LA PROTESTATION
Tel est le lit de Procuste que le législateur allemand a dressé à l'usage des Alsaciens-Lorrains. Ceux-ci cependant sont demeurés insensibles, tant aux rigueurs de l'ancien président, M. de Moller, qu'aux séductions du premier statthalter, le marécbal de Manteuffel, et aux caresses par lesquelles
le pouverneur actuel, le prince de Holienlohe, essaye de faire oublier sa raideur. Ils sont demeurés Français de cœur; tous les de'pute's qu'ils ont envoyés au Reichstag de 1875 à 1889, sauf un seul, le dernier élu, ont été nettement, ouvertement protestataires.
Ce n'est pas assez de dire que cette constance fait honneur aux vaillantes populations du pays d'Empire et à la France, qui a su, en moins de deux siècles, donner à ces populations une empreinte morale aussi profonde. L'Alsace-Lorraine prouve l'impuissance de l'autocratie à triompher, au siècle où nous sommes, des résistances d'ordre purement moral. Son histoire laisse planer plus d'une incertitude sur l'avenir de l'Allemagne.
Cette constance s'explique d'ailleurs autrement que par des causes lointaines; elle est entretenue par l'excès même des moyens employés pour briser la tenace et tranquille opposition du pays d'Empiie. Les suppressions de journaux et des sociétés de p^vmnastique, Tinterdiction des fêtes locales, la dissolution des compagnies de sapeurs-pompiers, la limitation de l'enseignement du français dans les écoles publiques ou privées', les obstacles mul-
' L'enseignement n'est pas plus libre en Alsace-Lorraine
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tipics mis ;m\ iclaliDiis des Ijalulaiits avec la l'raiice, viciiiicnt quotidieiiiiemeiit raviver la plaie. Kl les hientaits administratifs que l'AlIcma/jne croit dispenser à TAIsace- Lorraine n'atténuent en rien Tacuite des souffrances de cette malheureuse province.
Ces bienfaits, d'ailleurs, qui les paye? L'Alsace- Lorraine elle-même. L'Allemagne y a multiplié les emplois publics ; pour trouver des titulaires, Prussiens pour la plupart, elle a dû, à raison de l'isolement social auquel sont condamnés ses fonctionnaires, leur assurer une haute paye de campagne. Les frais d'administration, qui étaient, en 1870, de 4 pour 100 des impots perçus dans la province, se sont ainsi élevés à plus de 13 pour 100. L'Alsace-Lorraine a été cédée franche de dette à l'Allemagne, et cependant la moyenne des charges par tète d'habitant v est sensiblement aussi élevée qu'en France, déduction faite pour celle-ci des frais occasionnés par la dernière guerre et par la reconstitution du matériel militaire. Ce n'est donc pas « pavs d'Empire » qu'il la faudrait nom-
qu'en Prusse : d'après la loi du 12 février 1873, il faut obtenir une autorisalion administrative pour donner l'enseignement à litre de profession, pour ouvrir une école et pour nommer un maître nouveau dans une école existante.
mer ; elle n'a jamais été' et n'est encore pour FAllemagne qu'une colonie d'exploitation.
Le parti protestataire s'appuie donc sur des intérêts aussi bien que sur des sentiments: aussi les industriels du Haut-Rhin, comme lesouvriers agricoles du Bas-Rhin et les petits propriétaires de Lorraine, lui son(-ils également attachés. On a pu croire un instant que la scission se mettrait dans ses rangs, par la naissance d'un groupe « autonomiste » , dont le gouvernement favorisa Téclosion dans l'espoir d'en faire un puissant instrument de germanisation. Mais le premier, et jusqu'ici le seul essai d' « autonomie » qui fut fait, celui de 1879, dissipa les illusions et dispersa le groupe, qui n'eut bientôt plus le courage de s'affirmer au grand jour. Aujourd'hui, comme il v a vingt ans, la lutte est entre Allemands et François. Aujourd'hui, comme il y a vingt ans, elle se termine toujours au profit des Français.
Depuis trois ans, il est vrai, un élément nouveau entre en scène qui change l'apparence, sinon le fond des choses. Le mouvement d'option en faveur de la France ne s'est pas arrêté aux délais prévus par le traité de Francfort : il ne s'écoule point d'année, point de mois, point de jour, depuis lors, oii des familles entières, dont le chef est à bout
L' ALSACK-LOIIHAINE. IT^
d'endurance uu dont les fils approchent de l'âge du service militaire, ne passent la frontière. Les places, les maisons, les terres, que ces familles laissent lihres, sont presque aussitôt occupées par des Allemands, heureux de trouver une vie matérielle plus aisée, un sol plus riche, une industrie plus active que dans le reste de rEmj)ire.
Des immijjrés d'ori^jine (jermanique se suhstituent peu à peu aux émi.j;rés rie race française, et c'est ainsi que, dans les (jrands centres, où la suhstitution est le plus ra[)ide, l'opinion dominante se modifie: en 18S(), Metz et Strasbour^j ont élu des conseils municipaux allemands; en 1887, et de nouveau en 1890, Strasljour(j s'est donné au Ileichstag un représentant (jermanophile. La presse ;dlemande, fort dépitée de Tinsuccès radical de l'assimilation directe, a noté avec soin ce svmptôme : elle sug2;érait récemment pour l'Alsace-T^orraine une combinaison anilo^^ue à Cflie que la Prusse a mise en pratique dans la région polonaise de Posen, à savoir Tacquisition, au movcn de fonds d'emprunt, de propriétés foncières destinées à être rétrocédées à des colons de pur sanrj jjermanique.
Una(jentaUitré de rAllemagne, ^L de Hofmann, alors secrétaire d'État d'Alsace-Lorraine, s'est, au demeurant, chargé d'exposer en termes catégo-
riques à quels principes obéit son gouvernement dans l'administration de ces provinces. « En ce qui concerne les prétendus droits du pays, disait-il en 1885 à laDélégation, quel est le titre réglant les droits de possession de rAllemagne ? C'est le traité de Francfort. Or, ce traité a donné TAlsace-Lorraine à TAllemagne purement et simplement, laissant cette dernière libre d'en disposer à son gré, de la morceler, de la partager entre les pavs de l'Empire, de lui donner une constitution ou de ne pas lui en donner. On ne peut donc pas dire que l' Alsace-Lorraine ait des droits. »
Si l'Alsace-Lorraine peut trouver un soulagement quelconque à se savoir et à se sentir victime de semblables doctrines, elle n'a qu'à jeter un regard au delà du Rhin : les mêmes idées régnent pour linstant, quoique avec moins de cynisme, dans le gouvernement de l'Empire tout entier; le Reichstag n'a guère plus de droits reconnus que la Délégation: le «titre juridique» sur lequel est fondé le gouvernement impérial, c'est Sadowa aussi bien que Sedan,
INOIX ALPIIABKTIOUE
Atlmiuistiaiion cciitiale en Prusse, 207 et sniv.
Administration locale en Alsace-Lorraine, 26G.
Aclniinistrati<jn locale en Prusse, 219 et suiv.
Administrations impériales ,
Ajournement du Reichstag , 85.
Alltert DE SAXK-Coiiouno, 38,
Alcool (impôt sur 1", 107.
Alsace-I oriaine, xii, 80, 91, 107, 112, 12M23,li>5, 129, 139, 142, 251 et suiv.
Ambassades, 111.
Amendement (droit d), 89,90.
Amirauté, 157.
AmLKvorstelier^ 223.
Angleterre, 1, 6, 38, 43, 75, 193, 196, 211, 236. 542,
Anhalt, 76.
Année financière, 86.
Ànuerbe, 195.
Arbitrage du Bundesratli^ 149.
Armée, 111, 112, 135, 150, 193, 196.
Association (liberté d'), 82, 119,204.
AuEBSWALD (ministère), 46.
Autonomistes d'Alsace - Lorraine, 274.
Autriche, II, 5, 6, 12, 14, 1 6, 17, 18,20,23, 24, 25, 20, 28, 29, 31, 32, 33, 35, 37, 38, 39, VO, 41, 42, 43, 44, 4-), 46, 48,49, 50, 51, 52, 53, 54, 55, 56, 64, 66. 75, 1£0,
Bade, 23, 37, 58, 59, 107, 130, 139, 142, 157, 188, 198.
Banque de l'Empire, 107.
Bavière, 12, 23, 37, 39, 40, 49,56,58,60,95,107,111, 112, 129, 130, 131, 133, 139, 142, 150, 156, 158, 188, 198.
Belgique, 253.
P.ESX1GSEN (de), 152.
Berlin (ville de), 243 et suiv.
BfirsT (de), 48.
Bière (impôt sur la), 107.
Bismarck (prince de), x, xii,46, 50, 51, 53, 55, 57, 6S, 73, 74, 75, 76, 77, 78, 79, 86, 91,106,109,110,113, 115, 120, 122, 126, 127, 128, 131, J34, 136, 140, 141, 142, 143, 1<7, 151, 152, 158, 159, 162, 163, 165, 166, 171, 211, 212, 213, 216, 239, 247, 252, 254, 255, 257, 259, 262.
Bohême, 1, 33.
Bonn, 223.
Brandebourg, 174.
Brème, 96.
Brunswick, 142, 147.
Brl-nswick (succession de), 97,
Budget biennal, 113.
Budget impérial, 106 et suiv., 148, 150.
Bundesrath. ii, 57, 58, 62, 63, 79, 85, 8r, 90, 95, 9G, 97, 103,105,107,109,110,115, 137 et suiv., 212, 255, 256, 257, 258, 270.
Bureau littéraire, 214.
Bureaucratie, 208, 216.
Bureaux du Reichstaj^ 88.
Cabinet intimedu Roi, 208, 210.
Centre catholique, 122, 123, 124, 129,133, 202.
NDEX ALPHABÉTIQUE.
Cercles, 223 et suiv.
Chambre des députés de Prusse,
197 et suiv.
Chambre des seigneurs, 187 et
Chancelier de l'Empire, 79, 105, 107, 151 et suiv., 260,
Charlemagxe, 2.
Chemins de fer, 107.
Clôture, 91.
Collèges électoraux en Allemagne, 80.
Collèges électoraux en Prusse, 202, 203.
Commissions du Bnndesrath ,
Commissions du Reichstag^ 86, 88, 89.
Communes rui-ales, 222.
Compétence fédérale , 93 et suiv.
Comptes financiers, 107, 109,
uo.
Confédération du Rhin, 12,
Confédération germanique, ii,
17 et suiv., 20 et suiv., 140,
Confédération de l'Alleniagne
du^sord, II, 24, 56 et suiv.,
Conflit constitutionnel de 1862-
Conscience (liberté de), 65,
Conseil de district, 227.
Conseil d'État alsacien-lorrain,
INni.X AI.I'II AllKlIOrE.
Conseil «l'Iànl pnissi n. 210 et
sniv.
Conseil fétlt'-iMl. Voir Ihtni/r^-
rath .
Conseil ini|)éri.il d'. Alsace-Lorraine, 205.
Conseil |)ri>vinci.il, 227.
Conseil supérieur tic rE{;lise
évan{;('li(|ii(?, 210.
Conservateurs, 80, 86, 120,