‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 15 sur 55 · ET DE L'ÉLÉMENT CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

ET DE L'ÉLÉMENT CHRÉTIEN

des Romains pour dompter rAliemagne, la naissance du Christ; « paisible, sans bruit, n'éteignant point le lumignon qui fume encore. » Il dit la propagation de l'Évangile par les apôtres, la conversion des Francs, et arrive ainsi jusqu'à Tarcfaevêque de Cologne» le bienheureux saint Annon, dont les vertus et la gloire couronnent son récit Cette œuvre, digne en tout temps d'être remarquée, étonnante par sa date incontestable, offre un monument à étudier pour qui veut retrouver les titres du moyen^ge.

Le mouvement poétique allait changer de caractère : après les troubles immenses des migrations, les peuples du Nord étourdis encore de leur ouvrage s'étaient laissé dépouiller du privilège poétique. Les prêtres chrétiens avaient chanté seuls, et seulement ce qui les occupait; l'humilité, l'expiation, le mépris du monde, tel était le fond de ces poésies; et par cela même qu'elles étaient toutes chrétiennes, elles convenaient peu à une nation plutôt étonnée que convertie. La race germaine restait, malgré son sommeil apparent, forte et originale ; dès la fin du ix** siècle, la réaction ou le réveil s'annonce par un bel hymne. C'est le chant de guerre de Hludwig ou Louis III, qui remporta une grande victoire sur les Normands ; chant plein de mouvement et de hardiesse. Le christianisme y éclate partout, non comme un souffle vague sans pouvoir sérieux et sans nationalité, mais comme le fond renouvelé de cette civilisation. Le sang germain garde sa force et sa pureté. Je ne sais quoi de naïf et d'épcouvé se mêle aux inspirations de l'Évangile ; on sent déjà que cet enthousiasme a de l'haleine, et qu'il fournira aisément la longue carrière des croisades.

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Influence des troubadours profençaux sur l'Allemagne. ^ La Wartboarg. -^ Les Nibelangen.

Les événements préparaient chaqne jonr une grande ère. Henri-roiseleur avait débarrassé des Hans rAOemagpe. Conrad affermit encore Tunité de Tempire ; l'indastrie et les arts se développent. Guido d'Arezzo, inventeur des notes musicales, est appelé par les évéqnes et par les princes d'Allemagne. A ces premiers élans viennent se joindre les grands spectacles des croisades. Les chevaliers allemands aperçoivent TOrient , et le génie national se teint d'une couleur nouvelle, modifiée bientôt par le commerce des troubadours français qu'ils avaient connus dans la Provence. L'austérité cléricale disparut d'une poésie retrempée à des sources si gaies et si brillantes et les premiers empereurs de la maison de Souabe favorisèrent cet éveil. Frédéric II, après lui Henri V, protégèrent vivement les poètes. Dans le château de la Wartbourg, près d'Eisenach, s'ouvrirent des concours poétiques dont la gloire dure encore. Ces productions étaient mêlées] de notions inexactes et de fables confuses, nuages d'où jaillit une lumière suave, métaphysique, idéale, singulière.Un monde nouveau s'ouvre à la poésie germaine; elle n'a que le temps d'y prendre la fleur des choses et d'épancher la sève qui l'anime.

En Allemagne comme en France, la poésie était alors cultivée par les seigneurs. On comptait parmi les poètes, les princes d'Auvergne, les rois de Sicile et d'Aragon, les empereurs Henri VI et Conrad IV, Wenceidas nri de Bohême. Le plus ancien poète lyrique de la Souabe paraît avdr été Henri de Waldeck, dont YÉnéide^ moitié imitée

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de l'original, moitié spontanée et d'iii8piratio&» cedislfaïKiie par le bonheur et la bonhomie d'ane foule de traits dont et relevés. La vie de ces nobles auteurs, poème en action, explique l'incomparable eisanoe et le charme d'antorité <pii régnent dans leurs ceuvres.

I^ poème capital de la vieille Allemagne est celai des NiMnngen, tiSBfâ de traditions antiques. Le rapport de ce poème avec de vieux fragments Scandinaves prouve Texistence d'une tradition immémoriale de poésies germaniques. Il semble antérieur aux poésies souabes qui expriment U si^endeur et la variété chrétienne d'une ère ouverte par les croisades. Les Nihelungen réveillent les lointaines images d'Attila mourant, des Longobards abat* tus par Charlemagne , des Sax»ns révoltés amtre les Francs. Les Nihelungen, qu'il ne faut pas confondre avec le Livre des hèroSy sont attribués sans preuve à Conrad de Wurtebourg, Mfnnesinger qui vivait sous le règne d'Adolphe de Nassau» Dans ce poème, puissamment conçu malgré fa diversité des éléments qui le constituent, la vengeance, idée centrale, se développe sous des formes terribles. Un chevalier meurt pour venger Thonneurde sa maîtresse; celle-ci le venge lui-même par une suite d'actions redoutables. Peu de scepticisme, point de galanterie dans les Nihelungen, Tout y est rude et c(dossal, non romanesque; on y retrouve, sous les ornements empruntés aux mœurs chevaleresques , quelque chose de cette grandeur sans prgportions connues et d'une réalité saisissante, que Tacite avait démêlé dans le caractère germanique.

Le même temps produisait des fabliaux, des chronicpies rimées, une foule de poésies qu'on ne sait comment classer. N'oublions pas les chants didactiques qui exprioient

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révolution nouvelle du génie iillemand; le poème intitulé : Le roi Tyro (f Ecosse et son fils Friedebi-and^ jugement grave sur des points de morale et de jurisprudence ; et VHàte Welche^ recueil de préceptes rudes tournés à la façon de Juvénal. La prose, jusque-là moins abondante que la poéne, en devient Tauxiliaire. Le Miroir de Saxe , ou droit public des Saxons, publié par Eike de Repgow, est précédé d'un prologue en vers dont le ton n*est pas démenti par Touvrage même, introduction pleine de grandeur et d'éclat.

Après la chute de la maison de HobeastauITen il y eut partout désordre. Le droit du plus fort exercé par les seigneursy par les boui^eois, par tout le monde, introduisit de notables changements dans les mœurs. Une ardeur polémique et raisonneuse , mortelle pour la poésie seconda les progrès matériels. L'imagination perdit tout ce que l'industrie , le négoce, la liberté civile acquéraient ; aucun état, aucune ville d'Allemagne n'avaient plus de suprématie intellectuelle; les villes de Germanie ne reconnaissaient parmi elles ni une Athènes ni une Florence : livrées à leurs mouvements propres, elles se séparaient chaque jour profondément. Cette division affaiblissait l'esprit national ; une époque allait finir.

Depuis longtemps l'élément payen était vaincu. Rome et le catholicisme ayant achevé l'éducation de l'Allemagne, elle se révoltait contre ses instituteurs. A la voix de Luther, la consécration antique tombe en poudre; les esprits s'éveillent pour fournir une nouvelle carrière.

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