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et les hontes du vainqueur, lorsqurjn est parmi les vaincus du moment : ce rôle est misérable, répu(]fnant;, pis encore, décevant. Rien n'est plus vil, en effet, et plus étrange que la prétention des hommes qui cherchent, dans le dénigrement et F amoindrissement de leurs adversaires, un soulagement à leur défaite, sans s'apercevoir qu ils se diminuent euxmêmes à ce jeu. Rien non plus n est aussi trompeur : à affirmer sa propre supériorité, à attribuer ses douleurs et ses ruines à la seule u sacrée Majesté » du hasard, un payss énerve, s abêtit et se prépare de nouveaux échecs.
Mais, s'il convient d'éviter ce travers des impuissants et des lâches, le travers opposé n est pas moins redoutable par la lassitude et la désespérance qu il fait naître, par lamertume qu il met dans les cœurs. On est tenté, aux époques de pessimisme ou d humilité, de ne plus remarquer chez les antres peuples que les vertus et les hommes qui les ont faits grands et forts; de leur liistoire, on n entrevoit plus que les cimes principales ; les déclivités et les
J .NTIlODlCriDN. IX
has-loiicls «''(liaj)!»!'!!! .m icjiard aldistc, cl 1 on s avoue aussitôt in(a|)al)l(' de s'élever à dii telles hauteurs, paice (jue I ou U(; sait pas ou tlouNCi' les sentiers [X'iclus (jui peiiuet teul de les touruer, les peutes douces <pii se laissent jjiavii'. Autie forme, après tout, de 1 anémie, de la stérilité; elle trouble la vue de certains [)olitiques autant (M plus que 1 inertie satisfaite et Toptimisme l)éat.
Prenez la Prusse, par exemple. Lorqu on eu parle de nos jours, ce nom éveille seulement le souvenir de trois ou quatre souverains qui, tous, ont rencontré le succès : le Grand Electeur, Frédéric le Grand, 1 empereur Guillaume P', et, pour qui a pénétré un peu plus avant dans l'c^tude du passé, le Roi-Sergent, lequel ne s est point personnellement illustré, mais a légué à son fils le moyen d'être « Grand » : de l'argent et des soldats. Autant de sommets que tous ceux-là. Si l'on se borne à les considérer, il semble que 1 histoire de Prusse se soit toujours déroulée, sur une barre fixe, à quelques milliers de pieds au-dessus du
niveau commun des hommes. Des intermédiaires, des vallées profondes qui séparent ces pics, on ne parle guère de nos jours. La Prusse cependant a eu Frédéric-Guillaume III et Frédéric-Guillaume IV; le premier a vu léna ; le second a fait Olmiitz. Il est bon, sans doute, de savoir que leur pays a su sortir des marais où s'embourbait sa for lune, et comment il la fait, et pourquoi; mais il faut se rappeler qu'il y est descendu, car rien ne dit qu il n v tombera plus.
Ce n'est pas tout : qui ne connaît, dans le présent, le fort et le faible des peuples étrangers ne saurait adopter vis-à-vis de leurs gouvernants une politique réfléchie et profitable. « La Russie et la France, disait ^I. de Bismarck au Reichstag, le 6 février 1888, en nous faisant sentir sur nos deux flancs 1 aiguillon, nous obligent à faire un effort que peut-être nous ne ferions pas volontairement : elles nous contraignent à une cohésion, entre nous Allemands, qui répugne à notre nature la plus intime, car nous tendons de préférence à nous disjoindre.
INTIlonnCTION. XI
Mlles iKHis ohlijM'iil .1 nous Iciiir unis, c! imirc force de coliésioii s accroitia ainsi de faron à ce (jiic nous ai ri\ions à cri ('tal d illa(!érabililé ^l nzci ici.shdr/icil j (jiic posscdrnl prcs(|n(' loiitcs les autres nations et (jni nous niaïujne jnsqu à présent. » Paroles presque découragées, après trente ans de dictature et de gloire; elles semblaient présager le formidable écbec (pie la politique intérieure du cbancelier a subi au scrutin du 20 février dernier ; elles demeurent un avertissement pour qui sait les comprendre.
Il n'y a plus place en xVUemagne pour le particularisme d autrefois, qui mettait les princes allemands à la discrétion des puissances étran- ;;ères; il y a place encore, si TAllemagne est abandonnée à elle-même, si une agression maladroite ne la rappelle pas à ses frontières, pour cette force centrifuge qui lui est naturelle et peut la conduire, un jour, à secouer Fbégémonie prussienne. « Vous verrez, disait jadis le délégué de la Prusse à la diète de Francfort, que je deviendrai un grand bomme et que je