‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 36 sur 55 · CHŒUR · texte numérisé non relu

CHŒUR

Oui , notre amour est à lui ! oui , sa gloire est à nous ! Et nous en serons dignes, — à jamais dignes I »

Écouter de pareils chants , les répéter et y croire » c'est assurer l'avenir de la patrie. La chanson suivante est d'une candeur nationale si naïve que l'Angleterre ou même l'Ecosse ne l'eussent pas admise :

Le jeune Allemand.

a Jeune homme bon et pieux, fils de l'Allemagne, cœur ingénu, indomptable courage , sans fiel et sans amertume, je te reconnais I

Pourquoi cette ardeur de sang qui brille sur ta joue? et cette étincelle dans tes yeux? c'est l'esprit de l'Allemagne ; elle est brave !

A l'étranger quelle chaîne secrète nous unit tous ? au fond de nos cœurs quel génie habite ? L'esprit de l'AUemagne ; nous sommes frères !

Devant la jeune fille innocente, pourquoi la flamme de ton regard s'adoucit-elle? pourquoi ton front s'abaisse-t-il? L'esprit de l'Allemagne parle en toi ; l'Allemagne est chaste!

un DU GÊltiE LtttiQtJE EN AtLEifÂGNE

D'où tfe Tifettt bette foi en Dieu? cette forbé detânt lé sarcasme? celte croyance à la patrie? De l'âme de F Allemagne? eue est pieuse.

Jettbë hoWtne- gsiftiè lëstertus du pays! Elles ëlèyetitle cœur. éHes remontent vers Dieu , elles sont la gloire Ah rhomme! »

Traditions conservées dans les chants populaires. — Souvenirs des couvents; ^ du Èaûstreicb; — des Grandes Châsses. — Vfiffréné ehasseur, — La Choêse deê Ombres. — Freyschûtz. — Chàrleiiiagne et le vin du Rhin.

Le même génie lyrique qui avait confié aux Sagas des Islandais les actions mémorables et les faits curieux dont la race voulait garder le tt'ésor, n'A laissé se perdre en Allemagne, en Angleterre, en Danemark et en Suède aucune des traces de b vie natlotiiafe intimé;

On Hë lè^ puMe gdèfé, on lés' Utiktiieili th&bdtë &i la mnémonique vivante du sentiment faumanf;

tM événème&t ^ont la' fibre po^tklaiBrë' âvàït £/é'ém'ué' créa un monde de ballades, variations ^unè' ttïtiiie îHë oit piMi d'un sén\fbièl!it unique ;f Tascét^me des couvents, les tristes et tendres aventures atixquelfe^ ont pu donner lieu la vie austère des récluses ei les terré^es amours ; les vôfontés farèucïi^s tfés prémîei^s Seigneurs féodaux ; leur passion' éflftén^e peur fés j^laïsîrs violents; leui^ méj^ris du IiAburéin^ et iè la ieHe ; tés gîràildés Chasses traversant et ravageant des provinces entières sans ménager les I

EX D^ SON IflFLIfENCB. iXSi

pl\is q^e \es bêtes sauv^^s;— ces ^î^^pi^, r.^a)ia(#9 cciftt fo^, connus de tous, sont venus prendre sp\^ 1^ maUi k^îifi cte quelques poètes modernes , de Biirger entr*autres , une forme plus pure et plus accentuée, çt se so.umettre à une élaboration ^ûi aurait manqué le but si elle en avait effacé le caractère primitif. Telle est Torigine du Freysehûtz. le$ raceis romaines méridioiulea, altiréea par le itet su- UinMide \Veber, le phis geifinanique de&coittpositeuxs,€|iU essaya de le compreodre, mais en vaio. La noeute de^ dûeos^déoiQns^ k course aérienne de& faiUâii^8-chaa8ew& na&'asaoeiQDt à ancua de nos sonveniwi  peiaç la ballade suivante, Der Wilde Jager, chant moderaaquiseEapperta à ^ iff^f}^ ÇriginÇ- ÇPt-elj^ç. ^a^ni^Je çi^ trsipffi^. ; k titre sçjji^ ]^ çipt ïfjiUfe, le vuM ^^, Ç^Pm-Mt Vb^tt^ immense, passion indomptée, volonté i^^^^ fr^. ^i^^M^ in^éjjendajn}^ , n'a 4'équjvalçftt dapp.aij^çujf ^ m^^?mjçs.

Çx.çp|ppn$ dfabord Is^ baUaiJie qpi ap9p,t^tr^ J^j^t^n/?, Fille et le Moine gris. Jamais, la, çIOf.«f/;^.i»paa/}ale^tl^j vie ascétique n'avaient reçu parmi les nations, teutoniques cette accepUtion populaire et cette (jonsécr^tiop défmitivç que, leur àonnënt les races du Midi, fidèles aux souvenirs prientaux ; consécration que Ton retrouve même dans la règle hlbemororientale de saint Colomban et de ses compatriotes. L'indépendance personnelle, caractère spécial du Germain, népugne à la prostration de l'âme abattue sous la volonté céleste, à la renonciation définitive, à l'abnégation totale de la volonté. Les tendresses et les angoisses, de l'amour profane m^éesaux traditions de la cellule et au. respect de l'austérité chrétienne, thème profondément pathétique, demi-païen, et demi-chrétien, respirent dans plps d'ui^ <il)%Qf 4^ Nord, ^\ sgifM^vmt. i^m ç^te b^de

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anglaise et danoise, remaniée avec talent par un poëte allemand des derniers jours.

La jeune Fille et le Moine gris.

« Um jeune fille, sous la rol^ du pèlerin, vint frapper à la porte du monastère. Elle agita la clochette; un moine gris sortit nu-pieds. — Elle lui dît : Loué soit Jésus- Christ! Il répondit : Dans l'éternité. Chose merveilleuse lui arriva ; quand il eut abaissé un regard sur elle, son cceur battit avec violence.

« — Révérend père, ainsi répôndit-elle d'une voix douce, émue et timide, le bien-aimé de mon cœur n'est-il plus dans le cloître solitaire ?

« Enfant de Dieu, comment veux-tu que je connaisse le bien-aimé de ton cœur? — Tu le reconnaîtras , hélas ! à la bure la plus grossière, à la discipline, au cilice, à la branche de saule qui mortifie son corps ;

«> A sa taille svelte, à ses traits, pareils à Tauroredu mois de mai, aux boucles de sa chevelure dorée, à ses yeux d'azur, où respirent la tendresse, Tamour et la foi.

« — Enfant de Dieu, hélas I il est mort, mort depuis longtemps et sous la terre! L'herbe croît sur sa tombe; un marbre pesant le recouvre ! mort depuis longtemps et sous la terre !

«( Vois-tu là-bas cette cellule, aux fenêtres ornées d'immortelles? Là il demeurait, il pleurait; là il est mort par la faute de celle qu'il aimait II s'est éteint comme une lampe expire.

« Six jeuhes novices ont chanté l'hymne funèbre sur scm

cercueil, et plus d'une bmie fat yersée quand la terre le recouYrit

« O douleur ! ô douleur I tu n'es donc plus ; mort et wt^ la terre ! Mon cœur, brise^toi ! Ah ! rien ne t'empêchera de pleurer, quand même tu serais dur comme la pierre qui le couvre !

« Patience, enfant de Dieu, ne pleure pasi redouble de prières ! L'inutile douleur dévore le cœur et ferme les paupières; que tes amères larmes coulent moins abondantes !

« Oh ! non , mon révérend père , ne condamne point ma douleur; il était la joie de mon âme! Non, sur la face du ^lobe, nul jeune homme ne vivra et n^aimera comme lui.

« Laisse-moi donc pleurer sans cesse, laisse-moi soupirer le jour et la nuit, jusqu'à ce que mon œil s'éteigne dans les pleurs, jusqu'à ce que ma langue défaillante dise : Dieu soit loué! tout est fini!

« Patience, enfant de Dieu, ne pleure pas, cesse de gémir. Nulle rosée, nulle pluie du ciel ne ranime la fleur cueillie ; fanée, elle ne fleurit plus.

« La joie ne fuit pas à jamais, comme fuient en hiver les hirondelles! Rejette ce fardeau de la peine qui, lourd comme le plomb, oppresse le cœur. Calme-toi ; ce qui a péri a péri.

« Oh! non, mon révérend père! n'ordonne pas que mes douleurs aient un terme ! Dussé-je souffrir pour l'homme que j'aime tout ce qu'une fille peut souffrir, jamais je ne souffrirai trop !

« Je ne le verrai donc plus, jamais , hélas ! jamais ! — Une tombe obscure le cache ; la pluie et la neige le couvrent et l'herbe fleurit sur ses restes.

« Où êtes-vous, yeux d'azur qui respiriez la paix et la

aifli DU GÉNIE LYBIQUE EK AUIMAGNE

grâce» joues rai^s , ièYres parfamées comme IkBaiet de»

jardins? Hélas I tout est dévoré par la tombe, et mrt le chagrin m'anéanti( !

« Enfant de Dieu, ne te désole pas I Les hommes changent. Leur âme s^allume et se glace ; ce qui les a charmés les rebute !

• Qui sait, malgré ta foi et ton amour , s*il ne se serait pas fatigué de son bonheur? Le sang jeune est inconstant comme la maliniée d^avril.

« O non, mon révérend l)ère, Ô non, ne prononce plus de telles paroles ! Mon ami, Tamour et la grâce mêmes! Si pur. Si franc, si "fidèle, la loyauté de Tor; toute fausseté lui était étrangère.

« Hélas ! est-il vrai que le toml>eau renferme ^ans sfis ténèbres? Alors j^ renonce à ma patrie, je continue inon pèlerinage, je veux être errante à travers rimmensité ^q monde.

<r Maisd*abordje veux ip'approoher de sa topahe, je vep^: m'y agenouiller ; Thaleine de mes %upirs^ mfi» baiser^, mes larmes fer<>nt reyeçdir Th^rhe qui crpU m «» r^ltes.

«h Enfant de Dieu, séjourne d*abord ici; permets que le repos et les soins te raniment I Ëiitends*tu comine Forage fait frémir les girouettes de nos toits? et la grêle glacée qui frappe les vitres de nos femétres ?

« Ohl non, mon révérend père ! ne me retiens pas. Que la pluie tombe à flots. Toutes tes eaux qui inondent la terre ne sauraient laver ma faute.

« — Ghère bien-aimée , regarde-moi! Reste ici et sois consolée! Fixe Ion regard sur moi ! Ne feconnais-tu pas le morne gris ? C'est ton ami I hélas !. . . c'est moi !

u L'excès de' ma peine m'avait fait revêtir l'habit des

BT PB SOV |lin.Uf|G^ 819

BKwes* Un serpieat étçmql allait étemiaer mes doul^nre dans le c|pttre.

« Diqfi soit lo^é I l'année de noyidat n'est pas encore finie. O çbère t^ie^rsilmée» 91 tu as dit vrai , si yojlontairement ta main accepte la mienne, ma ropte est changée I

» Dieu apit lonél 8'écrie-t-fd)e I Douleur e\ désespoir, maintQuwt, adi^a pqnr tpnjoniç! Jo|e d^ çfçnc, sois la bien-Yeniifit Bien-a|né, je te presse sor mon s^; qne b mort açole nons sépare! »

Vfiffrà^é Çhas4f^v^

« lie Miingrave terrible sonne dn cor : baBo i halbl à pied et à cheval ! Son coursier hennit, s*élance ; sa tronpe le suit avec fracas. On fouette, on trotte, on galope à travers les Mé$ et les buissons , et les bndes , et les prai«ries.

C'était une belle matinée de dimanche, et ^e soleil riant dorait la cathédrale. Le bruit des cloches, sérieux et solennel, tantôt étouffé, tantôt sonore, appebitles fidUes aq divin service; les chants de b foule dévote se fiiisaient en* tendre au loin et leur harmonie ravissait les ftmes.

Haussassah! Harry! Harridol teb étaient les cris des ardents chasseurs s'élançant dans la plaine. Voici venir tont-à'COop uo cavalier dp côté droit et un autre du côté gauche; celui de droite monte un ehevai blanc^ celui de gauche un dieval couleur de feu.

Qu'étaient- ils ces deux cavaliers? Je n'en sais rien; je cro^ le savoir. Celui de droite rayonnait de lumière ; son visage ressemblait à un jour de printemps. Celui de gauche était d'une sombre pâleur. De ses yeux, qui semUaient une nue chargée d'orage, les éebin jaillissaient.

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