‹ Études sur l'Allemagne politiqueChapitre 1 sur 33 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Ces études, dont plusionrs ont été déjà publiées, n'ont pas la prétention d'être eomplètes, bien moins eneoic celle d'être définitives. Comment épuiser en si peu de pages un sujet aussi vaste? eomment surtout fixer en liails décisifs une organisation qui en est toujours à sa période d'essai? L'Empire allemand est né d'bier; sa personnalité morale, masquée par celle de ses glorieux fondateurs, n'a pu encore s'affirmer; il recèle plus d'inconnu que ne le laisse supposer sa rapide fortune; il entre à cette lieure même dans une voie entièrement nouvelle, et il s'y lance « à toute vapeur » . Ce

fl liSTRODUCTION.

recueil ne sera peut-être pas inutile cependant, si le lecteur y trouve les notions historiques, juridiques et politi(jucs essentielles à rintclli- (jcnce des choses de lAllemagne actuelle et de celle de demain.

L'unité politique de lAllemagne s est faite principalement sons 1 action de nécessités extérieures et nationales. Chacune des grandes dates de Thistoire contemporaine de ce pays est aussi celle d'un événement européen dont r Allemagne subit le contre-coup : 180G F arrache à sa torpeur; 1815 voit naître la Confédération germanique; 1840 réveille contre la France le patriotisme allemand; 1848 fait passer la révolution sur la rive droite du Rhin; 18GG rejette TAutriche vers FOrient; 1870 scelle Falliancc du Nord avec le Midi. D'autre part, Funité politique a été précédée par Funité économique : le Zollverein a préparé la Confédération de 18G7; le Parlement douanier de 18G8 a servi de modèle au Reichstag de 1871. Aussi, dans la constitution de 18G7, modifiée en 187J après la proclamation de

INTIU) DICTION. III

I Ijiipiic ;ill<'iii.iii(l, tons les .'ii'liclcs (jiii c'()iic('riicnl le i»';;iin(' fiiiancici", doiiaiiici-, iiiililairc,' ou (li|)l(>mati(jn(' di' la ikhin clic imioii soiil-ils rcdi- ;('s a\('c la |)liis cxtrênic prc-cisioii cl la plus <;rau(le clarté : « On croirait lire les statuts (Tune soci<''t('^ industrielle » , a dit M. de Tiavel..y.'.

Ti)[\{ autre est le caractère^ des articles cour>tituti()iuicls (|ui ('i(''ent les pouvoirs publics de la (lonfédération et re/;lenl leur fouctionncineut et leurs rappoits. C'est à peine si Ton y reneonti'c le strict nc'cessaire; ici, la sobriété du l(''{Tislateur est si marquée et confine si souvent à 1 obscurité, que le lecteur ne peut se défendre d'éprouver quelque soupçon contre la sincérité et la loyauté du texte.

L'Allenia(jne est une fédération d'Etats jadis souverains , contraints par le plus puissant d'entre eux à si[;uer un traité d'union léonin; par ce traite un pouvoir central a été institué de toutes pièces. Ce pouvoir, qui l'exerce? En théorie, une Assemblée issue du suffrage universel direct, le rH'iehstag, et un conseil com-

NTRODL'CTION.

posé des délégués des gouvernements confédérés, le Bundesratli; en fait, la Prusse, qui s'est fait décerner, avec la dignité impériale, tontes les fonctions utiles de la communauté, qui dissimule son activité et sa puissance derrière la fastueuse incapacité d'un Bundesrath docile, qui ne tient compte du Reiclistag que suivant son plaisir, et qui est encore elle-même, malgré quelques apparences contraires, soumise à l'autocratie de ses princes. A cet égard, FAllemagne offre un exemple d'organisation politique profondément original. La logique n'a rien à voir dans le système politique qu'elle s'est donné : elle ne s'est en quoi que ce soit préoccupée d'ériger un monument éternel ou universel. Le pacte de 1867- 1871 est bien exclusivement allemand; il a été plusieurs fois modifié depuis sa promulgation ; il le sera plus encore sans doute dans un avenir prochain. OEuvre éminemment concrète, son mérite principal est dans son élasticité même; ce serait une méprise grossière que de prétendre, pour la juger, la ramener à quelques principes

I \'l ItODIC I ION. V

«ihsliMils rtii l;i conipaicr à un Injx' idc.il de (•(Mislitiilinii ; (• CM sciail une aiili<' (jiir de la (U'-crcIci' à loiil jamais iiuimiahlc.' : dans I un ut I aniic cas, on lonihci'ait dans la faulc di' a' laillcur donl paiic Macaulay, (jni picndiait iiu'surc, pour ses clients de tous â(;es, siii' 1 Apolloii du Belvédère.

liC seul fait (jn un établissement politique existe et a duré vin(;t ans eonstitue une forte présomption qu'en un moment précis cet établissement a répondu à quelques-uns au moins des vœux ou des besoins des citoyens. Pour lAllemagne, il n'y a pas seulement présomption, la preuve est fait(^ : la constitution de 1867-1871 est née de 1 histoire nationale; elle n'est point, comme la déesse Minerve, le produit accidentel d un cerveau plus ou moins malade ; elle est née de circonstances données, qui servent à 1 éclaircir et dont elle ne peut, sans erreur, être isolée. Chacune de ses sin^^ularilés a sa cause historique et lointaine. Chacun des principes qu'elle a proclamés et dont elle a ré};lé lapplication, fédération d Etats

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