivoisés. C’est une vérité démontrée par nombre d’observations. Il en est ainsi de rhomme sauvage par rapport à l’homme civilisé. Le premier éprouve au contact, à la vue du second, une antipathie instinctive , une aversion naturelle qui tôt ou tard dégénèrent en haine.

Ainsi les Moglirébins seront nos ennemis naturels, parce qu’ils seront barbares et que nous serons civilisés.

Les princes musulmans qui ont gouverné le Moghreb n’ont pu rétablir l’ordre , n’ont pu faire des conquêtes durables qu’en déployant la plus grande rigueur dans l’emploi des armes. Abdelmoumcn, le chef de la dynastie des almobades, a été le souverain le plus éclairé de l’Afrique occidentale. Il protégea les savants, les sciences; il créa des écoles; il bâtit de magnifiques monuments. Cependant il tua quatre

APPLICATIOXS PRATIQUES DL CHAPITRE V. i:33

cent mille hommes au siège de Tlemcen, presque autant au siège de Maroe , détruisit Mequinez de fond en comble , et vendit comme esclaves les habitants épargnés dans les combats.

Ceux, au contraire, qui n’ont pas usé de cette extrême rigueur ont vu le désordre , les insurrections se renouveler sans cesse. Cela était inévitable , car les Mogbrébins ne sont dominés que par la terreur. Supprimez - la, ils s’abandonnent à leur impulsion naturelle : les insurrections et les rapines se multiplient.

Donc , d’après l’histoire et la raison , c’est un devoir pour nous d’imprimer la terreur aux populations du Mogbreb. Epargner une tribu insurgée, c’est propager la révolte. Se montrer impitoyable dans une action , c’est le moyen le plus certain d’éviter une multitude de combats par lesquels des milliers d’hommes succombent à la longue. L’humanité bien entendue consiste ici à user d’un procédé rigoureux à l’égard d’un petit nombre, pour ne pas être forcé de décimer les masses.

Il est tout à croire que nos œuvres sur l’ouest de l’Afrique resteront infécondes. Nos idées et nos mœurs nous empêcheront de suivre le précepte cornpelle eos intrare , sans lequel il est impossible de dompter et de civiliser les habitants. Nous voulons respecter l’élément indigène, nous voulons des transactions, une fusion. Or, ces moyens seront impuissants conti’c une population opiniâtre, résistante et possédant au plus haut degré l’amour inné de la sauvagerie.

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