LUTTE DE L'ÉLÉMENT PAYEN
paroles. Un siècle plus tard, Pythéas de Marseille, le premier écrivain oonnn des Gaules, parle des Jutes gui tenaient le Jutland, des Teutons qui habitaient le Mecklembourg, le Holstein et la Poméranie, et des Estiens établis dans la Livonie et dans le royaume de Prusse. Ghe2 Hérodote et chez Pythéas, les Germains sont représentés comme des sauvages ensevelis dans leurs ténèbres cimmérlennes, sans littérature, sans poésie, presque sans idiome.
Tacite est plus complet; dans son admirable ouvrage a De Moribus G^rmanarum, » la Germanie apparaît barbare sans doute, illettrée, mais énergique, conservant son indépendance naturelle et la traduisant par ses mœurs et ses lois. Sous Tempire de croyances terribles, propres en apparence à doioDipter et afTaiblir les ftmes, ils gardaient mi inaltérable sentiment de leurs droits. Che2 eux la famille ne relève de rien ; tout se règle sur elle. Nbn-seulertiént elle est libre et forte dkiis son ensemble^ mais elle donne à Tindividu tout son prix. Un Germain est l lui seul quelque chose : a peut défendre ses biens à main armée, juger de son honneur et de celui des sîeiis, et traiter directement des intérêts publics. ÏA fiemme germaine ne se cache pas dans le gynécée : exclue des affaires publiques, elle a rang de Germaine; elle est femme, libre, noble et honorée. L*înstinct spontané, Ténergie ardente, le caprice imprévu de la femme passent pour inspiration divine.
Ces mœurs, ces idées, ce respect de la femme, ce mys^ ticisme sauvage ont laissé jusque dans l'Allemagne moderne trop de traces évidentes pour que l'historien de cette littérature n'ett signale pas le principe générateur. L'îmîtatron des sociétés méridionales n'a pu en détacher ni hss Allemands, ni les Anglais, ni les races diverses issues de la même ori^ne. On retrouve ce sentinieiit indeiAmctibie
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jiuqae dams las poëmes de Byron, de Bag^esen, de Gœthe et de ScUUer. Si Ton consiike le grand cycle des épopées geniMniqile8«.oii y verra planer Tâme inspirée et redoatable de quelques femmes démoniaques ou divines. Remontes {dos haut; le pouvoir et la majesté de ces fées éclatent dans les diverses traditions de VEdda Scandinave. Les l¥al» kyiies y apparaissent revêtues d'une mission terrible et auguste, exerçant leur empire avec une pleine liberté. Dès cette époque les idées germaniques se détachent de la terre ; elles s'élèvent invinciblement à un ordre de choses inconnu et invisible.
L'intimité de la famille, étemeUement vénérable chei ces peuples du Nord, servait de seuil au monde des dmes. Des* tiaés par Dieu à remporter une complète victoire sur l'anti* quité déchue, ils étaient poétiques par leurs actes : on y sentait je ne sais qudi de terrible et de céleste, d'épique et d'inspiré qui avait saisi d'avance le g^e mâle et triste de Tadte. A mie nation si religieuse et si saine la liberté était facile et nécessaire^ Et cette liberté qui, dans Fépoque la plus obscure de son histoire, k plaçait déjà au-dessus des peuples civilisés, devait naturellement plus tard, dans ses jours d'audace éclatante et d'inspiration extraordinaire , la rendre maîtresse d'un monde hébété par ces vices qui ren^ dent la servitude nécessaire.
Les peuples confondus par les Romains sous le nom de Germains étaient dfetinclB les mis des autres, nonnMulenaent par leurs lois, mais encore par leurs dialectes, que les migrations et les alliances de races vinrent modifier et confondre. De tels hommes n'avaient pas le temps de s'occuper des arts de la paix. .Sans littérature, ils n'étaient pas sans poésie ni sans génie. Il semble prouvé que les caractères nmiques apportés d'Asie par Odin étaient connus.
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smoQ de tons, du moins des prêtres. Unepoésiednre devait servir d'accent à la civilisation primitive que nous venons d'esquisser. Il nous en reste à peine des éèbris méconnaissables, confondus et mêlés avec les^récits de Paul Diacre et de Jornandès, cachés dans les remaniements modernes des Eddas et dans ceux que la tradition des Nibdungen a successivement subis entre le v* et le xiii* siècle. Tacite siguale quelques chansons nationales dans lesquelles les Germains célébraient leur Dieu Tuisco {DeutsehJ; les chroniques parient d'une poésie spéciale cultivée par les prêtres. Les Germains possédaient aussi des chants de guerre qu'ils entonnaient en touchant des lèvres leurs boucliers. Tous ces hymnes se sont perdus quant à la forme : on en retrouve les reflets vagues et obscurs dans les grandes inspirations d'une autre époque.
L'historien Jornandès nous a laissé quelques souvenirs des chants des Goths. Dans l'un d'eux le corps du roi Théodoric enlevé du champ de bataille est déposé dans son tombeau, au milieu d'hymnes fonèbres chantés par les soldats ; dans un autre les mêmes honneurs sont rendus au roi des Huns, au fléau de Dieu, Attila. Quelques vest^es effacés de la vie poétique des Longobards apparaissent chez Warti" Fried, surnommé Paul Diacre.
Il est probable que l'allittération, c'est-à-dire l'écho régulier des consonnes exprimant le sens et indiquant la racine des mots formaient le caractère spécial de ces chants perdus, dont la nature et la puissance sont attestées par les chroni* queurs ; cris de guerre mêlés de souvenirs domestiques, d'élans patriotiques et d'accents religieux.
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Sn.
Action da christianisHie. — Ulphilas.
. Telles étaient les influences que le paganisme germanique avait exercées, lorsque le christianisme vint se placer comme agent intermédiaire - et comme truchement entre le génie incùFte du Nord et' là civilisation afiaiblié du Midi. Il rencontra pour obstacle ces mêmes chants dans lesquels vivait le caractère national d'un paganisme invétéré. Il essaya de les anéantir. Les conciles frappèrent d'un continuel anathème cette poésie séculaire, traditionnelle, irrésistible, essentiellement populaire , que les soldats, les chasseurs, les femmes, les princes, les enfants répétaient à la fois : car chez les Germains la poésie était propriété commune. Elle appartenait au Volk^ à la masse entière^ non au populus, à hplebSf ni aux chefs de famille ou de race, mais à tous; distinction importante, qui la détache absolument delà poésie française ou italienne, et qui se retrouve chez les E^agnols, fils des Goths et des Ibères.
Parmi les anciens Grecs, Trais aristocrates conmiandant ^ des esclaves, la multitude n'avait pris aucune part aux dons de la muse ; elle était, avec la gloire et l'autorité, le privilège de la classe supérieure. La poésie payenne des Germains au contraire appartenait à tous. Guerrière comme la religion de ce peuple, elle n'ouvrait le ciel qu'aux héros. Ck)mment s'étonner que ces chants superbes, empreints de tous les charmes des souvenirs, aient opposé longtemps une invincible résistance au christianisme qui venait annoncer U grande paix et l'universel amour?
Les Eddas Scandinaves contiennent les plus anciens vestiges des traditions perdues de ce paganisme vaincu et de sa
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filiation incontestable qui va se confondre avec le panthéisme indien; le seul monument germanique qui ait subsisté dans son intégrité, est la traduction Gotke des quatre éTangélistes par Ulphilas, qui l'écrivit vers le milieu du quatrième siècle en dialecte moeso-gothique. Avec ce monument vénérable commence la victoire de l'élément chrédea dans le monde germanique. Ulphilas régissait comme évéque les peuples qui habitaient la Dacie, la Thracè et la Mœsie. Il assista en 357 au concile de €onstantinq)le. Anus, en crédit à la cour de l'empereur Yalens, obtint pour lui une province où il se fixa avec les siens; en S 76, sous le règne de Fritigaire, Wul-Las ou Ulphilas établit sa colonie sur les rives du Banube. Sa traduction, dont le langage offre un anneau intermédiaire entre les langues de l'Inde et les idiomes teutoniques modernes, jeta chez les barbares les premières lueurs de la foi et de la civilisation; pour prix de ses travaux, il reçut après sa mort un culte public
S IIL
Lutte de l^esprit germanique barbare, du christianisme romain Bt du polythéisme.
La grande migration des races du Nord, issues de THindoustan pour inonder les pays alors civilisés, rencontra pour barrière le christianisme. Vainqueurs par te fer, les voici domptés par là parole; ils deviennent élèves des Romains, comme ces derniers avaient été les disciples des Grecs réduits en servitude. Lé civilisateur Ulphilas n^est lui>même qu'un Barbare soumis à l'Évangile. Tond les peuples d'origine ifomaine qiti cèdent au tombent de Tàudaee germa-
CT DE L'ÉJLÉMBNT QHaÉTlBIF* AS
Bique GomQMmiqaent leurs mceurs aux couqu^aata ; la littérature paissante eu plutôt la poésie native à» ces derniers» toute payenne, plie en s'altéraat sous le poids du christîauisme qui triomphe de la conquête même. Sou** veuirs d'Odiu et de JUannu^» idiomes des Goths et chants des Bardes vont se confondre dans la langue latine et sont absorbés par la civilisation chrétienne. Dans les courtes haltes de la cdère septentrionale, la science, la poésie, Fé^ ioquence des vaincus reprennent l'ascendant et cherchent à maintenir quelques débris intellectuèb de la civilisation antique. Curieux spectacle que celui de la lutte sqpréme engagée entre les débris de cette civilisation dégénérée et le principe de force apporté par les peuples nouveaux. L'heure solennelle u'est pas encore venue où Tun et l'autre pourront s'accorder. Un moment la violence inspirée et rinstinct redoutable des conquérants semblent éteindre toute lumière. Le bestia de détruire est le seul qu'ils paraissent comprendre t « Où veux-tu porter la guerre? » demande le pilote à Censeric — t Chez ceux contre qui le Seigneur est courroucé, » répond le vieux Vandale. Marie n'est pas moins emporté ; c'est aussi à Aome qu'il va courir, et il vous dit pourquoi : « Plus l'herbe est serrée, mieux elle se fauche! » Dans ce flux et reflux de Barbares qui se foulent et s'écrasent les uns les autres, les souvenirs communs s'effacent à tout moment ; et quand ce terrible tourbillon de peuples cesse de s'agiter, il ne se trouve ni un homme capable d'embrasser dans une épopée homérique cette scène longue et inouïe, ni une nation préparée à comprendre de telles inspirations.
Tant que les Barbares désolèrent le inonde sans s'arrêter nulle part, les savants chrétiens, le clergé romain ou le dergé recruté chez les Barbares romanisés, conservèrent
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seab la flamme des lettres : seuls ils regardèrent d^un peu haut. Leurs chants étaient cahnes et chrétiens. Quant aux accents payens et germaniques, l'écriture ne les conservait pas , et les nouveaux convertis ne tardaient pas à les oublier. La victoire devait rester au christianisme et à Tavenir.
Le règne de Gharleoçiagne arrive après ces siècles de bouleversement: vive et vaste lumière après un long orage. Allemand par le sang, Romain par l'amour de la discipline, doué de l'initiative des races primitives et du génie organisatemr des races civilisées, parlant le latin et le dialecte franc, il commande et fait rédiger sous ses yeux, il écrit même de sa main, ditH>n^ le recueil des poésies héroïques, consacrées aux souvenirs nationaux et germaniques : pensée digne d'un si grand homme. Il s'agissait de consacrer la gloire du peuple vainqueur et d'élever l'idiome des Allemands à la hauteur de celui des Romains : c'était honorer des nations rudes, grandes, déjà éclairées par l'orgueil; c'était les disposer aux habitudes de la justice et de la civilisation. S'il réunissait ainsi tes poétiques débris du paganisme national, il n'omettait rien, pas même la cruauté, pour en étouffer les traces vivantes jusque dans leur dernier asile. On sait par quels terribles coups il éteignit dans une mer de saog le paganisme des Saxons, nation immense, la vraie Germanie d'alors, redoutable surtout par la force qu'elle tirait de ses impressions secrètes et ineffaçables.
La Saxe ou Basse- Allemagne était devenue le dépôt des anciennes poésies germaniques et de la mythologie du Nord. Ses habitants fiers de leurs aïeux essayaient de raviver l'esprit an* tique. Charlemagne, après avoir fauché (comme Alaric avait fait des Romains) toutes les résistances, établit dans cette Germanie redoutable des écoles latines et des congrégations de missionnaires ; il fit enseigner le latin aux clercs, le haut-
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allemand à ceux qui devaient obtenir des emplois dans ses troapes. Les hymnes nationaux, bien que recueillis par son ordre» disparurent devant les hymnes chrétiennes ; désormais la nationalité germanique ne se reconnut elle-même que sous la lumière catholique; l'exemple du monarque acheva Fœuvre. Sa mort, qui parut être la fin de tant de choses et qui fut le berceau de l'Europe, activa la destruC' tion des idées payennes. L'indifférence ou l'aversion de Lonis-le-Débonnaire pour la poésie allemande, servit les efforts du clergé ; le recueil de Ghartemagne disparut à jamais. Le paganisme était vaincu même dans les souvenirs. Plus cette victoire fut complète, plus on doit attacher de prix aux rares débris qui nous restent de ces influences payennes évanouies.
On fait remonter au vu* siècle la composition des pins anciens monuments, soit anglo-danois, soit saxons ou hautallemands que nous possédons encore ; l'affinité du langage dans lequel ils sont écrits avec le gothique et le Scandinave est incontestable. Le génie payen primitif ne respûe que dans les Eddas^ la Chanson du voyageur, Beo- W^f» épopée anglo-danoise ; — surtout dans Hiîdebrand et Hadubrand, le chef-d'œuvre de ces ruines. Tout nautile qu'il soit par le temps, ce poème dont les héros appartiennent au IV* siècle efface par sa beauté tous les autres fragments du même genre ; il est plus animé, phis vrai, plus épique ; au milieu des emportements de la douleur et de la colère, i^ étonne par une imposante, austère et cruelle solennité. Ces mêmes personnages et leurs relations, leurs passions et leurs idées se retrouvent encore dans quelques poèmes latins du moyen-âge (1) jqui ne Sont que la traduction de vieux frag-
(i) V. W^dtharim uquitanensis^ (V. Aussi Hboswitha, àtvna sur
Ll MOYEN AGK).
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ments tentotitques, déguisés ou altéré:» ; on les reconnaît enfin dans te grand cycle épique de Tancienne poésie allemande, dont les Nibelungen et le Livre des héros offrent des remaniements plus modernes. Écrit en tiaut-aUemand» idiome dont celui des Francs n*était qu^un dialecte, Hilt* Brand et Had-Brandt est sans doute un des poêmés bar-^ bares, déjà anciens Hu iv siècle, que Chariemagne avait fait recueillir, et qui n'ont rien de commun, pour le ton et le fond du génie, avec les monuments keltiques de l'antique Iiiande et de la Bretagne, moins encore avec le faux Ossian de Matpherson.
L'introduction du christianisme en Allemagne avait amené un grand changement dans les esprits. Jusqu'alors la poésie avait été guerrière, et les héros avaient pu chanter et vaincre. Le prêtre chrétien s'empara en maître des imaginations. Saint Clément d'Alexandrie, saint Grégoire de Naziance, avaient traité en vers les grandeurs de leur culte ; sous le règne de Constantin Juvencus avait écrit en hexamètres une histoire de l'Évangile suivant saint Mathieu ; Dracontius avait traduit poétiquement la Genèse; Yictorin, les Machabées; Sedulius, les miracles du Sauveur; Arator, l'histoire des apôtres; Tévêque saint Avit avait écrit sur le Paradis perdu un poème en trois chants, plein de candeur et de force.
La langue nationale des Germains, cédant à la culture chrétienne, produisit au ix* siècle deux beaux types de poésie religieuse : ce sont deux traductions paraphrasées des quatre Évangiles ; l'une, en haut-allemand, par le moine Olfried de Weissembourg ; l'autre, en bas-saxon, pour les Saxons nouvellement convertis. La première se compose depetils vers rimes ; la seconde, fidèle m syfrtène aMlMératif dont nous avons déjà parlé, établit cette harmoofe dure tt
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constante entre les consonnes des mots les pios importants , (c'est-à-dire entre le sens B^êmedeeesmots renfermé dans les racines), harmonie vîdentê qm tonstitae une mnémoniqne natanelle ponr l'ordile et ia pensée. C'est le mode barbare de ia poésie ^slsOive et didactique. Le poète Otfried, plus élégant et ^ns reposé, cherche les ofaser? ations mondes et mystiques. L'homme et PœuTre appartiennent au mi£ de TAUemagne qui, touchant à l'Italie, a été de bonne heure atteiitf par la civilisation et le christianisme ; une légende de saint Emmeran fait des Boiares, ou Batarofe du vil* sîède, un taUeau qui contraste avec la barbarie sombre et frémissante des Saions.
La traduction saxonne des quatre Évangiles exprime la poésie rdigieuse nouveHe du nord de l'Allemagne. On y trouve la périphrase énergique des chantres islandais et anglo-saxons, appliquée aux croyances chrétiennes. L'auteur excelle dans les sujets terribles ; sa peinture du jugement dernier rappdle la lugubre poésie^de ses aïeux Scandinaves, habitués à ne voir dans ce moment suprême que tes déchirements, l'agonie et la mort de la nature. A la force et à b simplicité du poète saxon, vous reconnaissez l*bomme fait pour agir sur de graves et puissantes imaginations, sur ces vrâcus indomptés que les exécutions de Oharlemagne et la (Testruction de l'idole de Yrmensul n'avaient pu détacher de leurs Dieux.
8 ÏV.
Les Chroniqueurs» — Le Drame. — Panégyrique de saint Annoa.
En 100b, les Annales des Saxons sont termiilëes par
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Witkîod, religieux de Tabbayej de Corvey, en Westphalie. Il peiat>ivemeat le moyen-âge, et c*est lai qu*il faut consulter sur cette époque. Sa simplicité n'exclut pas la science ; souTent il s'élève à une grandeur épique. Dittmar, évêque de Mersebourg (1018), écrit Thistoire des empereurs d'Allemagne depuis Henri I"' jusqu'à Henri IL S'il n'a pas le feu de Wilkind, il est sincère comme ce dernier ; c'est lui qui nous fait pénétrer dans l'ancienne histoire des Polonais, des Slaves fst des Hongrois. Ces chroniqueurs sont effacés par Lambert d'Aschaffembourg, qui.nousmène depuis la naissance du premier homme jusqu'à 1077, année où lui-même mourut Exact et grave en ce qui touche les empereurs allemands, il raconte les guerres de Rome contre l'empereur, l'empire et la féodalité, imite sobrement la dignité des anciens et ne dédaigne pas i'énei^e de son époque. Vers le même temps Hroswitha, religieuse allemande de l'abbaye de Gandersheim (1), imite le style de Térence dans des comédies chrétiennes; les fragments qui nous en restent attestent de l'érudition et parfois un rare bonheur de style. D'autres solitaires s'atta* chent encore aux belles formes des anciens, qu'ils s'épuisent vainement à reproduire.
Le chef-d'œuvre poétique du siècle est un panégyrique en l'honneur de samt Annon, archevêque de Cologne, mort en 1074* On attribue à une religieuse de la fin du xr siècle ou du commencement du xii* ce cantique, l'une des plus belles productions de l'ancienne Allemagne. L'anachorète qui écrit en vue de Dieu, raconte les maux de la teiTe, nés des maux de l'âme humaine, et dont le Christ est le médecin ou le consolateur. Tragique et familier, profondément pieux, il dit la vie des conquérants, les efforts
(1) V. nos Études sur le Mayen^Age, Heoswitha.