‹ Études sur l'Allemagne, ancienne et moderneChapitre 37 sur 55 · DU GÊNIB LYRIQUE EN ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

DU GÊNIB LYRIQUE EN ALLEMAGNE

« Sois le bien-venu, tu viens à propos, sois ie bien-venu! Prends avec nous le noble amusement de la chasse. Il n*est pas au ciel ou sur la terre de plus agréable plaisir. Ainsi parle le comte en frappant vigoureusement son cheval et agitant son chapeau en Tair.

» Le son du cor, dit tranquillement celui de droite, ne s'accorde pas avec c-elui des cloches et des prières. Retourne. Tu ferais mauvaise chasse. Prends conseil de ton bon ange ; ne te laissç pas capter par le mauvais génie.

» — Chassez, chassez, noble sire, s*écria le cavalier de gauche I Qu'importent le son des cloches et le chant des sacristains? La chasse est bien plus divertissante. Voilà, selon moi, un plaisir de prince I n'écoutez-pas cet hommedl

• — Bien parlé, honmie de la gauche! répond le comte. Tu es un brave comme je les aime. Celui que la chasse n'amuse pas, qu'il aille dire ses paier ! Ne t'en déplaise à toi, rhomine des prières, j'en ferai à m<m plaisir. •

Hourrah! hùurrah! en avant! au galop! par monts et par vaux! Cavalier de droite, cavalier de gauche galopent à ses côtés. Un cerf tout blanc parait dans le lointain, un cerf de seize ans, à voir sa ramure.

Et le comte sonna du cor avec plus de fureur que jamais, et fantassins et cavaUers redoublèrent d'ardeur« Mais hélas I à chaque pas, un pauvre piquetir tombait mort, celui-ci en avant, celui-là en arrière. « Laissez-les tomber, disait le comte, laissez-les tomber; qu'ils aillent au diable ! Est-ce que cela doit troubler les plaisirs d'un seigneur? •

Le cerf traqué s'élance dans les blés tou^us et s'y cache : ce sera pour lui, il l'espère, un asile certain. Alors au milieu des épis se montre un pauvre laboureur. Il a joint les mams; son attitude est suppliante : « Pitié, gracieux

seigneur, pitié ! Épargnez la sueur amère du pauvre I »

Le cavalier de droite pique des deux et sa douce voix donne au comte de bons avis. Le cavalier ie gauche le pousse avec fureur. Le comte dédaigne son conseiller de droite» et se laisse entraîner par celui de gauche.

« — Chien I retire-toi ! « Ainsi le comte apostrophe le pauvre laboureur. — «Sans quoi, de parle diable, je lance mes chiens sur toi! Hallohl compagnons, à lui, sur lui, pas de quartier; prouvez-lui que je n'ai. qu'une parole. Faites résonner le cor et claquer les fouets ! »

Sitôt dit, sitôt fait Le wildgrave franchit les haies, suivi de la troupe bruyante et claquante des chiens, des chevaux et des hommes : chiens, hommes et chevaux piétinent sur les blés qui fument sous lears pas.

L'animal, épouvanté du bruit qui s'approche, poursuivi par forêts et collines, gagne la plaine dans l'espoir de se sauver et se mêle à des troupeaux.

A droite, à gauche, par la plaine et la forêt, les chiens ardents le suivent. De droite, de gauche, par la forêt et la plaine, ils débouchent et le dépistent. Le berger, effrayé pour son troupeau, tombe à terre et se prosterne devant la face du comte.

« — Pitié ! noble sire, pitié ! laissez en paix mes pauvres bêtes mnocentes. Songez-y, gracieux seigneur, mainte veuve indigente n'a qu'une vache qui paît ici. Ne détruisez pas l'unique bien du pauvre. Pitié! noble seigneur, pitié! »

Le cavalier de droite pique des deux, et sa douce voix

donne au comte de bons conseils. Le cavalier de gauche le

pousse à la fureur. Il dédaigne les conseils de celui de

droite et se laisse tromper par celui de gauche.

wi —Insolent! chien ! tu es assez hardi pour m'arréter !

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